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la feuille volante

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  • Vermiglio

    N°1971– Mars 2025.

     

    VERMIGLIO ou la Mariée des montagnes – Un film de Maura Delpero .

    Grand prix du jury à la Mostra de Venise en 2024,sorti en France en mars 2025.

     

    Vermiglio c’est d’abord une couleur (vermeil) mais c’est aussi le nom d’un petit village isolé dans les montagnes de l’Italie du nord en Février 1944, au cours d’un guerre qui, bien que lointaine, rappelle à ses habitants à sa réalité avec le retour d’Atillo (Santiago Fontevilla), à qui Pietro, un soldat sicilien (Guiseppe de Domenico), a sauvé la vie et a accompagné au village. Les villageois acceptent de le cacher en remerciement de son geste, l’armée italienne étant, à cette époque, déchirée en plusieurs camps. L’instituteur local, Cesare Graziadei (Tomasso Ragno) sorte de macho égoïste qui notamment s’achète des disques de grande musique au détriment des soins à apporter à sa famille, est aussi autoritaire et règne sur sa femme perpétuellement enceinte, sur sa famille nombreuse, et, dispensateur du savoir, sur son école et sur le village. Il a une fille aînée, Lucia (Martina Scrizi) qui voudrait faire des études mais son père a décidé qu’elle se marierait et fonderait une famille comme c’est le destin des femmes italiennes à cette époque, son traitement d’instituteur ne permettant qu’à un seul de ses enfants d’étudier, cette faculté sera réservé pour un autre, selon son propre choix. Lucia tombe follement amoureuse de Pietro et l’engage à lui faire un enfant pour précipiter son mariage . Amour sincère peut-être à moins que ce rapprochement avec Pietro ne soit inspiré par l’impossibilité de faire des études, conformément à la décision irrévocable de son père . Elle ne tarde pas à être enceinte et la cérémonie a donc lieu. La fin de la guerre intervient au printemps et Pietro part rejoindre sa famille en Sicile avec la promesse de revenir à Vermiglio. Lucia accouche d’une petite fille, apprend la mort de son mari et décide de partir seule pour la Sicile.

    Ce film est un document sociologique qui se caractérise par la misogynie qui révèle le sort des femmes considérées comme des domestiques, vouées peut-être à la religion ou tout juste bonnes à enfanter. Il y a les préjugés fortement ancrés dans cette communauté, la guerre, certes lointaine mais bien réelle qui pèse sur le pays à travers les craintes des femmes d’être veuves, de ne pas voir revenir leurs fils ou leurs frères. Il montre l’énorme poids de l’Église catholique, l’incontournable culpabilisation judéo-chrétienne qu’elle suscite notamment auprès d’une des sœurs de Lucia qui s’invente des autopunitions ridicules pour ses péchés, les pénitences du curé ne lui semblant pas assez dures. Lucia elle-même, enceinte puis mère, ayant appris la mort de Pietro, persuadée qu’elle ne trouvera plus à se remarier, s’inflige de vivre en dehors des humains, comme une bête. Des lors, sans espoir de remariage et donc hors des normes de cette époque, son père pourtant notable, est respectueusement rejeté de la communauté.

    On peut en revanche légitimement s’interroger sur l’attitude de Pietro face au mariage qu’il accepte avec Lucia compte tenu de sa situation personnelle volontairement non révélée. Sa mort dès son arrivée en Sicile s’explique ainsi.

    C’est un film très personnel, une sorte d’acte de mémoire, inspiré par la vie du père de la réalisatrice, selon son propre aveu, mais ce qui prédomine, c’est la vie dure des montagnes avec des paysages de neige certes magnifiques mais aussi la mort qui rode et prend les jeunes enfants, le froid, la pauvreté que la vie en commun de ce petit village tente de combattre.

     

    C’est un film de qualité qui s’inscrit dans le cadre du « Nouveau cinéma italien ».

     

     

  • L'attachement - Un film de Carine Tardieu

    N°1970– Mars 2025.

     

    L’attachement – Un film de Carine Tardieu.

    Sélectionné pour la Mostra de Venise en 2024,sorti en France en février 2025.

