la feuille volante

la feuille volante

  • Pour ne pas oublier Paul Baudenon

       

    Par ervian

     Le 18/08/2009

     Dans PAUL BAUDENON.

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    N°362– Aout 2009

    POUR NE PAS OUBLIER PAUL BAUDENON.

     

    En feuilletant cette « feuille volante » déjà ancienne, je retrouve un article daté de Juin 1986, quand cette revue ne portait pas encore ce nom mais existait. Il était consacré à Paul Baudenon.

    Je le reproduis ici en mémoire de lui notamment parce que j'ai pu voir qu'il est présenté parfois comme un écrivain primesautier et qu'il me semble que cela ne correspondait pas tout à fait au personnage.

    Après sa mort, j'ai eu une correspondance avec sa veuve, Claire, qui même en l'absence de son cher mari, signait encore « Claire et Paul Baudenon », marquant ainsi son attachement au compagnon de toute sa vie. Ce détail m'a toujours ému.

     

    A propos de « Vers l'estuaire » de Paul BAUDENON [n° 6 -Juin 1986]

     

    Le n°134 des « Feuillet poétiques et Littéraires » de Marjan commençait ainsi «  Dans la nuit du 6 au 7 février 1983 notre ami Paul Baudenon est mort »

    Cet homme ne ferait donc plus partager sa sensibilité proposée depuis bien des années par ses recueils et ses poèmes inédits dont les « Feuillets » ont été le témoin.

     

    De lui, j'appréciais l'humour et la manière originale d'appréhender les événements les plus anodins de la vie, la façon de les voir, de les traiter, d'en rendre compte. « L'annonce faite au mari » m'avait donné envie de recréer cette pièce... Grâce à ses poèmes, je goûtais le regard complice qu'il posait sur les femmes et l'amour qu'elles pouvaient lui inspirer... J'avais noté combien l'officier et le voyageur qu'il avait été, était attaché à sa terre «  Tout bonheur d'homme est son champ » confie-t-il dans « Cantilènes et Fulmicoton », combien, malgré les apparences qui auraient pu être trompeuses il devait aimer se retirer en lui-même « Mon refuge est mon silence, ce clôt d'âme où nul ne paît » et combien le beau langage devait lui plaire, lui qui le maniait si bien «  Au carrefour des collines les mots dansent à pieds nus, mais l'écho ne restitue que l'écorce des syllabes ».

     

    Il devait bien y avoir quelque part un philosophe qui sommeillait en lui [« Les cinq bols » in Cantilènes et Fulmicoton] avec toujours sous sa plume la présence de la mort qui semblait l'obséder. Cette mort, il l'avait côtoyée en Indochine, mais il a su se souvenir de ses copains, mais aussi de ces inconnus pour qui il avait plus que de la sympathie et qui ont laissé leur vie dans cette terre de guerre et d'exil «  Les oubliés n'ont pas de plaques, ni quais, ni boulevards, ni rues, ils sont tombés dans les attaques, ils ont fait foc, ils ont fait flaques, ils sont nuls et non avenues ». Il leur rend un hommage posthume dans un style où se lit une extrême sensibilité [« Les oubliés » in Cantilènes et Fulmicoton]. Il remet les choses à leur vraie place [« Les colombes » in Vers l'estuaire] où tous ces morts revivent dans sa mémoire là où dans celle des autres hommes, ils n'ont pas même laissé l'ombre d'un souvenir « La mémoire un temps s'acharne et sanglote puis le chagrin tourne au vague oremus. Le haut-fait passé devient anecdote, le bon, le méchant, l'humble et le despote ne sont bientôt plus qu'un regain d'azote dans un peu d'humus  ».

    Il y a aussi cette mort qu'ils évoque pour lui-même dans ce poème qui donne son titre à l'hommage que Claire Baudenon a voulu rendre à son mari, « Vers l'estuaire ».

     

    Dans ce livre, j'ai retrouvé l'amour que ce pêcheur-poète portait à l'Isle, sa rivière, à qui il s'identifie et qui prend l'allure d'une personne, d'une confidente, d'une borne chaque fois ajoutée à ses voyages. Elle est son décor mais aussi l'invite à nous faire partager son humour de bon aloi, son jeu sur les mots, témoin d'une plaisante jovialité. Devant ce décor rustique, il se met à égrener ses souvenirs d'enfance, à nous prendre à témoin de son bon sens...

     

    Parfois primesautier mais jamais licencieux, le style devient ironique, alerte, saute par-dessus les tabous en tout genre, entame les plus solides idées reçues et la belle humeur reste de règle. Témoin le préambule de « la vasque d'émail » où il donne la parole, en mots choisis, à un banal ustensile de toilette : Le bidet. Sans donner dans le facile, voire le facétieux, il conte l'histoire de cet instrument sans gloire dont le seul office est de nettoyer et de « noyer des copeaux d'amour », comme il le dit si bien!

    Nous entrons de plain-pied dans l'imaginaire avec « Les Sirènes » où l'auteur recrée la légende de ces femmes-poissons, filles « du pollen gaspillé des hommes » et « des œufs de poissons femelles ».

     

    La deuxième partie de ce livre me parle davantage, peut-être parce qu'elle est écrite dans une prose poétique évocatrice. Le style ductile atteste le sérieux de l'homme qui était aussi une scientifique. Il souhaitait sans doute marquer par le texte un jalon de sa vie dans ces « terres pures ».

     

    Il ne fut certes pas le seul à voir ces paysages, à rencontrer ces hommes, mais il a su rendre pour le lecteur attentif les impressions qui furent les siennes lors de ses rencontres d'exception. Le créateur et l'humaniste se débattaient sous l'uniforme... Ces paysages grandioses et exotiques on exacerbé en lui non seulement l'envie d'écrire pour lui-même, mais aussi celle de donner à voir, et je ne peux pas ne pas songer à un autre poète, Victor Ségalen, qui définissait ainsi la poésie « Voir le monde et, l'ayant vu, dire sa vision ».

