Enfin!

 

N° 194 - Janvier 1998

 

Enfin!

 

On dira ce qu'on voudra, mais pour un écrivain la reconnaissance est quelque chose qui compte... même si on a du mal à l'avouer! Elle peut prendre des formes différentes depuis l'aspect commercial jusqu'à l'hommage de ses pairs en passant par la popularité. Archiviste scrupuleux pour tout ce qui le concerne, Marjan collige depuis de nombreuses années articles de presse et témoignages personnels, prix et distinctions, bref tout ce qui est écrit sur son action en faveur de la poésie.

Il va pouvoir désormais ajouter une autre mention à cette collection impressionnante. Il s'agit d'un mémoire de Maîtrise de Lettres Modernes soutenu à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Metz le 29 Octobre 1997 par Frédéric VIGNALE. Le sujet choisi était :"Naître et être poète : Marjan." Le diplôme a été obtenu avec la mention "Bien". Voici donc notre homme consacré par l'Université.

 

J'ai lu ces quatre-vingts pages d'une traite et avec intérêt car j'ai la faiblesse d'être attentif à tout ce qui est écrit sur Marjan au moins autant qu'à tout ce qu'il écrit lui-même. Il est juste en effet qu' hommage lui soit ainsi rendu lui qui est régulièrement boudé par la presse locale à qui il signale pourtant périodiquement le talent des autres mais qui reste sourde à ses informations. Il est bien loin le temps où Jean Beyt, Delion, Lechantre et Patrick Béguier, journalistes attentifs de Courrier de l'Ouest et de la Nouvelle République rendaient compte périodiquement du fourmillement d'idées et de la créativité qui se donnaient rendez-vous au 166 rue de la Burgonce à Niort. C'est vrai aussi que Marjan est un personnage atypique dans cette ville que l'écriture et la poésie n'intéressent pas à tout le moins quand elles se signalent dans ses murs. C'est là une autre histoire et un autre combat et comme nous le savons, nul n'est prophète...!

Mais revenons à ce travail universitaire.

A part les articles dont il est d'ailleurs largement inspiré rien de semblable n'avait été fait jusqu'à présent. C'était également tentant de parler pour la première fois à l'occasion d'une soutenance de mémoire de Maîtrise d'un auteur vivant et de son action. Il y avait là, certes une originalité mais aussi l'assurance que cette révélation ne prêterait que très peu le flanc à la contradiction. Cela dit j'ai trouvé cette étude bien documentée et d'une grande justesse de ton à la fois dans la forme et dans le fond.

Ce n'était pas facile pour Frédéric VIGNALE de mener ainsi ce travail puisqu'il ne connaissait Marjan que par les textes qu'il a écrits et que par les articles qui lui ont été consacrés. Il est vrai qu'il est aussi un épistolier impénitent et qu'il aime aussi encourager ceux qui écrivent. Alors quand on est soi-même le sujet d'une étude officielle...!

J'imagine bien le travail de dépouillement que Frédéric VIGNALE a dû mener dans l'abondante documentation qui lui était parvenue et je ne suis pas étonné qu'il ait craint un moment d'être lassé par le sujet qu'il avait choisi. Je connais l'importance des textes de Marjan. Les publications s'en sont largement fait l'écho et notre homme détient encore d'autres inédits qui, je ne le dirai jamais assez manquent beaucoup à ceux qui apprécient son style.

Il avait quand même bien choisi car au-delà de la légitime fierté de Marjan qui voyait ainsi reconnue une nouvelle fois et officiellement son action en faveur de la poésie (la sienne et celle des autres comme on le sait!) et au travers de cette correspondance que Frédéric VIGNALE qualifie lui-même de pudique, il a bien du naître quelque chose qui ressemble à de l'amitié entre les deux correspondants. Connaissant le poète niortais, le contraire m'étonnerait. Le rédacteur de cette étude a pu vérifier que ce Marjan, malgré le fait qu'il se déplace peu a beaucoup d'amis, des plus humbles aux plus célèbres et que malgré ses détracteurs nul ne dédaigne ce qu'il fait. Je ne suis pas bien sûr qu'il ait réellement créé une école comme Frédéric VIGNALE ne laisse entendre mais il a assurément été imité dans son écriture comme dans son action puisque notamment l'expérience du Bouc des Deux-Sèvres, revue gratuite (c'est si rare) a largement été imitée.

 

Ce sur quoi je voudrais insister c'est, comme l'a dit un de ses amis, sur cette caractéristique de "rêveur définitif", cette volonté de repeindre en bleu la grisaille qui nous entoure, de préserver cette part de rêve qui nous manque de plus en plus et qui est pourtant si vitale à chacun d'entre nous! Elle s'exerce dans cette écriture si originale qui est le témoin d'un regard acéré sur la réalité des choses, de ce parti-pris d'en rire même s'il y a forcément quelque amertume derrière tout cela. C'est vrai qu'il y a avant tout du rêve dans cette démarche quand malgré l'âge et la maladie, il continue d'écrire avec verve c'est à dire à jeter au vent des mots aussi impalpables que l'air où se lit la révolte contre la condition des plus humbles et contre la mort. Il y a de l'utopie à mener contre cela un combat quand autour de nous s'établissent l'exclusion et la précarité et que de toute manière, simples mortels, nous ne sommes sur cette terre que de passage. Et qu'on ne vienne pas me dire que l'écriture est une quête d'immortalité!

Alors, au-delà de tout ce qui pourrait ressembler à des hommages, je garde toujours en mémoire sa volonté de conserver une âme d 'enfant rêveur. Il l'a d'ailleurs exprimé lui-même et fort joliment par ces mots :"Moi qui au terme de mon automne ne peut encore m'habituer à l'idée d'être une grande personne."

 

(c) Hervé GAUTIER

 

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