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la feuille volante

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  • HOPPER (Métamorphoses du réel)– Rolf Günter Renner

    N°696 Novembre 2013.

    HOPPER (Métamorphoses du réel)– Rolf Günter Renner- Éditions Taschen.

     

    Dans mon opinion, Edward Hopper (1882-1967) a toujours incarné la peinture américaine de son temps, peignant des scènes de la vie quotidienne des classes moyennes avec un grand réalisme, une certaine mélancolie voire une aliénation. Il ressort de ses toiles une solitude des personnages autant que des paysages représentés, une ambiance un peu froide, secrète, silencieuse, presque désincarnée, à la fois étrangère et bizarrement familière. Cette esthétique est ambiguë mais dans l’histoire de l'art Hopper incarne cet « individualisme américain » qu'on retrouvera chez Johnson Pollock dans un registre évidemment différent. Il n'a été connu que tardivement, à peu près vers 1925, mais à partir de cette date il a été reconnu comme un artiste américain majeur et non plus comme un peintre ordinaire. Si Hopper a pratiquement toute sa vie habité modestement à New-York, à exception de vacances au Cap Cod, il a très tôt effectué des voyages en Europe et notamment en France d'où il a rapporté une inspiration très forte de l'Impressionnisme et aussi de Rembrandt. On peut distinguer au moins deux périodes dans son œuvre, d'abord l'impressionnisme héritée de l'Europe puis le réalisme qui le caractérise et qui fait sa véritable originalité ainsi qu'un double aspect, celui de polarité entre culture et nature d'une part et d'autre part un travail très poussé sur l'ombre et la lumière. Tout au long de sa vie il a insisté sur cette étude de la lumière, du soleil, donnant, à la fin, une impression de vide à ses toiles.

     

    Il est certes un peintre réaliste, mais Renner nous invite à dépasser cet aspect purement visuel pour nous intéresser à une approche plus intimiste qu'il ne faut cependant pas négliger, une lecture codée de chaque toile qui donne à travers la posture des personnages, les paysages représentés mais aussi le jeu des ombres et de la lumière une véritable explication de la psychologie du peintre, un peu comme si, au paysage extérieur, correspondait son état d'esprit intérieur. Il transporte dans sa peinture ses perceptions intimes, ses obsessions.

     

    Certes, il emprunte à l'Europe un peu de son romantisme qu'on peut déceler chez Magritte et chez Munch. De sa période parisienne il rapporte des paysages urbains bien dans le style du XIX° siècle français, mais progressivement et sans rupture marquée l'expressionnisme s'installe, les décors deviennent géométriques, droits, sans fioriture, maisons au style épuré, encadrements de fenêtres qui ouvrent sur l'extérieur d'où on découvre un paysage naturel ou parfois aussi le vide. Déjà, dans certains tableaux, il suggérait le vent par le simple mouvement d'un rideau. Le culte du détail s'affirme et Hopper jouant sur les ombres et sur la lumière souligne la perspective. La nature est parfois choisie mais elle est représentée dépouillée, réduite à quelques arbres, des collines, une maison isolée, une route, une voie de chemin de fer, un passage à niveau ... Les villes aussi sont mises en scène, ce sont le plus souvent des rues dénuées de présence humaine, des vitrines très éclairées, des stations-service, des panneaux publicitaires, des façades le plus souvent traitées dans une palette sombre avec cependant un grand souci du détail. Il incarne la marque indélébile de la civilisation dans laquelle il vit, du temps qui est le sien. Les intérieurs sont souvent impersonnels, halls ou chambres d'hôtels ou de maison, bureaux, cinémas, compartiments de train... Là aussi la couleur dominante est foncée et triste, contraste souvent avec un violent éclairage. Hopper est cependant très attaché aux symboles de cette civilisation américaine, il incarne le « symbolisme narratif » et l'ambiance qui se dégage de certains tableaux ne sont pas sans rappeler le traumatisme de la grande dépression des années 30.

     