     

    Marjan, dans les « Feuillet poétiques et littéraires » dont je parlais au début, caractérisait son ami Paul Baudenon : Amour, humour et humanisme. J'y ajouterai simplement une extrême sensibilité.

     

     

  • A propos de Pierre Autize

       

    Par ervian

     Le 23/08/2009

     Dans PIERRE AUTIZE.

     12 commentaires

    Je publie à nouveau ce texte déjà ancien pour que Pierre Autize ne soit pas oublié.

     

    N°41

    Avril 1990

     

     

     

    A PROPOS DE PIERRE AUTIZE.

     

    Dans le prolongement du n°57 de Poètes Niortais consacré Pierre Autize, je voudrais ici, de nouveau, jeter un regard sur l’œuvre de ce «poète du terroir », comme il aime à être appelé.

     

    Cette manière d’aborder ses écrits contenus dans vingt sept recueils et surtout des dizaines de revues de poésie auxquelles il participe activement, est nécessairement subjective. Dans une étude que je lui ai consacrée en 1988, il m’a paru intéressant d’analyser sa poétique sous le double éclairage du «poète de la condition humaine » et du «poète naïf ».

     

    Avant tout, le professeur de Lettres qu’il a été s’est toujours attaché à la forme, rappelant à l’occasion qu’il est un poète classique, c’est à dire que si, comme créateur, il privilégie l’inspiration, il n’en bannit pas moins l’écriture automatique, respectant scrupuleusement les règles de la prosodie qui, à ses yeux, ne sont pas une entrave à l’expression poétique. Ainsi égrène-t-il les ballades, rondels, sonnets et autres rondeaux…

     

    Cette étude a révélé un personnage plein de paradoxes et, contrairement à la première impression qu’on peut avoir de lui, il est d’abord le « poète de l’humaine condition » et ce n’est pas sans raison que Bernard Aurore l’a dit «poète-paysan ». De son terroir du Bas-Poitou, et donc de l’humanité, il a dit les peines, les joies, le dur labeur qui était celui de ses parents, de ses ancêtres. De sa famille il a retracé le parcours difficile, la vie ingrate qui n’ont pas, pour autant, laissé le citadin qu’il a toujours été insensible au travail de l’homme, aux injustices de la société, à la solitude.

     

    Si les épreuves ne l’ont pas épargné, si deuils et douleurs m’ont meurtri, il semble que l’écriture ait été pour lui une invite à exorciser ce mal, à panser ces plaies. Comme chacun, il a connu le doute, l’amour et l’amitié, mais lui en a parlé…

     

    En effet, quand on connaît cet homme, on ne peut pas ne pas être frappé par l’importance qu’il accorde à l’amitié de ses semblables et l’intimité qui est la sienne nous est rapportée dans ses poèmes. Ce n’est pas abusivement qu’on parle toujours de lui comme «le poète de la joie de vivre » ; il ne dément pas ce qualificatif, cherchant délibérément ce qui est bien dans la vie et en excluant tout ce qui est mal. C’est un a priori qui le caractérise bien et il convient de le respecter…

     

    Un autre aspect de son écriture me paraît intéressant : c’est celui du «poète-naïf ». On comprendra ici que cette naïveté est toute littéraire et ne saurait être péjorative. La première chose, je l’ai dit, est que ses poèmes sont rimés et si le puriste peut trouver quelques faux-pas dans ses textes au regard de la métrique, cela reste une querelle d’experts. La seconde est la répétition des mêmes mots au point parfois que la rime se devine. Le balancement du vers quant à lui, pour être classique, n’en est pas moins un peu ronronnant.

    Le réel reste pratiquement sa seule source d’inspiration et quand il peint la nature (Le Marais Poitevin), elle ne saurait être que luxuriante, verdoyante, apaisante, accueillante. Quand Il parle de l’Autize, cette rivière à laquelle il a emprunté son nom, c’est une femme qu’il voit en elle. Son bestiaire est peuplé de «copains » à qui il donne des noms familiers et qu’il croque d’une plume alerte.

    Enfin Pierre Autize me paraît avoir gardé une âme d’enfant qui fait de lui «un poète sans angoisse ». Il reste, à mes yeux, un créateur, quelqu’un qui a, comme l’a dit Malraux, arraché quelque chose à la mort.

     

     

     

    © Hervé GAUTIER.

     

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    Commentaires

    Pichon

    1. Pichon Le 07/02/2012

    Pierre Autize était-il le pseudo de A.Duclos professeur de lettres classiques à Nantes ? et dont j'ai eu le plaisir d'être élève.

    Le 08/02/2012

    Bonjour, Pierre AUTIZE était un pseudonyme. Il s'appelait bien Duclos (né à St Pompain, deux-Sèvres, en 1912) mais son prénom était Roland. Il était professeur de Lettres à Nantes au collège Jules Verne et devait enseigner en 6° si ma mémoire est bonne. Il n'a jamais été mon professeur mais en revanche, il m'a honoré de son amitié. J'ai eu plaisir à le rencontrer pendant les dix dernières années de sa vie et, si vous le désirez, j'en parlerai volontiers avec vous. Cordialement Hervé GAUTIER

    M.MALLET

    2. M.MALLET Le 12/05/2013

    Bonjour, en quelle année nous a quitté ce poète magnifique ?

