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la feuille volante

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  • L'HÔTE - Guadaluppe Nettel

     

    N°395– Février 2010.

    L'HÔTE – Guadaluppe Nettel – Actes Sud.

     

    Ana est habitée par une « Chose » qui fait partie d'elle depuis l'enfance. Elle vit avec elle, ou plus exactement est en elle depuis toujours, elle ne la voit pas mais elle la sent et celle-ci se sert d'elle, s'en nourrit presque, jusqu'à à en devenir insupportable. La chose grandissait en effet en elle « comme une chrysalide »;

     

    Durant l'enfance, elle a été sa compagne-complice ce qui meubla la solitude de la fillette. Seul son frère, Diego, échappait à son emprise, mais plus tard ses réactions furent inattendues, dévastatrices au point de s'attaquer à ce frère lui-même... et l'anéantir, le vider de sa propre substance! C'est à tout le moins l'explication qu'Ana donna à la mort prématurée de son frère, associant le sang de ses premières règles à celui qui accompagnait la mort de Diego. Parfois la chose alternait entre accalmie et violence, parfois se manifestait sous la forme d'une petite voix mais avant la mort de ce frère aimé, il semble que la « chose » a laissé sur son bras une sorte de cicatrice qui évoque le braille. Alors, message codé ou annonce de mauvaise augure, rite cabalistique ou volonté de voir un mystère à déchiffrer? Ce fut pour elle l'occasion d'entrer dans le monde des aveugles, pourquoi pas en devenant lectrice dans un institut pour non-voyants? Ce serait une façon bien originale et sûrement efficace pour Ana de se débarrasser de cette « chose » qui devenait de plus en plus un parasite, de l'exorciser en quelque sorte par une sorte de transfert, comme si l'hépatite dont elle souffrit un temps lui aurait permis de partager sa souffrance avec cet « hôte » encombrant?

    Pourtant, à force d'explorer le monde souterrain des aveugles, de les fréquenter jusque dans leur quotidien, à la fois dans cet établissement qui l'emploie mais surtout dans un monde interlope fait de rencontres improbables, de mendicité, de handicap et de vie cachée dans le métro mexicain, véritable cloaque où pourtant elle finit par se mouvoir presque naturellement, elle finit par décrypter le message sur le bras de son frère!

     

    Alors, manifestation d'un dédoublement de personnalité dont nous souffrons tous sans bien nous en rendre compte, peur intrinsèque à l'enfance de voir disparaître des êtres que nous aimons face à l'inconscience des adultes qui préfèrent transformer la mort en tabou, habitude prise dès les premières années de vivre avec autre chose qui fait que les adultes, et parfois nous-mêmes, craignons pour notre santé mentale, volonté de se recréer un monde différent de celui dans lequel nous vivons, sentiment de culpabilité ou désir de voir dans autre chose le responsable de ses propres malheurs, phobie irraisonnée de cette enfance qui pourtant s'en va, mythomanie dévorante qui confine parfois à la folie, itinéraire intime qui consiste à se libérer définitivement d'une obsession? Qui sait!

     

    J'avoue que j'ai lu ce livre avec une certaine circonspection, partagé entre intérêt et curiosité... Je suis peut-être passé à côté de quelque chose, mais cet ouvrage, malgré les éloges que j'ai pu en lire par ailleurs m'a laissé une impression bizarre, non par le sujet traité qui me parlerait peut-être, mais par la manière de l'aborder, entre fiction et réalité.

     

    © Hervé GAUTIER - Février 2010.

  • UN HOMME- Philip Roth

     

    N°430– Juin 2010

    UN HOMME- Philip Roth – Gallimard.

     

    L'histoire commence dans un petit cimetière juif un peu délabré où un homme va être enterré. Cette petite cérémonie réunit sa fille, née d'un second mariage qui l'adore et qui prononce quelques mots sur sa tombe, mais aussi deux fils, nés d'une première union houleuse, qui le méprisent parce qu'il a abandonné leur mère, son frère aîné, une infirmière qui s'était occupé de lui avant son décès et quelques collègues... Cet enterrement n'a cependant rien d'exceptionnel, juste quelques poignées de terre jetées sur le cercueil, quelques paroles puisées dans le chagrin et le souvenir mais aussi des marques d'indifférence, de soulagement, de rancœur même...

     

    Par une classique analepse, l'auteur va retracer la vie de cet homme, dont nous ne connaîtrons pas le nom. Enfant de santé fragile, il avait été l'objet des soins attentifs de ses parents. Il est devenu un homme torturé par des affections cardio-vasculaires mais il envie et même déteste ce frère aîné, à cause de sa bonne santé... Il ne reprit pas la profession de son père, bijoutier juif, mais devint un publicitaire célèbre puis s'est mis à la peinture pendant ces années de retraite. Ses trois mariages se soldèrent par autant de divorces entrecoupés de quelques liaisons amoureuses ...

