la feuille volante

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  • QUAND MARJAN EST EN TRAIN – MARJAN-ARFOLL.

    N°185

    Juillet 1999

     

     

     

     

     

    QUAND MARJAN EST EN TRAIN – MARJAN-ARFOLL.

     

     

    Nous avons tous dans le cœur le sifflet d’un chef de gare, la ouate blanche et enveloppante d’une machine à vapeur, un inconfortable compartiment de 3° classe  et un drapeau rouge qui s’agite sur un quai de gare…

     

    De nouveau, dans cette édition «hors commerce », Arfoll se fait le complice de Marjan dont il est désormais l’illustrateur attitré et inspiré. L’un et l’autre donnent à voir par la plume, chacun dans son style, l’idée qu’ils se font des «chemins de fer ».

     

    C’est vrai que le train est un lieu privilégié pour la rencontre des gens. On y croise des regards, des conversations s’engagent, des idylles se nouent parfois, mais le train reste un lieu magique, plein de poésie et de mystères, à la fois une invitation au voyage et la découverte de l’inconnu…

     

    Par les fenêtres, on découvre des paysages et le tangage des boggies invite au sommeil et donc au rêve. On rêve assurément davantage dans un train, à la fois éveillé et assoupi et chaque gare est une étape, un nom sur une carte, parfois gravé dans l’émail bleu d’un panneau, un lieu de rencontre et de vie …

     

    Les trains évoqués ici ne doivent rien à l’ambiance souple des T.G.V. Ce sont plutôt ceux des mécaniciens au visage noirci par le charbon, du tender plein de blocs d’anthracite, de la locomotive qui sifflait à chaque passage à niveau… Toutes ces images appartiennent désormais au passé, mais revivent dans ce recueil , avec, pour témoin privilégié le chat dont Arfoll a fait depuis longtemps son personnage fétiche.

     

    Tout cela finalement est bien, car à chaque fois que mon chemin croise celui d’une gare, il me vient toujours à l’esprit cette parole d’Apollinaire : « Crains qu’un train ne t’émeuve pas ».

     

     

    Notes personnelles de lecture ©Hervé GAUTIER

    Photocopie gratuite - Correspondance privée http://www.hervgautier.e-monsite.com

  • ENCORE MARJAN...TOUJOURS MARJAN ET C'EST EPATANT!


     

    Juin 1997 n°192.


     


     

    ENCORE MARJAN...TOUJOURS MARJAN ET C'EST EPATANT!

    (Illustrations d'Arfoll)


     

    Marjan, nous le savons, porte sur le monde le regard mi-amusé, mi amer de celui qui a compris la règle du jeu de cette existence mais qui n'a pas voulu donner complètement dans la réussite telle qu'on l'entend actuellement. Elle est surtout assise sur la mise en valeur de la personne et du parcours professionnel même si pour cela il faut sacrifier ses semblables, ses concurrents...


     

    La société humaine offre un spectacle d'exception pour qui sait l'observer. L'art et tout spécialement l'écrit en ont toujours été le reflet. Il permet d'en dénoncer les travers, d'appuyer sur le trait ou de rendre compte d'un moment d'exception. C'est un moyen privilégié de dénoncer les paradoxes, les insuffisances, les injustices d'une société qu'on se plaît à qualifier de civilisée.

    Je l'ai déjà abondamment dit dans cette feuille, notre ami a choisi l'humour pour porter témoignage du regard qu'il pose sur la condition humaine. C'est sa manière à lui de sourire de cette vie qui ne nous en donne que bien peu l'occasion. Chacun voit les choses à sa manière même si les colonnes de nos journaux sont pleines chaque jour d'informations qui nous font douter de la beauté de la vie.

    On a beaucoup écrit sur l'humour, sur son aspect léger voire dérisoire. Il s'est trouvé des gens pour souligner sa volonté de donner à rire à tout prix de ce monde en occultant les vrais problèmes. C'est vrai et c'est cela aussi l'humour, un simple jeu sur les mots ou sur des situations inattendues qui interviennent dans notre vie comme autant de clins d’œil. Dire que l'humour de Marjan exclurait cela serait assurément voir ses écrits tels qu'ils ne sont pas toujours. Oui l'humour c'est aussi quelque chose de drôle, l'occasion qu'on se donne de dire les choses différemment avec davantage de liberté, d'être davantage primesautier. Il ne faut pas s'en priver. Les textes de ce recueil attestent de ce "parti d'en rire". Les marjaneries savent aussi être cela.

    Je le dis d'autant plus volontiers que dans ce recueil c'est un peu ce qui transparaît et qui est souligné par les dessins d'Arfoll dont le personnage favori, le chat, sait à merveille illustrer les situations évoquées dans les textes. Cette collaboration spontanée du dessinateur et du poète enrichit la démarche créatrice, lui donne une dimension visuelle qui n'est pas inutile. Certes de recueil en recueil les deux auteurs donnent à voir, l'un inspirant l'autre, ce voyage commencé il y a bien des années dans cette société humaine qui finalement semble les amuser.