     

    Il s’agit de l’adaptation d’un roman d’Alice Ferney, « l’intimité », paru en 2020.

    Les premières images du film révèlent un couple dont la femme, Cécile, (Melissa Barbaud) va accoucher et qui confie son jeune fils de six ans, Elliot, (Cesar Botti) à sa voisine de palier qu’elle connaît à peine, Sandra, (Valeria Bruni Tedeschi), une cinquantenaire, féministe, célibataire et libérée. Sauf que Cécile va décéder lors de l’accouchement laissant son mari, Alex (Pïo Marmai), désemparé face à la petite Lucille qui vient de naître et à Elliot dont il n’est que le beau-père. Il assumera néanmoins ses nouvelles responsabilités paternelles sans renoncer aux anciennes. La mort de Cécile plane un temps sur cette famille désarticulée mais la vie va s’imposer grâce à Sandra qui, oubliant ses préjugés, s’attache à Elliot puis à Alex. Cela donne des réunions familiales un peu hétéroclites qui réunissent l’ex-de Cécile, David (Raphael Quenard), Marianne, la sœur de Sandra (Florence Muller), la mère de Cécile (Catherine Mouchet), la mère de Sandra et de Marianne (Marie-Christine Barrault). Un peu par hasard, Alex rencontre Emilia, une pédiatre (Vimala Pons) avec qui il se marie, laissant désespérée Sandra qui s’était entre-temps attachée à Elliot.

    On rit beaucoup dans ce film qui pourtant est un drame à la fois pour Alex, pour Sandra et pour Elliot qui, malgré son jeune âge crève l’écran par sa présence. Pïo Marmai fait une prestation remarquée malgré une élocution par moments difficile à suivre. Valeria Bruni Tedeschi, toujours aussi talentueuse, campe une Sandra attachante qui sait rester discrète dans un contexte familial difficile et qui accepte, malgré son âge, ses convictions et ses choix personnels de se remettre en question et de bouleverser sa vie. Elle qui avait banni les enfants de son quotidien découvre avec Elliot et Lucille les choix et les joies inspirés par cette nouvelle famille.

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  • Pinocchio - Carlo Collodi

    N°1969– Mars 2025.

     

    Pinocchio – Carlo Collodi - Mijade.

    Illustrations de Quentin Greban - Traduit de l’italien par Claude Sartino.

     

    Enfants, nous avons tous entendu parler du chef-d’œuvre du toscan Carlo Lorenzini dit Collodi (1826-1890) parce qu’il a fait l’objet d’innombrables adaptations pour le cinéma, le théâtre, la télévision, la bande dessinée et évidement les jouets. Né d’un morceau de bois vivant par les soins du vieux Geppetto , la marionnette a d’emblée des velléités d’indépendance malgré les conseils avisés du grillon et la protection de la Fée. Il connaît des aventures picaresques où la naïveté le dispute à l’égoïsme, à la paresse et et à la désobéissance. Il a de la chance, échappe à la mort plusieurs fois mais son absence bouleverse ceux qui l’aiment, le recherchent et à qui il promet de revenir dans le droit chemin. Ses vœux pieux ne sont jamais suivis d’effet et il succombe toujours aux diverses tentations pour finalement s’amender. Les fables comme toujours contiennent, malgré leurs apparences parfois puériles, toutes les vérités du monde.

    Ce conte initiatique paru en 1881 s’adresse évidemment aux enfants mais également aux adultes. puisque tous les fabulistes du monde qui se sont succédé en écrivant des œuvres n’avaient pour modèle que leurs semblables et il leur suffisait de les observer pour les décrire. Le pauvre Pinocchio qui avait promis de se repentir mais qui retombait toujours, est sévèrement puni par les épreuves, la prison, la solitude, les métamorphoses visibles qui viennent lui rappeler ses manquements et ses mensonges. Tout finit par rentrer dans l’ordre et Pinocchio, après tant de malheurs devient raisonnable, un vrai bon fils en quelque sorte, une happy end digne des Bisounours, très moralisatrice et finalement pédagogiquement éducatrice. Cela c’est pour le roman.

