la feuille volante
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Monsieur Zinedine Zidane - Une sortie très honorable.
- Le 29/03/2009
- Dans Réflexions
N°256 Juillet 2006
Monsieur Zinedine Zidane – Une sortie très honorable.
Que mon improbable lecteur me pardonne, mais l’actualité me fait réagir comme tout le monde et je me permets donc de sortir du créneau que j’ai moi-même choisi pour cette revue qui se veut littéraire. Je veux évidemment parler du geste de Zinédine Zidane.
Quelques remarques d’abord. J’ai fait, il y a bien longtemps mes humanités, comme on disait alors, et dans les textes, on faisait l’éloge des champions grecs et latins que la victoire aux jeux, du stade ou du cirque, consacrait à l’égal des dieux. A l’époque, je me souviens m’en être étonné. Je me rassure aujourd’hui, notre époque est semblable et nous n’avons rien à envier aux romains qui réclamaient « du pain et des jeux ».
Mais j’en viens à mon propos et je veux apporter ma part de réflexion à ce qui a été un événement national. Zidane avait fait part de son intention de quitter la compétition après cette coupe du monde et chacun d’y voir un heureux présage, une deuxième étoile d’or sur le maillot bleu, une consécration pour notre héros national, la coupe du monde revenue chez nous… Au lieu de tout cela, tout à fait autre chose, un joueur expulsé, un peu désabusé, regagnant seul les vestiaires, passant sans le regarder devant le trophée doré qu’il ne brandira pas, à dix minutes de la fin du match…preuve que rien n’est jamais écrit à l’avance et qu’Aragon avait bien raison de proclamer « Rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa force, ni sa faiblesse ni son cœur, et quand il croit ouvrir les bras son ombre est celle d’une croix, sa vie est un étrange et douloureux divorce… »
Nous connaissions un peu l’homme, parce qu’il s’était, à l’occasion, dévoilé au cours de sa vie publique. Il avait lui-même parlé de sa part d’ombre… mais nous garderons tous l’image de ce dieu du stade, adulé et célèbre à la fois pour son talent mais aussi pour son esprit de tolérance, sa simplicité, son calme, ses qualités humaines. C’est pour tout cela que nous l’aimons. Mais voilà que sa part d’ombre est réapparue en pleine lumière, et devant les caméras de télévision du monde entier… Et chacun de déplorer la chute de cette icône, la statue du commandeur qui devient subitement impulsive, c’est à dire humaine, tout simplement !
Zidane s’est expliqué et alors les choses se sont éclairées. Materazzi, l’a insulté par trois fois pendant le match, s’en prenant à ce qu’il a de plus précieux au monde, sa famille. Au passage, le joueur italien a bien opportunément oublié les sacro-saintes valeurs du sport, celles qu’on enseigne aux enfants et qu’on répète à l’envi. Le but du jeu, si je puis dire, était de déstabiliser Zidane pour le faire expulser du terrain et ainsi priver l’équipe de France de son meneur de jeu. Cela a fonctionné ! Et chacun de s’étonner que cela puisse se produire sur un terrain de football, à ce niveau de compétition. Ce déplorable incident a donc été aussi un révélateur. Malgré toutes les idées reçues, toutes les valeurs dont nous aimerions bien qu’il fût porteur, le monde du sport n’est ni meilleur ni pire que les autres, il en est l’exacte réplique, le miroir. Il est très précisément semblable au monde du travail où la compétition est quotidienne, la réussite est la règle incontournable sinon l’unique but, même s’il faut pour cela déstabiliser l’autre, l’écraser pour prendre sa place et ainsi le détruire… Tout cela pour l’illusoire impression de la reconnaissance, de la valorisation personnelle.
Zidane a résisté aux lazzis de l’Italien et tout à coup a craqué, parce que sa réaction a suivi les provocations. Le dieu est tout à coup redevenu humain, ce qu’il n’a jamais cessé d’être, en réalité : un homme qui a su faire passer son honneur avant son intérêt et qu’il l’a défendu.