     

    L'amitié et l'intérêt qu'Arfoll porte à Marjan se manifeste depuis de nombreux mois par ces ouvrages. Ils sont à l'instigation de l'illustrateur et l'auteur des textes confesse volontiers qu'il n'est pour rien dans ce choix. Il se contente seulement d'enrichir sa bibliographie d'un nouveau titre et ce n'est déjà pas si mal.

    Il est vrai que c'est bien son tour, lui qui pendant si longtemps a publié les autres. C'est aussi bien dans son style puisque chaque recueil est diffusé gratuitement dans ses correspondances amicales. Eux aussi sont "Hors commerce" puisqu'il est établi depuis longtemps pour lui que la poésie doit se donner. La forme volontairement dépouillée de la présentation va également dans ce sens.


     

    Dans le combat du poète pour faire connaître ses propres textes, les revues tiennent une grande place. Elles permettent cette diffusion peu onéreuse qui précédera peut-être une édition personnalisée. L'attachement que peut avoir un poète à une revue ou cette dernière à un auteur se traduit souvent par la publication de nombre de ses créations. Marjan a bien entendu collaboré et collabore encore à beaucoup d'entre elles. Ses poèmes qui y sont largement publiés reviennent souvent et il est donc loisible au lecteur d'en prendre connaissance et de les apprécier. C'est à cette source qu'Arfoll puise la matière "textuelle" de ses éditions amicales. C'est peut-être un peu dommage car les poèmes qui y sont repris, pour être intéressants n'en sont pas moins connus et parfois déjà publiés dans d'autres recueils.


     

    Dans sa longue "carrière" notre ami a bien entendu beaucoup écrit et ce d'autant que sa manière de s'exprimer doit beaucoup à la concision. Il détient donc chez lui de nombreux poèmes anciens qui seraient utilement révélés lors de prochaines éditions amicales d'Arfoll. Je laisse les futurs titres à son imagination débordante qui s'est déjà si bien manifestée et ce d'autant que le pseudonyme du poète se prête facilement au calembour.

    C'est une idée du partage qui me plairait bien car moi aussi je souscris à cette affirmation "Encore Marjan, toujours Marjan et c'est épatant!"


     

    (c) Hervé GAUTIER

  • TSUBAKI (Le poids des secrets 1)- AKI SHIMAZAKI

    N°718 – Janvier 2014.

    TSUBAKI (Le poids des secrets 1)- AKI SHIMAZAKI – Actes sud

     

    Juste avant de mourir et pour la première fois, une grand-mère japonaise, Yukiko, accepte de parler à son petit-fils de la guerre qui a exterminé le Japon. Elle est en effet la survivante des bombardements d' Hiroshima et de Nagasaki. Elle avait toujours gardé le silence sur cet épisode de sa vie pendant lequel son père et son grand-père ont été tués. Sa mère s'était mariée comme on le fait dans la société japonaise et était venue s'installer avec sa famille à Nagasaki alors qu'elle était originaire de Tokyo. Avec son mari ils avaient eu une fille, Yukiko qui découvre un peu par hasard qu'elle a un demi-frère. Son père a en effet eu, avant de se marier, une liaison avec une orpheline qu'il n'a pu épouser à cause des convenances familiales et avec qui il a eu un fils, Yukio. Cette orpheline s'est elle-même mariée ensuite avec un autre homme qui a reconnu Yukio. En venant s'établir à Nagasaki, le père de Yukiko a choisi de retrouver cette femme et de vivre avec elle une liaison amoureuse malgré sa famille. C'est ce que découvre sa fille. De plus Yukiko rencontre Yukio et les deux enfants tombent amoureux l'un de l'autre mais doivent se séparer à cause de leur parenté. Bouleversée par la trahison paternelle Yukiko décide d'empoisonner son père qui meurt le jour du bombardement de Nagasaki. Sa mère qui n'était pas présente à Nagasaki lors du largage de la bombe est morte cinq ans après le bombardement d'une leucémie. Elle était restée seule près la mort de son époux. A la mort de Yukiko, sa fille, Namiko, apprend l'existence de Yukio, son oncle, alors que sa mère lui avait toujours dit être une fille unique. Il est maintenant un homme âgé qu'elle rencontre à la fin.

     

    C'est une histoire un peu compliquée qui mêle les générations mais c'est aussi celle d'amours contrariées d’adolescents, d'un adultère, des mensonges du père, de sa responsabilité dans la déliquescence de sa propre famille et la révélation d'un meurtre. La faute du père est d'autant plus grave qu'elle met un terme à l'amour authentique de deux enfants qui n'y sont pour rien. Le poids de ces secrets de famille est exprimés par les paroles de la grand-mère « Il y a des cruautés qu'on n'oublie jamais. Pour moi ce n'est pas la guerre ni la bombe atomique », une manière de dire que nul n'échappe à son destin.