    Les personnages sont beaucoup plus intéressants et Hopper s'y attarde plus volontiers. Il ressort des scènes représentées une solitude un peu dérangeante. Au début de sa carrière, celle qui est plus volontiers tournée vers l'impressionnisme, on peut voir une parenté avec Degas et privilégier dans la toile un moment heureux que notre imagination peut éventuellement prolonger. Rapidement, il diverge cependant représentant des personnages figés. Quand il choisit des femmes pour modèle, il les présente souvent habillées mais parfois nues. Dans les deux cas, elles sont souvent sensuelles, leur corps a quelque chose de provoquant, elles évoquent un désir refoulé du peintre, incarnent une obsession qui jouxte le voyeurisme, qui évoque un désir refoulé. On peut y voir un désir charnel latent et il faut se souvenir que Hopper est de confession baptiste et donc puritain comme les Américains de son temps. Souvent ces femmes lisent ou attendent mais il y a une sorte d'ennui, de désespoir dans cette posture, une impression d’abandon, comme si elles espéraient quelque chose qui pourrait ressembler à l'amour ou la mort mais avec un grand détachement cependant. Le seul mouvement perceptible est suscité par le vent qui soulève un rideaux, une vague qui ondule... Quand elles sont représentées en présence d'autres personnages, il se dégage d'elles une sensation de solitude, pire de déréliction, d'abandon, de torpeur, d'apathie comme si elles étaient étrangères à la scène dans laquelle elles figurent. Il est possible que, sous les multiples visages de ces femmes c'est son épouse qu'il peint, mais cette représentation évoque davantage la séparation que la communauté tant les relations que Hopper avait avec son épouse « Jo » étaient conflictuelles. Souvent les personnages regardent vers l'extérieur mais leurs yeux sont vides. Les hommes eux-même portent sur leur visage ce détachement ; Ils sont pensifs et renfermés sur eux-mêmes. L'impression d'ensemble est qu'ils sont muets et quand un dialogue est suscité par le peintre il en ressort une impression malsaine de tension à l’intérieur du couple semblable sans doute à ses difficultés personnelles. Quand ils les représentent en société, Hopper les figure souvent dans des zones de transit, halls ou chambres d'hôtel, bars. Ils suggère sans vraiment le montrer, une invitation au plaisir, mais une invitation seulement.

     

    Ses toiles sont à l'exacte image de sa vie, sans grands bouleversements, sans grands bonheurs non plus, sans moments d'exception, sans rupture importante, seulement brouillée par une mésentente conjugale constante renforcée par le fait que son épouse « Jo » est certes son premier critique mais est aussi peintre elle-même mais qui choisit d'abandonner progressivement cette activité. On peut aisément imaginer que pour Hopper sa peinture constitue un refuge, enfante une création constante, mais ce havre est parlant !

     

    C'est un livre très pédagogique et bien illustré, plein d'explications techniques, pertinentes et passionnantes, en phase avec la vie de Hopper, personnage discret et sans doute malheureux dans son couple mais aussi attentif aux événements extérieurs.

     

    Hervé GAUTIER - Novembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

  • ROMAN DE GARE –  Un film de Claude LELOUCH

     

    N°380– Novembre 2009

    ROMAN DE GARE –  Un film de Claude LELOUCH [2007]. Diffusé le 25/11/2009 20H40 sur Cinéma club.

     

    Je ne suis pas vraiment cinéphile, pas non plus amateur des films de Claude Lelouch, mais là, j'ai été bluffé par le scénario qui juxtapose les histoires sans aucun lien apparent entre elles mais qui finissent par tisser une trame policière où le spectateur lui-même se perd, croit se retrouver pour, encore une fois s'égarer, entre fantasmes, fausses-piste, retournements, mises en abymes, certitudes et remises en question...

     

    Cela commence par la comparution aux « quais des Orfèvres » de Judith Ralitzer [Fanny Ardant], séductrice mais aussi auteur à succès, interrogée par un policier sur la mort suspecte de son mari. Le décor est donc planté.

    Puis, flash back avec l'annonce à la radio d'une évasion de la prison de la santé d'un dangereux criminel [sa lente descente le long d'un mur de pierre, accroché à des draps noués a quelque chose de merveilleusement désuet]. Puis la caméra s'attarde dans le huis clos d'une voiture sur un couple qui, bien qu'en route pour une demande en mariage, se déchire et finit par se séparer sur une aire d'autoroute. La femme, Huguette[Audrey Dana], plus ou moins coiffeuse et un peu midinette, qui y est abandonnée rencontre par hasard une sorte de magicien, Pierre Laclos/Louis [Dominique Pinon] dont le spectateur craint qu'il ne s'agisse de l'évadé de la prison. On imagine facilement entre eux une idylle et l'issue macabre de celle-ci . Mais rien de tout cela n'arrive. Pourtant, l'individu un peu louche laisse planer un doute sur son véritable métier [Professeur de Lettres dans un lycée de banlieue, secrétaire de Judith Ralitzer, son nègre peut-être?], sa véritable identité, d'autant que l'annonce de l'évasion reste toujours présente. La rencontre, au bord de la route, avec la maréchaussée, relance le suspense, vite dissipé cependant par Huguette.

    Celle-ci, plus ou moins en rupture avec ses parents et qui souhaitait leur présenter l'homme qui allait enfin partager sa vie, demande à l'inconnu qui accepte, de jouer ce rôle pour cette famille un peu atypique et quelque peu soupçonneuse. La certitude du spectateur qu'il est bien en présence d'un tueur est renforcée quand ce dernier passe de longues heures solitaires au bord d'un torrent en quête de truites avec la fille d'Huguette qui vit chez ses grands-parents. Mais là non plus rien de ce qu'il avait pu imaginer ne se passe.

     

    Une autre histoire se déroule sous ses yeux, un professeur de Lettres d'un lycée de banlieue a soudain quitté femme et enfants pour disparaître et fatalement le spectateur pense au compagnon temporaire d'Huguette. Florence [Michèle Bernier], l'épouse ainsi délaissée finit par tomber amoureuse du commissaire qui, précisément, au début du film, est en train d'interroger la romancière.