On peut dire ce qu'on veut de ce geste et Zidane s’est excusé auprès des enfants qui sont ses meilleurs supporters parce qu’il est leur modèle. Il a précisé toutefois, qu’il ne le regrettait pas parce que cela aurait été donner raison aux provocations. Eh bien, je n’ai pas peur d’affirmer ici qu’il est effectivement un modèle pour nous tous, celui d’un homme qui n’a pas eu peur de briser publiquement son image et aussi peut-être nos rêves de victoire parce qu’on avait porté atteinte à son honneur et à celui de sa famille ! Le geste de Zidane est peut-être un mauvais exemple pour les jeunes, mais pour nous, adultes, je proclame ici qu’il y a de la noblesse dans cette réaction.
Même si ce n’est pas exactement ce que nous attendions tous, c’est une très honorable sortie que celle de Zidane et son geste mérite admiration et respect.
© Hervé GAUTIERhttp://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg
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Quelques mots à propos du livre de Misha DEFONSECA « Survivre avec les loups »
- Le 29/03/2009
- Dans littérature française et francophone
N°296– Mars 2008
Quelques mots à propos du livre de Misha DEFONSECA « Survivre avec les loups »
Indépendamment du livre, je dois dire que je comprends mal la polémique qui se développe actuellement.
De quoi s'agit-il? Apparemment d'une tranche de la vie d'une petite fille de 4 ans, juive et orpheline, Misha Desfonseca, 70 ans aujourd'hui, qui a fui la guerre en direction de l'Est à la recherche de ses parents et qui a été recueillie par des loups.
Cette histoire a ému un éditeur qui l'a publiée et le best-seller qu'elle est devenue a été porté à l'écran.
En réalité, il s'avère que la petite fille n'était pas juive mais Belge et catholique et s'est identifiée par la suite à cette communauté où elle a été plus tard accueillie, qu'elle s'appelait en réalité Monique de Wael et qu'elle aurait menti sur son âge. Après la mort de ses parents, effectivement assassinés par les nazis, mais pour fait de résistance, elle aurait été recueillie par des membres de sa parentèle dont certains l'ont maltraitée. La belle affaire!
Que lui reproche-t-on? De s'être construit une autre vie que celle qu'elle a vraiment vécue et d'y avoir cru. Je ne vois pas ce qu'il y a de révoltant. L'écriture, comme nous le savons tous, est un exorcisme. Si l'on veut, cela peut s'appeler de la mythomanie et probablement le sommes -nous tous un peu. Combien de personnages célèbres ont tissé autour d'eux une légende sans que personne n 'y trouve à redire? On s'offusque que cela ait donné un roman. Je trouve personnellement cela plutôt bien, l'écriture, comme l'art en général peut embellir la vie. Il n'y a rien de nouveau à cela et c'est aussi ce que le lecteur peut demander à un roman, qui reste une fiction, lui donner du rêve! Et tant pis si le texte est invraisemblable comme on le lui reproche.
J'entends qu'on lui fait grief d'avoir présenté cela comme une autobiographie. Et alors, nous savons tous que l'écriture est une alchimie et le personnage de roman, même s'il paraît être éloigné de la personnalité de son auteur révèle, même inconsciemment, une partie de lui-même. Qu'on se souvienne des paroles de Flaubert à propos de Mme Bovary! Ainsi Mme Defonseca aurait abusé son lecteur. Allons donc, si le livre fut un best-seller c'est qu'il a apporté à ceux qui l'ont lu un peu de rêve et de merveilleux, et c'était sans doute ce qu'ils recherchaient! Un romancier n'est pas un historien et n'est donc pas tenu à l'exacte vérité. Boris Vian n'a-t-il pas écrit dans l'avant-propos à l'écume des jours « L'histoire est entièrement vraie puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre ».
Lui en veut-on d'avoir ainsi gagné de l'argent, ce qui serait assimilé à un vol, acquis une notoriété qui ainsi aurait été usurpée? Cela me paraît être la règle générale d'un jeu admis par tous. Rien de plus et je ne vois pas qu'il y ait de l'immoralité là dedans!