    hervegautier

    hervegautierLe 17/05/2013

    Bonjour, Pierre Autize est mort en 2003. Il était effectivement un poète attachant qui m'a honoré de son amitié pendant les quinze dernières années de sa vie. J'en conserve un souvenir ému; Je lui ai consacré quelques écrits de manière à ce qu'il ne soit pas complètement oublié. J'en parlerai volontiers avec vous si vous le souhaitez. Cordialement H.G.

    branchet

    3. branchet Le 06/10/2017

    Bonjour
    Je tombe par hasard sur ce site qui évoque Pierre Autize.
    Il a été mon professeur de français au lycée Jules Verne, je pense en classe de 4ème (M Duclos).
    Il habitait avenue du parc de procès et je le croisais lorsque j'allais prendre le bus au bas de l'avenue.
    Il avait l'habitude de dédicacer à tous ses élèves ses petits livrets de poème, et je dois en avoir gardé précieusement 1 ou 2 avec sa signature.
    Je le revoie très distinctement, ses cheveux abondants et grisonnants, un peu fous, ses lunettes et son pardessus crème.
    J'en garde un bon souvenir.
    J'ai eu aussi un professeur d'anglais, M Gautier

    BOURDET

    4. BOURDET Le 07/04/2020

    Bonsoir Monsieur,

    le temps étant propice au rangement - et au tri - des livres et papiers, je retrouve plusieurs recueils de poèmes de Pierre Autize - dont vous m'apprenez l"identité - imprimés à Niort ou aux Sables-d'Olonne, dont ceux qu'il a offerts de 1970 à 1985 à un certain Jean Guirec, qui fut président honoraire de la société des Gens de Lettres, avec de belles dédicaces, que j'ai chinés par hasard à un bouquiniste à Paris il y a 15 ans.

    Voulez- vous que je vous en adresse la liste détaillée ?

    Cordialement,

    Ph. BOURDET
    8, rue des Guigbneraies 79180 CHAURAY

    hervegautier

    hervegautierLe 08/04/2020

    Bonjour, Quand j'ai publié dans ma chronique ce texte déjà ancien consacré à Pierre Autize, je ne pensais avoir tant de marques d'intérêt et de témoignages sympathiques à son propos. Je vous remercie de vous être manifester. Pierre m'a honoré de son amitié jusqu'à sa mort et je garde précieusement les recueils qu'il m'a offerts et dédicacés (à la plume et à l'encre violette qu'il affectionnait). Chacune de ses publications était un événement dans ce petit monde de la poésie qui nous réunissait et a fait l'objet d'une présentation dans "La Feuille Volante" qui n'était pas, à l'époque, relayée par internet mais n'avait qu'une diffusion très limitée. Je garde de lui le souvenir bien vivant d'un homme sympathique, passionnant, débordant d'amitié, même si je ne partageais pas sa vision poétique du monde ni sa façon d'écrire et je suis heureux que cette modeste chronique contribue à honorer sa mémoire et fasse qu'il ne soit pas oublié. Je pense qu'il serait étonné que ses recueils se retrouvent chez des bouquinistes parisiens lui qui les offrait si généreusement autour de lui. Si vous le souhaitez nous pourrions continuer cette conversation. Bien amicalement Hervé Gautier

    Pichon

    5. Pichon Le 01/07/2020

    Hourra! c'est ma jeunesse retrouvée! il m'a donné le goût du Grec qu j'ai étudié en 2ème langue ancienne jusqu'en 1ère!

    Pichon

    6. Pichon Le 01/07/2020

    Hourra! c'est ma jeunesse retrouvée! il m'a donné le goût du Grec qu j'ai étudié en 2ème langue ancienne jusqu'en 1ère!

    hervegautier

    hervegautierLe 17/11/2020

    Bonjour, Je suis heureux d'honorer la mémoire de Pierre Autize.

    Illegems

    7. Illegems Le 20/05/2021

    Bonjour
    Oui, j'ai eu également M. DUCLOS comme professeur de lettres à Jules Verne à Nantes.
    Mais Jules Verne qui accueillait des élèves dès la classe de 6e était un lycée et pas un collège.
    Je suis rentré à Jules Verne en 6e en 1961 et c'était un lycée. J'ai eu M. Duclos en classe de 3ème. Plein de souvenirs. Il nous avait indiqué son nom d'auteur.
    Salutations littéraires !
    Bertrand Illegems

    hervegautier

    hervegautierLe 20/05/2021

    Bonjour, Je vous remercie d'évoquer en ces termes la mémoire de Pierre Autize. En ce qui me concerne, je n'ai pas été son élève et je ne l'ai connu qu'assez tard mais il m'honorait de son amitié et je pense toujours à lui avec plaisir. Quand j'ai décidé, après sa mort, de publier sur internet les articles qui lui avaient été dédiés de son vivant et qu'il avait approuvés, je ne me doutais pas que j'aurais tant de réponses. En effet, nombre de ses anciens élèves, mais aussi de ses lecteurs ont pris contact avec moi pour exprimer leur attachement tant à leur ancien professeur qu'au poète. Cordialement Hervé GAUTIER

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  • Le roman des espionnes

    • Le 04/11/2025

    N°774 – Août

    2014.

     

    LE ROMAN DES ESPIONNES – Vladimir Fédorovsky- Éditions du Rocher.