     

    L'énigmatique Pierre Laclos se retrouve sur la yacht de la romancière à Cannes, le spectateur découvre qu'il est, depuis sept ans son secrétaire et surtout le véritable auteur de tous les livres à succès de Judith Ralitzer, qu'il est en train d'écrire à nouveau pour elle un roman qu'il veut pourtant garder pour lui, qu'elle est en train de le mystifier, qu'il s'en rend compte et souhaite mettre fin à cette collaboration avant d'être, lui aussi, victime de la meurtrière romancière. Quand il disparaît, en vue des côtes, et qu'il ne réapparait pas pendant un an, Judith est, en public lors d'une émission de télévision, accusée par Huguette de n'être pas l'auteur de ses livres et par le policier d'être la meurtrière de son secrétaire, comme elle l'est peut-être de son mari.

     

    Tout rentre dans l'ordre et la fin, si l'on peut dire, est à la mesure de ce drame qui tient le spectateur en haleine tout au long du film.

     

     

    Claude Lelouch a signé ce film d'un pseudonyme [Hervé Picard], laissant croire à l'existence d'un nouveau réalisateur. Cela n'est pas sans rappeler l'aventure littéraire d'Émile Ajard, alias Romain Gary, qui mystifia tout le monde au point d'obtenir, par cet artifice, une deuxième fois le prestigieux Prix Goncourt]. J'aime bien qu'on brouille ainsi les cartes pour remettre les choses à leur vraie place, qu'on les bouscule et qu'on s'affirme, surtout quand le talent est au rendez-vous.

     

    J'avais modérément aimé sa filmographie, je suis, par cette œuvre qui n'a rien d'un banal roman de gare, réconcilié avec lui.

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Novembre 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

  • UNE JOURNEE PARTICULIERE – Un film d'Etorre Scola

    N°697 Novembre 2013.

    UNE JOURNEE PARTICULIERE – Un film d'Etorre Scola.[1977]

    OCS géants – Lundi 18 novembre 2013 - 20H40.

    Rarement le cinéma dont l'apanage est le déplacement, des grands espaces, le mouvement, aura respecté à ce point les règles du théâtre classique, unités de lieu, de temps et d'action.

    Nous sommes le 8 Mai 1938 et c'est la rencontre entre Mussolini et Hitler à Rome. La guerre n'est pas encore là mais on la sent monter, presque toute l'Italie est fasciste et embrigadée derrière son leader. En ce jour tous les Romains se pressent à cette cérémonie qui va mettre en exergue la puissance du pays et acter cette union qui anéantira plus tard ces deux puissances avec en prime les exclusions, les lois raciales et les délires guerriers. Voila pour l'extérieur.

    Le spectateur est comme invité dans l’appartement d'Antonietta (Sophia Loren), une jeune romaine dont le mari est un petit fonctionnaire fasciste. Elle est mère de six enfants, vieillie prématurément par les maternités successives et le travail domestique et semble heureuse malgré tout. Elle n'ira pas à la manifestation patriotique comme son mari et ses enfants, tous revêtus de leur uniforme, tout comme d'ailleurs tous les habitants de l'immeuble. Elle restera habillée d'un sarrau et vaquera à ses occupations ménagères pendant ce temps. Elle aurait bien voulu pourtant accompagner sa famille puisqu'elle a pour le Duce une vénération particulière, elle qui, en un seul regard furtif de Mussolini, au milieu de la foule, a un jour ressenti toute la séduction de ce dernier. Tous désertent en effet l'immeuble à l'appel des haut-parleurs qui diffuseront pendant tout le film des chants patriotiques, de la musique militaire et des annonces célébrant l'amitié germano-italienne. Pas tous les habitants de l'immeuble cependant puisque la concierge reste pour remplir son rôle de gardienne. L'immeuble s'y prête d'ailleurs puisqu'il est tellement exigu qu'elle peut surveiller chaque locataire depuis sa fenêtre. On imagine qu'elle s'acquitte de son rôle avec zèle et même un certain plaisir puisqu'elle sait tout de tous. (Quand Gabrielle est entré chez Antonietta, elle le sait) On a donc l'impression que cette journée sera ordinaire, sans relief pour personne en dehors du déploiement militaire dont on n'entend que des échos.

