la feuille volante
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L' exclue - Luigi Pirandello
- Le 30/04/2016
- Dans Littérature italienne
La Feuille Volante n°1038– Mai 2016
L'EXCLUE – Luigi Pirandello. Actes sud.
Traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli.
Rocco Pantàgorra est très malheureux. Il vient de surprendre son épouse en train de lire une lettre de Gregorio Alvignani qu'il soupçonne d'être son amant. Est-il à ce point malheureux en ménage, maladivement jaloux ou victime d'un traditionnel atavisme qui veut que tous les hommes mariés de sa famille soient cocu? Toujours est-il que ses craintes ne sont pas fondées, que son épouse, Marta, est effectivement vertueuse et que la lettre qu'elle lisait était bien innocente et en rien chargée de marques adultères. Pourtant, pour ce pauvre Rocco, la graine de la suspicion s'est sans doute semée dans sa tête ou est-il victime du qu'en dira-t-on, dans cette petite ville italienne traditionnelle et catholique ? Il chasse Marta son épouse qui est en même temps reniée par son père. Après la mort de celui-ci et la faillite de son entreprise, Marta assure la subsistance de sa mère et de sa soeur par un travail d'institutrice qu'elle a réussi à obtenir, mais que sa femme, même répudiée, travaille est insupportable à Rocco. Elle se heurte à la vindicte de cette petite ville, doit faire face aux excès de zèle des notables de sorte qu'elle doit déménager pour Palerme où elle a trouvé un poste d'enseignante.
Ce roman qui est le premier écrit par Pirandello à l'âge de vingt ans se situe en Sicile où l'auteur naquit et passa sa jeunesse. Cette île restera un référence dans toute son œuvre. Il illustre cette grande interrogation sur la vie, l'individu, la société qui est une constante dans sa démarche créatrice. Durant « ce séjour involontaire sur terre » qu'est selon lui la vie, il dénonce cette incommunicabilité, cette incompréhension qui existe entre les hommes et en dénonce l'absurdité. Ce roman souligne le destin paradoxale de cette femme injustement accusée d'adultère et chassée par son mari et qui ne reconquiert son statut social qu'en se livrant effectivement à la faute qu'on lui reprochait. Ici, les femmes sont systématiquement suspectées sans pouvoir véritablement se défendre. Dans son nouveau poste, elle est l'objet de tentatives un peu gauches de séduction de la part de ses collègues masculins autant qu'une surveillance constante de la part de son mari, malgré la répudiation qu'il a lui a imposée. Alvignani, devenu député la retrouve à Palerme et la compromet. Elle est ainsi rattrapée par le malheur. Elle représente la femme exclue parce que victime de cette société conventionnelle et conservatrice qu'elle subit et qui apparaîtra ailleurs dans son œuvre future, une véritable « étrangère »pirandellienne ». Pourtant Marta est lucide face à cette absurdité.
Ce roman publié en 1893(remanié puis publié dans sa version définitive en 1927) porte témoignage des croyances religieuses autant que des conventions sociales qui ont cours dans cette petite ville de Sicile à cette époque. Il comporte également une étude psychologique poussée des personnages qui n'est cependant, et malgré le thème de cet ouvrage, non exempte d'humour voire d'ironie. Un texte bien écrit (bien traduit?), une peinture assez juste et pertinente de l'espèce humaine et un bon moment de lecture.
© Hervé GAUTIER – Mai 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]
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La femme en vert - Arnaldur INDRIDASON
- Le 28/04/2016
- Dans Autres littératures étrangères
La Feuille Volante n°1037– Avril 2016
LA FEMME EN VERT – Arnaldur INDRIDASON – Point.
Traduit de l'islandais par Eric Boury.
