la feuille volante

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  • LE SYNDROME D'ULYSSE - Santiago GAMBOA

     

    N°400– Février 2010.

    LE SYNDROME D'ULYSSE – Santiago GAMBOA - Métailié.

     

    J'ai, avec la lecture des relations bizarres et quand je choisis un livre, c'est parfois à cause de sa notoriété, parce qu'il faut l'avoir lu pour pouvoir en parler[c'est un peu l'objet de cette chronique], mais souvent, c'est le hasard qui guide mon choix. Il fait bien ou mal les choses, c'est selon!

    Pourquoi ai-je choisi ce roman? A cause de James Joyce, peut-être ou de mon chat qui porte le même nom que le héros grec à cause de l'habitude que nous avons prise de baptiser nos animaux de compagnie de noms dont le première lettre varie en fonction de l'année? Ou peut-être de l'attirance irraisonnée que le ressens toujours pour les auteurs hispaniques? Allez savoir!

    L'histoire m'a pourtant paru, au début un peu fastidieuse, mais je ne sais pas pourquoi, je m'y suis accroché. Cela ne m'intéressait pourtant pas beaucoup d'en savoir davantage sur cet Esteban, jeune colombien venu à Paris dans l'espoir d'étudier en Sorbonne et celui un peu plus fou de devenir écrivain. Comme c'était prévisible, lui qui ne rêvait que de salons littéraires et de prix prestigieux, n'a connu que la pluie, le froid, la promiscuité... et la plonge dans un restaurant parisien!

    Je n'avais pas non plus de réelles sympathies pour ce marocain qui lui aussi nourrissait des fantasmes de réussites universitaires françaises mais son parcours s'est révélé le même! Suivent d'autres rencontres avec des Sud-américains, des Roumains, qui livrent tous, à la première personne, une récit proche de l'oralité fait de solitude et de désarroi, comme celle de Jung, le Coréen, réfugié et travailleur précaire, des aventures avec des femmes plus ou moins prostituées aussi. Cela m'a semblé être comme une succession de récits reliés artificiellement entre eux, souhaitant sans doute nous rappeler la dure condition des travailleurs émigrés. Je ne dis pas que ce n'est pas émouvant et une piqure de rappel ne fait jamais de mal surtout dans un pays qui proclame bien haut ses valeurs humanistes et républicaines, mais ne respecte même pas ses propres citoyens nationaux. Mais quand même! C'est d'autant moins original que le récit dévie rapidement vers l'homosexualité et vers des évocations érotiques voire pornographiques, sans doute pour être dans un contexte plus actuel, vers la drogue et l'alcool aussi, sans oublier de remuer des poncifs un peu usés.

    Pour faire intellectuel, l'auteur note constamment des références culturelles, ce que je n'ai, personnellement, pas trouvé très convaincant.

    J'ai cherché ce qu'est réellement le syndrome d'Ulysse, peut-être pour m'expliquer le titre de ce roman dont je suivais les méandres avec difficultés. Il s'agit de retracer le parcours d'un individu qui, sans être sujet à des pressions psychologiques, peut se trouver capter par un autre ou un groupe d'autres au point qu'il en perde tout sens critique et qu'il soit même incapable de se remettre lui-même en cause. C'est aussi le stress ressenti par un émigré qui arrive dans un pays étranger et le ressent comme hostile. Loin de moi de vouloir minimiser un tel message, mais je suis vite lassé, même si ce récit suscite une grande solitude et se termine par le suicide. Quant à l'écriture, présentée comme une libération dans ce contexte difficile, pourquoi pas? Nous savons tous qu'elle est une vertu et une manière de se recréer un monde différent et plus conforme à nos vues.

     

    Je suis peut-être passé à côté de quelque chose, mais je n'ai pas vraiment été enthousiasmé par cet auteur dont je ne souhaite pas poursuivre la découverte.

     

    J'avoue que je me suis beaucoup ennuyé à la lecture de ce livre, pas vraiment (et même pas du tout) bien écrit, ni passionnant ni attachant. Cela n'a pas correspondu à ce que j'attends d'un roman, celui d'être un moment d'exception et de plaisir, à la découverte d'un auteur et de son univers.

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Février 2010.http://hervegautier.e-monsite.com

  • L'HÔTE – Guadaluppe Nettel

     

    N°395– Février 2010.