     

    C'est une vie banale qui nous est ainsi livrée par le narrateur comme s'il nous prenait à témoin, celle d'un homme ordinaire, pleine de poncifs, de désillusions, de frustrations, avec son lot de joies, d'épreuves, d'amours et de rêves brisés, d'erreurs, de prises de conscience que les choses changent, que le temps perdu ne se rattrape pas... Lui qui fut un amant ardent, il connaît maintenant la perte du désir, l'impossibilité de séduire ..., Roth reprend devant nous, à l'occasion de cette histoire, tous les truismes habituels loin des préoccupations intellectuelles et philosophiques, avec la hantise ordinaire à tout humain, celle de la vieillesse, de la solitude, de la mort. Cet homme n'attend rien d'un hypothétique autre monde ou d'une vie éternelle, les choses s'arrêtent avec celle-ci, et tant pis si toute cette agitation n'a servi à rien et ne débouche que sur le néant.

    Sa vie n'aura donc été qu'un vaste gâchis qu'il a lui-même tressé, remettant en cause ce qu'il avait pourtant patiemment construit. Dans notre société, il est sûrement une sorte de parangon, lui dont la réussite professionnelle a été avérée, dont la vie familiale a été un savant mélange d'adultères, de mensonges, d'hypocrisies et de complicités malsaines et même coupables, d'humiliations imposées aux siens, comme si son existence ne se résumait qu'à une recherche effrénée de la jouissance sexuelle, du plaisir animal à tout prix, dût-il lui sacrifier la stabilité de sa famille, sa respectabilité, la vie et l'amour de ses enfants... Après tout il doit être comme un homme, cet être qui est en permanence habité par la folie de tout détruire autour de lui pour un peu de ce plaisir quêté dans une rencontre avec une inconnue!

     

    Face à ces renoncements successifs, il lui reste la peinture que pratique comme une sorte d'exorcisme ce Don Juan insatiable, toujours à la recherche de femmes qui lui procureront du plaisir, mais qui, à présent, ne peut plus que les suivre du regard en fantasmant sur leur corps, en espérant qu'elles lui feront l'aumône d'une étreinte. Quant au maniement du pinceau, cet exercice artistique devient lassant et il n'en retire plus rien...

     

    C'est un récit un peu mélancolique, un rien désabusé, un peu tragique aussi si on estime que vivre de la naissance à la mort en acceptant de n'être plus ce qu'on a été, est aussi participer à une sorte de tragédie. C'est assurément dramatique aussi d'accepter sans peur la réalité de la mort, cet inévitable saut dans le néant, parce que, quand on a goûté à la vie, on ne peut la quitter sans regret ni terreur.

     

    Le titre anglais (evryman : n'importe quel homme) résume assez bien le but de l'auteur; il s'agit de la vie de chacun d'entre nous qui est esquissée ici. Ce n'est donc pas exactement une fiction, mais la copie plus ou moins conforme dans sa diversité du parcours de chacun d'entre nous sur cette terre.

     

    Le style est dépouillé et atteint son but, celui de nous donner à voir « cet homme » sans nom, (et cela doit aussi valoir pour les femmes?), un véritable quidam, un être ordinaire dont on nous raconte la vie également ordinaire, celui de nous faire partager, avec cet art consommé du conteur, son passage sur terre plein de fougue mais finalement aussi plein de désillusions et de bassesses.

    Une véritable image de la condition humaine!

     

     

     

    Hervé GAUTIER – Juin 2010.http://hervegautier.e-monsite.com

     

  • GABRIEL GARCIA MÁRQUES - UNE VIE- Gérald Martin

     

    N°428– Mai 2010

    GABRIEL GARCĺA MÁRQUES – UNE VIE- Gérald Martin -Grasset.

     

    Cette chronique qui s'est si souvent fait l'écho des romans de García Márques ne pouvait rester muette à la sortie d'un livre sur sa biographie. C'est cependant un quasi-paradoxe d'écrire la biographie d'un auteur dont l'œuvre est toute entière inspirée par sa propre vie autant d'ailleurs que par la réalité qui l'entoure.

     

    Né en Colombie en 1927,(et non pas en 1917 comme on peut le lire dès la 1° ligne de l'avant-propos, mais cette coquille n'entache en rien le travail de cet universitaire britannique qui met en perspective la vie de l'auteur et son œuvre ), il est l'ainé de onze enfants et porte l'espoir de toute sa famille. Prix Nobel de littérature en 1982, homme de gauche engagé, volontiers défenseur des grandes causes, il est le plus connu, le plus populaire et le plus emblématique romancier du continent sud américain et chacun des grands de ce monde recherche son amitié. Sa généalogie labyrinthique, largement évoquée dans « Cent ans de solitude »(son livre le plus important) et dans toute son œuvre, irrigue son écriture tout comme son enfance dont gardera une durable nostalgie. Elle se déroule sur fond de guerre civile, de troubles sociaux, de corruption politique, de filiation illégitime, de bouleversements familiaux... Il sera fortement marqué par son grand-père maternel, le colonel Nicolas Ricardo Márques Mejila, sa grand-mère Tranquilina, ses parents, une mère effacée et un père volage et aventurier et son village d'enfance, Aracataca devenu Macondo ...

