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la feuille volante

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  • Monotobio - Eric Chevillard

    N°1775– Septembre 2023

     

    Monotobio– Eric Chevillard – Les éditions de minuit.

     

    Il faut toujours se méfier avec Eric Chevillard, quand il annonce quelque chose dans le titre d’un de ses romans, il est rare que le lecteur ne soit pas surpris de ce qu’il lit et que son imagination ne soit pas quelque peu bousculée. Ici on peut raisonnablement penser que, pour des raisons de phonétique, cela va tourner autour de la voiture écologique à cause notamment de la présence de quatre O, comme des roues. Que nenni, il va s’agir d’une autobiographie, quelque peu étonnante cependant pour quelqu’un né en 1964. Après tout pourquoi pas ?

    C’est plutôt mal parti, à tout le moins selon les règles traditionnelles de ce genre littéraire et le lecteur se voit crédité de nombreuses scènes sans aucun lien entre elles, comme une sorte de puzzle dont il est chargé d’assembler les morceaux, ou de fermer le livre ! Comme toujours depuis que j’ai croisé les romans de Chevillard, j’ai poursuivi ma lecture, principalement par curiosité. Je ne suis pas vraiment spécialiste mais il me semble qu’une biographie, fût-elle « oto », apporte des éléments essentiels de la vie de celui dont il est question. Ici il s’agit certes d’événements de sa vie passée puisqu’il use du passé simple, c’est certes intéressants mais, à bien y regarder, il s’agit finalement de petits détails anodins sans beaucoup d’ importance ni d’intérêt sur son parcours révolu mais qui se résume à son état d’écrivain qui dédicace ses ouvrages lors de manifestations culturelles, à ses voyages au Portugal et autres lieux, à la gastronomie, aux soins apportés à une tendinite, à ses lectures et à des remarques sur la mort et sur le destin. Il est surtout question de son quotidien avec ses deux filles Suzie et Agathe qui, comme tous les enfants, représentent son avenir, mais avec tout cela on est bien loin d’une biographie classique qui est un retour sur le passé. Pour marquer la chronologie l’auteur prend seulement la précaution d’égrener les évènements extérieurs importants pour lui, ses rencontres et la conception, la correction ou la promotion de ses livres... Décidément, c’est l’art de passer du coq à l’âne et, à ce sujet, je trouve dommage que ces deux animaux n’aient pas été invités à donner leur avis qui, je n’en doute pas, eût été pertinent.

    Le livre refermé, c’est un peu comme à chaque fois, je me demande ce que je viens de lire, et surtout si j’ai j’en ai compris le sens mais, devant ce flot de détails,, j’ai quand même fini par me lasser.

     

  • Préhistoire - Eric Chevillard

    N°1774– Septembre 2023

     

    Préhistoire – Eric Chevillard – Les éditions de minuit.

     

    Le narrateur, ancien archéologue, se retrouve nommé gardien-guide des grottes de Pales richement décorées de peintures rupestres. Il tarde cependant à prendre ses fonctions non seulement parce qu’il estime qu’il n’est pas payé cher et qu’il n’a jamais touché le moindre centime de son salaire. Delà à penser qu’il a été recruté pour ne rien faire, qu’il n’est ici que par protection, il n’y a qu’un pas. Il se contente donc de balayer des allées, de nettoyer les fresques, d’inventorier les caisses....

    Cette histoire s’étire en longueur au rythme des nombreuses digressions qui n’ont rien à voir avec elle, depuis la taille de l’uniforme dont il a hérité de son prédécesseur et qui ne lui va pas du tout, jusqu’à la couleur du carrelage ou le mobilier d’un débarras en passant par les moucherons qui finissent leur vie, collés à la peinture fraîche, le destin des taupes, la technique de conservation des haricots, la biographie de Nicolas Appert, l’ambiance dans les grottes, la visite virtuelle et quelque peu surréaliste du site...C’est dommage, j’aurais bien fait quelques pas en sa compagnie d’autant que le texte est documenté (parfois trop et cette documentation part évidemment dans tous les sens) , le style plein de poésie, les digressions jubilatoires, mais j’ai eu un peu de mal à le suivre. Il avoue lui-même ce travers (« Je suis quelqu’un que l’on a parfois un peu de mal à suivre ») et, refermant le livre, je suis partagé entre la déception et l’envie de le lire à nouveau en me demandant ce que me réserve le prochain roman. Quant à l’épilogue, il est à la hauteur de ce roman, à la fois farfelu et inattendu.

