De son sang - Capucine Delattre
- Le 16/03/2026
- Dans littérature française et francophone
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La feuille Volante n° 2044– Mars 2026.
De son sang – Capucine Delattre – Éditions la ville qui brûle.
Sabine, la presque cinquantaine, divorcée, assistante de direction, reçoit son fils Teo, six ans, un week-end sur deux et la moitié des vacances au titre du droit de visite. On peut légitimement en déduire que c’est le père, Yannick, qui à la garde légale de l’enfant, ce qui semble avoir été décidé d’un commun accord, d’ailleurs confirmé par la suite par une séparation définitive de Sabine avec son fils. Quand il est chez elle, il parle peu et refuse de manger alors que chez son père, tout est normal. Sabine n’aime pas son fils et elle le sait, sans doute parce qu’elle ne le connaît pas assez, le voit peu, n’a pas vraiment envie d’être sa mère et n’hésitera pas à l’occasion à ne pas le défendre et même à le trahir. Teo le sens et cela explique sa réaction et ce n’est qu’un début. Sabine et Yanncik se sont certes séparés mais continuent de se croiser, même s’ils font semblant, pour Teo. Sabine est donc devenue une mère à temps partiel c’est à dire hors norme, vit très mal cet échec et ce n’est pas auprès de ses collègues ou de la hiérarchie qu’elle peut trouver apaisement ou encouragement.
Un peu par hasard, Sabine fait connaissance de Samuel, le fils de Lydia, la directrice adjointe des ressources humaines de l’entreprise où elle travaille. Les deux femmes sont évidemment différentes socialement mais elles sont toutes les deux confrontées à l’éducation de leur enfant en solitaire. Malgré tout une telle situation créé des liens et suscite des confidences. De plus Samuel s’entend bien avec Sabine qui l’aime mieux que son propre fils au point de s’approprier sa filiation et ce même si la réalité lui assène une vérité différente et que l’avenir ne peut être que compromis. Une séparation même temporaire devient pour elle un drame, génère un vide inquiétant. Est-ce à cause de sa maternité tardive et difficile, de son échec conjugal et maternel, de ses points communs découverts avec Lydia, Sabine endosse le rôle de mère de substitution au point de concevoir un projet délirant qui fait d’elle un monstre et qui évidemment tourne au fiasco.
Ce livre parle de Sabine, de ses problèmes personnels qu’elle juge insolubles, de sa demande de compréhension, de cette attitude égoïste qui la place au centre du monde, de sa volonté de s’approprier l’amour de Samuel même au détriment de Lydia, de son cas définitivement désespéré, de sa décision d’abandonner son enfant, de n’avoir jamais voulu être sa mère, de ses regrets de s’être trompée pendant quinze années de vie commune. Ce que je retiens c’est sa solitude. aggravée par une culpabilité et une honte latentes, une impossibilité de partager cette prise de conscience délétère malgré les mots qu’elle ne peut confier à personne, pas même à Yannick..La désespérance n’est jamais très loin. Il n’a pas été question entre eux d’une banale histoire d’adultère qui aurait justifié leur séparation, seulement pour Sabine d’une question d’amour absent, qui n’a jamais existé et qu’il n’y a plus rien à espérer.
J’ai apprécié que l’auteure soulève ce tabou qui existe bien plus souvent qu’on le croit. J’ai ouvert ce livre à cause d’un prix littéraire pour lequel je devais donner mon modeste avis. Je l’ai fait aussi pour des raisons plus personnelles. Je suis d’une autre génération où le droit aggravait la relation conflictuelle qui avait présidé au divorce des désormais ex-époux et les enfants étaient bien souvent oubliés. Ce que je venais de lire me paraissait à la fois monstrueux de la part d’une maman mais surtout bien en de-ça de ce que peux faire une mère qui veut se débarrasser de son enfant parce que son intérêt immédiat est en jeu et que cet être sans défense devient un obstacle. Elle agit en refusant de penser aux nombreux traumatismes incontournables que son attitude générera pour lui dans sa future vie d’adulte. Mon expérience personnelle en atteste et cette réalité existe bien plus souvent qu’on ne le pense même si elle va à l’encontre de l’image traditionnelle de la mère, hypocritement distillée par une société bien-pensante comme un être qui se sacrifie pour sa famille et ses enfants.
C’est bien écrit, ça se lit facilement et je remarque même avec plaisir des notations comparatives assez plaisantes. Cela a été pour moi, malgré le thème traité qui m’a touché, un agréable moment de lecture.
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