    Le livre refermé, le message est effectivement passé, la sagesse, le courage sont des vertus, l’éducation est essentielle pour la réussite dans la future vie de l’enfant, le fondement de sa culture et du respect d’autrui, ses espiègleries et ses erreurs sont oubliées, Geppetto qui s’est tant sacrifié pour lui est enfin récompensé… « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » pour citer Voltaire . Ce petit garçon comprendra sans doute assez vite que le « vivre ensemble » dont on nous rebat les oreilles ne pèse pas lourd quand chacun profite de l’autre jusqu’à éventuellement l’éliminer. Lui à qui on a tant reproché ses mensonges ne tardera pas à s’apercevoir que c’est une pratique courante dans le monde des adultes (surtout actuellement), que ces derniers succombent facilement aux tentations et n’hésitent pas à bouleverser la vie des autres pour servit leurs propres intérêts, que les diplômes s’assurent pas toujours la réussite... Mais c‘est une autre histoire !

     

     

     

  • Gomorra - Roberto Saviano

    N°1965– Février 2025.

     

    Gomorra - Dans l’empire de la camorra– Roberto Saviano – Folio.

     

    Roberto Saviano est un journaliste italien et c’est dans un style journalistique qu’il a écrit ce livre bien documenté, un peu comme un reportage. Il est aussi né à Naples et c’est presque naturellement qu’il enquête sur cette ville (et sur sa région) à laquelle on associe la Camorra ou plus exactement « le Système », organisation criminelle qui tire ses revenus de la drogue, des déchets toxiques illégalement enfouis au mépris des règles de l’environnement, des armes, des contrefaçons de qualité, sur fond de guerres de clans, de balles perdues, avec blanchiment de l’argent sale, trahisons, exécutions, liens avec le milieu politique et celui des affaires, violence, corruption, réglements de compte… Il révèle aussi l’importance des Chinois immigrés, du trafic dans le BTP et les marchés publics, dans les produits alimentaires, les tissus, du travail clandestin des pauvres exploités, employés dans la confection des vêtements et accessoires de luxe de grandes marques italiennes. Son livre a aussi une dimension sociologique puisqu’il évoque la vie de la population napolitaine vivant au cœur du système mafieux.

    Il décrit avec moult détails les différents assassinats, en décrypte la mise en scène pour en révéler la signification, les codes. Il explique le rôle qu’y tiennent certaines femmes qui, en ce sens, sont l’égal des parrains au point d’être elles-mêmes exécutées contrairement à la tradition qui veut qu’on épargne les femmes. En revanche quant une jeune femme choisit, souvent par intérêt, de vivre avec un mafieux, l’organisation lui verse un salaire ou une aide si son compagnon vient à être tué ou emprisonné. Même les prêtres n’échappent pas au massacre quand ils sont une gêne pour le « Système », malgré les marques de religiosité affichées par les parrains de la Camorra. Il n’y a donc ni morale ni charité dans ce monde qui ne vit que pour le business, à part peut-être le code d’honneur entre membres. Ses investigations l’amènent à affirmer que cette organisation étend ses tentacules jusqu’en Espagne dans le domaine du tourisme et évidemment du narcotrafic d’Amérique du Sud. Et ce malgré le travail de la police, des juges anti-mafia et des révélations de repentis. L’auteur livre même un long chapitre sur la Kalachnikov, son usage par les mafieux, la signification de ses impacts sur leurs victimes, histoire de rappeler qu’ils sont sur leur territoire et qu’on leur doit le respect. Il rappelle que Naples est « un lieu où le mal est le mal absolu, où le bien est le bien absolu » et je comprends maintenant le dicton qui dit que c’est une ville où, quand on se réveille le matin on n’est pas sûr d’être en vie le soir. On est donc loin des traditionnelles cartes postales, du soleil, de la Dolce Vita, des « Gelati » des pâtes, des pizzas ou du cappuccino...

