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la feuille volante

Le chat - Un film de Pierre Granier-Deferre

 

La feuille Volante n° 2041– Mars 2026.

 

Le chat – Un film de Pierre Granier-Deferre (1971).

 

Dans les années 70, dans un quartier de banlieue dont les maisons individuelles sont promises à la démolition pour faire place aux barres d’immeubles, les Bouin, un couple de retraités qui n’ont jamais eu d’enfants vit dans l’une d’elles et sont menacés d’expulsion. Lui, Julien (Jean Gabin), est un ancien ouvrier typographe et syndicaliste et elle, Clémence, (Simone Signoret) une ancienne acrobate qu’un accident a rendu boiteuse et donc inapte à son métier, accroc à l’alcool et aux médicaments. Ils vivent ensemble dans cette maison mais ne se parlent pas, chacun vivant sa vie. Naguère, Julien a trouvé un chat auquel il s’est attaché mais que Clémence, par jalousie, s’est mise à le détester et l’a tué. De ce jour ils ne se sont plus adressé la parole.

Dehors, la démolition des vieux pavillons s’accélère, transformant le secteur en bruyants champs de ruines. Ces nombreux chantiers évoquent la déliquescence grandissante de ce couple et le bruit des engins de travaux publics et des effondrements contrastent avec le silence des époux Bouin, eux-mêmes abandonnés dans ce quartier qui se transforme (leur maison est elle-même située dans une voie sans issue, ce qui est plus qu’un symbole). Dans ce huit-clos étouffant nous assistons à la désagrégation d’un couple que la vieillesse, le désamour, les infidélités, les hypocrisies, les épreuves de la vie ont désuni et transformé en haine. Ils se sont sont aimés mais l’amour est comme toutes les choses humaines, il est consomptible et fongible même si, par inconscience ou par défi on veut, au départ, le faire rimer avec « toujours ». Le mariage est sans doute le point de passage plus ou moins obligé des humains et on s’unit par attachement, par obligation, par intérêt, pour fonder une famille ou pour exorciser la solitude. Après vingt cinq années de mariage, ils ne se supportent plus mais refusent le divorce, comme cela se faisait à cette époque. On ne s’aimait plus mais on restait ensemble pour des raisons religieuses, morales, sociales, financières... en remâchant ses erreurs et ses illusions, en sauvant la face et en attendant patiemment que la mort provoque cette séparation tant désirée. C’est elle qui viendra conclure cette mésalliance mais pas vraiment comme on pouvait s’y attendre, entre les remords de Clémence et l’apparent fatalisme résilient de Julien, le geste de ce dernier s’inscrivant entre le rejet du couple et l’équilibre voire l’attachement qui s’était tissé malgré tout entre eux.

 

C’est l’adaptation d’un roman de Georges Simenon, servi magistralement par les deux acteurs principaux, sans oublier Annie Cordy en patronne d’un hôtel de passe, ancienne maîtresse de Julien ainsi que la musique de Philippe Sarde. Il ne faut pas résumer Simenon aux célèbres enquêtes du Commissaire Maigret. Il fut aussi un romancier majeur du XX° siècle, attentif aux relations humaines et sociales dans ce qu’elles ont de conflictuelles, d’injustes et de désespérées. Ce roman nous rappelle que notre destin personnel ressemble ou ressemblera à celui des Bouin. Même si les choses ont changé actuellement, notamment en matière de divorce, je ne peux m’empêcher de penser que les relations entre les êtres sont d’une grande complexité, entre apparences, hypocrisies, mensonges, trahisons et espoir que revivent les vieux mirages, une manière de cacher sa propre solitude. Vraiment un chef-d’œuvre du cinéma français !

 

 

 
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