la feuille volante

Didier Jung

  • Le noyé de Trousse-Chemise

    N°1645– Mai 2022

     

    Le noyé de Trousse-Chemise – Didier Jung – Legestenoir.

     

    Une jeune joggeuse découvre un matin d’été rétais, à Trousse-Chemise, sur « le banc du bûcheron », une langue de sable recouverte à marée haute, une plage éphémère, déserte à cette heure, où les touristes aiment pique-niquer, le cadavre nu d’un homme, un écrivain parisien célèbre. Assassinat, suicide ou simple accident : ainsi commence une enquête de la gendarmerie locale, vite épaulée par une jeune capitaine du SRPJ de La Rochelle.

     

    Cette enquête réserve pas mal de rebondissements, avec des absences d’alibi, des mobiles plus ou moins sérieux, de fausses pistes, des informations erronées, des dénonciations, une vieille affaire de trahison, des intuitions féminines, des histoires d’amour parfois inattendues, des adultères, des vengeances possibles, des témoins qui distillent des renseignements avec parcimonie, le travail de fourmi des enquêteurs, le tout dans un contexte people avec journalistes et paparazzi toujours à l’affût. Bref beaucoup de pistes mais pas de coupable. Surtout qu’on n’est jamais à l’abri d’une autre macabre découverte où de la révélation de la vraie nature de quelqu’un qu’on ne soupçonne pas a priori, la nature humaine étant particulièrement perverse, ce qui peut parfaitement remettre en cause toutes les investigations et toutes les hypothèses de nos fins limiers ! L’épilogue en témoigne.

     

    J’ai été passionné par cette affaire ce qui justifie une lecture, pratiquement sans désemparer, de ces quelques trois cents pages où le suspens est savamment distillé. j’ai apprécié ce jeu constant entre Éros et Thanatos, l’évocation du milieu des écrivains et leur rapport à l’écriture et à l’inspiration, sans parler de la formidable source de renseignements qu’est un roman, même s’il est convenu que nous sommes en pleine fiction. Bref ces investigations qui sont menées au pas de course, s’étalent sur une quinzaine de jours de cet été rétais, et m’ont procuré un bon moment de lecture. C’est un roman policier comme je les aime, énigmatique, pas trop violent, pas trop sanglant avec en prime une idylle un peu inattendue mais surtout qui met en exergue une facette pas le l’espèce humaine.

     

    Je ne sais ce qui m’a amené à lire ce roman, le hasard d’une conversation amicale, peut-être parce que d’autres écrivains ont déjà pris l’île de Ré pour décor, sans doute l’été qui est une période plus particulièrement dédiée à la lecture de romans policiers et qui est un peu avancé cette année à cause du réchauffement climatique, la découvert d’un auteur qui écrit agréablement, ou peut-être tout simplement mon vieil attachement à cette île, popularisée par la chanson, la télévision et un pont qui enjambe le goulet des pertuis, même si j’ai gardé la nostalgie de ces paysages d’un autre temps, les vieux bacs, la cheminée du Champlain, le camping sauvage dans les dunes et les blockhaus, les quichenottes, les ânes en culottes et le clocher d’Ars qui servait d’amer aux pêcheurs…

     

     

×