    Avec de telles révélations qui résultent d’un travail à la fois précis et courageux, grâce à l’exceptionnelle audience de son livre traduit en de nombreuses langues et adapté au cinéma par Matteo Garrone (Grand prix du jury au Festival de Cannes en 2008), il a obtenu des prix et distinctions prestigieuses mais a un « contrat » sur sa tête et vit en permanence sous protection policière depuis 2006, date de la publication de son livre en Italie. Ce coup de pied dans la fourmilière mérite bien une lecture. C’est passionnant !

     

     

     

  • La chambre d'à côté

    N°1959– Janvier 2025.

     

    La chambre d’à côté – Un film de Pedro Almodóvar.

    Lion d’or à la Mostra de Venise 2024. - Sorti en France en 2025 ;

     

    La sortie d’un film de Pedro Almodóvar est toujours un événement cinématographique. C’est apparemment de 25° long-métrage du cinéaste espagnol, l’adaptation d’un roman de l’écrivaine américaine Sigrid Nunez « Quel est donc ton tourment » ? qui met en scène, pour la première fois, deux actrices américaines dans un décor étasunien.

     

    Deux amies new-yorkaises de longue date qui ont jadis été collègues dans le même journal et qui se sont perdues de vue pendant des années, se retrouvent un peu par hasard. L’une d’elles, Ingrid (Julianne Moore), est devenue écrivain tandis que l’autre, Martha (Tilda Swinton) qui est atteinte d’un cancer en phase terminale, a longtemps été correspondante de guerre. Martha qui souhaite mettre un terme à ses souffrances, demande à Ingrid de l’assister dans ses derniers moments qui précéderont l’absorption d’une pilule létale et d’occuper la chambre d’à côté de la sienne pour l’aider à partir sereinement. Elle sera donc à la fois un soutien amical, difficile pour elle, mais aussi une complice. Après une longue réflexion, elle accepte de l’accompagner mais c’est Martha qui s’administrera elle-même le médicament mortel donnant à ce geste la dimension d’un authentique suicide et non d’une euthanasie qui fait intervenir un tiers. Les deux femmes se remémorent leurs souvenirs communs, Ingrid qui a profité de la vie et Martha qui lui confie combien la guerre a marqué sa vie, celle du Vietnam tout d’abord qui l’a privée de son amour de jeunesse d’où est née une fille qui a disparu de la vie depuis longtemps, celles aussi qu’elle a couvertes professionnellement et dont elle a exorcisé la peur au quotidien en couchant avec de nombreux partenaires. Le sexe était pour elle une sorte de bouclier contre la violence et la peur de mourir, comme il l’était sans doute aussi pour le frère carme, homosexuel, qu’elle a rencontré lors d’un reportage.

    Privée de père et confrontée aux absences professionnelles répétées de Martha, sa fille a pris durablement ses distances avec sa mère. Son apparition et les liens qu’elle tisse ensuite avec Ingrid, expriment une sorte de pardon, de réconciliation posthume en s’allongeant à l’endroit même où sa mère a voulu sa mort. Certes, sa fille, absente au moment des faits, ne l’a pas accompagnée au moment de sa mort mais, par son geste bien que décalé, elle remet en lumière l’habitude ancienne et traditionnelle de l’accompagnement familial d’un mourant.

    Certes Martha choisit un moment d’absence d’Ingrid pour basculer dans le néant, illustrant d’une certaine façon la solitude intime devant la mort, mais elle le fait pour poser son geste à la fois pleinement et sereinement, pour partir en quelque sorte sur la pointe des pieds, puisque, comme la mort est inévitable, autant qu’elle soit douce.

    C’est un film qui déroule son scénario en dehors de toute réflexion religieuse judéo-chrétienne qui aurait pu, par ses interdits, venir polluer la réflexion suscitée. C’est étonnant de la part d’Almodóvar qui fut élevé dans la foi catholique et la très religieuse Espagne autorise depuis peu l’euthanasie.

    C’est un film sur la fuite qui se veut réparatrice d’injustices, une volonté d’y trouver une réponse par l’abandon de l’autre ou par la recherche du danger à la fois pour satisfaire un besoin égoïste et pour s’étourdir avec le risque de perdre sa propre vie. Des références à James Joyce et a Ernest Hemingway ponctuent leurs conversations.