     

    Pour le commun des mortels, l'univers de l'espionnage est fascinant. Quand il s'agit d'espionnes, le sujet devient passionnant puisqu'elles ajoutent l'amour au mystère. Ces femmes sont nécessairement belles, intelligentes, vives, cultivées, parlant le plus souvent plusieurs langues, aimant le luxe et paradoxalement elles sont discrète, mais d'une discrétion déguisée qui donne facilement le change ; elles ont servi leur pays à l'égal des combattants du front en exploitant la vanité des hommes qui furent leur proie. Ce sont des séductrices mais ce qui les caractérise le plus c'est le génie de la vie puisqu'elles ont, pour la plupart exercé dans le contexte de la guerre froide et ont réussi à échappé « à cet instrument de souffrance de mort que fut le communisme ». C'est que l'activité d’espionnage s'est développée presque essentiellement au XX° siècle et évidemment à l'occasion des guerres, la 1° et la 2° guerre mondiales, la guerre d'Espagne puis la guerre froide et dans ce domaine l'importance de femmes a été déterminante. L'auteur distingue les professionnelles comme celle qui livra les secrets de la bombe atomique américaine à l'Union soviétique mais il y eut aussi des agents d'influence, des « idiotes utiles » qui étaient sûres de la justesse des idées soviétiques, telle Mme Romain Rolland qui convainquit son époux de prendre partie pour l'URSS ou Elsa Triolet qui de la même manière persuada Aragon parce qu'à l'époque le choix idéologique entre le nazisme et le communisme penchait pour ce dernier. Il y ajoute les vraies- fausses espionnes telle Mata Hari qui selon lui fut un fantasme collectif mais surtout un bouc-émissaire.

    C'est que l'amour dans ce domaine interfère largement dans le travail d’espionne pour lequel elles ont un atout supplémentaire dans la collecte de renseignements : la séduction . Ainsi Olga Techekhova , intime d'Hitler et amie d'Eva Braun informa-t-elle Staline sur les secrets du III° Reich. De même les soviétiques réalisèrent-ils la bombe atomique grâce aux espionnes infiltrées aux États-Unis.

    A travers des documents des témoignages et des documents d'archives, l'auteur nous livre une liste des plus emblématiques d'entre elles, en commençant par la période de la Grande Guerre. L'incontournable Mata Hari et, on s'y attend sûrement moins, Marthe Richard, qui a attaché son nom à la fermeture des maisons closes en 1946. La liste est longue de celles qui ont, par leur action, peser sur le destin du monde.

    Outre les révélations passionnantes de ce livre, ce que je retiens c'est, comme toujours, l'hommage de l'auteur à notre langue française qu'il pratique avec bonheur. C'est toujours un plaisir de le lire !

     

    ©Hervé GAUTIER – Juillet 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

     

  • Le roman de Tolstoi

    • Le 04/11/2025

    N°526 – Juin 2011.

    LE ROMAN DE TOLSTOï – Vladimir Fédorovski – Éditions du Rocher.

     

    Au départ, il y une passion de Vladimir Fédorosvovski pour Léon Tolstoï (1828-1910), l'auteur de «  Guerre et paix » et surtout de «  Anna Karénine », l'écrivain emblématique de la Russie éternelle. Ses livres seront des compagnons pour un séjour diplomatique africain de l'auteur, mais aussi tout au long de sa vie.

     

    L'auteur nous fait découvrir le jeune Léon, né en 1828 dans une grande famille d'aristocrates qui avait marqué l'histoire de la Russie tsariste. Une enfance passée à la campagne, malheureusement bouleversée par la mort de ses parents l'amène à Moscou où il découvre les prémices de sa personnalité : l'ambivalence entre l'individualisme qu'il porte en lui et son attirance pour l'universalité. Toute sa vie future sera conditionnée par une prise de conscience de cette période de l'enfance « heureuse époque perdue sans retour ». Durant son adolescence, il fréquente le lycée puis l'université mais est un étudiant irrégulier et hésitant, plus attiré vers la liberté et par l'indépendance et quitte les études sans diplôme. Il revient vers son domaine dont il est désormais le maître, tente de l'administrer mais y renonce. Il a la volonté d'être meilleur en tout, de se marier, de préférence avec une femme riche pour se ranger, est un temps désireux d'un poste dans l'administration mais abandonne ce projet ... « le comte Tolstoï » est surtout désireux de jeter sa gourme dans les plaisirs, la débauche, se laisse happer par la vie facile, le jeu, les femmes, et l'abstinence qu'il tente quand même d'observer lui pèse. Derrière la façade de l'aristocrate mondain et valétudinaire, il tente de dissimuler un tempérament « infatigable », amoureux, sensuel, charnel. Malgré tout la quête du bonheur reste un idéal[il ne l'atteindra que plus tard grâce au mariage], malgré son esprit indépendant, l'armée l'attire un moment, mais il revient du Caucase et de la Crimée avec une aversion pour les combats, un intérêt profond pour la nature humaine... et des notes et des personnages pour ses futurs romans. De l'armée où il sert comme officier, il laisse libre-court à son esprit indépendant et jouisseur, mais en revient désabusé bien qu' admiratif pour l'abnégation du simple soldat. A la religion dogmatique encombrée de rituels inutiles il préfère un christianisme primitif.

     

    Et pourtant, resté fidèle à la nature, à « sa terre », à sa patrie, pétri du message du siècle des Lumières français, il ressent un désir d'écrire qui ne le quittera plus. Écrire devient le vrai sens de sa vie mais, même s'il chérit la langue française, il reste Russe dans l'âme et souhaite que son pays soit reconnu comme un guide parmi les autres nations. Pourtant, après quelques hésitations, ce « dandy déchaîné », ce « vieux sot édenté » finit par quitter l'armée pour se consacrer aux Lettres, par voyager et après beaucoup d'hésitations, par prendre femme, malgré la différence d'âge avec sa jeune épouse, Sophie ! Elle deviendra vite la maîtresse des lieux autant que du vieux comte, pour quarante huit ans de bonheur, et de nombreuses maternités. C'est à ce moment que Tolstoï écrivit ses chefs-d'œuvre, s'affirma comme un immense écrivain.