    Le petit Gabito entame un chemin difficile avec en contre-point la maladie, des études parfois laborieuses, ses premiers émois amoureux, une ascension sociale nécessaire, un éveil à l'étude de la littérature, la manifestation d'un talent précoce, des aventures sentimentales souvent épiques... Gabriel se révèle cependant angoissé, hypersensible, hypocondriaque, bref kafkaïen...

    Son père, avec qui il s'entendait assez mal, estimait que la littérature était une chose mineure, son fils fera donc du droit pour être avocat mais n'oubliera jamais son penchant pour l'écriture. Il poursuivra cependant ses études, mais avec une grande irrégularité et un grand amateurisme et l'assassinat de l'avocat libéral Gaitan sera pour lui révélateur. Il choisira de prendre ses distances avec le droit, et de gagner sa vie dans le journalisme. Il est à l'époque un garçon maigre timide et désargenté et affirme une vocation déjà connue d'écrivain mais aussi un engagement politique dans un contexte de luttes partisanes faites de violence et de corruption. Ses articles, notamment sur le glissement de terrain de Médellin et sur le naufrage d'un destroyer de la marine colombienne le mettent en position de délicatesse avec le pouvoir politique et c'est le départ pour l'Europe, vécu comme un exil volontaire et professionnel. A Rome, Paris, en Allemagne de l'Est, à Cuba, à New-York, à Mexico où il fut reporter et critique de film avec plus ou moins de bonheur, il connut des difficultés d'écriture mais surtout financières. Il devient « Gabo » et lui qui au départ ne gagnait pas sa vie même comme journaliste va crouler sous les honneurs et la reconnaissance, la fortune avec la consécration littéraire.

     

    Ses romans sont certes inspirés par sa vie, par son enfance, mais il mêle toujours à la fiction, l'histoire, les superstitions, les tabous et le folklore de son pays et de tout le continent sud-américain. Il ne manque jamais de dénoncer les inégalité sociales et de prendre parti pour les plus démunis ce qui fait de son œuvre non seulement un extraordinaire moment de lecture mais aussi le plaidoyer social d'un grand témoin de son temps. Son écriture flamboyante, son humour, son imagination débordante et cet extraordinaire talent de conteur et de narrateur révèlent l'âme de la Colombie. C'est véritablement son pays qui a fait de lui l'auteur que nous connaissons. Pourtant, il a fini par prendre ses distances avec lui!

    C'est donc un destin d'écrivain qui est présenté ici mais aussi l'illustration d'un paradoxe: comment concilier une vie littéraire, politique et personnelle avec tant de notoriété? C'est que, avec le temps, il s'est largement impliqué dans la politique, est devenu thuriféraire des gouvernants qui avaient sa sympathie, jusqu'à être sans doute dépassé par cet engagement. Mais cet homme au « réalisme magique » cache cependant un sentiment de solitude qui irriguera sans aucun doute son écriture, tout comme l'amour et le sexe d'ailleurs! A ce propos, malgré cette société dont il fait évidemment partie où les hommes ont volontiers des relations avec les prostituées ou des aventures avec des femmes mariées, il ne cessera, malgré sa vie privée mouvementée, de penser à Mercedes, pourtant plus jeune que lui, qu'il a demandée en mariage quand elle avait 9 ans, et qu'il épousera!

    Il est maintenant un vieil homme luttant contre la maladie qui devient de plus en plus amnésique, un paradoxe de plus pour un écrivain qui a fait de la mémoire le thème central de son œuvre. Même s'il attend la mort, se perd un peu dans son propre labyrinthe, il a déjà l'acquit l'immortalité.

     

    C'est, sous un titre sobre, un travail monumental, qui n'est cependant pas une hagiographie, et qui est présenté pédagogiquement sous une forme chronologique par son biographe « officiel ». C'est aussi une bonne idée d'avoir enrichi le livre de cartes de géographie, d'arbres généalogiques et de notes.

     

    Je ne peux que saluer la sortie de ce livre, fruit de dix-sept années de travail assidu et constant, une version cependant courte selon Martin (Ce livre comporte plus de 650 pages avec les notes alors que l'autre, « longue », sera publiée plus tard en compte 2000!), qui nous montre un être à plusieurs faces, à la fois narcissique et tourmenté, mystérieux et parfois empêtré dans ses contradictions, à l'occasion flagorneur et manipulateur, mais conscient de sa notoriété... L'auteur fait un analyse pertinente de l'œuvre de Márques et replace sa vie dans le contexte des événements politiques auxquels il n'est pas resté indifférent.