    L'HÔTE – Guadaluppe Nettel – Actes Sud.

     

    Ana est habitée par une « Chose » qui fait partie d'elle depuis l'enfance. Elle vit avec elle, ou plus exactement est en elle depuis toujours, elle ne la voit pas mais elle la sent et celle-ci se sert d'elle, s'en nourrit presque, jusqu'à à en devenir insupportable. La chose grandissait en effet en elle « comme une chrysalide »;

     

    Durant l'enfance, elle a été sa compagne-complice ce qui meubla la solitude de la fillette. Seul son frère, Diego, échappait à son emprise, mais plus tard ses réactions furent inattendues, dévastatrices au point de s'attaquer à ce frère lui-même... et l'anéantir, le vider de sa propre substance! C'est à tout le moins l'explication qu'Ana donna à la mort prématurée de son frère, associant le sang de ses premières règles à celui qui accompagnait la mort de Diego. Parfois la chose alternait entre accalmie et violence, parfois se manifestait sous la forme d'une petite voix mais avant la mort de ce frère aimé, il semble que la « chose » a laissé sur son bras une sorte de cicatrice qui évoque le braille. Alors, message codé ou annonce de mauvaise augure, rite cabalistique ou volonté de voir un mystère à déchiffrer? Ce fut pour elle l'occasion d'entrer dans le monde des aveugles, pourquoi pas en devenant lectrice dans un institut pour non-voyants? Ce serait une façon bien originale et sûrement efficace pour Ana de se débarrasser de cette « chose » qui devenait de plus en plus un parasite, de l'exorciser en quelque sorte par une sorte de transfert, comme si l'hépatite dont elle souffrit un temps lui aurait permis de partager sa souffrance avec cet « hôte » encombrant?

    Pourtant, à force d'explorer le monde souterrain des aveugles, de les fréquenter jusque dans leur quotidien, à la fois dans cet établissement qui l'emploie mais surtout dans un monde interlope fait de rencontres improbables, de mendicité, de handicap et de vie cachée dans le métro mexicain, véritable cloaque où pourtant elle finit par se mouvoir presque naturellement, elle finit par décrypter le message sur le bras de son frère!

     

    Alors, manifestation d'un dédoublement de personnalité dont nous souffrons tous sans bien nous en rendre compte, peur intrinsèque à l'enfance de voir disparaître des êtres que nous aimons face à l'inconscience des adultes qui préfèrent transformer la mort en tabou, habitude prise dès les premières années de vivre avec autre chose qui fait que les adultes, et parfois nous-mêmes, craignons pour notre santé mentale, volonté de se recréer un monde différent de celui dans lequel nous vivons, sentiment de culpabilité ou désir de voir dans autre chose le responsable de ses propres malheurs, phobie irraisonnée de cette enfance qui pourtant s'en va, mythomanie dévorante qui confine parfois à la folie, itinéraire intime qui consiste à se libérer définitivement d'une obsession? Qui sait!

     

    J'avoue que j'ai lu ce livre avec une certaine circonspection, partagé entre intérêt et curiosité... Je suis peut-être passé à côté de quelque chose, mais cet ouvrage, malgré les éloges que j'ai pu en lire par ailleurs m'a laissé une impression bizarre, non par le sujet traité qui me parlerait peut-être, mais par la manière de l'aborder, entre fiction et réalité.

     

    © Hervé GAUTIER - Février 2010.

  • LE TABLEAU DU MAITRE FLAMAND – Arturo PEREZ-REVERTE.

     

    N°390– Janvier 2010.

    LE TABLEAU DU MAITRE FLAMAND – Arturo PEREZ-REVERTE.

     

    Julia est restauratrice de tableaux à Madrid. Elle s'occupe d'une œuvre de Van Huys, peintre flamand du XV° siècle qui représente deux nobles qui jouent aux échecs et, en arrière-plan, une femme en deuil qui lit et semble les observer. Il pourrait s'agir d'une scène banale mais le travail de restauration, accompagné d'une recherche radiographique approfondie, révèle sous la peinture une inscription en latin « qui a pris le cavalier? » qui l'intrigue quelque peu. Une étude plus poussée révèle que le peintre a exécuté ce tableau trois années après la mort quelque peu étrange d'un des joueurs et l'inscription cachée pourrait tout aussi bien se traduire par « qui a tué le chevalier? », c'est à dire l'un des deux aristocrates représentés sur le tableau. C'est qu'il met en scène deux personnages historiques avec, en arrière-plan une femme qui aurait bien pu jouer un rôle déterminant dans le disparition de celui qui a été tué. Cette composition énigmatique est bien dans la style de l'époque et est d'ailleurs partagée par d'autres artistes.