    C’est aussi un film sur l’amitié, celle d’Ingrid qui sait d’avance qu’elle va au devant d’une épreuve à laquelle elle n’était pas préparée et qui devra faire face aux interrogations de la police qui, dans un pays puritain, très marqué par la religion chrétienne, interdit l’euthanasie et le suicide. Elle sera en effet soupçonnée de complicité dans l’achat prohibé du médicament fatal au point de devoir constituer avocat face à un officier de police zélé et suspicieux, plus enclin à écouter sa foi qu’à instruire cette affaire objectivement et avec bienveillance, malgré les précisons écrites par Martha elle-même.

    Ce que je retiens aussi c’est la beauté fragile du visage de ces deux femmes. Ingrid qui au départ respire une joie de vivre rayonnante exprime à travers ses traits dévastés par le projet de son amie à la fois toute sa réprobation puis sa complicité, sa crainte devant l’épilogue attendu, son espoir de voir peut-être son amie changer d’avis et la douleur devant la réalité. Martha dont le visage souvent filmé de près exprime alternativement la détermination, l’angoisse, le désespoir, la souffrance, donne à voir une esthétique à la fois émouvante et dévastée. Pourtant au seuil de son trépas volontaire, elle choisit des vêtements colorés qui tranchent avec sa vêture habituelle, peint ses lèvres d’un rouge vif et s’allonge face à une nature calme sur un transat de couleur vive à la façon d’un personnage de Edward Hopper, peintre à la fois de la solitude figée dans l’immobilité du quotidien et des sentiments exprimés dans les expressions du visage. L’apparence apaisée de Martha enfin délivrée de son supplice lui donne une sorte de douceur .

    Ces deux portraits de femme sont remarquables.

     

    C’est aussi une réflexion sur le destin, la vie injuste qui frappe de son sceau chaque être humain sans qu’il y puisse rien, sur la mort, inévitable pour chacun d’entre nous même si, en Occident elle peut parfois être marqué par un relatif déni né des progrès de la médecine. On nous parle même maintenant d’une improbable immortalité mais qui ici, pour Martha, se décline à travers une souffrance qui lui fait hâter volontairement sa fin. Pour tous la camarde aura ,certes, le dernier mot et interviendra souvent quand on s’y attend le moins, laissant aux condamnés à la peine capitale et aux agonisants le temps de s’y préparer. Cela ne signifie pas que, pour les malades incurables, cette attente soit à la fois résignée et douloureuse, conformément à une notion philosophique inspirée par le stoïcisme ou au nom d’une interprétation contestable du catholicisme qui a toujours considéré la souffrance comme rédemptrice voire sanctifiante, ou simplement comme l’expression d’une volonté divine.

    Pouvoir choisir sa mort en toute liberté et dignité doit être considéré comme un droit humain, évidemment encadré dans des conditions très strictes. L’ euthanasie ou le suicide assisté sont autorisés par peu de pays au monde actuellement, mais cette idée fait son chemin dans l’opinion française, suscitée par de récentes affaires, des lois existantes (Léonetti de 2005 puis Claeys-Leonetti de 2016), un projet de loi sur « l’aide à mourir » actuellement en attente de discussion au parlement et des groupes de paroles, ont maintenu ce débat ouvert. Ce film qui ne passera pas inaperçu contribuera sans doute a faire évoluer durablement les mentalités.

     

    Accompagné par la musique d’Alberto Iglesias, porté sobrement par deux comédiennes d’exception, c’est un beau film  sur le plan esthétique et qui provoque la réflexion en dehors de tout contexte religieux en osant bousculer le tabou du droit à mourir dans la dignité.

     

     

     

     

  • Prima la vita

    N°1964– Février 2025.

     

    Prima la vita - Un film de Francesca Comencini. (Sorti en France en février 2025)

     

    C’est un film autobiographique entre deux personnages émouvants qui se déroule principalement en Italie sur une assez longue période qui est surtout marquée par les années de plomb et l’ assassinat du président de la « Démocratie chrétienne » Aldo Moro en 1978.