    Puis la caméra nous révèle l'existence d'une autre personne, un homme seul, Gabriele (Marcello Mastroianni) écrivant à son bureau, dont on ne sait pas forcément au départ qu'il habite le même immeuble. Ce n'est que la fuite momentanée du mainate d'Antonietta que ce détail nous est révélé, cette dernière allant frapper à sa porte pour atteindre l'oiseau posé sur le rebord d'une fenêtre. L'oiseau remis dans sa cage, la relation entre cet homme et cette femme dont à priori rien ne prédisposait à se rencontrer peut commencer. Les deux personnages tomberont petit à petit leur masque, elle lui révélant qu'elle supporte un mari volage qui va la quitter bientôt pour une autre femme plus instruite qu'elle et assumant des maternités répétées et voulues par cet homme dans le seul but de plaire au régime, lui commençant par se faire passer pour un animateur de la radio pour finalement lui avouer un travail minable de plumitif et son licenciement pour homosexualité. Ils finiront, à l’initiative d' Antonietta, par avoir une relation intime que Gabiele n'aura pas le courage de lui refuser. Si elle rend Antonietta heureuse temporairement, elle laisse Gabriele songeur et finalement malheureux mais faire l'amour avec lui a été une fête quand ce n'est plus qu'un devoir avec son mari.

    Ce film m'a ému, non pas tant parce que les deux acteurs principaux sont mis en scène à contre-emploi, Sophia Loren incarnant une femme vieillie, introvertie et timide et Mastrioanni un homosexuel désespéré, pas non plus parce que le film met en évidence deux solitudes qui ne se seront rencontrées que l'espace d'une journée et ne se croiseront jamais plus, pas davantage parce que l'homosexualité est réprimée par le fascisme d'une manière odieuse et inadmissible puisqu'elle ne représente pas une menace pour le régime mais pour bien autre chose. Ce n'est même pas la mélancolie qui ressort de ces images en noir et blanc, le décor triste d'un appartement sans luxe ou d'une terrasse où sèche du linge usagé. Ce n'est pas non plus le malheur que traîne chacun des deux acteurs jusque sur leur visage et leur intense tristesse quand Gabriele est emmené en exil et qu'Antonietta qui sait ce que le régime lui réserve le voit partir. On peut à ce moment-là penser que les choses vont reprendre leur cours normal, qu' Antonietta va continuer à obéir aux ordres de son mari, « le jour comme la nuit », que l'appartement de Gabriele sera occupé par un autre fonctionnaire du régime... Ce qui me frappe c'est qu'à ce moment-là précisément, ces deux êtres si dissemblables, elle qui est si inféodée au fascisme qu'elle accepte son rôle de femme soumise à son mari, uniquement destinée à mettre des enfants au monde, lui qui, un peu malgré lui, fait allégeance au Duce qui glorifie l'homme viril et exclut les marginaux, ont l'intuition de la mort, l'acceptent comme une délivrance, Antonietta parce qu'elle est persuadée qu'elle ne rencontrera plus jamais l'amour, Gabriele parce qu'il part pour un voyage qui sera sans doute sans retour.

    Hervé GAUTIER - Novembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

  • LE VOYAGE A ROME- Alberto MORAVIA

    N°57

    Avril 1991

     

     

     

    LE VOYAGE A ROME- Alberto MORAVIA – Editions Flamarion.

     

     

     

    C’est tout l’univers psychologique de Moravia qu’on retrouve dans ce livre où les acteurs agissent les uns par rapport aux autres, au gré de leurs fantasmes.

     

    Étrange personnage que ce jeune homme de 20 ans qui se dit poète sans jamais avoir rien écrit mais qui cherche celui qui aurait bien pu le faire à sa place, croit l’avoir trouvé et fait siens ses propres vers par des citations répétées.

     

    Il revient après 15 ans de séparation retrouver son père mais croise le fantôme d’une mère nymphomane, morte quelques années plus tôt.

     

    Comme toujours, les acteurs sont croqués par petites touches successives, toutes en nuances, parfois en demi-teinte, mais le roman tout entier est baigné par la vision, à la fois fugace et insistante d’un jeune enfant surprenant sa mère avec son amant au point qu’il désire toute sa vie être cet homme par une pulsion mi-incestueuse mi-exorciste.

     

    Par une sorte de transfert, il projette sur toutes les femmes l’objet de sa quête et la mort de cette mère devient un obstacle obsédant.

     

    L’histoire se déroule à Rome dans une sorte de jeu où l’amour et la séduction le disputent à l’hésitation.

     

     

     

    © Hervé GAUTIER.

  • LE MEPRIS – Alberto Moravia

    N°694 Novembre 2013.

    LE MEPRIS – Alberto Moravia- Flammarion (1955).

    Traduit de l'italien par Claude Poncet.

     