  • au plafond - Eric Chevillard

    N°1773– Septembre 2023

     

    Au plafond – Eric Chevillard – Les éditions de minuit.

     

    Dans l’univers créatif d’Eric Chevillards, pour ce que j’en connais, il ne paraît pas incongru de croiser quelqu’un qui, en permanence, vit coiffé d’une chaise retournée. Certes, ce n’est guère pratique pour passer sous les portes et on peut légitimement s’en demander la raison. Elle est simplement professionnelle. Pourquoi pas d’autant que c’est une marque de solidarité avec les mouches, les araignées et les paresseux, je veux dire des animaux exotiques qui passent leur temps accrochés aux branches. Cela ne l’empêche pas de plaire à une femme, Méline, et c’est sûrement essentiel. Kolsky, l’ami du narrateur passe son temps reste suspendu par les pieds en permanence à un crochet du plafond parce qu’il prétend qu’ainsi les idées lui viennent mieux. Pour compléter ce tableau, voici Mme Stempf, chaisière, perpétuellement enceinte, entendez par là qu’elle refuse de séparer de ses enfants, lesquels se trouvent apparemment bien à l’abri dans son ventre et son liquide amniotique. Elle-même fait ce qu’elle peut pour les distraire. Il y a aussi Topouria le grutier, les inséparables Malton et Lanson, tous occupés à résoudre un problème apparemment insoluble. Tout ce petit monde vit en marge sur le chantier d’une bibliothèque jamais construite avant de s’installer chez les parents de Méline, au plafond De leur appartement ! A l’évidence nous sommes dans un conte philosophique, une fable et bien entendu il faut en rajouter avec des histoire de princesse, de roi et de jeune et beau chevalier. Quant aux nombreuses questions qu’on ne manque pas de se poser, elles restent en suspens, si je puis dire.

     

    C’est le troisième roman que je lis Eric Chevillard. En dehors du fait de vivre au plafond, c’est à dire vouloir se démarquer des autres, signaler ainsi sa volonté de solitude, sa soif de tolérance, de liberté que n’affectera pas l’attraction terrestre, je ne vois pas, même si je respecte par principe le travail de l’auteur et sa volonté de nous inviter dans son univers, fût-il humoristique, absurde ou simplement l’occasion d’un exercice de style parfaitement recevable. D’autre part, je me refuse à trouver génial ce que je n’ai pas compris.

  • La nébuleuse du crabe - Eric Chevillard


    N°1772– Septembre 2023

     

    La nébuleuse du crabe – Eric Chevillard – Les éditions de minuit.

     

    Après avoir lu Ronce-Rose qui m’avait laissé quelque peu dubitatif, j’ai eu envie d’explorer l’univers créatif d’Eric Chevillard, sans d’ailleurs savoir vraiment pourquoi ni où cela me mènerait.. Ce second roman qui se trouve être le cinquième de cet auteur a un titre qui m’évoque plutôt une étoile qui aurait explosé, formant une sorte de masse gazeuse en expansion émettant des radiations. Il y a la mort dans ce processus mais aussi une vie en devenir, du mystère et des hésitations... Je ne suis pas spécialiste et cela paraît bien hermétique pour le profane que je suis mais je comprends que ce contexte ait inspiré nombre de fictions. Alors pourquoi faire un bout de chemin avec lui ?