     

    Voici posée une énigme, voulue sans doute par le peintre et qui va se compliquer par la vente prochaine du valeureux tableau, l'attribution de commissions juteuses, de tractations tordues en marge de la légalité et l'intervention de personnages mystérieux et parfois sans aucun scrupule. Une véritable partie d'échec là aussi! Deux protagonistes de cette histoire seront même assassinés dans des circonstances troublantes, ce qui ajoutera au mystère qui entoure cette œuvre et ne manquera pas de réunir le passé au présent qui lui aussi comporte des interrogations qui ne sont pas sans rappeler l'œuvre de Van Huys!

     

    L'ambiance un peu noire est entretenue tout au long de ce roman par l'analyse des situations, les couleurs du tableau mais surtout par l'échiquier lui-même, représenté sur la toile avec certaines pièces du jeu dont le déplacement pourrait bien révéler une partie du mystère! La symbolique des pièces, les arcanes du jeu, la stratégie et la technique des échecs, l'éventualité d'un autre joueur qui viendrait déplacer les pions, l'existence d'une main anonyme qui distribuerait messages et indices, brouillant ainsi les pistes, l'intervention de la police, la présence de miroirs, l'opposition des carrés noirs et blancs laissant supposer un certain manichéisme, les supputations logiques et parfois déconcertantes faites autours de cette partie laissée en suspens depuis cinq siècles et qui semble vouloir livrer son secret à qui voudra bien s'y intéresser! C'est que ce tableau, sous des apparences ordinaires, invite le spectateur à prendre d'hypothétiques chemins qui semblent l'égarer à l'envi, d'autant plus que cette œuvre finit par être volée et donc par disparaître.

    Le jeu d'échecs peut-être un passe-temps, une simple parabole, un miroir qui cache la réalité...

     

    Comme toujours Arturo Peres-Reverte renoue avec le type de roman à énigme où se mêlent suspense savamment distillé, délit et blanchiment d'argent, comme toujours une grande érudition, nombre de mises en abymes et sens de la formule toujours aussi affirmé.[« Je voulais parler de la vie, de ces soixante-quatre cases de noires nuits et de blanches journées dont parlais le poète... Ou peut-être le contraire: de nuits blanches et de jours obscurs. Tout dépend de quel côté du joueur nous voulons placer l'image... De quel côté, pour parler en parabole, nous plaçons le miroir. ». « La vie est une espèce de restaurant coûteux où l'on finit toujours par vous remettre l'addition, sans qu'il faille pour autant renier ce qu'on a savouré avec bonheur ou plaisir. »].

     

    L'auteur tient en haleine son lecteur passionné jusqu'à la fin. C'est extraordinaire!

     

    Je ne regrette pas d'avoir, par hasard, fait la connaissance de cet auteur.

     

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Janvier 2010.http://hervegautier.e-monsite.com

  • LA PEAU DU TAMBOUR - Arturo Perez-Reverte

     

    N°387– Janvier 2010.

    LA PEAU DU TAMBOUR – Arturo Perez-Reverte – Le Seuil.

     

    Eh bien imaginez-vous qu'un pirate informatique, un hacker, s'est introduit dans l'ordinateur du Vatican et que le Pape est au courant. On soupçonne un ecclésiastique surnommé « Vêpres » (évidemment!), curé d'une petite paroisse à Séville, d'en être le coupable! Sauf qu'on n'est pas très sûr et que pour avoir des renseignements fiables on y délègue, en toute discrétion, un prude, vertueux mais élégant et non dénué de charme envoyé du Saint Siège, le père Lorenzo Quart, pour faire toute la lumière sur cette affaire. Il n'est pas indifférent au femmes et si son col romain lui ouvre bien des portes, il lui rappelle aussi ses vœux ecclésiastiques et lui évite des faux-pas.