    Mais, prenons garde, Márques a avoué à son biographe, sans doute en guise d'avertissement, « Tout le monde a trois vies, une vie publique, une vie privée et une vie secrète! ». Cet ouvrage nous aide un peu à comprendre cette dernière!

     

    C'est en tout cas un hommage majeur à un homme et à un écrivain exceptionnel.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • SANS ENTRAVES ET SANS TEMPS MORTS - Cécile Guilbert

     

    N°426– Mai 2010

    SANS ENTRAVES ET SANS TEMPS MORTS – Cécile Guilbert - Gallimard.

     

    Le titre est déjà tout un programme dans une société qui aspire à davantage de liberté, qui est possédée par la vitesse obligatoire d'exécution de tâches alors que l'espèce humaine est encline à la paresse, à la nonchalance...

     

    La 4° de couverture m'en dit un peu plus qui cherche à caractériser l'écrivain contemporain et qui propose comme définition «  un corps capable de se déplacer à travers le temps sur un maximum de théâtres d'opérations en trouvant partout matière à penser », autant dire quelqu'un à qui rien n'est étranger, qui promène sur le monde passé et présent un regard curieux et surtout critique, et il faut dire que notre pauvre monde se prête bien à cet exercice! Et des écrivains cités dans ce livre, il n'en manque pas!

    A première vue, c'est une sorte de mosaïque de 50 textes déjà parus dans diverses revues, embrassant l'avis de l'auteur(e) sur les époques, les genres, les cultures... et surtout la littérature. Tout cela est bel et bon, mais qu'y a t-il de commun entre une réflexion menée sur le luxe, les vêtements noirs [elle en profite pour nous confier son goût immodéré pour cette couleur appliquée au porte-jarretelles], son témoignage pour Jean-Luc Godard, l'urbanisation contemporaine, l'histoire du rock ou la cruauté de Johnathan Swift? Et de nous avertir «  contrairement au préjugé courant, les mots, servent pas à décrire la réalité, mais à créer du réel ». C'est une approche originale du phénomène de l'écriture et une piste finalement pas si inintéressante par laquelle on peut aborder la littérature.

     

    Auteur(e) de romans, elle ne pouvait pas ne pas consacrer une partie de sa réflexion au langage qui est notre commun moyen d'expression et surtout le matériau de prédilection des « gens de lettres ». Elle note que chacun possède ses mots ou plus exactement en fait un usage personnel, ce qui complique un peu les choses puisque, par définition, ils sont une convention. Elle croit bon de préciser également que « la plupart des livres actuels sont écrits comme on cause ... pour aboutir à une absence de pensée quasi aphasique», ce qui n'est pas faux. Et de fustiger, pour illustrer ce propos, Houllebecq et Beigbeder, ce qui n'est pas pour déplaire à l'auteur de cette chronique! Elle dénonce le roman actuel, pas vraiment romanesque, trop autobiographique, trop standard ou trop impersonnel, c'est selon. Elle pointe du doigt le mélange des genres, comme le passé s'oppose à l'avenir ou quelque chose comme cela. Elle défend aussi ceux qui font partie de sa bibliothèque personnelle, Artaud, Chamford, Rimbaud, Sade, Céline, les appellent en quelque sorte à la rescousse, et là c'est plutôt bien. Elle réhabilite aussi des écrivains oubliés, des icônes actuelles, ce qui n'est pas mal non plus.

     

    J'ai lu cet essai jusqu'au bout en appréciant peut-être davantage le ton que le style. Le livre est dense par la diversité des articles et des sujets traités. J'avoue bien volontiers que j'étais sceptique au départ puisque ma curiosité va plutôt vers la fiction. Le livre refermé, j'y vois un regard qui m'a paru pertinent, même si on peut toujours dire que la critique est facile. Elle a au moins le mérite d'être exprimée, de remettre en cause les choses les plus convenues et les plus consacrées par notre société prompte à la louange en faveur de ceux qu'elle a consacrés et ainsi d'ouvrir un débat. Je dois avouer que j'ai apprécié aussi l'érudition, le goût de la polémique, la sensualité et la liberté de parole qui justifie le titre, surtout si elle se fait libertaire et libertine, ce que je ne peux pas ne pas apprécier. C'est une invite à la lecture, à la fréquentation de notre belle langue française, et je ne pouvais pas en faire l'économie, d'autant qu'elle mène une large réflexion sur la littérature.

     

    Cette invitation à jouir, dont il est question sur la 4° de couverture me paraît, évidemment de bon aloi. On la peut résumer en quelques mots: beauté, luxe, liberté, volupté, amour, vie... et la liste n'est pas exhaustive, reste ouverte à toutes les déclinaisons, et là aussi, c'est sans entraves et sans temps morts!

     

    J'avoue que je ne connaissais pas Cécile Guilbert. Ce livre sera peut-être l'occasion de poursuivre cette découverte, quoique j'y préférerais sans doute son écriture romanesque, mais davantage pour faire « un petit bout de chemin » avec elle et apprécier, par la lecture, le plaisir évident qu'elle a d'écrire. Il est gourmand, jubilatoire...