    Ici Crab (sans e) est un homme qui vaut son pesant de paradoxes, il est fantasque, idéaliste, inattendu, malchanceux, mythomane, contradictoire, insatisfait, révolté, plein de projets qui ne voient jamais le jour, perdu dans une vie qu’il n’aime pas et qui ne l’aime pas non plus. Ce qu’il fait ne sert à rien, mais il le fait quand même, peut-être pour se prouver qu’il existe, malgré l’ennui qui est son compagnon ordinaire ... Il fait de son mieux pour échapper à sa condition, mais finalement ce qui reste de tout cela c’est de désœuvrement, la solitude, une lutte contre le temps, mais une lutte perdue d’avance parce tout cela lui échappe. Il navigue en permanence entre « Plans sur la comète » et « Châteaux en Espagne », c’est une fuite et ce qui résulte de tout cela tien en un mot : échec (et mat?). De tout cela, du néant, du vide, il a conscience puisqu’il le vit au quotidien. C’est l’image même de la mort qui ne lui fait pas peur et même la religion et ses vaines promesses ne le rassure pas. L’auteur nous raconte son histoire ou plus exactement nous rapporte des faits de sa vie, aussi disparates et imaginaires qu’absurdes et déjantés, par petites touches contradictoires, inattendues. Il est victime de son destin, se cherche mais se résigne et se console comme il peut . Mais qu’on se rassure, même si ce personnage est un peu « nébuleux », il reste un homme avec la vie et la mort.

     

    Je ne suis pas spécialiste mais cette écriture baroque, cette façon de rendre une certaine vision du monde, m’évoque Gaston Chaissac (1910-1964), un peintre autodidacte dont les personnages difformes et tourmentés expriment la souffrance, l’incompréhension et me rappellent un peu Crab. Ce dernier qui au départ m’a paru assez bizarre et même hors champ, je dirai que, au fil des pages, je me suis attaché à lui au point d’y voir une certaine image de la condition humaine, certes un peu exagérée, aux traits volontiers appuyés mais finalement assez fidèle dans ses excès.

  • Ronce-Rose - Eric Chevillard

    N°1771– Août 2023

     

    Ronce-Rose – Eric Chevillard – Les éditions de minuit.

     

    Quand j’ai ouvert ce roman, pris au hasard sur les rayons de la bibliothèque municipale, je ne connaissais pas le nom de l’auteur. J’ai été un peu surpris par l’histoire racontée par Rose qui se fait appeler Ronce-Rose. Pourquoi pas ?

    Je n’étais peut-être pas prêt à entrer dans son mode fait de mésanges et d’arcs en ciel, avec ce compagnon un peu bizarre, Machefer, son copain Bruce, à la tête d’ogre, ce voisin unijambiste et cette voisine qui ressemble à une sorcière avec ses chats successifs. Ronce-Rose vit dans un monde à part, pas tout à fait le même que celui dans lequel évoluent ses deux amis et n’est pas vraiment sortie de l’enfance. Elle consigne ses remarques dans un cahier à cadenas qui ressemble à un journal intime comme le font toutes les jeunes filles. Pourquoi pas? C’est en tout cas grâce à cela que cette histoire prend forme peu à peu et que le lecteur à qui ce texte n’était pas destiné s’en trouve être le témoin. La petite fille est curieuse et raisonneuse, s’étonne de tout, jette sur le monde qui l’entoure un regard étonné et naïf et se pose beaucoup de questions. Pourquoi pas ?

    Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, pourrait-on dire sauf que, un jour, tout va basculer sans pour autant qu’elle comprenne ce qui se passe dehors et surtout ce qui est arrivé à ses deux amis. La recherche qu’elle mène pour les retrouver a quelque chose de décalé et de triste à la fois. L’épilogue est digne d’un conte dans lequel vit Rose en permanence, ou peut-être pas ; c’est selon !

    Peut-être n’étais-je pas disposé à lire une fable même si dans ce monde de plus en plus violent et irrationnel cela ne peut pas faire de mal de s’en échapper un peu. J’ai pourtant poussé plus loin ma lecture sans trop savoir pourquoi, peut-être par curiosité, pour respecter la travail de l’auteur ou peut-être tout simplement pour rédiger mon commentaire parce qu’il n’y a rien de pire que l’indifférence du lecteur face à un roman. Pour le reste, je ne sais pas, c’est peut-être la quête de quelque chose que, quoiqu’on fasse on n’atteindra jamais. Allez savoir.