     

    C'est que cela se complique un peu quand l'église (Notre Dame des Larmes), une merveille architecturale qui tombe en ruine et que tente de restaurer Gris Marsala, une troublante architecte américaine, accessoirement religieuse atypique égarée dans les ordres dont le rôle lui paraît assez imprécis. Cet édifice religieux dont est responsable le brave et ombrageux curé sévillan, Don Priamo Ferro, « tue pour se défendre », selon une formule sibylline qui sied bien aux membres de cette congrégation, entendez par là qu'elle a déjà fait deux morts dans son enceinte, mais deux morts qui ressemblent à s'y méprendre à des homicides! C'est que le projet, déjà bien avancé, est de la détruire pour que le terrain sur lequel elle est construite, soit destiné à la spéculation immobilière et que des subsides viennent, accessoirement, alimenter les caisses de l'archevêché de Séville dont Mgr Corvo préside aux destinées, Ajoutez à cela trois malfrats chargés de surveiller le père Quart, la belle et mystérieuse aristocrate andalouse, Macarena Bruner de Lebrija, aussi extravagante qu'infidèle, plus ou moins ex-épouse du financier véreux Pancho Gravira, le banquier spéculateur Don Octavio Machuca, le père Oscar Lobato, jeune vicaire qui a délibérément sacrifié son avenir et qui pourrait bien être « Vêpres » et un corsaire espagnol disparu au large de Cuba en 1898... Mais l'affaire se corse puisque les fidèles de cette paroisse sont prêts à tout pour conserver leur église et que Don Priamo Ferro ne veut pas s'en laisser conter et ce d'autant moins qu'il est soutenu par Macarena Bruner.

     

    Pire peut-être, et comme si tout cela ne suffisait pas, un problème juridique de taille vient troubler ce jeu trop bien huilé : le curé de la paroisse doit dire tous les jeudis une messe pour le repos de l'âme de Gaspar Bruner, donateur du terrain sur lequel est édifiée l'église et ancêtre de Macarena et l'ecclésiastique entend respecter cette condition... et s'en servir pour garder son église. Si l'édifice venait à être détruit, le terrain reviendrait à la famille Bruner... mais ce n'est pas si simple et des actions judiciaires sont possibles, tant l'enjeu est important. De plus, le père Quart n'a pas été envoyé par hasard à Séville. Il a avec Mgr Corvo une vieille querelle inoubliée qui, bien entendu, refera surface! Tout cela se déroule dans un contexte de luttes d'influences, de prises de pouvoir, de volontés mercantiles, de coups bas aussi... Mais le père Quart ne va pas manquer de s'apercevoir rapidement que sa mission n'a rien de confidentiel, que les protagonistes de cette histoire sont tous à la fois mystérieux et solidaires, ce qui ne va pas aller sans rebondissements.

     

    Vous avez ainsi tous les ingrédients d'un roman passionnant, avec cette histoire de carte postale mystérieuse, toutes les pièces d'un puzzle où les amours contrariées se mêlent à l'aventure et au dépaysement dans le somptueux décor de Séville, carrefour ancien des religions, des cultures et donc de la tolérance et de son tropisme irrésistible.

     

    Comme toujours j'ai apprécié les portraits, le père Ferro qui qualifie lui-même les vieux prêtres de « vieille peau de tambour jaunie sur laquelle résonne la gloire de Dieu », mais surtout les femmes, celui de Cruz Bruner, de sa fille Macarena, mais aussi celui de Gris Marsala... La complicité amicale qui existe entre elles brouille un peu le jeu. Bien entendu, dans le contexte religieux, elles sont regardées par la hiérarchie catholique comme des créatures du Diable et donc comme des tentatrices dont il convient de se défier, pourtant Loranzo Quart fait ce qu'il peut pour ne pas succomber... !

     

    J'ai retrouvé avec plaisir l'imagination débordante de Perez-Reverte où se mêle le suspense, une grande profusion de détails évocateurs et un sens de la formule et aussi beaucoup d'érudition historique. J'ai apprécié l'humour dont son style est emprunt, les descriptions de Séville, les dialogues entre ecclésiastiques faits d'hypocrisie, de duplicité, de mots couverts et d'euphémismes qui siéent si bien à cette corporation. J'ai même eu l'impression que l'auteur réglait quelques comptes, faisant, à l'occasion un constat pas si éloigné que cela de la réalité de l'église catholique apostolique et romaine...