    Je préfère toujours cette approche à celle que la « presse spécialisée », trop souvent laudative, conseille pour le seul motif qu'un jury littéraire aura consacré un de ses ouvrages.

     

     

     

     

    © Hervé GAUTIER – Mai 2010.http://hervegautier.e-monsite.com

     

     

  • LA VAGUE - Todd STRASSER - Éditions Jean-Claude Gawsewitch.

     

    N°423– Mai 2010

    LA VAGUE – Todd STRASSER - Éditions Jean-Claude Gawsewitch.

     

    C'est un récit assez déconcertant, encore que, inspiré par une histoire qui s'est réellement déroulée dans un lycée américain dans les années 70. Imaginez un professeur d'histoire qui, pour faire comprendre à ses élèves idéologie nazie et leur faire toucher du doigt l'horreur de ses crimes, leur passe un film sur les camps d'extermination. C'est pour eux une révélation en même temps qu'une occasion de poser des questions sur la réalité de ces faits mais aussi sur la raison de la passivité de la population allemande, de son hypocrisie, l'inertie des juifs face à la mort. Çà, c'est pour le programme scolaire.

     

    Dans le même temps, il se heurte, en tant qu'enseignant, aux difficultés liées à l'indiscipline, à l'absentéisme, au manque de sérieux des élèves qui règne dans sa classe quand ce n'est pas également dans les activités extra scolaires. Mis à part les rares bons élèves, l'atmosphère de son cours se résume à une sorte de léthargie. Il s'aperçoit en outre qu'il n'est pas vraiment capable de répondre à toutes les questions des élèves d'une manière satisfaisante. Pour remédier à cet état de chose quelque peu délétère autant que dans un but pédagogique, il prend l'initiative, s'inspirant de la doctrine nazie, d'inscrire au tableau « La force par la discipline », et d'expliquer que la discipline entraine la réussite, le pouvoir... Lui, qui d'ordinaire avait beaucoup de peine à capter leur attention, fut étonné du résultat. Cela au début pouvait passer pour un nouveau jeu mais les potaches, ordinairement peu passionnés par ses cours et un tantinet indisciplinés, se changèrent en soldats obéissants, respectueux de leur professeur, et arborant une tenue correcte!

     

    Et le professeur de constater «  On aurait dit qu'ils n'attendaient que cela depuis toujours ». Puis, il affina la notion parlant de « communauté », de l'esprit d'équipe qui devait prendre la pas sur l'individualisme... Puis, pour que les choses soient plus parlantes, il fait adopter un symbole, « la vague », qu'il compléta par un salut, un slogan, des meetings, le culte du chef, le tout dans un contexte de discipline librement acceptée et même réclamée! L'instinct grégaire gagna petit à petit chaque élève et, presque naturellement on finit par encourager la délation, l'autorégulation du groupe en vue de l'action, l'informatisation, le prosélytisme, l'obsession de l'ordre et du résultat, l'esprit de compétition autant que l'absence d'esprit critique, l'endoctrinement systématique... L'illustration se fait plus précise quand un élève juif est agressé par un membre du groupe. Mais ce message ne passe pas auprès de tous cependant. Une réaction s'organise, ce qui est rassurant. L'épilogue l'est également.

     

    Cette expérience fait évidemment débat. Doit-on voir dans ce qui n'était à l'origine qu'un jeu ou l'illustration du cours, un mode d'éducation dont l'histoire nous a enseigné les conséquences et les méfaits, une manipulation, un réel besoin de transformation, une contagion, une expérience qui tourne rapidement au drame et menace de déborder tout le monde, une propagation de la peur et de la passivité du groupe devant la force, l'attitude du professeur, partagé entre la griserie du pouvoir et la peur d'être dépassé par le phénomène?

     

    Cela a beau s'appuyer sur des faits réels, j'avoue bien volontiers que j'ai été, au début, partagé entre la peur et le scepticisme. On a beau se dire que tout cela ne peut pas se reproduire, il ne faut pas perdre de vue ce qu'est la condition humaine, avec ses grandeurs mais aussi ses turpitudes, sa volonté de domination autant que celle de se réfugier sous la houlette d'un chef providentiel qui dictera sa loi, la tentation du totalitarisme...

     

    J'ai lu jusqu'à la fin ce récit en me demandant la part de fiction et de réalité. Ce n'est pourtant pas un chef-d'œuvre d'écriture. Le texte adopte le ton d'un témoignage sec, au phrasé simple et direct, ce qui permet un abord facile. Il a cependant eu un réel succès en Allemagne ainsi que le film qui en a été tiré (Réalisé par Denis Gensel – sorti en 2008).

     

    Il y a quand même quelque chose d'effrayant dans ce témoignage.

     

     

     

    © Hervé GAUTIER – Mai 2010.http://hervegautier.e-monsite.com

     

  • LA FEUILLE VOLANTE A TRENTE ANS.