En réalité, j'ai l'impression que, par médias interposés [comme souvent], il a été fait beaucoup de bruit pour rien, à moins que... l'époque dans laquelle nous vivons actuellement serait-elle à ce point déprimante avec le chômage, le pouvoir d'achat, l'insécurité, les injustices sociales... qu'un simple fait [divers?] dont on n'aurait pas parlé en temps ordinaire, fasse à ce point débat? Il m'apparaît que cela peut s'appeler un détournement d'opinion. N'est-il pas?
© Hervé GAUTIER – Mars 2008.
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QUELQUES MOTS SUR GABRIEL GARCIA MARQUEZ [à travers trois livres]
- Le 30/09/2008
N°298– Avril 2008
QUELQUES MOTS SUR GABRIEL GARCIA MARQUEZ [à travers trois livres]
Je ne sais pas ce qui motive cette lecture effrénée de Marquez, sans doute l'inflation de ce qui se publie actuellement qui n'implique malheureusement pas la qualité de l'écriture et qui m'entraîne insensiblement à lire et à relire les bons auteurs, en tout cas ceux qui ont la particularité de m'étonner. Marquez est de ceux-là et les lecteurs de cette chronique savent l'intérêt jamais démenti que je lui porte. Il est un des rares qui peut raconter une histoire à partir de trois mots anodins en apparence mais qui captive son lecteur pendant plusieurs centaines de pages sans que l'ennui s'insinue dans la lecture. Le seul nom de Marquez retient mon attention. Plus sans doute que les autres auteurs, il s'empare de la réalité, que cela soit de sa propre vie ou de l'histoire, se l'approprie et en fait une fiction merveilleuse.
Par exemple « Pas de lettre pour le colonel »[Editions Grasset] raconte l'histoire, sur fond de misère et d'improbables tribulations autour d'un coq de combat, d'un ancien combattant péruvien, colonel à 20 ans, qui attend désespérément, depuis de trop nombreuses années une pension d'ancien combattant qui ne viendra jamais, à cause du perpétuel changement de gouvernement, des restrictions budgétaires et surtout de l'oubli général...
Dans le style du journaliste qu'il a été, Marquez évoque dans « Journal d'un enlèvement »[Editions Grasset] cette période délétère de l'histoire de la Colombie émaillée d'enlèvements, d'assassinats politiques, de terrorisme, d'attentats, de guerrilla, de corruption sur fonds de lutte contre les narco-trafiquants du cartel de Medellin, les complexités du pouvoir politique, des descentes meurtrières de police. Ce n'est pas à proprement parler un livre dans le droit fil des romans quelque peu baroques de Marquez. Ici, le registre est plus sobre pour évoquer l'angoisse, les espoirs des otages et de leurs familles. Ce livre pourtant publié en 1997 est malheureusement d'actualité puisqu'il évoque une triste habitude de la Colombie de pratiquer l'enlèvement.
Avec « Le général dans son labyrinthe »[Editions Grasset] , je note que ce roman est dédié à Alvaro Mutis dont il a été longuement question dans cette chronique depuis sa création.] Marquez renoue avec son style teinté d'humour subtil que des formules laconiques soulignent à l'envi. Mêlant fiction et réalité, Il s'empare du personnage à ce moment précis et narre le dernier voyage du général Bolivar, héros de l'Amérique Andine, qui ayant quitté le pouvoir, part pour un exil sans retour et renoue avec ses souvenirs guerriers et glorieux, avec celui des femmes qui partagèrent fugacement sa vie. Il jette un regard désabusé sur ce que fut sa vie, mais aussi sur l'ingratitude de ses contemporains et sur la condition humaine, le sens de cette vie qui s'achève.. C'est que, après tant d'année à guerroyer contre les Espagnols, il entame, en compagnie de son hamac et de son fidèle serviteur, son dernier voyage, celui qui le conduira à la mort. C'est un récit à la fois émouvant et épique des quatorze derniers jours d' « El Liberador » qui voyait ainsi s'achever cette vie labyrinthique qui aurait pu être celle d'un paisible propriétaire mais que le destin a fait basculer. J'y vois l'hommage d'un Colombien illustre à un compatriote qui ne l'est pas moins.
© Hervé GAUTIER – Avril 2008.