     

    Mais seul importe le plaisir de lire, et là, encore une fois, je dois dire qu'il a été complet! J'ai même franchement bien ri en lisant, à haute voix pour ne rien perdre de leur subtilité, certains paragraphes où l'auteur évoque les facettes de ses personnages.

     

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Janvier 2010.http://hervegautier.e-monsite.com

  • LA REINE DU SUD – Arturo PEREZ-REVERTE

     

    N°385– Décembre 2009.

    LA REINE DU SUD – Arturo PEREZ-REVERTE – Le Seuil.

     

    Térésa Mendoza est une jeune fille mexicaine de 19 ans qui n'a connu que la misère et la violence. Pour échapper à cela, elle vit avec Guero Davila, un pilote à la solde des trafiquants de drogue qui viennent de l'assassiner. Cette sentence de mort s'étend, bien entendu à elle et elle ne peut que fuir pour leur échapper. Ils la retrouvent cependant, la violent et elle n'échappe à la mort que par miracle.

    Elle se retrouve dans l'enclave espagnole de Melilla où elle partage la vie de Santiago Fisterra, un Galicien trafiquant de drogue qui trouve la mort en mer. Térésa qui l'accompagne sauve encore une fois sa vie mais est condamnée par la justice espagnole à plusieurs mois de prison. Là, elle fait la connaissance de Pati O'Farrell, en rébellion contre sa famille bourgeoise, condamnée elle aussi pour trafic de drogue. A son contact, Térésa découvre la lecture et se cultive. A leur sortie, les deux femmes récupèrent une cargaison de drogue cachée par Pati et, avec l'aide d'Eddy Alvarez, avocat affairiste, elles créent une société de transport, en réalité une société écran ainsi qu'un réseau de société fictives dont le seul but est le blanchiment d'argent. La petite mexicaine est donc devenue « la reine du sud » grâce au trafic de drogue et de tabac, même si aucune charge ne peut véritablement être retenue contre elle. Elle réussit à s'imposer dans un univers d'hommes, comme une véritable femme d'affaires, change complètement et se découvre différente.

     

    Pourtant, elle n'a jamais oublié ni ses racines mexicaines ni la mort de Guero, le véritable homme de sa vie et cette vie de femme d'influence ne lui sied guère.

    Voilà donc posée l'intrigue de ce roman, avec ses rebondissements, son suspense, ses personnages bien ciselés ...

     

    Le personnage central est une femme d'exception, comme souvent dans les romans de Perez-Reverte, à la fois forte et faible, comme sont les êtres en général. On sent que l'auteur aime les femmes et prend plaisir à nous faire partager sa passion pour elles. Malgré son parti-pris sympathique, il n'en reste pas mois que Térésa est une trafiquante, une « narca ». Il nous la présente et la fait vivre dans un contexte d'un roman d'aventures inspiré par Alexandre Dumas dont il est un grand admirateur. L'auteur évoque le monde interlope de la drogue, de la corruption qui a cours au Mexique, de la menace qu'elle fait peser sur l'Europe, de l'Espagne considérée comme une plaque tournante de ce trafic, à la fois proche de l'Amérique latine et de l'Afrique, des meurtres...

     

    L'auteur à certes abandonné le roman historique pour nous offrir une évocation plus actuelle de notre société. Lui-même s'implique d'ailleurs dans ce texte, parle de son travail de romancier, de ses lecteurs qu'il imagine, de leur façon de recevoir un livre, d'entrer dans le monde de la fiction... C'est une approche intéressante.

    Pourtant, je n'ai pas retrouvé le même souffle que dans le « maître d'escrime » et je le regrette un peu.

     

    ©Hervé GAUTIER – Décembre 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

  • LE MAITRE D'ESCRIME – Arturo PEREZ-REVERTE

     

    N°384– Décembre 2009.

    LE MAITRE D'ESCRIME – Arturo PEREZ-REVERTE – Le Seuil.