    Le sujet de ce roman est celui du mariage d'un homme d'une trentaine d'année, Richard, un peu désargenté mais surtout fan de théâtre qui accepte pour vivre d'être scénariste de cinéma et d’Émilie ancienne dactylo et maintenant femme au foyer. Les deux premières années de cette union sont heureuses. Au départ, c'est un peu la vie de bohème mais la situation de Richard s'améliore vite avec de nouveaux projets de scénarios et le couple achète un appartement, une voiture... Peu à peu, il prend conscience qu’Émilie ne l'aime plus et cela le bouleverse puisqu'il n'a rien fait pour cela. Même si ce travail déplaît à Richard, l'éloigne de son épouse, il lui permet d'éponger les dettes du ménage. Petit à petit, le malaise qu'il vit au sein de son couple affecte son travail. Dès lors la question est simple : doit-il quitter Émilie ou abandonner son emploi pour la garder, est-ce l'absence d'enfant qui provoque cette atmosphère toxique ? Richard entame un dialogue mais ne parvient qu'à une affirmation de cette dernière : Émilie l'aime et veut qu'il garde son emploi, c'est à tout le moins ce qu'elle lui dit. Richard devrait être rassuré mais, imperceptiblement, il sent qu'elle lui ment, il l'interroge encore et de guerre lasse, à force de questions qui sont un peu une forme de harcèlement, son épouse lui avoue qu'elle ne l'aime plus, qu'elle le méprise et qu'elle veut le quitter sans pour autant mettre ce projet à exécution. Le lecteur ne peut pas ne pas supposer un adultère d’Émilie, mais il n'en est rien. Elle se révèle par ailleurs incapable de formuler la raison de ce désamour nouveau, toute l'écriture du roman étant basée sur le raisonnement de Richard, sur sa quête, sur ses interrogations. Dès lors, ils mènent deux vies parallèles et l'ambiance au sein du couple est délétère mais, des motivations d’Émilie, de ses aspirations et des raisons qui la pousse à agir ainsi envers Richard, nous ne saurons rien puisque tout se passe, comme une longue introspection, dans la tête du mari délaissé. D'autre part, Émilie nous est présentée comme une femme d'intérieur assez effacée, d'une éducation un peu sommaire face à un mari artiste et créateur. Moravia souligne par là le fossé qui existe entre les époux qui se sont mariés par amour sans considération de leurs aspirations réciproques. Une fois l'amour disparu, il ne reste plus rien que le vide et le mépris de la part d’Émilie.

     

    Plus tard, Battista, le producteur, propose à Richard d'écrire un scénario sur le thème d'Ulysse. Il souhaite que son travail s'approche le plus possible de la poésie d'Homère parce que ce concept plaira au public alors que Rheingold, le metteur en scène, un Allemand proche de Freud, considère, au contraire Ulysse « comme un homme qui appréhende de revenir auprès de sa femme » et voit dans cette œuvre moins une expédition guerrière vers Troie et un voyage de retour de dix ans que le drame intérieur d'un homme qui souhaite fuir son épouse. Il soutient d'ailleurs que le roi d'Ithaque est parti en guerre moins pour délivrer Hélène que pour fuir son foyer, parce qu'il ne s'entendait plus avec son épouse Pénélope. Les deux visions s'affrontent donc et Richard, coincé entre eux, va devoir choisir mais le producteur qui n'aime guère la psychologie entend bien faire prévaloir son avis au seul motif que c'est lui qui finance le film. Cette ambiance de travail n'est guère favorable à la création d'autant que ce que vit Richard dans son couple s'apparente peu ou prou au scénario prôné par l'Allemand. Cette situation est soulignée par le procédé de mise en abyme. Ces quatre personnages se retrouvent à Capri dans la propriété de Battista et l'affaire se complique puisque qu’Émilie n'est pas insensible au charme de ce dernier et quitte son mari. Dès lors, Richard, trop prudent, trop servile peut-être puisqu'il dépend financièrement de Battista, se révèle incapable de vraiment réagir face à lui. Il ressemble ainsi un peu à cet Ulysse du scénario de Rheingold alors qu’Émilie campe sans le savoir, le personnage de Pénélope. Le metteur en scène ne se prive d'ailleurs pas de lui faire remarquer sa lâcheté par rapport à Battista, mais à mots couverts, en usant de la métaphore grecque, en interprétant le comportement d'Ulysse. Il lui suggère de faire comme lui, d'éliminer le prétendant de sa femme c'est à dire le producteur. Richard s'y refuse[«  En substance, j'étais l'homme civilisé qui dans une situation de caractère primitif, en face d'une faute contre l'honneur, se refuse au geste du coup de couteau, l'homme civilisé qui raisonne même en face des choses sacrées ou réputées telles »] et au lieu de cela Richard songe à se suicider sans pour autant mettre son projet à exécution. Émilie quant à elle finit par formuler enfin une explication à son attitude au sein du couple : Richard n'est pas un homme puisqu'elle suppose que, pour consolider sa situation financière, Richard a poussé sa femme dans les bras de Battista. Elle le méprise donc à cause de cela, même s'il n'en est rien. Son mépris serait donc né d'une méprise.