    C'est donc un bref roman où le parfum du camélia (Tsubaki) se mêle au cyanure mais ce n'est pas pour autant un roman policier. Bien qu'il s'agisse d'une saga, on y trouve peu de renseignements sur la société japonaise de l'époque à l'exception des règles régissant le mariage mais en revanche je note une analyse pertinente de ces événements historiques. Je ne sais pas si c'est à cause du style assez quelconque ou de l'histoire, mais je ne suis pas entré dans ce roman que j'ai cependant lu jusqu'à la fin.

    ©Hervé GAUTIER – Janvier 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

  • LE PIGEON- Patrick SÜSKIND

    N°716 – Janvier 2014.

    LE PIGEON- Patrick SÜSKIND – FAYARD.(1987)

    (Traduction de l'allemand par Bernard Lortholary).

     

    Tout est médiocre chez Jonathan Noël, son emploi actuel de vigile dans une banque, sa jeunesse sans joie séparée de sa mère déportée dans un camp de concentration et de son père lui aussi disparu, sa vie d'enfant recueilli par un oncle, caché pendant la durée de la guerre puis employé comme travailleur agricole. Plus tard, en 1953, il fut sommé par ce parent de s'engager pour combattre en Indochine, ce qu’il fit docilement. Ce furent trois années tristes au terme desquelles il apprit que sa sœur aussi avait disparu. A son retour, cet oncle tyrannique exigea qu’il épouse une jeune fille qu'il n'avait jamais vue, ce qu'il accepta, pensant trouver enfin le bonheur et le calme. Las, elle était enceinte d'un autre avec qui elle partit. La seule chance qu'il eut fut de trouver près de la banque parisienne où il travaillait, un petit chambre de bonne sans confort au sixième étage d'une maison bourgeoise où d'emblée il se trouva bien et qu'il aménagea à son goût. Bien des années plus tard, alors qu'il est maintenant près de la retraite, il va l'acheter pour y être complètement chez lui. C'est donc un être rangé et solitaire qui vit au jour le jour depuis longtemps sans trop se poser de questions et surtout en évitant le plus possible les relations avec les autres hommes[« De toutes ces péripéties, Jonathan Noël tira la conclusion qu’on ne pouvait se fier aux humains et qu'on ne saurait vivre en paix qu'en les tenant à l'écart »]. Lui qui n'a pas vraiment eu de femme dans sa vie, sa petite chambre est « sa maîtresse car elle l’accueille tendrement en elle ».

     

    Lui qui, d'ordinaire prenait soins de ne rencontrer personne quand il sortait de sa chambre tombe dans le couloir, un matin, nez à nez avec un pigeon. Cette rencontre fortuite le bouleverse au point que, dans son travail, il commet pour la première fois quelques étourderies dans son service, déchire son pantalon, événements sans importance mais qui, à ses yeux, prennent la dimension d'un drame puisqu'il se croit fini. Il envie même le clochard qui lui vit en liberté et sans aucune contrainte ; il en conçoit une véritable admiration lui pour qui la vie n'est qu’obéissance, qu'apparences, que subordination, que déférence. Alors qu'il a largement passé la cinquantaine et qu'il devrait pouvoir relativiser bien des choses de la vie, la rencontre avec ce pigeon le perturbe tellement qu'il va jusqu’à dormir à l'hôtel pour ne pas avoir à le rencontrer de nouveau, passe une nuit tourmentée qu'un orage d'été va venir inopportunément troubler en faisant revivre des souvenirs douloureux de son enfance. Il parvient cependant a surmonter cette épreuve, rentre chez lui pour constater que le pigeon a disparu, ce qui l'apaise. Bizarrement, cet être tourmenté revit son enfance mais celle d'avant la disparition de sa mère et éprouve un plaisir puéril à patauger dans les flaques d'eau. C'est un peu comme si l 'orage en éclatant l'avait délivré de ses phobies.

     

