Vermiglio
- Par ervian
- Le 15/03/2025
- Dans Cinéma italien
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N°1971– Mars 2025.
VERMIGLIO ou la Mariée des montagnes – Un film de Maura Delpero .
Grand prix du jury à la Mostra de Venise en 2024,sorti en France en mars 2025.
Vermiglio c’est d’abord une couleur (vermeil) mais c’est aussi le nom d’un petit village isolé dans les montagnes de l’Italie du nord en Février 1944, au cours d’un guerre qui, bien que lointaine, rappelle à ses habitants à sa réalité avec le retour d’Atillo (Santiago Fontevilla), à qui Pietro, un soldat sicilien (Guiseppe de Domenico), a sauvé la vie et a accompagné au village. Les villageois acceptent de le cacher en remerciement de son geste, l’armée italienne étant, à cette époque, déchirée en plusieurs camps. L’instituteur local, Cesare Graziadei (Tomasso Ragno) sorte de macho égoïste qui notamment s’achète des disques de grande musique au détriment des soins à apporter à sa famille, est aussi autoritaire et règne sur sa femme perpétuellement enceinte, sur sa famille nombreuse, et, dispensateur du savoir, sur son école et sur le village. Il a une fille aînée, Lucia (Martina Scrizi) qui voudrait faire des études mais son père a décidé qu’elle se marierait et fonderait une famille comme c’est le destin des femmes italiennes à cette époque, son traitement d’instituteur ne permettant qu’à un seul de ses enfants d’étudier, cette faculté sera réservé pour un autre, selon son propre choix. Lucia tombe follement amoureuse de Pietro et l’engage à lui faire un enfant pour précipiter son mariage . Amour sincère peut-être à moins que ce rapprochement avec Pietro ne soit inspiré par l’impossibilité de faire des études, conformément à la décision irrévocable de son père . Elle ne tarde pas à être enceinte et la cérémonie a donc lieu. La fin de la guerre intervient au printemps et Pietro part rejoindre sa famille en Sicile avec la promesse de revenir à Vermiglio. Lucia accouche d’une petite fille, apprend la mort de son mari et décide de partir seule pour la Sicile.
Ce film est un document sociologique qui se caractérise par la misogynie qui révèle le sort des femmes considérées comme des domestiques, vouées peut-être à la religion ou tout juste bonnes à enfanter. Il y a les préjugés fortement ancrés dans cette communauté, la guerre, certes lointaine mais bien réelle qui pèse sur le pays à travers les craintes des femmes d’être veuves, de ne pas voir revenir leurs fils ou leurs frères. Il montre l’énorme poids de l’Église catholique, l’incontournable culpabilisation judéo-chrétienne qu’elle suscite notamment auprès d’une des sœurs de Lucia qui s’invente des autopunitions ridicules pour ses péchés, les pénitences du curé ne lui semblant pas assez dures. Lucia elle-même, enceinte puis mère, ayant appris la mort de Pietro, persuadée qu’elle ne trouvera plus à se remarier, s’inflige de vivre en dehors des humains, comme une bête. Des lors, sans espoir de remariage et donc hors des normes de cette époque, son père pourtant notable, est respectueusement rejeté de la communauté.
On peut en revanche légitimement s’interroger sur l’attitude de Pietro face au mariage qu’il accepte avec Lucia compte tenu de sa situation personnelle volontairement non révélée. Sa mort dès son arrivée en Sicile s’explique ainsi.
C’est un film très personnel, une sorte d’acte de mémoire, inspiré par la vie du père de la réalisatrice, selon son propre aveu, mais ce qui prédomine, c’est la vie dure des montagnes avec des paysages de neige certes magnifiques mais aussi la mort qui rode et prend les jeunes enfants, le froid, la pauvreté que la vie en commun de ce petit village tente de combattre.
C’est un film de qualité qui s’inscrit dans le cadre du « Nouveau cinéma italien ».
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