    Le père Luigi Comencini (1916-2007), remarquablement représenté par Fabrizio Gufini, est un célèbre réalisateur italien à qui sa fille, incarnée par Romana Maggiora, rend un hommage vibrant. Cette relation père-fille sera évoquée à la fois avec intensité et simplification. On sait que que le père est marié ou l’a été puisqu’il porte toujours son alliance mais son épouse est absente de cette famille monoparentale portée par lui seul. Il ne s’agit donc pas d’une saga familiale au sens strict. Il y a en effet une complicité intense entre ces deux personnages, Luigi, avec son passé de pauvre émigré italien devenu réalisateur, se chargeant de l’éducation de sa fille en cherchant à lui retransmettre par l’exemple des valeurs traditionnelles comme la sincérité, la beauté de la nature, l’art, la confiance qu’il lui témoigne et qu’il exige aussi d’elle, le respect de cette petite fille qui s’éveille à la vie, entretenant le plus longtemps possible et en toutes occasions, notamment à travers son travail sur Pinocchio, réalisé en 1972, l’esprit d’enfance avec ses rêves et ses frayeurs, dans ce noyau familial restreint. Il y a en effet un parallèle sur la paternité entre ce pantin de bois, ses aventures naïves, et son vieux créateur. L’épisode où la marionnette est avalée par une baleine dans la fable de Carlo Collodi et qui fait peur à Francesca, sert en quelque sorte de transition à la deuxième partie du film où, devenue femme, elle sera confrontée aux réalités de la vie, la drogue, le mensonge, la volonté de révolution, l’amour, la maternité, l’échec et le relèvement , le temps qui passe avec la vieillesse de Luigi, la mort…

    Ce parcours de vie me paraît marqué par la solitude, celle du père célibataire face à sa petite fille à qui il veut transmettre en permanence et par sa présence constante auprès d’elle, son message éducatif puis son soutien dans le cinéma dont elle fait elle aussi son métier, celle de Francesca devenue femme et mère face à un père vieillissant et malade. Elle voit lui échapper cet homme qui a toujours fait prévaloir la vie et elle. prend conscience qu’elle ne sera jamais à sa hauteur.

    Je voudrais souligner le remarquable travail de maquillage réalisé sur la personne de Luigi qui ainsi marque cette fuite du temps comme référence au titre original « Il tempo che vuole » ( le temps qui veut)

    C’est un émouvant témoignage consacré à la mémoire de son père à qui elle fait dire que, par-delà le cinéma qui est leur domaine d’expression, c’est d’abord la vie qui prime. « Prima la vita » ;

     

     

  • Prima la vita

    N°1964– Février 2025.

     

    Prima la vita - Un film de Francesca Comencini. (Sorti en France en février 2025)

     

    C’est un film autobiographique entre deux personnages émouvants qui se déroule principalement en Italie sur une assez longue période qui est surtout marquée par les années de plomb et l’ assassinat du président de la « Démocratie chrétienne » Aldo Moro en 1978.

    Le père Luigi Comencini (1916-2007), remarquablement représenté par Fabrizio Gufini, est un célèbre réalisateur italien à qui sa fille, incarnée par Romana Maggiora, rend un hommage vibrant. Cette relation père-fille sera évoquée à la fois avec intensité et simplification. On sait que que le père est marié ou l’a été puisqu’il porte toujours son alliance mais son épouse est absente de cette famille monoparentale portée par lui seul. Il ne s’agit donc pas d’une saga familiale au sens strict. Il y a en effet une complicité intense entre ces deux personnages, Luigi, avec son passé de pauvre émigré italien devenu réalisateur, se chargeant de l’éducation de sa fille en cherchant à lui retransmettre par l’exemple des valeurs traditionnelles comme la sincérité, la beauté de la nature, l’art, la confiance qu’il lui témoigne et qu’il exige aussi d’elle, le respect de cette petite fille qui s’éveille à la vie, entretenant le plus longtemps possible et en toutes occasions, notamment à travers son travail sur Pinocchio, réalisé en 1972, l’esprit d’enfance avec ses rêves et ses frayeurs, dans ce noyau familial restreint. Il y a en effet un parallèle sur la paternité entre ce pantin de bois, ses aventures naïves, et son vieux créateur. L’épisode où la marionnette est avalée par une baleine dans la fable de Carlo Collodi et qui fait peur à Francesca, sert en quelque sorte de transition à la deuxième partie du film où, devenue femme, elle sera confrontée aux réalités de la vie, la drogue, le mensonge, la volonté de révolution, l’amour, la maternité, l’échec et le relèvement , le temps qui passe avec la vieillesse de Luigi, la mort…