Tout ce que les bébés trouvent, ils le portent à leur bouche. Lors d'une fête d'anniversaire, on découvre une fillette en train de mâchonner ce qui se révèle être un os humain trouvé par son frère dans des fondations de futurs maisons d'un quartier de Reykjavík. Le commissaire Erlandur et deux de ses collègues sont chargés de cette enquête pas vraiment riche en indices, juste un squelette là depuis une soixantaine d'années, une maison, jadis propriété d'un commerçant, rasée et la vague indication d'une femmes vêtue de vert, la présence de groseilliers à proximité, la disparition mystérieuse d'une jeune fille peu avant son mariage ! Pour compliquer un peu les choses, les policiers son aidés d'un géologue et d'un archéologue pour dégager le corps, c'est dire le luxe de précautions qui accompagne ce travail, ce qui ne hâte pas vraiment les choses. Les recherches s'éternisent un peu autour de la présence de militaires anglais puis américains dans les environs pendant la guerre, ce qui permet au lecteur d'en apprendre un peu plus sur l'histoire de ce pays. On nous raconte que Reykjavík était au départ une petite ville et qu'à l'endroit où on a trouvé le squelette il y avait des maisons d'été. La ville s'étendant, on a construit sur ces terrains et on a ainsi découvert ces restes humains. L'auteur nous raconte aussi le calvaire d'une femme, battue par son mari violent et qui a vécu ici vers 1937. Cette femme a été courageuse et a accepté sa condition de femme battue et bafouée pour protéger sa fille handicapée et ses deux fils. Nous assistons à la lente destruction d'une famille par un tyran domestique, sadique et pervers. Il y a sans doute un lien entre cette affaire et son enquête à propos du squelette découvert. Mais lequel ?
Ce roman nous apprend à connaître ce commissaire, pas vraiment intéressant, marié très tôt et qui a abandonné très tôt son épouse et ses deux enfants. Il voit rarement son fils et sa fille, Eva-Lind, enceinte et droguée est entre la vie et la mort et bien sûr, il culpabilise même si c'est un peu tard. Il entame ainsi une deuxième enquête, personnelle celle-là, pour en apprendre davantage sur la vie de sa fille et ce qui l'a amenée ainsi au pas de la mort. Il parviendra quand même à parler avec sa fille, de son enquête d'abord et faute de mieux puis petit à petit de son enfance, comme une sorte d'acte de contrition, ce qui nous en apprend un peu plus sur lui. Ainsi l'auteur fait-il une sorte de parallèle entre la famille qui a vécu dans cette maison maintenant détruite et ce qui a secoué celle du commissaire. Cet épisode familial a aussi des répercutions sur les relations qui existent entre les différents membres de l’équipe que dirige le commissaire.
Ce sont donc plusieurs histoires qui s’entremêlent dans ce roman, de nombreux analepses, ce qui le rend un peu difficile à lire et égare un peu l’attention du lecteur à mon avis malgré la tension qu'il entretient tout au long de trois cents pages. C’est un roman policier puisqu’il y a un cadavre ou plutôt un squelette et des investigations diligentées par des enquêteurs mais c'est aussi un roman psychologique et social que j'ai finalement bien aimé.
© Hervé GAUTIER – Avril 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]
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Nature morte - Louise Penny
- Le 17/04/2016
- Dans Littérature anglo-américaine
La Feuille Volante n°1032– Avril 2016
NATURE MORTE– Louise Penny – Actes Sud.
Traduit de l'anglais (Canada) par Michel Saint-Germain.