    Voilà donc l'histoire apparemment sans relief de cet homme. Il m’apparaît qu'elle illustre une sorte de phobie des êtres humains, pas forcement de la vie qui s’arrêtera un jour, mais de ses semblables qui ne lui ont réservé que des déboires et qui sont la vraie source de tous ses malheurs. Sa vie qu'il a organisée lui-même et qui est volontairement en retrait du monde extérieur ne peut même pas s’accommoder de la présence d'un pauvre volatil arrivé là par hasard et qui provoque chez lui une véritable angoisse. Il y a toute une symbolique dans ce personnage à la fois lié à une divinité chrétienne par son nom et son prénom et par la vie quasi-monacale qu'il mène. Comme un ascète ou un mystique, il voit dans ce pigeon bien innocent qui intervient dans sa vie si bien réglée la personnalisation du mal au point qu'il la bouleverse. Il vit volontairement coupé des autres mais les humains ne lui sont pour autant pas étrangers puisqu’ils l'observent et en est conscient. A cet égard, le spectacle du clochard lui inspire une sorte d’injustice puisqu'il vit sans contrainte alors que lui qui a fait toute sa vie son devoir d'état vit un véritable malaise puisqu'un simple pigeon est capable de venir troubler un équilibre décidément bien précaire. La thématique de l’œil, celui du pigeon (« Cet œil, un petit disque rond, brun avec un point noir au centre était effrayant à voir... C'était un œil sans regard. Et il fixait Jonathan ») mais aussi celui de la couturière grossi par ses lunettes en est la marque. Même s'il refuse le monde des humains Jonathan Noël en fait cependant partie. Non seulement il doit travailler pour vivre mais aussi il a avec lui un minimum de contacts inévitables. Il partage avec la race humaine qu'il fuit des caractéristiques et pourtant il est seul au point de n'échanger que peu de mots avec la concierge et surtout de se parler à lui-même, à la deuxième personne.

     

    Les déjections en sont une marque qu'il retrouve dans la saleté apparente du pigeon, celles des matières fécales de l'oiseau mais aussi celles du clochard (alors qu'il avait éprouvé une certaine attirance pour sa vie libre, dès lors qu'il l'a vu déféquer en pleine rue, il en a conçu du dégoût, du mépris et de la pitié) et même la répulsion qu'il éprouve face à sa propre urine rappellent aussi la décomposition, la vieillesse et la mort qui nous attend tous. Dans cette chambre qui a les dimension d'un cercueil, il songe au suicide

     

    Ce récit est une méditation sur la vie qui n'est pas aussi belle que tous ceux à qui elle a souri veulent bien le proclamer, sur la fragilité du bonheur patiemment et même égoïstement tissé et peut-être aussi de l’être humain. La réaffirmation que les autres (et bien souvent nos proches qui sont bien plus à même de pratiquer la trahison et l'hypocrisie) sont trop souvent la source de nos maux peut paraître un truisme mais, à mon sens, il n'est pas inutile de le rappeler et de l'illustrer ainsi par une histoire romancée.

     

    Cette chronique s'est déjà intéressé à l’œuvre de Süskin (La Feuille Volante n° 157 à propos de « La contrebasse » et n°159 à propos du «Parfum »). Cela a toujours été une intéressante invitation à la réflexion.

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Janvier 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

  • Un combat et autres récits - Patrick SÜSKIND

    N°717 – Janvier 2014.

    Un combat et autres récits Patrick SÜSKIND – FAYARD.(1996)

    (Traduction de l'allemand par Bernard Lortholary).

     

    Composer un recueil de nouvelles n'est pas une chose facile si on veut respecter un thème commun à tous les textes écrits le plus souvent à des périodes différentes et sous l'emprise d’une inspiration passagère mais suffisamment émouvante pour donner naissance à un récit qui va relater des faits réels ou évoquer sous couvert d'une fiction une obsession de l'auteur. L'écriture a ce pouvoir exceptionnel de transcender les désagréments petits ou grands de la vie, deuils, douleurs, bouleversements, visions furtives ou d'enjoliver un moment apparemment anodin. Des mots sur les maux mais aussi sur les émotions instantanées ou durables. Je préfère pour ma part cette explication à une littérature « alimentaire » qui suscite chez le lecteur davantage le négoce que l'intérêt émotionnel, le désir de durer, d'occuper le terrain médiatique... mais c'est là un autre débat.

     

    Le livre refermé, ce que je retiens de ce recueil c'est la détresse ressentie par les différents personnages face à un événement de leur vie à une prise de conscience intérieure face à une agression extérieure bien souvent gratuite et volontairement blessante. Elle détruit celui qui en est l'objet et la rumeur, l'habitude délétère et grégaire se chargent de lui donner de l'ampleur en attendant les conséquences. Dans le premier texte, une jeune artiste pleine de talent et d'avenir est en butte à un critique qui lui reproche, l'air de rien son « manque de profondeur ». Je ne dirai jamais assez qu'il faut se méfier des critiques qui sont souvent des créateur ratés ou incapable de vraiment s’exprimer autrement qu'en stigmatisant les tentatives des autres. Et puis qu'est ce que la profondeur dans une œuvre ? On peut en discuter à l'infini et le succès en matière artistique est une chose fluctuante et assez irrationnelle. Bref cette jeune femme qui aurait pu développer son art en laissant une trace derrière elle et sa marque en ce monde, se trouve confrontée à cette observation qui, prise en compte par le plus grand nombre finit par la détruire. Le poison subtil de cette appréciation apparemment anodine se répand autour d'elle, lui colle à la peau, fait partie de sa vie au point qu'elle finit elle-même par se convaincre de sa pertinence. Après bien des années de lutte elle deviendra elle-même l'artisan de sa propre perte et il ne manquera pas de gens, ceux-là même qui s'en faisaient l'écho et l'ont laissé de débattre seule, pour le regretter... et passer à autre chose. On m’objectera que, de toutes façons les artistes vivent bien souvent hors du monde et passent leur temps à détruite leur vie, meurent bien souvent par suicide. Je ne peux pas ne pas voir là cette volonté de détruire ses semblables qui est inhérent à la race humaine.