    • Le 21/03/2010

     

    N° 406 – MARS 2010

     

    LA FEUILLE VOLANTE A TRENTE ANS.


    Trente ans, cette seule durée m'étonne autant qu'elle me donne le vertige, à cause sans doute du temps qui passe et de la mémoire qui s'envole... Qui m'aurait dit qu'en 1980, quand Marjan [décédé en 1998] m'a proposé de créer cette revue, elle durerait aussi longtemps? Trente ans, période pendant laquelle se construit un droit, celui de propriété, ce que les juristes, gens avisés s'il en est, consacrent comme un droit acquis par le simple exercice de quelque chose à condition que cela soit public, paisible et de bonne foi, ce qui pour moi ne pose évidemment aucune difficulté [Cette revue est déclarée conformément à la loi]. Mais ici ce sont des mots jetés au vent pour donner seulement mon avis de simple lecteur, qualité que je revendique avant tout, sur la démarche créatrice des autres, même, et surtout, si on ne me demande rien!


    Pourtant, si elle n'a suscité que beaucoup d'indifférence, cette chronique, devenue blog, m'a permis de nouer des correspondances amicales qui sont des moments précieux d'échange et de partage. S'il fallait un justificatif à cette revue, il serait là même si elle a aussi une fonction personnelle, fixer avec des mots ce que j'ai pensé intimement, d'un roman, d'une manifestation culturelle ou de fixer une émotion suscitée par un événement ... A titre personnel, je déplore en outre que la grande presse spécialisée ait un peu trop tendance à célébrer d'une manière laudative la publication d'un roman au seul motif que son auteur est connu, reconnu ou fait partie de ce qu'on appelle désormais les « people »!


    Elle n'a pourtant jamais eu d'abonnés et n'en aura jamais, elle restera donc indépendante et c'est, à mes yeux, essentiel. Parmi les nombreux auteurs dont j'ai parlé, je n'en ai jamais rencontré aucun et nos rapports, quand ils ont existé, se sont limités à des échanges épistolaires. Pour la plupart, ils ont été brefs et se sont limités à une correspondance de courtoisie, vite interrompue il est vrai sans que j'en connaisse la raison, mais qu'importe, je conçois parfaitement qu'il puisse exister une certaine condescendance pour une petite revue qui n'a, en réalité, ni importance ni véritable impact!


    Je pourrais aussi m'interroger sur l'intérêt suscité par cette chronique, tant il est vrai que le nombre de visiteurs n'est pas si important, encore que plusieurs d'entre eux n'y viennent que par hasard. Je dois cependant avouer que son hébergement sur un site [merci à e-monsite] facilite sa diffusion.[Au départ, elle ne circulait que dans mon courrier et dans celui, plus abondant, de Marjan, ce qui, malgré tout restait confidentiel]. Si je glissais vers la peopolisation ou la pornographie j'enregistrerais probablement davantage de connections, mais je ne risque pas et changer de cap et le compteur installé sur ce site n'a pour moi qu'une fonction indicative. Quant à son aspect visuel, chacun peut constater qu'elle ne brille pas par son agressivité, sans musique ni beaucoup de photos, juste du texte! C'est d'un choix délibéré que je lui donne une apparence « modeste », avec parfois des insuffisances dont je suis bien conscient. Qu'elle reste confidentielle me plaît bien et je sais aussi d'expérience que la notoriété est par essence volatile! J'ai seulement voulu faire figurer en page d'accueil et en souvenir le logo, dessiné et gracieusement offert par Arfoll , collaborateur et ami de Bernard Drupt lorsque celui-ci était rédacteur en chef de « La Revue indépendante ». Ce bandeau fut longtemps le symbole de cette revue.


    Au petit jeu du « j'aime, j'aime pas » qui en est un peu le fondement, qu'ai-je à gagner? Rien évidemment et cette revue qui, au départ n'était qu'une simple chronique poétique et l'est restée longtemps, s'est ouverte, avec le temps, à la littérature, au cinéma parfois, parce que mes lectures ont toujours été orientées vers la fiction et que les manifestations culturelles en général retiennent davantage mon attention. Pour ce qui est de la lecture, elle n'est alimentée que par mes goût littéraires, l'attirance que j'ai pour la créativité d'un auteur ou tout simplement le hasard qui me conduit de plus en plus souvent devant les rayonnages de la bibliothèque municipale. Cela me permet la « fréquentation » d'écrivains qui, sans cela, me resteraient à jamais étrangers. Je ne reçois en effet que très rarement de livres en service de presse, ce qui, accessoirement me permet une certaine indépendance.


    Cette chronique est aussi pour moi l'occasion de rendre un hommage (discret) à ceux qui servent notre belle langue française surtout au moment où elle perd de plus en plus de terrain dans notre langage quotidien et aussi à l'étranger. En cette semaine où nous célébrons la francophonie, j'attache du prix à encore exister.


