Les bons sentiments - Karine Sulpice
- Le 02/02/2026
- Dans littérature française et francophone
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La feuille Volante n° 2035 – Février 2026.
Les bons sentiments – Karine Sulpice – Lilana Levi.
La nuit de Noël est traditionnellement réservée au réveillon, aux enfants qui rêvent au bonhomme rouge et surtout à ses cadeaux, à la joie de leurs parents et peut-être aussi, pour ceux qui y croient, à la naissance du Sauveur et au rituel religieux. C’est pourtant cette soirée que Julien (Ju) choisit pour tenter de se suicider. Lui c’est un garçon d’une vingtaine d’années qui fut un élève brillant mais que les adultes ont laissé se débrouiller seul avec une dépression qu’il a mal vécue pendant son adolescence. Il cependant été un élève brillant qui s’est retrouvé modeste salarié mais plein de dévouement dans une association dédiée aux plus démunis. A la suite d’un concours de circonstances Ju rate son suicide, pète les plombs* et prend en otage trois collègues de l’association venus gentiment l’accompagner dans sa garde du 24 décembre. Il en blessera seulement une que pourtant il aimait bien, de surcroît par accident.
Face à lui, Maurane, commandant(e) de police et négociatrice, qui doit interrompre son réveillon prévu en famille, fait son métier de policier et parvient, à force de dialogue pendant une partie de la nuit, à éviter le pire en convainquant Ju de se rendre. C’est à elle qu’il parlera comme on parle à un psychiatre ou à un prêtre pour enfin pouvoir lui dire ce qu’ a été son pauvre parcours qui l’a conduit ici en cette nuit sacrée. Pour lui, la procédure suivra son cours, lui évitant sans doute d’être entraîné dans l’engrenage des faits et broyé par l’appareil judiciaire.
Pour avoir écouté Ju, avoir été la première personne à prêter attention à la vie dépressive du pauvre jeune homme, à accorder de l’importance à ceux qui font partie de sa vie au quotidien, Maurane en ressent une sorte d’attachement. Avant de disparaître dans le fourgon cellulaire Ju lui désigne Laïla, une « bénéficiaire » de l’association pour qui il s’inquiète. Oubliant sa famille, son rôle maintenant terminé et qu’elle outrepasse , oubliant même le code de procédure, elle se rend chez sa mère.
Le livre refermé qui m’est venu un peu par hasard à cause d’un concours littéraire où il est en lice, je suis partagé. Le style est agréable à lire, le roman bien écrit avec une plume humaniste ce qui paraît normal de la part de cette auteure qui a été journaliste et avocate est dont cet ouvrage est le premier roman. L’histoire est sans doute une fiction qui se termine bien, même si ce genre de « happy end » n’est pas toujours au rendez-vous dans la réalité. Cela dit, j’ai depuis longtemps écrit dans cette chronique que la littérature doit être, entre autres, le miroir de son temps et malheureusement la période que nous vivons est fertile en bouleversements de tous ordres qui attestent que non seulement notre société a perdu nombre de ses boussoles et ses repères mais aussi qu’elle a généré beaucoup de citoyens asociaux qui ne correspondent plus du tout aux critères traditionnels de réussite qu’on met généralement en exergue. Le cas personnel de Ju est intéressant dans la mesure où il a traîner toute son adolescence entre anxiolytiques et pensées suicidaires, perdu et seul dans un décor qui l’ennuyait, où il était transparent. Cette nuit de violence paradoxalement le sauve
© H.G.
* C’est une anachronique expression qui est parvenue jusqu’à nous tout en perdant son sens premier « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ». Au siècle dernier les compteurs électriques étaient dotés de boîtiers en porcelaine blanche qui contenaient des fils de plomb qui fondaient en cas de surtension et qui ainsi protégeaient les appareils de la maison. Si cela arrivait en pleine nuit, les plus bricoleurs pouvaient donc les changer, mais à la lueur d’une bougie ; Aujourd’hui cela est remplacé par un disjoncteur plus facile à utiliser. Cette expression signifie donc avoir un comportement irrationnel. Je ne souviens que mon grand-père, avant de quitter pour quelques jours la petite maison de son quartier ouvrier, fermait les compteurs de gaz , d’eau et d’électricité. C’était le rituel qui précédait chaque départ en voyage… ça aussi c’est anachronique, mais ce n’est pas le sujet !
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