     

    Cette obsession est aussi présente dans le deuxième texte où un orfèvre du XVIII° siècle prend conscience par hasard de l'importance des coquillages dans sa vie, de leur faculté de se transformer en fossiles avec le temps et les éléments au point que la mort le saisit transformé en statue de pierre. Ce qui au départ n'était qu'une simple constatation, la découverte d'un socle de pierre qui, dans son parc empêchait les roses de pousser, devient pour lui une hantise personnelle qui, pour cette fois, ne doit rien à ses contemporains. Il s'agit sans doute d'un fantasme longtemps refoulé qui trouve ici l'occasion de s'actualiser, d’une notion philosophique qui prend soudain une dimension théologique. Même si la fin n'est ici que fictive, la certitude reste évidente : les idées personnelles qui guident notre vie peuvent parfaitement la détruire et la mort est là aussi au bout du chemin.

     

    Quoiqu’il en soit, cet homme est seul comme celui qui, dans le dernier texte prend soudain conscience que sa mémoire lui manque, qu'il se révèle de plus en plus incapable de fixer le passé dans son cerveau et d'en conserver la trace. Cette perte de mémoire est l'apanage de la vieillesse même si, pour lui elle est prématurée. Seuls aussi ces deux joueurs d'échec, l'un face à l'autre, Jean, le vieux matador, méthodique et prudent face à un plus jeune, impétueux et imprévisible, avec en toile de fond les spectateurs parfois circonspects mais surtout avides de sensations et peu avares de commentaires. L'un perdra et se retirera en montrant le dédain du vaincu, l'autre gagnera avec son habituelle facilité mais avec des regrets quand même de n'avoir pas été assez rapide, assez décisif dans ce jeu. Lui aussi vieillissait, perdait de sa superbe. Il aurait voulu trouver en ce jeune homme son maître, pour lui passer le flambeau de la victoire qui faisait depuis si longtemps partie de son personnage et qu'il avait de plus en plus de mal à porter. C'était raté et cette fois il avait vaincu sans vraiment mener de combat comme il les aime, cela l’écœurait presque et son public aussi ressentait cela en l'abandonnant à son destin de champion. Sa décision était donc sans appel, il vaincrait à sa manière la solitude angoissante du joueur d’échec en se consacrant au jeu de boules qui au moins avait l'avantage d'être convivial et moins gourmand en états d'âme.

     

    Ce sont donc des nouvelles angoissantes où la détresse se lit à chaque page. Une image de la vie finalement.

     

     

     

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Janvier 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

  • LE CHEVALIER A L'ARMURE ROUILLEE – Robert Fischer

    N°715 – Janvier 2014.

    LE CHEVALIER A L'ARMURE ROUILLEE – Robert Fischer – Ambre Éditions.

    (Traduction de Béatrice Petit).

     

    Quand j'ai choisi ce livre, j'avais dans la tête, je ne sais pourquoi, le poème d’Edgar Poe, « Eldorado », à cause du chevalier sans doute et aussi de son éternelle quête, comme s'il devait être le seul à chercher quelque chose et aussi le seul à être dépositaire des valeurs traditionnelles véhiculées par la littérature. Celui de ce roman n'a pas échappé à la règle. Comme il est chevalier il se doit d'être « bon, gentil et plein d'amour » et c'est effectivement ce qu'il est, enfin, c'est le rôle qu’il veut jouer puisqu’il ne conçoit pas que les choses puissent être autrement. Il est donc toujours là, répond à cet appel intérieur quand il y a un dragon à tuer, une guerre à faire ou des jeunes filles à sauver. Il est toujours prêt à partir en croisade pour en découdre avec un ennemi nécessairement mauvais, quant aux jeunes filles, que cela leur plaise ou non, il les sauve, tant pis pour elles ! Comme tout bon chevalier, il possède un cheval et bien entendu une armure grâce à laquelle il est célèbre et qui brille. Il était donc normal qu'il rêvât de devenir le premier chevalier du royaume et, pour être à la hauteur de sa légende qu'il a lui-même tissée, il est toujours disponible ! Mais cette disponibilité l'a coupé de sa propre famille, de sa femme et de son fils au point qu'il ne leur parlait plus et qu'il s'enfermait dans cette fameuse armure au point de s'y recroqueviller et ce qui devait arriver arriva c'est à dire qu'il ne put plus la retirer, que la visière du heaume ne put plus s'ouvrir et que l’alimentation quotidienne devenait un véritable problème.

