Comment parlerdes livres q'on n'a pas lus - Pierre Bayard
- Le 06/01/2026
- Dans littérature française et francophone
- 0 commentaire
La feuille Volante n° 2029 – Janvier 2026.
Comment parler des livres qu’on n’a pas lus – Pierre Bayard - Les Éditions de Minuit.
Nous avons tous connu des hommes et des femmes qui n’achètent le dernier prix Goncourt que pour le mettre en évidence dans leur salon et ainsi épater leurs invités, mais évitent d’en parler simplement parce qu’ils ne l’ont pas ouvert. On imagine bien les commentaires qu’ils peuvent en faire surtout si leur interlocuteur lui non plus ne l’a pas lu ! Pierre Bayard qui n’est pas à un paradoxe près et qui, dans son œuvre, est déjà revenu sur nombre d’idées reçues, s’empare, non sans humour, de ce phénomène, l’analyse à sa manière, l’illustre d’exemples puisés dans la littérature et dans le cinéma qui corroborent son propos. Il donne ses conseils d’autant plus éclairés qu’il avoue avoir eu l’occasion de devoir parler de livres qu’il n’avait pas lus. Universitaire et professeur de littérature, milieu dans lequel l’exhibition de sa culture est la règle, il est en effet censé avoir sur le sujet une connaissance complète et ce d’autant plus que ses fonctions le mettent en situation de parler de livres qu’il n’a pas lus et qu’il avoue par ailleurs être « peu lecteur » ou simplement adepte du simple « survol » d’un livre.
C’est un vaste programme que celui qu’il se propose d’étudier puisque, paraître cultivé est un critère important dans notre société où la non-lecture est une sorte de tabou mais compte tenu du nombre de livres à notre disposition, classiques ou récemment publiés, il est difficile d’avoir tout lu et il m’apparaît qu’il n ‘y a pas de honte à avouer qu’on ignore tel ou tel livre… quant à en parler c’est autre chose. Ainsi évoque-t-il l’hypocrisie qui préside à ces conversations entre non-lecteurs d’un même ouvrage puisque, note-il également, cette situation est plus habituelle qu’il n’y parait. L’allusion qu’il fait à l’œuvre de Balzac est particulièrement illustrative. D’ailleurs les gens de ma génération, quand ils étaient potaches, ont bien dû, dans leurs dissertations, pratiquer cet exercice, avec le secours du « Lagarde et Michard ».
Notre auteur remarque avec pertinence qu’il n’est pour autant pas nécessaire d’avoir lu un livre pour pouvoir en parler et que l’attention qu’on peut porter aux adaptations cinématographiques ou théâtrales et aux commentaires qui en ont été faits par d’autres peut parfaitement suffire. On peut même supposer qu’ils incitent à lire les livres dont ils’agit. Notons avec lui que cette « appropriation » des avis extérieurs, forcément subjonctifs, illustre cette hypocrisie mais prive le lecteur de l’occasion unique de se faire son propre avis.
Cela faisait longtemps que j’avais envie de découvrir ce livre. Je ne sais si j’ai compris la totalité de son propos, mais assurément je l’ai lu jusqu’à la fin ce qui, selon moi, me permet quand même de m’en faire une idée et de nourrir mon propos. Mon éventuel lecteur ne m’en voudra pas de saisir cette occasion pour préciser que cette chronique, créée au siècle dernier et consacrée notamment aux commentaires de livres, a toujours été nourrie d’ouvrages que j’ai tous lus intégralement notamment par respect du travail de l’auteur, l’écriture étant à mes yeux une démarche bien différente d’une recherche de notoriété.
J’ai déjà écrit ici tout l’intérêt que je porte à l’œuvre de Pierre Bayard et, comme d’habitude, j’avoue avoir aimé ce moment de lecture.
© Hervé GAUTIER
Ajouter un commentaire