     

    J'ai relu avec plaisir ce roman découvert, comme bien d'autres ouvrages du même auteur il y a bien des années. Il est l'occasion pour Moravia de se livrer à ce qu'il aime, c'est à dire à une fine analyse psychologique de ses personnages autant qu'à un essai brillant sur le manque d'amour au sein d'un couple. Il nous rappelle que tomber amoureux illumine la routine de ceux qui croisent Eros, mais il ajoute tout aussitôt que ce sentiment appartient aux choses humaines c'est à dire qu'il s'use, que ceux qui le font rimer avec « toujours » sont des menteurs ou des inconscients et qu'on peut facilement oublier ce sentiment par intérêt. J'ai apprécié l'écriture, la poésie des descriptions (notamment celles des paysages de Capri), la finesse des observations. Cela dit quel peut être le message de Moravia ? Voulait-il opposer l'intellectuel qu'est Richard à Battista présenté comme un être « primitif » juste préoccupé par des questions matérielles. Il désire Émilie, a les moyens de sa conquête et ne voit pas pourquoi elle se refuserait. De son côté, cette dernière qui n'aime plus son mari et le lui fait savoir se comporte moins comme une victime que comme une sorte de proie consentante, l'arbitre ou le butin de cette lutte entre deux hommes que tout oppose. Elle a peut-être aussi l'occasion de changer de statut social et entend ne pas s'en priver.

     

    Ce roman est connu surtout depuis que Jean-Luc Godard en fit une adaptation cinématographique en 1963 avec Michel Piccoli et Brigitte Bardot. Moravia reste pour moi un écrivain majeur, sans doute un peu oublié. En effet le lit-on encore de nos jours ?

     

    Hervé GAUTIER - Novembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

  • VITA DI MORAVIA- Alberto Moravia – Alain Elkam

    N°87

    Décembre 1991

     

     

     

    VITA DI MORAVIA- Alberto Moravia – Alain Elkam – Editions Christian Bourgois.

     

     

    Son nom est associé au roman psychologique dont le cadre était l’Italie. Il était donc essentiellement un romancier, mais il accepte ici de lever un coin du voile sous lequel il se cachait jusqu’alors puisque aussi bien il avait toujours défendu le droit à la vie privée pour l’écrivain.

     

    Ce long entretien avec Alain Elkam, s’il est, par certains côtés un peu décousu à cause de la technique « demandes-réponses », n’en révèle pas moins l’homme. Né au début du siècle dans une famille bourgeoise aisée, il fait très tôt connaissance avec la souffrance. Moravia est en effet atteint d’une tuberculose osseuse qui fera de lui un habitué du sanatorium. Il est, de ce fait, un enfant solitaire et devient, à cause de cela sans doute, un écrivain. Il a d’ailleurs toujours voulu être ainsi, vivant en son adolescence pour la seule littérature, avec pour référence Dostoïevski et les surréalistes.

     

    Il était un sentimental mais, paradoxalement grand amateur de femmes à qui il semble avoir donné, dans la première partie de sa vie plus d’importance qu’aux événements qu’il traversait. Il était cependant foncièrement antifasciste. On trouve d’ailleurs un peu de cette atmosphère dans ses romans…Les femmes ont beaucoup compté dans sa vie, qu’elles aient été pour lui épouse, maîtresses ou simplement passades. D’Elsa Morante, il disait qu’elle était « plus passionnelle que sensuelle ». En fait, il l’aimait sans en être amoureux.

     

    Ce livre est l’occasion pour Moravia de donner des explications sur sa manière de concevoir le roman, la technique, la langue, le style, l’écriture. Il répète que l’écrivain est un homme sensible, et que de cette sensibilité excessive naît l’art. Elle aurait pu tout aussi le détruire, mais elle a fait de lui un créateur exceptionnel qui était conscient de cet équilibre autant que de l’illumination d’où est née son inspiration…

     

    Il évoque les hommes de Lettres qu’il a croisés, les vertus du voyage … Ce livre est aussi l’occasion de découvrir l’homme public, le journaliste, l’homme politique, député européen, qui jette sur le monde qui l’entoure un regard original, conscient des réalités quotidiennes et des dangers qui menacent la planète.

    Il évoque la vieillesse, la notoriété, le succès, la mort, cette mort qui ne lui faisait pas vraiment peur, mais qui vint le prendre à la sortie de ce livre !

     

    © Hervé GAUTIER.

  • L'EMPLOYÉ – Guillermo Saccomanno

    N°691– Novembre 2013.

    L'EMPLOYÉ – Guillermo Saccomanno- Éditions l'Asphalte.

    Traduit de l'espagnol (argentin) par Michèle Guillemond.

     

    Nous sommes dans une ville inconnue et lui, c'est un employé sans nom (il sera nommé ainsi pendant le roman), autant dire un quidam. Avec lui il y a un « collègue » et une « secrétaire », tous gouvernés par un « chef ». Nous sommes donc en plein anonymat et dans un bureau d'une entreprise elle-même innomée. Au dehors, la ville non plus n'a pas de nom. Il y tombe des pluies acides, l'atmosphère est polluée, le réchauffement de la planète y est ressenti durement, la révolte gronde, les attentats sont quotidiens et l'armée y fait régner un ordre tyrannique et meurtrier. On ne peut pas ne pas penser aux scènes quotidiennes durant la dictature militaire d'Argentine.