     

    « Tout le monde conspirait en cet été 1868 », les jours de la reine Isabelle II étaient comptés et les supputations républicaines aillaient bon train. C'est une Espagne traditionnelle, machiste, monarchiste, immobile qui est le cadre de ce roman pseudo-historique où Jaime Astarloa, vieux maître d'armes, vit ou plutôt survit dans l'ombre bienveillante mais distante des grands aristocrates à qui il enseigne son art. Pourtant, cette discipline à laquelle il a été fidèle toute sa vie est sur le déclin au point d'être ravalée au rang de sport, tout comme sont galvaudées les valeurs de chevalerie et d'honneur qui s'y attachent. Face à ce monde qui s'effondre, il s'efforce de rédiger un traité qui résumera toutes les nuances de son art, avec la révélation de la botte secrète et imparable, une sorte de Graal. Il considère que son enseignement est exclusivement réservé aux hommes, mais c'est une femme, jeune, belle, secrète et célibataire, Adela de Otero, qui vient solliciter ses services, et, accessoirement améliorer son niveau de vie en l'initiant à une botte dont il a le secret, « la botte des deux cents écus »!

    Cela pourrait être intéressant, mais il considère qu'une femme ne peut manier l'épée parce que cet exercice est réservé aux hommes. Il refuse donc mais finit par céder, et ce d'autant plus qu'il tombe amoureux de la belle. C'est qu'il n'a jamais pu résister à une femme. Elles ont provoqué bien des renoncements et des bouleversements dans sa vie et celle-ci lui donne à penser qu'elle n'est pas tout à fait insensible à sa personne.

    Don Jaime est sous le charme des yeux violets de la dame autant que de son habileté à manier l'épée et à être à ce point en avance sur son temps. Il en vient même à concevoir quelque jalousie à cause des relations intimes qu'elles avec un de ses élèves, un aristocrate bien en vue, Don Luis de Ayala, marquis des Alumbres qui a, un temps, tenu un rôle politique. Don Jaime n'a pourtant rien à espérer de Doňa Adela!

     

    Autour de lui, dans la chaleur étouffante de Madrid et surtout sans que cela lui fasse rien, les querelles politiques se déchainent dans le café où il a ses habitudes, et dans le pays les complots succèdent aux faux espoirs de révolution... Mais lui vit désormais et depuis longtemps hors du temps. Il ne se rend compte  que bien tardivement qu'il est le jouet des événements au point d'être soupçonné du meurtre de Don Luis puisque c'est sa « botte secrète » qui a été utilisée pour l'exécuter et que Adela de Otero a disparu mystérieusement! L'escrime et les femmes n'étaient-elles pas quelques-uns des points faibles du marquis?

     

    Il va entrer, presque malgré lui, dans des intrigues où l'assassinat politique est un passage obligé avec pour but ultime le renversement de la monarchie. S'il ne s'était, à ce point retiré du monde, il aurait peut-être compris ce qui se tramait autour de lui!

     

    Ce roman est construit comme un engagement , assaut, fausse attaque,estocade, jusqu'au combat à pointe nue et de son issue, la mort, une véritable métaphore à travers le vocabulaire peut-être un peu trop technique pour un non-initié, du duel à l'épée.

     

    Grand admirateur d'Alexandre Dumas, l'auteur nous offre ici un roman où tous les ingrédients se retrouvent, intrigues politico-policières, histoire d'amour, contexte historique d'une société au bord de l'explosion... Don Jaime est présenté comme un idéaliste, un homme finissant, gardien de valeurs surannées et d'un art qui se dissout dans le temps, mais aussi comme un naïf, pitoyable et crédule qui ne comprend pas une époque qui n'est déjà plus la sienne. Il prend brutalement conscience de la noirceur des hommes et du tourbillon dans lequel il s'est laissé entraîner au point que sa vie est dangereusement menacée. C'est une sorte de Don Quichotte avec des moulins à vent plein la tête. En cela, je le trouve attachant.

    Ce roman tisse une atmosphère qui me plaît bien, celle d'un moment charnière, de quelque chose que l'on connaît et qui se termine et d'une autre chose qu'on ignore mais qui fascine et inquiète à la fois.

     

    Le texte plein d'humour est bien écrit ou en tout cas bien traduit, ce qui rend sa lecture agréable. Le récit des différents combats est particulièrement bien mené, le suspense y est distillé jusqu'à la fin et et tient le lecteur attentif et passionné en haleine.

