la feuille volante

Claudine Dumont

  • L'intrusive

    N°1632 - Mars 2022

     

    l’intrusive – Claudine Dumont – Le mot et le reste.

     

    Camille ne dort plus au point de devoir abandonner son travail et ni les médicaments ni les psychiatres ne peuvent rien pour elle. Elle est en permanence dans un état second au point d’en perdre l’appétit et d’être sujette à des hallucinations ce qui fait d’elle une inadaptée sociale au bord du gouffre. Elle est seule dans la vie et son uniques plaisir est de voir sa jeune filleule, Jeanne, mais son frère s’y oppose à cause d’une attitude jugée dangereuse qu’elle a eue à l’égard de la fillette. Elle fait ce qu’elle peut pour s’en sortir, mais en vain, malgré l’aide de son frère et sa belle-sœur l’oriente vers Gabriel qui peut, selon elle la libérer. Elle accepte avec hésitation mais elle se trouve en présence d’un être étrange, un ex-praticien radié et qui vit coupé du monde. Il prétend, grâce à une machine de son invention, visualiser les rêves de Camille et ainsi pouvoir peut-être comprendre ce qui la bloque au point de la priver de sommeil. Selon lui, le rêve ouvre les portes de l’inconscient et si elle parvient à dormir et donc à rêver, Camille, avec l’aide de Gabriel, pourra se libérer et ainsi reprendre une vie normale.

    Ainsi commence cet étrange roman psychologique où la jeune femme, qui n’a cependant pas perdu la mémoire, va revisiter son enfance traumatisée par une mère dominatrice dont la nocivité lui a interdit d’exprimer ses sentiments, ses émotions et sa douleur et par un père transparent et sous influence de son épouse. Ces moments sont brièvement évoqués lors de flash-back où Camille revit douloureusement sa jeunesse avec sa mère. Pire peut-être, puisque la vie d’adulte dépend tellement de l’enfance , elle prend conscience que cette femme a pu faire d’elle un monstre semblable à elle suivant la règle non écrite qu’on reproduit l’exemple qu’on veut précisément éviter. Elle devint donc la copie conforme de cette femme honnie, au point de répéter, et ce malgré elle, avec sa filleule les sévices qu’elle avait subies avec sa mère. Cette éducation toxique l’a complètement détruite et ce n’est pas la mort de cette mère qui l’a libérée de ses obsessions et de son mal-être. Seule l’espoir de pouvoir revoir Jeanne la motive mais elle doit pour cela impérativement retrouver une vie normale et se défaire de ses obsessions.

    L’intrigue est bien menée et le travail sur les rêves intéressant même s’il y a quelques longueurs. Que le sommeil soit un élément essentiel de la vie ne fait aucun doute mais le protocole de soins paraît assez étrange non seulement au niveau de la technique, mais aussi dans les relations entre patient et praticien qui prennent une dimension quasi-intime. C’est une démarche introspective basée sur la mémoire mais aussi sur la parole et sa dimension psychiatrique a pour but la reconstruction de Camille pour lui permettre de recouvrer une vie normale. Elle semble au départ assez réticente à ce traitement mais petit à petit elle l’accepte au point de se mettre sous la dépendance de Gabriel, un peu comme elle l’était jadis sous celle de sa mère. Gabriel est un mystère, il est médecin mais nous savons qu’il a été radié sans doute à la suite d’une erreur et vit d’une activité d’ébénisterie. Pourtant il accepte de s’occuper de Camille et au fil des séances, il prend son rôle très au sérieux et cela débouche pour elle sur une connaissance de soi plus approfondie et une remise en cause des idées qu’elle avait elle-même conçues à son égard et qui la libérera du monstre violent tapi en elle, une dépendance bénéfique qui annule celle maléfique de sa mère.

    J’avoue que j’ai eu du mal à suivre cette histoire un peu oppressante mais pourtant bien réaliste.