     

    Lui-même se pose en prophète, en guide, sur cette terre d'exception située à la croisée des chemins et des influences. Il se veut précurseur mais quand ses idées prennent corps il regimbe à suivre le cours des choses qu'il à lui-même suscitées. Même s'il a longtemps succombé à l'appel de la chair et du jeu, il reste un être pétri de spiritualité, marqué par la volonté d'affranchir ses serfs et de partager ses terres. La vieillesse venant, il devint philosophe, philanthrope et chercha à se rapprocher de Dieu à cause peut-être de la culpabilité qu'il ressentait à cause de sa vie, de ses passions, de ses débauches...

     

    A l'occasion du centenaire de sa mort et s'appuyant sur des archives inédites et sur le « journal »de Tolstoï, Vlamidir Fédorovsky retrace la vie de cet écrivain emblématique de la Russie éternelle. Il évoque l'homme, tiraillé entre sensualité, érotisme et spiritualité, montre sa face cachée à la fois insolite et intime. Il ne manque pas non plus, malgré toute l'admiration qu'il peut avoir pour ce géant de la littérature russe et cet humaniste, d'exercer son droit de critique et de noter quelques remarques personnelles qui remettent les choses à leur vraie place, même si elles écornent un peu la légende. Il note, avec humour parfois, pour le lecteur non initié à l'âme russe, tout ce qu'un geste apparemment anodin peut cacher comme signification.

     

    Avec de courts chapitres enrichis d'illustrations et abondamment documentés, un texte limpide, directement écrit en français, dans un style fluide, précis et poétique, notre auteur fait de Tolstoï, personnage bien réel, un véritable héros romanesque, passionnant et passionné. Malgré la complexité de l'homme, fait d'oppositions et de contradictions, Vladimir Fédorowski réussit à nous le rendre attachant. Je ne suis qu'un simple lecteur, mais j'ai été enthousiasmé par ce portrait sans concession.

     

    Je connaissais Vladimir Fédorovski de réputation pour son rôle diplomatique et politique, notamment dans la « Pérestroïka ». Je le savais écrivain, amoureux de la langue et de la culture françaises, mais je n'avais jamais rien lu de lui. Avec le magistral « roman » sur Léon Tolstoï, je n'ai pas été déçu.

     

     

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Juin 2011. http://hervegautier.e-monsite.com

     

     

     

  • Quelques réflexions personnelles sur l'oeuvre de Patricia Cornwell

    N° 243–Septembre 2002

     

    Quelques réflexions personnelles sur l’œuvre de Patricia CORNWELL.

     

    Je n’ai pas honte de l’avouer, en ce qui me concerne, la première lecture d’un auteur inconnu se fait souvent à partir d’un amical conseil, d’un article de presse ou tout simplement d’un livre pris, parfois au hasard, sur les rayonnages d’une bibliothèque !

    De telles méthodes ont leurs insuffisances et bien souvent leurs limites et si au bout de cinquante pages l’intérêt n’est pas au rendez-vous, j’abandonne.

     

    Je ne sais pas comment le nom de Patricia Cornwell a suscité mon attention, mais ce qui est certain c’est que le roman policier, aussi bien en ce qui concerne l’écriture que la lecture, prend de plus en plus de place dans ma vie et dans mes loisirs… Je ne m’en plains pas !

    Au-delà de l’auteur, dont la biographie révèle une réelle réussite d’écrivain et une générosité notable d’autant plus appréciable qu’elle sait rester discrète, pour le progrès de la médecine légale et donc de la justice, il y a les personnages, les histoires…

     

    Tout d’abord je dois dire que ses romans sont servis par une remarquable traduction française, car, s’agissant d’un texte original écrit en américain, il est injuste d’oublier le nom du traducteur (ou de la traductrice) c’est à dire celui qui rend l’ouvrage lisible en français et contribue largement à son succès.

     

    L’héroïne principale, le docteur Kay Scarpetta, d’origine italienne comme son nom l’indique est médecin légiste qui prend d’ailleurs des allures de policiers. La vie du personnage se nourrit des expériences professionnelles et personnelles de l’auteur puisque Patricia Cornwell a été, outre chroniqueur judiciaire, informaticienne à l’institut médico-légal de Richmond (Virginie) où elle noue des liens d’amitié avec le docteur Marcella Fierro, directrice de la morgue, ce qui donnera naissance, sans doute malgré elle, au personnage de Kay Scarpetta. Richmond sera bien entendu le lieu géographique de la plupart de ses romans.

     

    Avec ses collègues, dont l’inséparable capitaine Marino, un peu macho et entretenant avec la bière des liens étroits, elle mène inlassablement ses enquêtes qui l’entraînent parfois à l’autre bout des Etats-Unis.

     

    Ici le rythme est rapide et fascinant à la fois et Kay risque sa vie dans chaque enquête. Elle y perdra même l’homme de sa vie dont la mort continue de l’obséder. Mais elle fait face malgré les chausse-trappes que lui tendent les tueurs désireux de l’éliminer physiquement ainsi que les brimades de sa hiérarchie, le monde macho de la police…

     

    Elle a des relations intimes avec Benton Wesley, un « profileur » du FBI. Elle partage sa vie par intermittente et ses sentiments pour lui montrent combien un auteur peut se révéler dans une de ses œuvres (« Combustion »). Un roman policier n’est pas seulement le récit d’histoires sordides où la mort est présente à chaque page. Dans les cas des œuvres de Patricia Cornwell, j’ai ressentis, personnellement du moins, une forte charge émotionnelle au moment notamment où elle décrit avec moult détails l’atrocité d’un meurtre autant que les différentes sentiments qui habitent Kay Scarpetta quand elle disperse les cendres de son amant sur une plage selon la volonté du défunt. On met toujours un peu de soi dans son écriture et l’œuvre en témoigne !