    Ma passion pour la lecture, ce vice impuni de Valéry Larbaud, m'incite à lire complètement un ouvrage, à y prendre du plaisir si c'est possible, à donner mon avis personnel, et non à me contenter de recopier servilement ce que je peux lire à ce sujet. Cela peut paraître étonnant, mais cette chronique a aussi une fonction personnelle, celle de me rappeler que j'ai lu un ouvrage et de consigner pour moi-même ce que j'en ai pensé. Avec elle, je me prouve que j'existe, que mon esprit est encore en éveil (pour combien de temps?)et ce n'est déjà pas si mal! Comme je suis seul à le faire vivre et que je m'entend pas trop mal avec moi, elle dure... Jusqu'à quand? Elle continuera à paraître à son rythme, c'est à dire avec la régularité du hasard, et mourra probablement comme elle est née... en silence. En tout cas, elle perdurera aussi longtemps que je l'aurai décidé.


    Pourtant cette revue n'a aucune prétention, et surtout pas celle d'embrasser la culture contemporaine, ses courants, ses écoles, ses polémiques. Je ne fonctionne qu'au « coup de cœur », qu'à l'intérêt qu'a suscité pour moi un auteur, un roman ou une manifestation et j'entends bien continuer ainsi! Je précise ici que je ne me targue pas de la qualité de « critique littéraire » dont on m'a parfois affublé et que le classement statistique de ce blog semble exiger. Je ne suis qu'un simple échotier de la culture, un simple lecteur et je continue de penser que quiconque écrit un livre et choisit de le publier se met lui-même en situation d'être jugé par le premier venu... et je suis celui-là!

     

    © Hervé GAUTIER – Mars 2010.


     

     

     

     


     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • ET MAINTENANT DANSEZ - Andrés BARBA

     

    N°403 – Mars 2010

    ET MAINTENANT DANSEZ – Andrés BARBA – Bourgois Éditeur.

     

    Les personnages tout d'abord. Inès la mère qui autrefois a été belle, Pablo, le mari, ancien employé de Chemins de Fer espagnols dont l'emploi était toute sa vie. Il voue une affection attachante à son épouse qui n'est pourtant plus que l'ombre d'elle-même, Santiago, le fils préféré, qui a de plus en plus honte de ses parents mais qui prend conscience qu'il est incapable d'aimer une autre femme que sa mère, Barbara, la fille, 40 ans, qui a souffert d'être un peu mise à l'écart et qui s'aperçoit que sa vie d'épouse et de mère de famille devient de jour en jour plus morne. Elle se découvre des penchants homosexuels pour Eléna, son employée de maison. Il y a aussi Béatriz, la petite sœur anormale, morte à trois mois. Personne ne parvient vraiment à faire le deuil de ce fantôme.

     

    Inés, mère jadis sévère et un peu bigote, à presque soixante dix ans, perd la tête et s'enfonce de jour en jour dans les affres de la vieillesse et de la sénilité. Elle perd de plus en plus la mémoire, oublie jusqu'aux prénoms de ses proches, agit d'une manière désordonnée dans les gestes les plus quotidiens, perd jusqu'au sens du langage. Pablo prend conscience que sa femme est condamnée, se révèle maladroit, coupé de la réalité depuis son départ en retraite, et paradoxalement, dépendant de sa femme. Chacun, à cette occasion, se remet en question, s'interroge sur lui-même, sur son avenir, sous l'ombre tutélaire d'Ines qui n'est déjà plus là mais qui reste étonnamment présente, même si chacun pense à sa mort prochaine... Il en résulte une ambiance angoissante.

     

    Ce roman sans grands dialogues, sans beaucoup de descriptions non plus, offre le ton assez pathétique des monologues intérieurs (sauf celui d'Inès qui n'existe pas). C'est aussi une série un peu délétère de portraits juxtaposés, avec seulement entre eux des liens artificiels. Je ne suis pas bien d'accord avec la quatrième de couverture qui annonce un texte « sans pitié ni misérabilisme ». Je serais plutôt de l'avis contraire (Les évocations d'Inés et de sa maladie sont affligeantes, les réflexions de Pablo sont un mélange de craintes, de fausse complicité et de navrante subordination, il y a une sorte de diabolisation de la beauté féminine, de la nudité, du plaisir sexuel, une volonté de transformer tout cela en tabou, l'impression un peu bizarre que chacun d'eux n'est pour l'autre qu'un étranger ).

     

    Il me paraît que ce roman un peu lugubre donne à voir des personnages malgré tout un peu lisses, sans grand relief et incrustés dans le quotidien. Il marque un bouleversement réel des choses, une tentative peut-être manquée de briser des interdits et de formuler des non-dits, une peinture sans concession d'êtres face à leurs contradictions, une sorte de lente agonie d'un foyer jadis stable qui maintenant part à vau l'eau, une évocation de l'impossibilité pour les enfants, Barbara et Santiago, de s'unir à leur tour sous l'égide de l'amour, la consécration de la solitude. C'est un roman de la défaite face à la vie, l'image un peu délétère de la vieillesse, de la mort annoncée et de la triste condition humaine.