    Il lui fallait donc faire quelque chose puisque, au lieu d'être un rempart, cette armure devenait une véritable prison pour lui. Comme nous sommes dans un conte, il va donc devenir un chevalier errant et se met en quête d'un sauveur. Bien entendu il croise un château mystérieux aux portes d'or, un miroir compatissant, un bouffon facétieux, des animaux qui parlent, un roi lui aussi en recherche et évidemment Merlin L’Enchanteur sans qui il n'y aurait pas de véritable conte merveilleux. Il mène sa quête allégorique à travers « le Chemin de la Vérité », « Le Château du Silence » celui « de la Connaissance », « de la Volonté et de l'Audace » et tout cela dans un espace-temps assez élastique. Bref, il perd tous les repères du chevalier traditionnel. Pendant tout ce périple, sa chère armure se met à rouiller, à se désagréger par petits morceaux et il parvient à s'en libérer complètement. Il trouve même son double, « Sam », sa conscience qui l'aide à revenir sur ses idées reçues, ses certitudes, la perception qu'il avait de la vie et des siens, lui montre une voie différente et notre chevalier, au terme de ce voyage initiatique finit par se regarder lui-même avec des yeux critiques, par s'amender, par reconnaître la puissance de l'amour.

     

    A la lecture d'un tel conte, on ne peut pas ne pas penser à Saint-Exupéry perdu dans le désert et qui rencontre le Petit Prince ou à « Jonathan Livingstone le goéland » de Richard Bach et sa passion pour la liberté. Je dois être imperméable à tout cela, à ce message, à ce conte moralisateur et aussi didactique que ceux que le Moyen-Age savait produire mais le livre refermé, je suis resté sur mon chevalier de Poe et son Eldorado inaccessible. A cause de mon expérience des choses et de l'espèce humaine, de la réalité plus forte que la fiction sans doute ?

     

    ©Hervé GAUTIER – Janvier 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

  • TRAFIC – Un film de Jacques TATI

    N°706 - Décembre 2013.

    TRAFIC – Un film de Jacques TATI

    Ciné + Classic -Dimanche 8 décembre 2013 – 20h45.

    L'histoire est bien simple, la firme parisienne « Altra » veut présenter au salon automobile d'Amsterdam un concept nouveau de camping-car, en fait une 4L astucieusement aménagée pour faire du camping. Pour cela, le prototype va devoir voyager en compagnie d'une « Public Relation » Maria, d'un chauffeur et du dessinateur-concepteur, M.Hulot (Jacques Tati) et ce parcours va être pour le moins mouvementé. Au bout du compte il arrivera effectivement à bon port... mais après la fermeture du salon. Pourtant, miracle, alors que le public a déserté les lieux, des gens se pressent autour du camping-car pour l'acheter de sorte que l'opération qui apparemment était un fiasco sera commercialement rentable.

    Hulot est dans ce film fidèle à son personnage décalé. Au début on le voit arriver en retard au bureau rasant les murs pour ne pas se faire remarquer et tout au long du voyage il sera avant tout désireux de rendre service autour de lui et d'apporter son concours aux autres, se mettant à l'occasion dans des situations impossibles desquelles il se tire toujours presque malgré lui. Il est le concepteur de ce projet mais, comme si cela ne le concernait plus et qu'il avait déjà la tête ailleurs, il laisse le soin à Marcel le chauffeur de faire la promotion de ce produit, ce qu'il fait très bien d'ailleurs ! Chez les policiers c'est bien lui qui fait l'article devant des flics suspicieux au début puis carrément conquis à la fin au point qu'ils saluent amicalement le départ du convoi.

    Nous sommes en plein dans les « Trente glorieuses » où le chômage n'existe pratiquement pas, où chacun consomme sans se soucier de l’environnement avec le seul souci de profiter de la vie. Le petit groupe d'Altra incarnera ce réel art de vivre en prenant son temps, mangeant et dormant chez l'habitant alors qu'on les attend impatiemment au salon. Cette exposition devient rapidement secondaire et même accessoire.

    C'est vrai que cette expédition était mal préparée, une panne d'essence à laquelle succède une avarie d'embrayage pour le camion, pas mal de stress inculqué par Marie qui voit de plus en plus le retard s'accumuler, de l'inconscience dans le passage pour le moins folklorique de la frontière néerlandaise ce qui aggrave les délais, et de malchance lors de cet accident stupide au carrefour qui endommage la 4L ou dans les incontournables embouteillages ! Pendant ce temps, le directeur présent à Amsterdam se désespère en attendant son prototype qui ne vient pas et ce jusqu'à se faire carrément expulser de son stand au profit d'une marque plus connue et sans doute mieux organisée. Quand il arrivera enfin, le convoi trouvera un hall vide, un directeur hors de lui, surtout devant la facture qu'il doit régler. Tout naturellement il s'en prend à Hulot, tout désigné pour être le bouc-émissaire qui comprend à ce moment-là, revenant sur terre, que son emploi est menacé. Effectivement, il est licencié sur le champ et sans aucun ménagement. Il s'en va donc vers d’autres aventures mais en compagnie de Maria qu'il avait vainement tenté de draguer pendant tout le voyage.