Three Pines est un petit village québécois bien tranquille où il ne se passe rien. Pourtant un jour d'automne, le dimanche de Thanksgiving, on y retrouve le cadavre de Jane Neal, 76 ans, enseignante à la retraite et peintre du dimanche. Cela a beau être la période, il est rapidement évident que ce n'est pas un accident de chasse. Le plus étonnant est sans doute que le meurtre a été commis avec une flèche qui n'a cependant pas été retrouvée. Jane était bien la dernière personne qu'on aurait voulu assassiner, elle connaissait tout le monde, on l'aimait bien au village et elle dirigeait une association locale liée à l'église anglicane. C'est bien ce que s'est dit l'inspecteur-chef Armand Gamache de la Sûreté du Québec à qui a cette enquête a été confiée. Il est assisté de l’inspecteur Beauvoir et de l'agente Yvette Nichols. Certes, quelques jours avant, il y avait eu une sélection pour une exposition de peinture et une toile de Jane avait fait scandale, mais quand même, on n'exécute pas quelqu'un pour un tableau ! Quoique ! C'est vrai que si elle avait peint tout au long de sa vie, elle n'avait jamais voulu qu'on vît ses œuvres et « Jour de foire », sa toile sélectionnée pour l'exposition, à la fois innocente et naïve dans sa facture, était la première ainsi révélée au public. Elle comportait peut-être un message ? Il y a des investigations policières et tout le village y passe. Le lecteur fait ainsi connaissance de ses habitants entre un couple d'homosexuels, des artistes Clara et Peter, amis de Jane, un rentier, des adolescents … le lecteur pénètrent ainsi leurs secrets intimes mais ils sont tous, aux yeux de Gamache, des suspects potentiels. On soulève des questions d'intérêt, d'héritage, de trahison, de malveillance, de vengeance , bref tout ce que la condition humaine a de plus sordide, avec cette évidence contenue dans l’Évangile de Matthieu X, 36 « On aura pour ennemis les gens de sa famille »
Au long de ce roman, on s'attend à ce que l'auteur de ce meurtre bien mystérieux soit un chasseur étranger à cette commune ou peut-être un enfant du pays. On balance entre l’accident de chasse et un tir intentionnel ou bien encore une vengeance d'adolescents que Jane aurait réprimandés… Certes j'ai apprécié d'en apprendre un peu plus sur les coutumes et le mode de vie québécois, sur cette rivalité ancestrale entre les communautés anglophones et francophones, j'ai goûté l'humour de l'auteure et ses descriptions de la nature mais surtout il m'a semblé qu'il y avait beaucoup de longueurs, des pistes volontairement embrouillées ce qui entretient certes le suspens, mais je me suis un peu ennuyé à la lecture de ce roman. De plus cet inspecter Gamache ne me plaît guère non seulement j'ai eu un peu de mal à suivre son raisonnement mais surtout je n'ai guère apprécié son attitude à l'endroit de l'agente Yvette Nichols, sa subordonnée.
C'est vrai que dans ce petit village tout le monde s'observe et on connaît facilement les secrets de l'autre. La thématique du tableau renfermant un mystère était plutôt une bonne idée, mais je m'attendais à autre chose. Je respecte infiniment le travail d'écriture et de recherche de l'auteur mais j'ai quand même été un peu déçu.
Je voudrais cependant noter la dernière phrase des « remerciements » qui m'a paru émouvante, même si elle n'a rien à voir avec cette intrigue : « Il fut un temps dans ma vie où je n'avais aucun ami, où le téléphone ne sonnait jamais et où j'ai cru mourir de solitude. Aujourd'hui, je sais que la véritable bénédiction n'est pas d'avoir fait publier un livre, mais d'avoir autant de personnes à remercier »
Ce roman a été adapté sous forme d'un téléfilm canadien en 2013.
© Hervé GAUTIER – Avril 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]
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Rosa candida - Audur Ava Ólafsdóttir
- Le 14/04/2016
- Dans Autres littératures étrangères
La Feuille Volante n°1031– Avril 2016
ROSA CANDIDA– Audur Ava Ólafsdóttir -Zulma.
Traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson
Rosa candida c'est le nom d'une rose à huit pétales, à la tige dénuée d'épines. C'est aussi une rare variété de fleurs que la mère de Arnljótur, morte il a quelques années dans un accident de voiture, aimait à cultiver et faisait partager à son fils sa passion pour la jardinage. La vie est bizarre puisque, un soir de fête, dans la serre familiale, Arnljótur fait l'amour à une inconnue qui quelques temps après vient le voir pour lui annoncer qu'elle est enceinte. Pour l'heure il doit se rendre dans un monastère loin de chez lui, dont les moines sont dédiés à l'horticulture et spécialement aux roses. Il y sera un simple jardinier et apprendra la langue du pays, nouvelle pour lui. Un moine cinéphile et un peu alcoolique deviendra son confident.
