Coutures
- Le 23/02/2026
- Dans cinéma français
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La feuille Volante n° 2039– Février 2026.
Coutures – Un film d’Alice Winocour. (2025).
C’est un film franco-américain qui met en scène trois femmes, Maxine Walker (Angélina Jolie), une réalisatrice américaine qui vient à Paris pour la « fashion week » tourner une vidéo avec pour thème les femmes vampires, qui ouvrira un défilé de haute couture. Elle apprendra rapidement qu’elle est atteinte d’un cancer du sein, que l’opération est urgente et qu’elle devra se faire opérée à Paris par les soins du Professeur Hansen (Vincent Lindon, remarquable dans son rôle de médecin, entre humanité et autorité). Elle devra donc rester en France plus longtemps que prévu, devoir mettre sa vie professionnelle en parenthèses et se concentrer sur elle-même. On verra sur son corps dessinées symboliquement les futures coutures de son opération. Elle se jette dans une passade sans lendemain avec son assistant Anton (Louis Garrel) pour tromper sa peur de l’opération et son angoisse de la mort et peine à annoncer à sa fille restée aux États-Unis, la nouvelle de sa maladie. Son chemin va croiser celui d’Ada (Anyer Anei), une jeune mannequin soudanaise débutante qui a dû quitter son pays, oublier un métier dont elle rêvait pour échapper à la pauvreté qui ronge sa famille et renoncer aux liens qui la lient à son frère. Elle aura un rôle dans la vidéo de Maxine qui ouvrira le défilé. Elle rencontre aussi Angèle (Ella Rumpf), une maquilleuse qui aspire à quitter sa vie précaire et itinérante de petite main pour devenir écrivain et voit dans l’écriture le moyen de sortir de sa condition. Elle va se heurter à l’incompréhension d’un éventuel éditeur qui fait passer son rôle de découvreur de talent après celui plus lucratif de businessman. C’est donc la rencontre de trois destins de femmes venues d’horizons bien différents, entre lumière et ombre, chacune d’elles tentant à sa manière, dans une sorte de révolte, de raccommoder les fils de son histoire personnelle faite d’ambitions, d’illusions, de renoncements, d’épreuves, d’échecs, ce qui créera entre elles une complicité insoupçonnée.
C’est un film tout en nuances et plein de sensibilités servis par des comédiens de grand talent (Il est à noter qu’ Angélina Jolie a tenu son rôle en français). Il soulève des questions sur le destin, la responsabilité individuelle face aux choses de notre vie, la résignation pour Ada et Angèle, l’acceptation de la douleur, l’angoisse de la mort inévitable mais rendue plus immédiate pour Maxine dont ce rôle correspond à une épreuve personnelle. Il y a cette effervescence qui caractérise ce milieu de la mode à la fois du côté des mannequins qui s’entraînent dans un couloir à défiler que du travail acharné de Christine (Garance Marillier) pour réaliser la robe que portera Ada. Ce mélange de drames intimes et descriptions de mondes souvent vus artificiellement de l’extérieur par des spectateurs fascinés m’a particulièrement intéressé. Tout cela se termine dans une sorte d’apothéose, Ada qui continue son show malgré la pluie et la tempête qui détruit les tribunes et ne laisse rien que des débris informes. La symbolique est pour moi particulièrement parlante, celle de la solitude face à l’adversité, l’humilité nécessaire face à l’épreuve, la fragilité, la vulnérabilité, la résilience face aux apparences, la vanité des choses humaines...
Alice Winocour, la réalisatrice, a précisé dans une interview que tous ses films naissent d’expériences intimes et qu’elle a elle-même vécu le parcours de Maxine Walker à qui on annonce qu’elle est atteinte d’un cancer. Ce film complète le travail sérieux, de documentation et de réflexion d’Alice Winocour qui ainsi s’inscrit dans un cinéma témoin de son temps.
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