    Le plus drôle chez Tati, ce n'est pas l'histoire malgré ses rebondissements multiples, mais la somme des gags qu'il faut saisir au vol pour réellement les apprécier. Dans ces films, et dans celui-ci en particulier qui n'est sûrement pas le plus connu dans sa filmographie, ce ne sont pas les dialogues pratiquement inexistants ou réduits à leur lus simple expression mais les situations qui créent le comique. Le spectateur ne doit en effet pas être passif mais au contraire toujours en éveil pour ne rien manquer de cette invitation à sourire qui lui est faite par Tati. En effet, c'est moins le rire que le sourire qui ici lui est proposé notamment parce que les situations dans lesquelles se met M. Hulot et avec le plus grand sérieux du monde sont finalement très burlesques.

    Je ne peux pas ne pas observer que Tati, de son vrai nom Jacques Tatischeff [1907-1982], s'il a connu un certain succès avec son premier long métrage « Jour de fête » n'a pas vraiment rencontré le succès de son vivant et c'est là un véritable euphémisme. Si sa filmographie a été bien mince (Six longs métrages seulement) c'est qu'il a eu beaucoup de difficultés à financer ses œuvres (demi-échec de « Playtime » et mise ne liquidation de la St Specta Films) et il a dû faire produire son dernier film « Parade » avec l'aide de la télévision suédoise en 1973. Cette situation n'a pas échappé à Philippe Labro qui rapportant dans Paris-Match la mort de Tati écrivit «  Adieu M. Hulot. On le pleure mort, il aurait fallut l'aider vivant ».

    Il n'a donc été vraiment reconnu qu'après sa mort, avec d’ailleurs une certaine gêne mais il eût sans doute apprécié de son vivant les couronnes de lauriers qu'on lui tresse aujourd'hui.

    ©Hervé GAUTIER – Décembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

  • EDWARD HOPPER – Entractes – Alain Cueff

    N°698 Novembre 2013.

    EDWARD HOPPER – Entractes – Alain Cueff – Flammarion.

     

    Je poursuis avec cet ouvrage mon approche passionnée de l’œuvre d'Edward Hopper (1882-1967) tant sa peinture exerce sur moi, comme sur beaucoup sans doute, une étrange attraction.

    Alain Cueff reprend bien volontiers les idées développées depuis longtemps à propos du peintre américain [solitude, mélancolie, aliénation,...] mais invite son lecteur à regarder ses tableaux sous un autre angle, les commentant en fonction de son vécu personnel et des influences qu'il a pu subir, prenant comme fil d'Ariane chronologique certains d'entre eux. Il parvient à la conclusion que si ces idées sont certes justes, il faut en chercher la raison autant dans sa psychologie personnelle, dans ses illusions de jeunesse où il espérait que l'impressionnisme qui l'avait tant influencé lors de son séjour en France serait accueilli favorablement dans son pays, que dans les événements extérieurs que connaît son pays. En effet, Cueff prétend que le regard vide des personnages peut parfaitement aussi s'expliquer par le revers du « rêve américain » qui ne serait qu'un leurre. La crise économique née de 1929, les émeutes, le chômage ont mis à mal ce concept. De plus le francophile qu'il est s'alarme de l’attentisme de l'Amérique face à la montée du nazisme en Europe. Ses personnages prennent, sous son pinceau, conscience de la précarité de leur vie, il serait donc le peintre de  « l’existentialisme américain » bien avant qu'en France cette philosophie soit développée.

     

    D'emblée, l'importance de la lumière est soulignée dans l’œuvre de Hopper. Il en fera, à la fin le thème unique de ses tableaux. Il s'attachera également à peindre des personnages dont la mélancolie est visible. Ils sont à son image, lui-même étant quelqu'un de timide, réservé, peu souriant, puritain et aimant la lecture. Sa confession baptiste explique sûrement le côté dépouillé de ses toiles. On a dit de lui qu'il peignait ce qu'il voyait, ce qu'il connaissait le mieux, qu'il tirait son inspiration du quotidien. C'est sans doute vrai, mais sa vision était probablement sélective puisqu'il habitait New-York, a représenté des maisons à l'architecture victorienne mais n'a jamais peint de gratte-ciels. Cette ville qu'il aimait et où il a pratiquement toujours résidé fourmille de vie alors que ses tableaux sont vides de présence humaine et que ses personnages sont immobiles et silencieux. Même si, comme de Chirico et Magritte, il a une prédilection pour les paysages urbains déserts, l'auteur note le côté inquiétant des personnages représentés, leur immobilisme et le silence qui les entoure. C'est un peu comme s'il étaient des mannequins sans vie, des êtres désincarnés au regard vide, dans une expression d'attente, souvent plongés dans la lecture. C'est une constante de la peinture de Hopper que ce vide, que cette solitude. Ces deux thèmes viendront d'ailleurs en conclusion de son œuvre. Les paysages eux-mêmes n'inspirent pas au spectateur quelque chose de reposant comme ils pourraient le faire et là aussi il ressent cette même impression de vacuité.