    Pour moi, cela a correspondu pleinement à ce que j'attends d'un livre: un moment de réel plaisir, mais aussi une invite à découvrir l'atmosphère si particulière tissée par cet auteur.

     

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Décembre 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

  • LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES – Stieg LARSSON

     

    N°383– Décembre 2009

    LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES – Stieg LARSSON – Actes Sud.

     

    Chaque année, depuis 44 ans un homme reçoit anonymement des fleurs séchées pour son anniversaire et téléphone à un policier à la retraite pour l'en informer.

     

    Le journaliste économique Mikael Blomkvist est condamné pour avoir diffamé un financier Hans-Erik Wennerstrom. Cette condamnation met en évidence des lacunes dans ses investigations. Il devra donc aller en prison à cause de cette décision de justice. A ce moment, un industriel suédois très connu, Henrik Vanger, lui confie la rédaction de l'histoire de cette puissante famille. En réalité, ce qu'on attend du journaliste, c'est l'élucidation d'un meurtre perpétré il y a plus de quarante ans, celui de la petite-nièce d'Henrik, Harriet Vanger, alors âgée de 16 ans. Pour corser le tout, Henrik reçoit chaque année des fleurs séchées et, comme dans toutes les familles, celle-ci qui est nombreuse cache des secrets. Blomkvist accepte donc, d'autant que Vanger se propose de fournir au journaliste des informations complémentaires sur Wennerstrom.

    Lisebth Salander, jeune femme de 24 ans un peu gothique a la caractéristique de vivre en dehors de la société qui ne l'intéresse d'ailleurs pas. Un lourd passé psychiatrique l'a fait mettre en tutelle Elle a aussi un don, celui de découvrir par le biais du piratage informatique et d'une étonnante mémoire des données cachées et, bien entendu elle finit par être engagée par Blomkvist et par l'aider efficacement. Ainsi, tous ces personnages finissent par se croiser et les ingrédients d'un véritable polar sont dors et déjà en place et les rebondissements ne manqueront pas de se produire. Il y a aussi des personnages secondaires qui gravitent autours de ceux qui font ce récit, Erika Berger, co-fondatrice avec Mikael Blomkvit du journal Millénium et qui vit avec lui une liaison épisodique, dans l'indifférence du mari de cette dernière, Nils Bjurman, tuteur de Lisebth Sanders, un sadique et un obsédé sexuel qui se sert d'elle...

     

    Le récit a quelque chose de manichéen, les hommes étant les méchants et les femmes les gentils. L'histoire qui est racontée n'est pas vraiment une fiction mais se rattache à la réalité historique suédoise et va révéler des secrets de véritables familles pas toujours avouables. Cette enquête part d'une mystérieuse photo prise le jour de la mort d'Harriet Vanger, fait référence à des crimes anciens particulièrement horribles et rituels perpétrés en Suède avec, comme boussoles des citation de la Bible et une conclusion provisoire tirée par nos enquêteurs« C'est simplement un fumier ordinaire qui hait les femmes ». Tout s'explique à la fin mais ne comptez pas sur moi pour vous la dévoiler!.

     

    C'est vrai que c'est un peu long, parfois même laborieux, surtout au début. Personnellement, je ne goûte pas trop ce genre de « pavé »(650 pages!) et ce d'autant moins que le véritable intérêt du livre n'apparait que vers la moitié du récit, ce qui me paraît un peu discutable, d'autant que la première partie du livre est parsemée de détails dont on n'aurait parfaitement pu se passer pour la compréhension générale. Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire dans cette chronique, j'aime les écrivains qui s'attachent leur lecteur dès le début du texte et je n'ai pas eu cette impression ici. Cela paraît être un parti-pris de l'auteur de promener un peu son lecteur et de faire s'imbriquer, petit à petit, les pièces du puzzle. Cela pourrait être bien, mais j'ai peu apprécié. Pourtant, l'écriture, dans sa version traduite en français, est simple et le style facile à lire.

    Pour autant, et malgré le grand succès qu'il a connu en Suède et en France, ce roman qui est le premier d'une trilogie, ne m'encourage guère à poursuivre avec cet auteur que, je l'avoue, je ne connaissais pas avant.