     

    Le travail au sein de cette entreprise est non seulement déprimant, inintéressant, déshumanisé mais aussi soumis à l'arbitraire, aux impératifs de rendement et aux conditions de travail draconiennes. Le contrôle y est permanent, mené par une hiérarchie tatillonne et inhumaine. Chacun peut perdre sa place sans préavis et sans raison. Cela donne des scènes insoutenables où les suicides ne sont pas rares. « L'employé » tente tant bien que mal de se maintenir à son poste en évitant de faire des vagues. Il est un collaborateur docile et même servile. Cet emploi est son gagne-pain et sans lui il ne pourrait plus assurer une vie décente à sa famille. Il travaille avec un « collègue » dont il ne sait rien mais le hasard va l'inciter à le connaître un peu mieux jusqu'à entrer dans une certaine forme d'intimité avec lui... Puis il va disparaître un matin sans qu'on sache ni comment ni pourquoi !

     

    « L'employé » reste souvent tard le soir, bien après l'horaire légal, bravant la nuit et ses dangers. C'est moins par flagornerie que par une certaine nécessité. Il est marié à une matrone qui le domine, l'humilie sans qu'il puisse vraiment réagir et qui règne tyranniquement sur une marmaille hurlante et quémandeuse. Il lui arrive même de rentrer dans la nuit sans éveiller les soupçons de son épouse. Dans sa vie il n'y a plus de place que pour le rêve et ce rêve, il l'a sous les yeux. Il travaille avec « la secrétaire », une jolie femme apparemment célibataire, ce qui ne manque pas de le faire follement fantasmer d'autant plus qu'il s'aperçoit très tôt qu'elle a avec le « chef », par ailleurs marié et père de famille, une liaison peu discrète. Amoureux de cette femme, il devient évidemment jaloux de ce « chef » mais ne peut ni ne veut interrompre leurs jeux érotiques qui ont lieu pendant les heures de travail au sein même de l'entreprise. Il ronge son frein et enrage contre cet homme qui profite de sa situation et pousse son avantage. Par chance pour lui, cette jeune femme aux mœurs légères et libérées accepte ses avances autant qu'elle répond aux assiduités du « chef ». Après tout, pour elle, il y va du maintien de son emploi, des avantages financiers ou somptuaires et peut-être l'octroi d'une promotion. Pourtant, « l'employé » se retrouve dans son lit à son grand étonnement.. Cela fait de lui un autre homme, soudain capable de tout, même des pires choses, même les plus inavouables, pour un peu de considération de ses supérieurs ou pour porter à l'occasion préjudice à autrui. Bouleversé par sa nouvelle vie, il lui avoue son amour et apprend qu'elle est enceinte, mais d'un autre, probablement du « chef » mais il est tout prêt à passer outre et à s'enfuir avec elle. Elle ne répond guère à ses avances que par des passades avec d'autres partenaires. Pourtant cet « autre » lui-même, son double qu'il voit dans le reflet des vitrines des magasins l’écœure et l’inquiète. Il a l'intuition de sa propre déchéance, de sa solitude, de son désespoir.

     

    C'est un texte déprimant mais poétique parfois, une sorte de roman baroque qui distille une ambiance surréaliste. Pour autant j'ai apprécié l'ambiance des bureaux où règne non pas la bonne humeur comme on pourrait le souhaiter mais en permanence l'espionnage, la trahison, le clabaudage, la flagornerie, la délation. Le monde du travail n'est pas idyllique et il est bon de le rappeler, même dans une fiction. Il est l'image de la société individualiste et égoïste !En revanche j'ai peu goûté les scène de flagellations collectives très sud-américaines, les passages où la culpabilisation le dispute à l'horreur et tout cela sous l'égide de la religion. C'est un roman sombre sur la société, le travail et même l'amour .

     

    Une fois le livre refermé, il reste une impression de malaise tant le texte est réaliste. Je l'ai lu dans la version française mais la traduction qui en est faite est particulièrement évocatrice. Je me suis cru dans un de ces romans d'anticipation écrits notamment au cours du XX° siècle. Ils donnaient à voir un futur étrange et inquiétant. Au mieux nous nous disions que c'était une fantaisie d'auteur, au pire que cela pouvait avoir l'effet d'un avertissement, mais, même s'ils retenaient l'attention, nous n'y croyions pas, cela ne pouvait pas nous arriver. C'était de la fiction, rien de plus ! A quoi assistons-nous aujourd'hui ? Nous vivons dans une société à ce point écartelée que la vie des hommes ne vaut plus rien et qu'on peut se débarrasser d'un être humain sans ménagement au nom de la rentabilité ou simplement de l'arbitraire. Les informations quotidiennes sont pleines de cette violence gratuite et de cette délinquance sans limite. Ce n'est pas pour être passéiste et regretter « le bon vieux temps » qui n'a sûrement jamais existé que dans l'imagination et les regrets mais il est un fait que toutes les valeurs qu'on nous a enseignées et qui étaient les piliers de notre société s'effondrent les unes après les autres. C'est le règne de l’égoïsme, de l’indifférence, la famille n'a plus l'importance qu'elle avait, l'amour entre les hommes et les femmes laisse place au mensonge, à la trahison, aux marchandages, les églises se vident, la vie elle-même n'est plus respectée et la société tente de survivre en écrasant l'autre devenu un obstacle. Quand « L'employé » voit son reflet dans la vitrine des magasins, l'image qu'il perçoit l'inquiète et n'est pas si virtuelle que cela. Ce roman, même s'il nous est présenté sous des dehors volontairement violents et inacceptables est la copie conforme de la société dans laquelle nous vivons actuellement où la solitude et l’ingratitude sont la règle. L'espèce humaine n'est décidément pas fréquentable et ce n'est pas les actions humanitaires effectives mais de plus en plus rares qui la rachète.