     

    Hopper est un contemplatif et ne s'intéresse qu'aux paysages suburbains d'une grande banalité. Il semble saisir l'instant dans son immédiateté, représentant ce qu'il voit mais à travers le prisme de son regard plein de solitude. Il prétendait d'ailleurs un peu bizarrement « n'avoir d'autre ambition que de peindre la lumière du soleil sur les murs d'une maison ». Le soleil est effectivement souvent présent dans ses toiles, éclaire les personnages, mais il n'est jamais visible de face, ce sont toujours ses effets que le peintre donne à voir, un peu comme s'il hésitait, s'il n'osait pas. Pourtant ce soleil éclaire mais ne réchauffe pas, ses toiles restant froides

    Cueff propose à chacun de se laisser porter par les tableaux de Hopper, de se laisser inspirer par eux. Il retient l'un des plus emblématiques, « Les oiseaux de nuit » et note que des hommes de lettres ont obéi à une invite créatrice[J'ai personnellement retenu « L'arrière saison » de Philippe Besson – La Feuille Volante n° 604]. Je pense en effet, sans vraiment me l’expliquer, que Hopper interpelle chacun d'entre nous au point de nous inciter intimement à poursuivre pour nous seuls le prétexte de son tableau, de lui donner une suite personnelle.[Il semblerait que le tableau lui-même ait été peint après la lecture d'une nouvelle d'Hemingway, bien que Hopper ait prétendu le contraire].

     

    Hopper n'a été vraiment connu qu'à partir de 1925, date à laquelle il commence à vivre de sa peinture. Auparavant il a été illustrateur, dessinateur d'affiches publicitaires et pour le cinéma et il ne fait aucun doute que cette période qu'on peut qualifier d'initiatique a été pour lui une sorte d'apprentissage qui va, par la suite, influencer son style réaliste. Tout n'a cependant pas été simple pour lui. Même s'il ne vend son premier tableau qu'en 1913 et qu'il commence à participer à des expositions collectives qui ne lui valent que de l'indifférence de la part de la critique, il doute, cherche sa voie et s'oriente même un temps vers la gravure et vers l'aquarelle. Il est en quelque sorte « coincé » entre l'invention de la photographie qu'il n'aime guère et l'évolution de la peinture vers le cubisme, l'abstrait, le surréalisme qui invitent davantage le spectateur au rêve et à l'imaginaire. Malgré sa relative réussite en gravure il revient cependant vers la peinture en privilégiant le nu féminin ce qui peut signifier chez lui à un désir sexuel latent, obsessionnel et refoulé. Jusqu’à la fin de sa vie il représentera des femmes nues ou vêtues au point qu'on a pu le qualifier de voyeur pudique. En observant les personnages féminins de ses tableaux, on ne peut qu'être frappé par leurs formes généreuses et sculpturales qui marquent un caractère sexuel évident. Les femmes (même si son épouse en est l'unique modèle, ainsi métamorphosée sur chaque toile) qu'il peint semblent attendre quelque chose, mieux, l'espérer. Le fait qu'il peignent des femmes dans cette sorte d'expectative peut parfaitement être la transcription personnelle et inversée de son attente à lui. Il n'est pas illogique de penser que cela peut être le « grand amour ». Hopper a toujours été un solitaire, on lui connaît peu de liaisons amoureuses et son union avec « Jo » a été plus un mariage, d’ailleurs tardif (il est dans la quarantaine), de raison qu'un amour passionné. Tout les oppose et cela ne peut qu'enfanter des disputes conjugales, une incommunicabilité définitive entre eux, un silence oppressant. « Jo » se révèle en effet être une épouse jalouse qui peint elle-même de moins en moins et compense sans doute par la tenue d'un journal intime tout comme son mari pratique la peinture. Ces deux activités peuvent être interprétées comme un refuge, pire peut-être, comme les deux faces d'une même souffrance ! Cueff note d'ailleurs que ce n'est pas le moindre des paradoxes que Hopper ait voulu peindre apparemment des tableaux impersonnels alors qu'en réalité ils sont le reflet de sa propre vie, entretiennent aussi une énigme qui reste entière.

     

    Ce livre passionnant éclaire d'un jour nouveau la démarche créative de Hopper et contribue à lever une partie du voile sur un style réaliste (ou néo-réaliste) étrangement attractif et moderne à la fois, qui est le reflet de son siècle autant que de sa vie et de sa personnalité.

     

     

     

    Hervé GAUTIER - Novembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com