     

    Pete Marino, omniprésent à ses côtés tel un ange gardien, respectueux cependant de sa vie privée est un peu son double inversé, mais j’aime surtout qu’elle soit cette mère de substitution pour sa nièce, la fragile Lucy, agent du FBI, surdouée, homosexuelle, mais toujours un peu en marge de cette société qu’elle contribue à défendre mais qui la rejette parce qu’elle est une femme œuvrant dans un monde essentiellement masculin.

     

    Il y a deux styles sinon deux manières d’écrire chez Patricia Cornwell. Bien sûr, il n’y a pas de roman policier sans crime et sans atrocités. C’est là le parti pris de l’auteur qui puise largement dans son expérience glanée en médecine légale, mais il ne faut pas oublier que la mort fait partie de la vie et que notre société est aussi composée de criminels, de sadiques, de psychopathes. C’est donc cette face cachée que Patricia Cornwell nous donne à voir… et elle le fait non seulement avec talent mais aussi avec des précisions scientifiques et un goût du détail qui rendent, même pour un non initié comme moi, l’histoire d’autant plus crédible et intéressante.

     

    Il n’en existe pas moins deux séries de personnages-phares : Kay Scarpetta qui vit imprime sa marque dans onze roman. Elle y côtoie Marino, Benton et sa nièce Lucy. A mon avis ce sont de loin les plus intéressants ; puis il y a une seconde série d’où tous ces personnages sont absents. Ce sont les romans les plus récents. Les chefs de la police locale sont des femmes telles Judy Hammer (« L’île aux chiens »-« La griffe du Sud ») ou Virginia West (« La ville des frelons »). Dans cette série émerge un personnage masculin qui sans doute prendra de l’importance dans son œuvre à venir, c’est celui d’Andy Brazil, ex-journaliste de talent devenu policier.

     

    Patricia Cornwell entraîne son lecteur dans une série d’aventures passionnantes qui révèlent autant les bas fonds de la société américaine que la cupidité la cruauté des hommes, quand ils sont des criminels, mais aussi l’humanité des êtres dits « normaux ».

     

    L’auteur est de son temps et l’informatique, inévitable, incontournable de nos jours, tient une grande place dans son œuvre. Internet aussi, évidemment et c’est souvent à cause de ce vecteur que le docteur Scarpetta et ses autres personnages sont entraînés, presque malgré eux dans des enquêtes où le macabre le dispute à l’horreur ! Il est vrai que nous sommes loin des fictions lentes et lénifiantes aux trop heureuses conclusions !

     

    Elle décrit sans complaisance la vie de son temps, de Richmond, cette ville de Virginie qu’on pourrait croire assoupie, mais aussi de cette société américaine, avec ses travers, son quotidien, cette « américan way of life », rêve pour certains, cauchemar pour d’autres, minée par le racisme, la drogue, la corruption, l’omniprésence des armes, le profit, la réussite, la situation centrale des Etats-Unis dans le monde, son goût pour le pouvoir ! Cette société qui a souvent attiré les hommes du monde entier parce que c’est un espace de liberté mais elle masque à peine son autre visage d’insécurité et de violence, d’injustice aussi !

     

    Elle a du se battre pour faire reconnaître son talent et ce n’est pas là la moindre de ses qualités personnelles, même si maintenant on lui rend justice par l’attribution de prix prestigieux tels que le « Edgar Poe Award » ; l’ « Anthony Award », le « Macavity Award », le « Dagger Award ». »

     

    La France, pays de la culture, n’a pas non plus été en reste qui lui a accordé le « Prix du roman d’aventure » (1992) qui récompensait, pour la première fois une Américaine/

     

    Je serai pourtant toujours attentif à cet écrivain dont la notoriété dépasse largement et heureusement les frontières de son pays.

     

    © Hervé GAUTIER. http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg 

     

     

    P.-S. Patricia Cornwell a notamment publié « Postmortem » (1992) – « Mémoire mortes » (1993) – « Et il ne restera que poussières… » (1994) – « Une peine d’exception (1994) » - « La séquence des corps » (1995) – «  Une mort sans nom » (1996) –«  Mort en eaux troubles » (1997) – « Mordoc » (1998) – « Combustion » (1999) – « Cadavre X » (2000) – « Le dossier Benton » (2001) – « La ville des frelons » (1998) – «  La griffe du sud » (1999) – « L’île des chiens » ( 2002)

     

  • la peste écarlate - Jack London

    N°472– Novembre 2010.

    LA PESTE ÉCARLATE et autres nouvelles – Jack London - Phébus Libretto.

     

    Le seul nom de Jack London évoque l'aventure, la nature, la liberté.

     

    Dans la première nouvelle, qui est plutôt un court roman et qui donne son nom au recueil, un vieillard qui fut jadis professeur évoque pour ses petits-enfants sauvages et illettrés ce qu'était, soixante ans plus tôt la vie en 2013, date de l'apparition de la peste écarlate, ainsi nommée parce qu'elle colore le visage en rouge. Elle décima la population de la terre et réduisit les humains pourtant civilisés et cultivés, à l'état d'êtres égoïstes, défendant le seul bien qui leur reste : leur vie ! Nous sommes donc en 2073 et l'ex-professeur Smith raconte ce qu'était la société civilisée et organisée et comment, épargné par la pandémie, il a survécu dans ce monde hostile redevenu sauvage où les opprimés d'alors ont réussi à s'affirmer grâce à leur brutalité et à prendre le pas sur leurs oppresseurs d'avant. Ses petits-enfants ne peuvent se figurer ce qu'il décrit pour eux mais il place son espoir dans les livres et la clé de lecture qui permet de les déchiffrer. Il a caché le tout dans une grotte et espère que l'espèce humaine retrouvera, grâce à cela, sa splendeur passée.