    Ce parcours de vie me paraît marqué par la solitude, celle du père célibataire face à sa petite fille à qui il veut transmettre en permanence et par sa présence constante auprès d’elle, son message éducatif puis son soutien dans le cinéma dont elle fait elle aussi son métier, celle de Francesca devenue femme et mère face à un père vieillissant et malade. Elle voit lui échapper cet homme qui a toujours fait prévaloir la vie et elle. prend conscience qu’elle ne sera jamais à sa hauteur.

    Je voudrais souligner le remarquable travail de maquillage réalisé sur la personne de Luigi qui ainsi marque cette fuite du temps comme référence au titre original « Il tempo che vuole » ( le temps qui veut)

    C’est un émouvant témoignage consacré à la mémoire de son père à qui elle fait dire que, par-delà le cinéma qui est leur domaine d’expression, c’est d’abord la vie qui prime. « Prima la vita » ;

     

  • Nouvelles oubliées Dino Buzzati

    N°1963– Février 2025.

     

    Nouvelles oubliées - Dino Buzzati – Robert Laffont.

    Traduites de l’italien par Delphine Gachet.

     

    Ce recueil de nouvelles inédites de Dino Buzzati (1906-1972) est paru en France en 2009, c’est à dire longtemps après la mort de l’auteur. Elles sont extraites de recueils publiés préalablement en Italie à des dates différentes après avoir, pour certaines, été diffusées dans « Le Corriere della Serra » où il travaillait en qualité de journaliste. Elles couvrent une période de plus de vingt cinq ans, de 1942 à 1968 et, après les différents recueils déjà publiés permet au lecteur français de disposer de la totalité de l’œuvre de Buzzati dans ce créneau..

    En effet, l’œuvre de Buzzati ne se cantonne pas au théâtre, à la poésie et aux romans dont le plus emblématique est « Le désert des Tartares ». Il est également l’auteur de nombreux recueils de nouvelles.

    Lus en italien ces textes tressés dans une écriture à la fois concise et poétique procurent une lecture agréable que la traduction ne trahit pas. Notre auteur maîtrise aussi à merveille l’art du suspens. Les thèmes traités sont traditionnellement les vices et les vertus de la condition humaine, ses états d’âme face aux choses de la vie, la superstition, la hantise des interdits et des dogmes religieux, l’angoisse qui accompagne la condition humaine, le fantastique, le fantasme qui s’invitent parfois dans la tête des hommes, le temps qui passe inexorablement et avec lui l’intuition d’ une sorte de vacuité de l’existence terrestre trahissant une certaine énigme de ce monde transitoire avec toute la désespérance qui va avec,. Le destin, la mort qui suscite la peur, la destruction de notre enveloppe charnelle, la solitude et l’oubli y sont aussi largement traités et témoignent des obsessions ordinaires. Il convient de faire une remarque particulière, d’ailleurs relevée dans la préface, sur la condition militaire (il a été correspondant de guerre pendant la Seconde Guerre Mondiale) avec tout ce qui concerne la routine, la hiérarchie, le destin individuel et dérisoire contre lequel on ne peut rien, les rêves de gloire souvent déçus face à un ennemi absent. Un autre texte « l’autre Venise » entraîne le lecteur dans une sorte de ville parallèle bien mystérieuse

     

    L’écriture est une manière, certes insignifiante, de faire échec à l’inéluctable Camarde et c’est sans doute pour cela qu’il faut exercer cet art, comme il l’a fait, avec un mélange d humilité et d’urgente nécessité.