     

    ©Hervé GAUTIER – Décembre 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

  • LE WEEK-END –  Bernhard SCHLINK

     

    N°379– Novembre 2009

    LE WEEK-END –  Bernhard SCHLINK – Gallimard Roman [traduit de l'allemand par Bernard Lortholary].

     

    J'avais été bouleversé par « Le liseur » du même auteur. La feuille Volante n°378 garde les traces de la découverte enthousiaste de Bernhard Schlink que je lisais pour la première fois.

     

    Ici, c'est un peu différent. Jörg est gracié par le Président de la République allemande après vingt années passées derrière les barreaux. Sa sœur Christiane invite ses anciens amis a venir fêter sa libération dans sa maison à la campagne berlinoise. Pourtant, ce week-end qu'elle espérait paisible va vite devenir invivable. C'est que Jörg est un ancien terroriste de la Fraction Armée Rouge et dans ce groupe ainsi reformé s'entrechoquent des questions d'abandons, d'oublis, de responsabilités, de culpabilités, de pardons, de regrets, de suspicions, de rêves abandonnés, de mensonges, de coups de bluff, de blocages ... C'est que pendant l'emprisonnement de Jörg chacun a trouvé sa place dans une société qu'auparavant ils combattaient. Quid de l'amitié au regard de l'idée pour laquelle on s'était engagé? Est-elle plus forte que l'idéal? Finit-on par s'insérer dans un monde qu'on refusait, par nécessité, par évolution obligatoire, par conviction lentement forgée par le temps, par récupération plus ou moins volontaire? Doit-on rester toute sa vie habité par par un modèle même s'il se révèle utopique? La société peut-elle être réformée ou doit-elle être dominée constamment par l'argent et le pouvoir qu'elle sous-tend sans qu'il soit possible d'imaginer autre chose? La nécessaire lutte sociale est-elle destinée à n'être qu'un court moment dans la vie des hommes pour n'être plus ensuite qu'un souvenir? La volonté de faire changer les choses légitime-t-elle la violence et l'assassinat? Le fanatisme ne conduit-il pas de lui-même ses protagonistes dans une impasse? La politique doit-elle se conjuguer toujours avec la violence?

    Le huis-clos augmente encore l'ambiance parfois lourde, parfois nostalgique de ces trois jours passés ensemble où les souvenirs reviennent lentement à la surface. Le délabrement de la maison qui sert de cadre à cette rencontre est un peu à l'image de l'ambiance qui y règne et le respect des unités de lieu et d'action donne encore plus de force à ce récit.

    Et puis, Jörg lui-même n'a été que gracié et doit donc sa liberté provisoire au pouvoir politique qu'il combattait jadis. Cela a fait l'objet d'une demande de sa part...

     

    On sent le décalage qui existe entre Jörg et les autres, ceux qui veulent le voir reprendre le flambeau contre toutes les injustices, il y a tant de combats à mener contre l'oppression ...et tous les autres devenus notables établis. Même la religion est convoquée! Pour lui, c'est un peu comme si le temps s'était arrêté il y a vingt ans et que son idéal d'alors était resté intact face à « l'adaptation » de ses anciens compagnons de lutte.

     

    Comme à son habitude, l'auteur soulève des questions qui bien souvent n'ont de réponse qu'en nous-mêmes. Il conduit sa démarche sans concession. C'est un bon écrivain, qui a à la fois le courage d'affronter les vieux démons de son pays mais c'est aussi un juge professionnel dont le rôle est de défendre une société établie et qui mérite sans doute de l'être au nom de « l'ordre public », de la prospérité économique....

     

    Comme je l'avais noté lors de mon premier commentaire, j'ai trouvé ce livre bien écrit [en tout cas bien traduit], agréable à lire. Le thème choisi colle parfaitement à la condition humaine et à l'action politique. Des exemples ne manquent pas pour l'illustrer et nos sociétés démocratiques et occidentales ont toutes été secouées, à un moment ou à un autre de leur histoire, par ces tentatives révolutionnaires. Cela en fait un livre parfaitement actuel et universel.

    Pourtant, je ne saurais trop dire pourquoi, il a moins retenu mon attention et mon intérêt que le premier.

    ©Hervé GAUTIER – Novembre 2009.http://hervegautier.e-monsite.com