    © Hervé GAUTIER - Novembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

  • BLOOD TIES – Un film de Guillaume Canet.

    N°692– Novembre 2013.

    BLOOD TIES – Un film de Guillaume Canet.

     

    Nous sommes à New-York en 1974 . Chris, la cinquantaine sort d'une longue peine de prison pour un meurtre. Son frère, Franck, plus jeune, vient le chercher mais ne se sent pas très à l'aise, évidement lui est policier et son frère est un assassin. Il y a autre chose : les deux frères ne se connaissent pratiquement pas, ont eu des vies parallèles et même rivales et ce depuis l'enfance ; Le père, Léon qui avait une préférence pour Chris malgré la prison qu’il a connue très tôt, a fait ce qu'il a pu pour élever ses trois enfants mais le départ de leur mère a déséquilibré cette famille qui aurait pu être heureuse.

     

    Quand Chris sort de prison, il reprend contact avec sa famille, avec Franck évidemment mais aussi avec son père malade et avec sa sœur qui voudrait bien reconstituer cette famille déchirée. Il reproche à son frère de ne pas être venu le voir pendant toutes ces années d'incarcération et lui ne peut que lui opposer son métier de policier, ce qui est évidemment une mauvaise raison. Les deux frères auraient dû être complices au cours de leur adolescence mais un minable cambriolage qui s'est terminé par l'arrestation de Chris les a définitivement séparés, Franck l'ayant trahi au dernier moment. C'est pour Chris le départ d'un long parcours dans la délinquance. Il ne cessera de fréquenter les tribunaux.

     

    Pourtant, à sa sortie de prison, Franck héberge son frère, l'aide à renouer les relations avec ses enfants et son ex-femme, Monica, lui trouve un travail pour justifier sa réinsertion, mais c'est un emploi précaire, mal payé, peu valorisant. Et puis on se méfie de cet ancien taulard qui perd patience et joue même de malchance dans sa volonté de se réadapter. Chris fait preuve apparemment de bonne volonté, rencontre Nathalie avec qui une nouvelle vie rangée devient possible. Pourtant, ses anciens amis le contactent et, bien entendu, il replonge. Ce sera le départ d'une série de braquages qui feront de lui un homme riche mais toujours un marginal. Pire peut-être, il monte une affaire de prostitution dans laquelle Monica se retrouve promue mère-maquerelle et trafiquante de drogue. Elle sera dénoncée et la police remontera jusqu'à Chris.

     

    De son côté Franck qui est pourtant un bon flic, doit affronter ses collègues et sa hiérarchie : On le soupçonne de jouer un double jeu surtout quand il croit reconnaître Chris qu'il blesse dans un casse qui tourne mal. Il rompt définitivement les liens avec son frère et préfère quitter la police. Ni la mort de leur père, ni les fêtes de famille sous l'égide de leur sœur ne parviennent à ressouder ce « lien du sang » définitivement rompu entre les deux frères. C'est vrai qu'ils sont bien différents. Chris a pour les femmes l'aura du mauvais garçon et n'a aucun mal à conquérir Nathalie. Franck, lui, n'a rien d'un Don Juan, a toujours été un garçon timide, réservé mais aussi un peu gauche avec les femmes. Il aggrave même son cas en renouant avec Vanessa, une ancienne amie mais qui est azussi la compagne d'Anthony Scarfo, un malfrat violent que Franck a jadis arrêté et fait jeter en prison. Quand ce dernier sort, il harcèle le policier et sa compagne et menace de tuer Franck.

     

    Le « lien du sang » sera renoué à la fin, mais avec celui de Scarfo que Chris, malgré le fait que la police le recherche n'hésite pas, dans la gare de « Grand Central », à tuer Scarfo pour protéger son frère et ainsi lui sauver la vie. En agissant ainsi, il sacrifie son propre avenir. Bien entendu il retournera en prison pour longtemps alors qu'on peut imaginer que Franck, réhabilité par le geste de son frère, pourra réintégrer la police et être heureux avec Vanessa.

     

    Même s'il s'agit d'un remake du film de Jacques Maillot « Les liens du sang » de 2008, le thème du film jouant sur l'opposition au sein d'une même famille entre un flic et un voyou me semble pertinente. D'autre part la distribution est somptueuse et le jeu des acteurs convainquant.

     

    © Hervé GAUTIER - Novembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com