la feuille volante

Bertrand Belin

  • Littoral

    La Feuille Volante n° 1123

    LITTORAL Bernard BELIN – P.O.L

     

    D'emblée il est question d'un cormoran qui s'est pris dans les filets de pêche d'un bateau occupé par trois hommes, sans doute des Bretons, le patron et deux marins dont un plus jeune. Puis sont évoqués les gestes quotidiens d'un marin-pêcheur, l'entrée dans le port, le goulet dangereux, la pêche qu'on débarque pour la criée, le nettoyage du bateau… L'oiseau mort qu'on a rejeté à la mer continue à hanter l'esprit des hommes malgré la banalité de cet événement.

    Soudain le bateau flambe dans le port et l'affaire prend un autre dimension avec la présence de la vedette d'une armée étrangère, sans doute d'occupation, l'arrestation d'un homme qui a tué un soldat de cette armée le matin avant d'embarquer pour la pêche. Il est pris et sera exécuté

     

    Le style de ce texte est minimaliste et veut sans doute évoquer l'économie des gestes de ces gens de mer. Les personnages sont comme des fantômes, sans nom particulier, avec juste un vêtement dont la couleur les différencie, mais sans plus, une sorte de déshumanisation de l'être humain, sans doute pour mettre en perspective une expérience personnelle face à un désastre national et collectif. Il n'empêche que je ne suis pas du tout entré dans ce roman court et pour moi dépourvu d'intérêt. J'ai, pour autant, tenté d'en savoir plus me disant, comme à chaque fois, que je ne suis qu'un simple lecteur découvrant l'univers créatif d'un écrivain et qu'ainsi je peux parfaitement passer à côté d'un chef-d’œuvre. L'auteur fait part de ses peurs dans ce texte, de cet épisode où, personnellement il a un jour pêché un cormoran, un signe pour lui de mauvaise augure, une sorte d'acte contre-nature, pêcher un oiseau alors que ce métier de la mer est évidemment dédié aux poissons. Tel est le point de départ de ce texte, une sorte de délit à partir duquel il se laisse aller à imaginer quelque chose d'autre qui menacerait la société en général, la disparition des libertés par exemple. Il explique également qu'une photo ancienne qui faisait référence à quelqu'un de disparu, mort, définitivement absent à cause de la guerre, a également été un des moteurs de cette écriture. Un autre épisode met notre auteur en présence d'un ancien blockhaus allemand , construit pendant la guerre et l'Occupation, mais sous la contrainte. Il y a aussi des récits de famille comme on en a tous entendu dans notre jeunesse, avec la terre ancestrale comme écrin et l'obligation qu'on a de la restituer comme on l'a reçue aux générations futures et ce malgré la guerre et la présence ennemie sur ce sol. Ce roman serait la trace non-écrite que l'auteur aurait retenu, d'une manière éparse et, dit-il, avec épouvante, de sa jeunesse, avec une référence au métier de pêcheur qui est celui de sa famille, une sorte d'exploration de la pensée en général, une façon d'explorer le phénomène de la formation des mots à partir de la réflexion, une sorte d'analyse de l'écriture ...

     

    J'ai toujours été intéressé, à titre personnel, par les motivations profondes qui poussent quelqu’un, écrivain ou simple quidam, à tracer des mots sur une feuille blanche et ainsi la prendre à témoin d'un fait marquant de la vie, de lui en confier la mémoire. L'écriture est une alchimie aux multiples visages, aux manifestations parfois inattendues et aux résultats souvent déconcertants. Par principe, je me tiens toujours dans un état de grande humilité par rapport à l'écriture des autres. Ici, j'avoue être resté à la porte de ce phénomène que je respecte évidemment chez cet auteur mais qui ne m'a pas convaincu cependant.

     

    Je ne connaissais pas Bertrand Belin, rencontré par hasard sur les rayonnages d'une bibliothèque mais la lecture, pourtant attentive de ce court roman, m'a laissé quelque peu indifférent.

     

    *© Hervé GAUTIER – Avril 2017. [http://hervegautier.e-monsite.com]