Il est un peu bizarre ce Arnljótur, se laisser chargé de paternité comme cela, par une inconnue avec qui il a passé une courte nuit d'amour, sans chercher à savoir si l'enfant est de lui. Il semble heureux d'avoir une fille,Flóra Sól, mais ne cherche pas pour autant à vivre avec sa mère ni à se marier avec elle. Ils ne forment pas un vrai couple. Je veux bien qu'il soit ému par les femmes et que la simple rencontre avec l'une d'entre elles le bouleverse, mais quand même ! De son côte Anna, après avoir mis son enfant au monde semble vouloir reprendre sa vie solitaire et ni l'un ni l'autre n'ont cherché à connaître leurs beaux-parents. Seul le père d' Arnljótur paraît heureux d'être grand-père ne serait-ce parce que ce bébé assurera la descendance familiale puisque sont second fils, Joseph, est handicapé mental.
Il est beaucoup question de jeunesse et de vie dans ce roman mais dans le même temps l'idée de la mort et de l'absence est constamment présente. Certes nous sommes tous mortels et nous le savons et cela ne me gêne pas mais ce que je retiens c'est aussi la coté candide, naïf de ce jeune homme qui semble avancer dans sa vie comme un automate. L'arrivée inopinée de sa fille de neuf mois et de sa mère, bouleverse son quotidien puisque la présence de cette enfant ne peut être compatible avec la vie monacale. Il s'adapte cependant et finit par s'habituer et souhaiter que cela dure toute sa vie. Dès lors, j'ai eu l'impression qu'il est victime d’une sorte de dédoublement de la personnalité. D'une part il semble heureux dans sa nouvelle vie un peu égoïste et de l’autre, il veux voir sa fille grandir et souhaite assumer son rôle de père avec enthousiasme. Quant à la mère, elle s'installe avec lui, mais pour un temps seulement, non pour tenir son rôle d'épouse mais surtout pour rédiger son mémoire d'études sur la génétique. Seules semblent compter ses études et sa liberté qui finalement prévaudra.
J'ai lu ce livre sans moi-même, pendant longtemps, savoir quoi en penser, plus intéressé par un épilogue que j'avais du mal à imaginer que par réel intérêt pour cette histoire. Cela m'a paru être le récit banal d'un jeune homme victime de cette jeune fille qui sait ce qu’elle veut et finalement se débarrasse de son enfant et s'en va. Lui accepte cette situation en faisant prévaloir le présent immédiat avec une détermination surréaliste et même complètement irresponsable, sans avoir la moindre idée de l'avenir. Je respecte infiniment le travail de l'auteur, mais je dois dire que je me suis un peu ennuyé à la lecture de ce roman.
© Hervé GAUTIER – Avril 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]
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Testimone inconsapevole - Gianrico Carofiglio
- Le 13/04/2016
- Dans Littérature italienne
La Feuille Volante n°1030– Avril 2016
TESTIMONE INCONSAPEVOLE– Gianrico Carofiglio – Sellerio editore Palermo.
Il n'est pourtant pas un adepte des causes perdues, ce Guido Guerrieri, avocat à Bari, la quarantaine un peu triste. Pourtant ce qui lui arrive en cette années 1999 n'est pas banale. Sa femme vient de le quitter, ses amis lui sont de plus en plus indifférents et son métier l’ennuie. De quoi vraiment être déprimé ! Et pourtant il reçoit la visite d'une jolie femme noire dont le compagnon, un vendeur ambulant sénégalais, Abdou Thiam vient d'être accusé du meurtre d'un jeune garçon. La victime qui a subi des violences a été asphyxiée puis jetée dans un puits. Le témoignage d'un patron de bar est tellement déterminant que l'accusé est condamné d'avance. Et pourtant, il accepte de le défendre, bien qu'il soit au 36 iem dessous et qu’il combatte comme il peut cette dépression avec du café, des cigarette et même de l'alcool ! Il se fera un point d’honneur à défendre ce pauvre homme, même si au départ il se demande bien comment il va faire. Son talent pourtant lui soufflera une brillante plaidoirie au terme de laquelle il réussira à insinuer le doute dans l'esprit des juges et des jurés. Il ne se doute pourtant pas que cet épisode va bouleverser sa vie et lui redonner envie de plaider et de vivre tout simplement.