     

    Ces quatre mouvements me paraissent peu convaincants et je ne suis pas bien sûr de vouloir poursuivre la lecture de l'œuvre de ce jeune auteur.

     

    © Hervé GAUTIER – Mars 2010.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • LIBERTÉ – Un film de Tony Gatlif.

     

     

    N°402 – Mars 2010

    LIBERTÉ – Un film de Tony Gatlif.

     

    Tout commence par une image poétique et tragique à la fois, un camp de concentration et une musique jetée au vent et produite par des cordes de guitare qui vibrent au rythme des barbelés. Le ton est donné.

     

    La deuxième image est celle d'un campement de gitans en marche dans une forêt à la recherche d'un hypothétique fantôme qui leur fait peur. Ce n'est en fait qu'un petit garçon qui veut se joindre à eux pour échapper à l'orphelinat. Lui aussi a choisi la liberté, celle de ceux qui ne sont de nulle part et qui n'ont comme boussole que le vent. Cette famille tsigane s'installe provisoirement dans un village pour les vendanges, comme tous les ans. Pour autant, on commence à comprendre que les choses ont changé, qu'ils se méfient. On aperçoit la silhouette de soldats allemands qu'ils semblent fuir. Pourtant, dans ce village, ils ont leurs habitudes, qu'ils y connaissent des gens qu'ils respectent, comme ce Pentecôte qu'ils accueillent au début en ami. Pourtant, c'est la guerre et même si cela n'est la « leur guerre », elle est là et a changé les mentalités et surtout les hommes. Pentecôte qui était auparavant leur ami est devenu un « collabo », à la solde de la milice et des SS, désireux avant tout de les spolier du peu qu'ils ont et de servir ses propres intérêts. A partir de ce moment les choses s'enclenchent et de fuites en persécutions et internements dans un camp, le spectateur les prend forcément en sympathie. Ils sont les faibles dont les plus forts vont avoir raison, la mort va s'imposer, même s'il elle n'est suscitée qu'à travers l'assassinat de Taloche.

     

    Dans ce film sans véritable scénario, fait seulement de scènes juxtaposées, Gatlif choisit de célébrer le besoin de liberté [Taloche, décidément en décalage complet avec notre société qui libère l'eau en ouvrant largement les robinets – C'est dans l'eau de la rivière qu'il trouvera la mort, symbole d'une véritable libération mais aussi de la volonté d'anéantissement des Allemands] qui colle aux « semelles de vent » des Tsiganes. A l'occasion, l'auteur souhaite revenir aussi sur les idées reçues et fortement ancrées dans l'inconscient collectif qui font d'eux des « voleurs de poules » [L'épisode où les gens du village viennent les chercher et les paient pour jouer devant leurs poules qui ne veulent plus pondre, est révélateur]. Il les montrent comme des gens qui refusent définitivement d'intégrer notre société sédentaire, scolarisée, obéissante..., comme des gens qu'on souhaite surtout voir s'installer ailleurs [Même s'ils jouent dans les bals de campagne, apparemment à la satisfaction de tous, ils n'en sont pas moins l'objet de l'hostilité des villageois, même s'ils partagent, peu ou prou, les mêmes peurs, les mêmes superstitions]

    Gatlif n'oublie personne et rappelle, à sa manière, qu'ils n'ont pas été les seuls à être persécutés par les Allemands [l'épisode où Taloche, malgré son côté hurluberlu et comique, découvre à la sortie d'un tunnel ferroviaire une montre juive, remet les choses dans leur contexte]. Hitler ne s'en est pas pris seulement aux Juifs, mais aussi à tous ceux qui n'avaient pas l'heur de lui plaire [communistes, résistants, opposants politiques, homosexuels...]. Il rend également hommage à ceux qui ont gardé leur humanité, le maire du village qui vient les chercher dans le camp et les sauve provisoirement par un subterfuge juridique, l'instructrice qui est aussi une résistante, le personnage incarné par Rufus qui leur fournit du travail et de la nourriture. Ils sont eux aussi, à leur manière, des « Justes parmi les justes » mais cette distinction n'existe pas chez les Tsiganes. Il n'y a pas eu chez eux, comme chez les Juifs, d'écrivains et des éditeurs pour porter témoignage de cette extermination.

     

    Ce film est donc bienvenu par l'authenticité de ses personnages et par le témoignage qu'il porte, non seulement sur la différence [et donc sur la tolérance qu'elle entraîne de la part d'une société qui se dit civilisée], mais surtout sur le massacre, avec la complicité de l'État français, de ce peuple victime, lui aussi, de la folie meurtrière des nazis.

     

     

     

     

    © Hervé GAUTIER – Mars 2010.