  • la grammaire est une chanson douce - Erik Orsenna

    N°1770– Août 2023

     

    La grammaire est une chanson douce – Eric Orsenna – Stock.

     

    Le titre est une affirmation que ne partageaient pas forcément les potaches dont j’ai, comme tout le monde, fait partie pendant quelques années de ma vie et cela ne m’a pas laissé que de bons souvenirs. Il allait de cela comme des tables de multiplications qui n’avaient rien d’une agréable chansonnette dont on se souvenait de l’air mais bien plus rarement des paroles. La grammaire avec ses règles, ses exceptions, les conjugaisons et les accords compliqués du participe passé, sa concordance des temps et ses conjonctions qui voulaient tantôt d’indicatif, tantôt le subjonctif … tout cela n’avait rien pour moi d’une chanson douce.

    Mais revenons à nos moutons ou plus exactement à nos mots parce que c’est bien d’eux dont il s’agit. Cette histoire est une fable vue à travers les yeux de Jeanne, une petite fille au fort caractère et de son frère plus âgé qui ont fait naufrage sur une île perdue, « l’île des mots ». Je ne sais pas pourquoi, j’ai tout de suite songé à Saint-Exupéry, (et pas seulement à cause des aquarelles de Bigre qui accompagnent le texte), et à son merveilleux « Petit Prince » qui découvre un monde étrange.( L’allusion à Saint-Ex, à la fin de l’histoire me parle puisque un écrivain même mort ne l’est jamais tout à fait puisque, de son passage sur terre, il laisse des textes qui lui survivent, une façon comme une autre d’être immortel. ) Ici, on achète les mots pour déclarer une rupture, son amour, balancer une bordée d’injures ou simplement pour draguer… C’est que les mots sont comme les gens, ils naissent, vivent et meurent, servent à s’exprimer mais ce qui m’a toujours étonné c’est que si les dictionnaires s’enrichissent chaque année de mots nouveaux, souvent d’origine étrangère, c’est en cela qu’une langue est vivante, mais ils font toujours la même épaisseur, c’est à dire que d’autres plus vieux disparaissent. Place aux jeunes en quelque sorte !. Ce livre, c’est aussi l’occasion de en nous remettre en mémoire quelques disparus, pourtant bien poétiques, mais qui ont été mangés par l’oubli, une façon comme une autre d’améliorer son vocabulaire et de rendre hommage à notre belle langue. Quant aux mots étrangers, ils prennent de plus en plus la place du français pour souvent dire la même chose. C’est peut-être plus moderne , je suis peut-être un peu trop vieux,, mais je n’y comprends plus rien ! Depuis de nombreuses années la francophonie perd beaucoup de terrain dans le monde et même dans notre propre pays et je crains que cela ne soit vu une fatalité contre laquelle les autorités ne réagissent même plus. Il est révolu le temps où les principales nations parlaient le français, et pas seulement pour des raisons pratiques ou commerciales.

    Ils souffrent aussi les mots, comme les humains, ils ont leurs qualités, leurs défauts, leur musique et sont agressés sont malades, se marient ... On se sert d’eux dans des phrases qui sont parfois des mensonges, les discours qu’on forme avec eux sont parfois si alambiqués qu’on n’y comprend plus rien et des expériences comme l’écriture inclusive. me paraissent pour le moins hasardeuse; Je remarque cependant que certes il faut parler anglais ou au moins le comprendre, mais il est quand même bien dommage que, sur le territoire national, sur internet et les réseaux sociaux français on oublie un peu notre langue maternelle surtout quand la première chose que faisaient les émigrés successifs arrivés en France , était d’apprendre notre langue.