Il me plaît bien ce Guido, un peu désabusé mais combatif quand même dans son retour à la vie avec l'aide, il est vrai, de quelques femmes qui le fascinent, anciennes connaissances ou simples passantes. Il est seul contre tous et fait ce qu'il peut, entre racisme, fragilité du témoignage et insuffisances de l'enquête, pour arracher Abdul aux griffes de la justice qui semble avoir tout décidé d’avance. Il promène sur le monde qui l'entoure un regard pudique et même un peu blasé.
Même s’il peine un peu au départ, ce roman est bien construit, rédigé avec beaucoup d'humour, mais ce n'est pas vraiment un policier, un « giallo » comme disent nos amis italiens. Ce serait plutôt un « roman judiciaire » si ce concept d'écriture existe. Il y a bien une enquête, mais elle est menée par cet avocat et le livre regorge d'actes de procédures et d’articles du code pénal italien. Normal, l'auteur est lui-même magistrat.
Ce roman est connu en France sous le titre « Témoin involontaire », paru en 2007.
Je noterai avec plaisir la couverture de cet ouvrage qui reproduit un tableau d'Edward Hopper, un peintre américain que j'apprécie tout particulièrement.
Il s'agit là du premier roman de Gianrico Carofiglio, auteur dont je poursuivrai assurément l'exploration de l’œuvre.
© Hervé GAUTIER – Avril 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]
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l'énigme du clou chinois - Robert Van Gulik
- Le 24/03/2016
- Dans Autres littératures étrangères
La Feuille Volante n°1025– Mars 2016 ans
l'énigme du clou chinois - Robert Van Gulik– 10/18
Traduit de l’anglais par Anne Duchanet, Roger Guerbet et Jos Simons
A peine installé dans la ville de Pei-Tcheou, proche de la frontière tartare, le juge Ti est confronté à la disparition d'une jeune fille dont on se demande si elle a été enlevée, assassinée ou s'il ne s'agit que d'une simple escapade amoureuse. Puis c'est la découverte du cadavre d'une jeune femme, décapitée dans la chambre conjugale. Entre accusations, disparition suspecte et solide alibi du mari, l'affaire s'annonce mal. Enfin, un célèbre champion de boxe est retrouvé empoisonné dans un établissement de bains où il avait ses habitudes ; des bouts de carton formant un puzzle, une voix de femme et un surnom aideront Ti a élucider cette affaire. Cette région inhospitalière favorise largement la pratique de la sorcellerie, du mystère et de la violence
J'avais l'habitude de lire les aventures de ce magistrat à la fois intègre et fort talentueux qui a, sa vie durant, déployé de louables efforts au service de l’État, sous la plume de Frédéric Lenormand. Cette chronique s'en est très souvent fait l'écho. Cette fois c'est Robert Van Gulik (1910-1967), ambassadeur mais aussi fin lettré, sinologue érudit et homme de Lettres hollandais qui nous fait partager des épisodes de la vie de cet authentique fonctionnaire chinois, Ti Jen-tsie (630-700), dont la carrière se déroula sous la dynastie des Tang, dans différentes villes de province pour se terminer dans la Capitale en qualité président de la Cour Métropolitaine de Justice. Ce roman nous montre un juge mais aussi un homme habité de sentiments pour une femme qui n'est pas la sienne mais que sa fonction officielle rend solitaire. De mes lectures précédentes, j'ai retiré l'impression d'un juge omnipotent, craint de ses administrés et quasiment infaillible. Le magistrat de cette époque détenait en effet une sorte de pouvoir absolu puisqu'il représentait et appliquait la loi, mais cette dernière ne lui conférait aucune immunité puisqu’elle prévoyait que toute personne (lui y compris) ayant accusé à tort quelqu'un d'autre devrait subir le châtiment de la personne injustement poursuivie. En outre la culte des ancêtres était, chez les Chinois de cette époque, une obligation religieuse à laquelle nul ne pouvait se soustraire et la non-observance des préceptes légaux était lourdement punie. La vie sexuelle des hommes avant la mariage faisait l'objet d'une grande tolérance, mais il n'était pas question de consommation avant la cérémonie elle-même entre les deux futurs époux.