    La seconde nouvelle, intitulée « Le dieu rouge » évoque la croyance d'une tribu sauvage en un dieu extraterrestre matérialisé par une sphère rouge qui émet un son. Un blanc, perdu dans la forêt, tente de percer ce mystère qui ne peut s'expliquer qu'au prix de la vie.

    La troisième intitulée « Qui croit aux fantômes ?» met en scène deux rationalistes qui se sont donnés rendez-vous dans une maison hantée. Ils vont se trouver « possédés » par deux fantômes qui reviennent pour disputer une partie d'échecs dont leur vie dépendra.

    « Mille morts » parle d'un fils de famille parti sur les mers et récupéré par un navire commandé par son père. Ce dernier va se servir de ce fils pour mener à bien des expériences où la mort est suivie de résurrections successives. Mais le fils ne saurait, jusqu'au bout être son cobaye.

    L'auteur change de registre avec« la seconde jeunesse du major Rathbone » où il analyse, sur le mode humoristique, les conséquences des tentatives de rajeunissement du corps et de l'esprit d'un vieillard. Il faudra quand même compter avec Déborah, son ancien amour de jeunesse qui, elle aussi, bénéficia de cette expérience.

     

    L'architecture d'un recueil de nouvelles n'est pas chose facile. Avec celui-ci, paru en 1912, Jack London (1876-1916) passe du registre tragique à l'humour, au moins en apparences. Avec la première nouvelle, publiée peu de temps avant sa mort, il semble nous avertir d'une possible fin du monde, provoquée par la maladie. Songeait-il à la Grande Guerre qui allait bouleverser le monde? Peut-être? Encore qu'il nous confie que les survivants restent capables de le reconstruire au moyen des livres refaire et de la connaissance que le Professeur Smith a sauvegardés. Il explore ici un registre plus mystérieux voire apocalyptique, jouant à la fois sur le fantasme de la fin du monde, de la mort, de l'éventuelle résurrection, l'anéantissement de la vie et la responsabilité humaine dans ce cataclysme ?

     

    Avec la se seconde nouvelle, c'est clairement l'angoisse de la mort et une certaine désespérance qui transparaissent ici. La couleur rouge rappelle celle de la peste du premier texte et les mots évoquent une certaine perfection des formes et des sons, comme quelque chose qu'on découvre enfin après l'avoir tant recherché. Ce qui est ici suggéré c'est à la fois l'attrait de l'inconnu et la fascination et l'acception de la mort, une sorte de sérénité devant elle, le terme du parcours qui fut le sien durant sa vie et que l'écriture magnifia. Même la présence de Balatta n'y fera rien. Il la repoussera faisant prévaloir Thanatos sur Eros. Rappelons-nous que ce texte a été écrit quelques mois avant sa disparition.

    Avec les deux autres textes, il semble présenter les choses sous un angle différent, peut-être plus léger? Voire. Celui où il évoque la présence de fantômes et qu'il écrivit à dix-neuf ans, doit sans doute beaucoup à Edgar Poe dont il fut le lecteur attentif. C'est la fascination de l'étrange qui habite la condition humaine avec son cortège de névroses, de perversions, de dérèglements... la mère de l'auteur était une spirite convaincue et celui qui fut son père et qui les abandonna tous les deux, versait lui aussi dans l'ésotérisme. Voulut-il régler ainsi, par l'écriture et l'imaginaire, ses comptes personnels avec eux? Quand il choisit le thème des expériences sur l'humain, sur le vivant, on songe à un médecin fou mais le registre ici est le fantastique. Derrière des considérations techniques difficiles à suivre, il évoque des expériences un peu déjantées qui procurent la mort mais aussi qui redonnent la vie. C'est certes de la pure fiction, mais c'est aussi une autre forme de réflexion sur la mort. N'oublions pas que Jack London est avant tout un athée, lecteur de Marx et que donc l'idée de Dieu est absente de ces textes.

    On peut aussi y voir une forme de victoire de l'homme sur les événements qui pèsent sur sa vie, le triomphe du pessimisme, du défaitisme. Au dernier moment il réagit et fait prévaloir sa liberté. Le héros de « Mille morts » s'échappe, le vieux major redevenu jeune convole avec son amour de jeunesse,

     

    Avec ce recueil, Jack London qui fut un auteur prolifique de plus de 50 livres qui, pour la plupart évoquent l'aventure explore ici un registre différent. Encore une fois, sa vie personnelle ses expérience ont nourri son écriture, mais celle-ci a joué pour lui un rôle d'exorcisme, mais c'est aussi le sien!

     

     

     

  • Le bureau des assassins - Jack London

    N°332– Mars 2009

    LE BUREAU DES ASSASSINATS – Jack LONDON [1876-1916]– Stock.

     

    Deux protagonistes principaux dans cette drôle d'histoire écrite par Jack London, laissée inachevée et terminée par Robert L Fish, un spécialiste de l'auteur d'après ses propres notes et finalement publiée de manière posthume en 1963.