    Notre auteur est un écrivain, c’est à dire qu’il se sert des mots, verbes, adjectifs, adverbes… Il sait donc de quoi il parle et le fait découvrir par l’intermédiaire de Monsieur Henri à Jeanne. C’est quand même plus agréable d’apprendre ainsi en s’amusant plutôt que de de réciter par cœur sans pour autant comprendre comme cela a été longtemps la tradition et c’est l’occasion pour lui de régler quelques comptes avec l’école et sa pédagogie qui bien souvent nous a fait haïr notre belle langue et sa culture alors qu’elle aurait dût au contraire nous les faire aimer. Il est , comme tous les écrivains, un serviteur de notre langue dont les écrits, offerts à notre lecture, nourrissent notre intérêt pour elle qui est aussi une douce chanson.

     

     

     

  • Le moine et le vénérable - Christian Jacq

    N°1769– Août 2023

     

    Le moine et le vénérable – Christian Jacq – Robert Laffont.

     

    Après avoir fait partager ses connaissances en égyptologie et les enquêtes de l’inspecteur Higgins, Christan Jacq renoue ici avec un autre aspect de sa création littéraire.

    Les guerres ont cette caractéristiques de faire se rencontrer des êtres qui, sans ces circonstances exceptionnelles ne se seraient jamais croisés. Nous sommes en 1944 et deux hommes, un médecin, François Branier, Vénérable de « Connaissance », une loge maçonnique qui respectait l’humanisme originel de l’obédience et qui s’inscrivait hors des combines politiques et de la quête des honneurs et des promotions sociales, et un moine bénédictin. Ils sont enfermés ensemble dans une forteresse par les nazis. Himmler veut en effet percer les secrets de la Maçonnerie et les pouvoirs divinatoires et thérapeutiques du moine au profit du nazisme. C’est ce qui leur vaut cette détention certes dure mais plus privilégiée qu’elle ne serait dans un camp de concentration.

    Tout oppose les deux hommes sur le plan philosophique et doctrinale, le Dieu chrétien contre le Grand Architecte, la foi de la religion révélée conte les secrets de la loge mais la captivité qui leur est imposée va les rapprocher dans la résistance qu’ils entendent opposer à l’ennemi et leur volonté de s’évader. Les manœuvres des nazis pour obtenir des informatisions en mettant en rivalité les deux hommes autant que leurs procédés visant à ce qu’ils se méfient l’un de l’autre et se trahissent, le jeu du chat et de la souris mené par les Allemands pour amener le Vénérable à dévoiler ses secrets et les manœuvres de ce dernier pour les cacher. A un certain moment on ne sait plus si le commandant du camp accuse le Vénérable d’être Maçon ou de diriger un réseau terroriste

    C’est un roman haletant, bien écrit, bien documentée sur la Maçonnerie et les discussions entre le moine et le Vénérable à propos de leur croyances respectives sont instructives et sont aussi une invitation à la tolérance

  • Poteaux d'angle - Henri Michaux

    N°1768– Août 2023

     

    Poteaux d’angle – Henri Michaux – Gallimard.

     

    Henri Michaux est un poète , je m’attendais donc à lire des poèmes, même si dans le domaine de l’écriture Henri Michaux a été une sorte de marginal de la littérature, non seulement en refusant la forme classique de la poésie, lui préférant une forme visuelle qui trouvera son épanouissement dans la peinture et l’art graphique, privilégiant les néologismes parfois inattendus, faisant prévaloir la liberté de création, refusant pourtant le mouvement surréaliste. Ses expérimentations se poursuivront avec l’usage de l’éther et plus tard de la mescaline, substances hallucinogènes supposées favoriser la création. Il se veut en dehors des courants littéraires et refuse la médiatisation de son œuvre et même de lui-même bien qu’il compte beaucoup d’ amis dans. les cercles artistiques.

    J’ai lu ce recueil comme une somme d’aphorismes sur l’existence, des conseils donnés à son lecteur, une invitation à la méditation. Je vois ces « poteaux d’angles » comme de piliers solides et stables posés aux quatre coins d’une vie, le résultat de son expérience personnelle, autant de jalons au service des autres individus (fréquent usage de la deuxième personne).

     

    Je m’attendais donc à plus de poésie, plus de musique et d’images, moins de phrases sentencieuses. Bref, je suis un peu déçu malgré l’importance littéraire incontestable d’Henri Michaux.