Ce recueil policier est donc ainsi l'occasion d'en connaître davantage sur la civilisation chinoise de cette époque, sur son système judiciaire et pénal, un simple manque de respect pour la Cour étant, par exemple, punis de coups de fouet. Les faits rapportés sont réels mais pas forcément traités par Ti lui-même. En tout cas, les personnages de Van Gulik sont ceux des romans policiers chinois traditionnels : le juge , ses sbires, les prêtres, les lettrés, les brigands ... C'est un réel dépaysement culturel et un bon moment de lecture.
© Hervé GAUTIER – Mars 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]
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L'INCONTRO - Michela Murgia
- Le 13/03/2016
- Dans Littérature italienne
La Feuille Volante n°1022– Mars 2016
L'INCONTRO - Michela Murgia - Einaudi.
C'est un court roman, lu en italien et parfois à haute voix pour la musicalité et le beauté de la langue. [pour moi la découverte de l'italien est passionnante mais un peu laborieuse]
C'est l’histoire d'un petit village sarde de pécheurs et de paysans, Crabras, lieu fictif qui est en réalité Cabras, lieu de naissance de l'auteure, qui est est basée sur des souvenirs d'enfance. Le petit Maurizio, dix ans, fils unique, qui à l'habitude de la solitude chez ses parents, passe ses vacances d'été à Cabras chez ses grands-parents. Ce lieu est célèbre pour les nombreuses cérémonies en l'honneur des saints. Avec le temps et grâce aux jeux, Maurizio sympathise avec d'autres garçons de son âge, Julio et Franco qui lui apprennent à manier la fronde et ils se livrent ensemble à pas mal d'autres gamineries qui sont autant de moments de liberté, de jeux dans la rue, de découvertes et autres occasions d’écouter les histoires terrorisantes des vieux. C'est surtout pour lui, livré d'ordinaire à la solitude, l'occasion d'abandonner le « je » pour le « nous ». La vie tranquille du village est soudain bouleversée par une décision inattendue de l’évêque de créer une nouvelle paroisse, avec évidemment l'arrivée d'un nouveau curé. Il incombe donc aux deux nouvelles communautés de réaliser une partition et une organisation correctes mais ce n'est guère facile. Les enfants eux-mêmes sont de la partie et des rivalités se créent au sein du groupe puisque chaque garçon est aussi un enfant de chœur. Le jour de pâques, la procession traditionnelle se termine sur la place centrale du village par la rencontre de la statue de Jésus et celle de Marie, mais le paradoxe est qu'on assiste à deux défilés distincts, avec quatre statues ! Tel est le thème de ce roman qui trouvera un épilogue inattendu.
C'est une Sardaigne oubliée qui revit sous la plume de l'auteure, un lieu figé dans le temps. C'est aussi, il faut bien le dire, une histoire de bondieuserie un peu absurde des années 1980 où ce petit village d'un autre temps vit entre dieu et diable. Il se serait sans doute bien passé de cette décision un peu absurde de l'évêque qui va bouleverser la torpeur du lieu mais réveiller une querelle de clochers où les deux curés ne vont pas manquer de rivaliser. Ainsi va-t-on assister, pour authentifier cette coupure, à l’émergence d'un pronom quasiment inconnu jusqu’alors : « eux », ceux de l'autre paroisse. C'est aussi une histoire d'amitié d'enfance à l'épreuve des décisions prises par les adultes. Comment en effet répartir les enfants de chœur dans les deux nouvelles paroisses ? C'est pourtant eux, les enfants, qui auront le dernier mot.C'est aussi une sorte de critique ironique des hommes d’église qui ne montrent guère l' exemple de paix mais au contraire sont présentés ici comme bien plus préoccupés par le pouvoir et les apparences.
Ce roman, inspiré d'une histoire vraie, a été publié en français en 2013 , sous le titre de « La guerre des saints ». l'auteure m'était jusqu’à présent inconnue.
© Hervé GAUTIER – Mars 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]
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Comment voyager avec un saumon - Umberto Eco
- Le 06/03/2016
- Dans Littérature italienne
La Feuille Volante n°1021– Mars 2016
Comment voyager avec un saumon – Umberto Eco – Grasset.
Traduit de l’italien par Myriam Bouzaher.
C'est un peu un voyage en « absurdie » auquel nous convie l’auteur à travers ces nombreux récits publiés tout au long de sa carrière. Il le fait sur le mode de la parodie dont il dit lui-même « qu’elle ne doit jamais craindre d’exagérer » mais qui doit rester un divertissement. Mais il ne convient pas de s'arrêter là et le lecteur se doit de lire ces textes comme ils ont été écrits, c'est à dire sous le coup de l'indignation surtout quand celle-ci dénonce la bêtise dont Eco nous rappelle « qu'elle est la chose du monde la mieux partagée ». Il pense en effet (et n'a sûrement pas tort) que la bêtise nous submerge jusque dans notre quotidien. Ainsi prend-il un malin plaisir à la décrire pour mieux l'analyser jusqu'à en goûter la subtilité, et de noter « La stupidité des autres nous indigne et le seul moyen de ne pas y réagir stupidement est de la décrire en savourant la subtilité de sa trame » . Tout cela bien sûr passe sous les fourches caudines de la traduction dont nous savons qu'elle est aussi parfois une trahison. Passer d'une langue et d'une culture à l'autre est aussi un divertissement en ce sens qu'il faut parfois réinventer un nouveau texte, faire quasiment une recréation, tout en respectant l'esprit du texte initial, le diable se cachant comme toujours dans le détail.
C'est donc un regard à la fois aiguisé mais aussi un peu facétieux que l’auteur porte sur le monde contemporain, montrant que son côté irrationnel n'est pas réservé à la fiction où l’imagination de l’auteur s'en donne à cœur-joie. Le quotidien nous réserve aussi pas mal de surprises et pas seulement quand on déjeune dans un avion ou qu'on traîne une valise à roulettes. Il donne libre court à son style jubilatoire où le lecteur verra sans doute un peu de malice voire une once de mauvaise foi, mais peu importe, on lui pardonne volontiers car il nous invite à rire de cela, voire de tout, et qu'en ce bas-monde et surtout dans notre société déboussolée, le rire est plutôt salutaire.
Il ne peut s'empêcher de collationner en un catalogue un peu surréaliste tout ce que notre sacro-sainte société de consommation nous offre pour un prix dépassant souvent le raisonnable… et qui ne sert à rien. Il n'oublie pas non plus ces inventions qui sont censées nous simplifier la vie mais qui bien souvent nous la compliquent. On en vient à se poser des questions sur leurs concepteurs en s'interrogeant sur le fait qu'ils n'ont pas dû les tester eux-mêmes, où alors c’est grave ! Rassurons-nous, nous avons les mêmes en France, ce n'est pas le privilège de l'Italie. Il passe rapidement sur la lecture des rubriques de « contre-indications » qui accompagnent les médicaments. De quoi vous faire préférer de supporter votre maladie, même si vous devez en mourir.
En général, j'aime lire Umberto Eco, malheureusement ici, au fil des pages, je me suis lassé et si le début m'a paru intéressant, j'ai continué à lire la suite parce qu'il m'a semblé que refermer le livre serait faire insulte à l'auteur (en règle générale je pratique ce genre de respect). Il m'a en effet paru fort inégal. Quand il choisit de nous livrer des épisodes de sa vie, cela peut être passionnant surtout s'il le fait avec sa verve habituelle, mais quand même ! Je ne parle pas des histoires qu'il invente autour des ordinateurs et de leur supposée parenté avec une religion ou de ses recherches sexuelles vaines sur le web ainsi que toutes les arnaques dont notre belle société à le secret. De même ses ratiocinations sur la transmission des virus et des bactéries ou sa version revisitée du « Petit chaperon rouge ». Quant à pénétrer les arcanes de la « Cacopédie », sauf à être malencontreusement passé à côte d'un chef-d’œuvre, j'avoue que je n'ai pas compris grand-chose.
Franchement je m'attendais à autre chose et je suis donc un peu déçu.
© Hervé GAUTIER – Mars 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]