     

    D'une part Yvan Dragomiloff qui dirige un syndicat d'assassins comme au meilleur temps de la prohibition américaine, de l'autre Winter Hall qui a recours aux services du premier. Jusque là, ça va et tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles comme on dit quand on a des lettres, sauf que, pour être un authentique thriller, cela ne peut se passer comme cela. Cette organisation criminelle veut bien exécuter ses victimes pour de l'argent, mais encore faut-il que ce meurtre soit justifié! C'est à dire que celui qui doit mourir doit avoir attenté à l'existence de la société en perpétrant des méfaits tels que leur auteur doit effectivement être éliminé... pour le bien de tous! C'est là une condition sine qua non sur laquelle cette organisation ne transige pas. On devrait d'ailleurs plutôt parler de « bureau des exécutions ». C'est déjà peu banal, mais là où cela se complique vraiment, c'est que cet Hall entend passer un contrat avec Dragomiloff... pour tuer ce dernier, et comme on est franchement en plein délire, ce contrat est accepté par celui-là même qui dirige cette association, autant dire qu'il va lui-même organiser son propre assassinat, tout en ayant notifié à son commanditaire son intention de ne pas cependant se laisser faire et de vendre chèrement sa peau. Cette idée l'enthousiasme même et quand l'autre s'en étonne, il lui déclare tout de go qu'il a accepté cela par goût de « l'aventure », pour rompre une routine devenue trop pesante! Et comme nous sommes en pleine fiction délirante, Dragomiloff accepte ce contrat parce qu'il le juge moral et répondant totalement aux critères mis en place par lui-même dans le cadre de ce bureau des assassinats. C'est donc Hall qui devient en quelque sorte le dirigeant par intérim de cette organisation composée, on le verra, non d'assassins comme on pourrait s'y attendre mais d'érudits plus obsédés par les idées, la logique et les engagements moraux que par le respect de la vie humaine. A leurs yeux, ces principes surpassent tous les autres, jusqu'à l'absurde!

    Pour compliquer le tout, Dragomiloff n'est pas exactement celui qu'il prétend être et a usurpé une identité... et bien entendu l'amour va venir aggraver en peu plus ce cas qui n'en avait vraiment pas besoin, en la personne de Grounia, la « nièce » de ce dernier dont Hall va bien entendu tomber amoureux! Là, cela devient franchement cornélien! Cette traque mortelle va-t-elle déboucher sur la destruction totale du « bureau », puisque, après avoir longuement hésité, chacun de ses membres se met en chasse pour éliminer celui qui en est le chef...et bien souvent y laisse sa vie.

    Voilà donc le décor planté qui est le point de départ de cette rocambolesque histoire pleine de rebondissements et d'interrogations intimes et existentielles de la part des membres de cette organisation qu'il faut lire jusqu'à la fin.

    Je dois dire que j'ai eu du mal, au début, à entrer dans cet univers romanesque. J'ai, cependant, une attirance particulière pour Jack London, pas seulement à cause de son talent littéraire qui n'est plus à démontrer, mais surtout parce que il était l'archétype de l'autodidacte. Il a été tour à tour marin, chercheur d'or, ouvrier, vagabond et j'aurais toujours une tendresse particulière pour ses hommes à qui la vie a réservé ses troubles, ses bouleversements, ses chagrins aussi et qui les ont sublimé dans l'art. Leur expérience protéiforme a nourri leur écriture qui vaut bien celle des intellectuels patentés. Elle est authentique parce que, non seulement ils savent prêter au lecteur le dépaysement de leur aventure, mais aussi parce qu'ils le font avec un naturel que seul les créateurs de leur trempe sont capables de recréer!

     

     

     

  • LAND AND FREEDOM

    • Le 28/10/2025

    N°572– Mai 2012.

    LAND AND FREEDOM – Un film de Ken Loach (1994)

     

    Le film s'ouvre sur la mort d'un homme, David (Ian Art), de nos jour à Liverpool, dans une ambulance.

    Sa petite fille, en rangeant les affaires de son grand-père décédé trouve des photos set des lettres qu'il a envoyée pendant sa jeunesse, découvre que ce dernier a combattu pendant la guerre d'Espagne dans les rangs des Brigades internationales comme volontaire anglais. Sa vision du communisme alliée au chômage qui mine l'économie et la société britannique des années 30 le persuadent qu'il n'y a pas d'autre choix pour lui.

     

    Un peu par hasard, après un voyage long et pénible, il se retrouve, avec d'autres volontaires de toutes les nationalités dans les rangs du POUM (Parti ouvrier d'unification marxiste) pour combattre les fascistes de Franco. Il ne tarde pas à faire le coup de feu en Aragon, dans les tranchées où il côtoie des femmes combattantes, mais avec des armes obsolètes et l'une d'elle le blesse. La brigade dans laquelle il combat est non seulement peu armée mais est surtout animée par un idéal politique qui ne convainc pas tout le monde. Il part pour une courte convalescence à Barcelone où il retrouve Blanca (Rosana Pastor), une jeune militante aragonaise qui combattait avec lui et dont il était amoureux. Elle tente de le persuader de se battre dans les rangs de la Milice alors qu'elle découvre qu'il a déjà rejoint les rangs des Brigades internationales, ceux qu'elle appelle « les staliniens ». Elle le quitte tandis que, écœuré par les divisions et les combats au sein du camp républicain, David déchire rageusement sa carte du parti communiste et rejoint sa brigade en Aragon pour assister à la liquidation des trotskystes du POUM qui est déclaré illégal en 1937.

    David se forge lui-même son opinion au fur et à mesure que se déroule ce conflit. La discussion qu'ils ont sur la nécessité de collectiviser les terres est révélatrice. Il prend peu à peu conscience non seulement de l'enjeu de cette guerre mais surtout du contexte international. Le POUM fait figure d'extrémiste, ce qui dérange Staline qui recherche surtout la respectabilité sur le plan international. Pour cela on accusera ces combattants de la liberté d'être des traîtres au communisme et même d'être des agents de Franco !

     

    Vidal (Marc Martinez), capitaine de la brigade est un socialiste convaincu qui veut surtout gagner la guerre contre Franco et en cela s'oppose au gouvernement en place. Il est bien conscient qu'en s'y ralliant il obtiendra des armes modernes et efficaces, mais il devra s'y soumettre et ainsi aliéner son idéal. C'est tout le problème du film qui met en évidence les luttes intestines des Républicains qui les ont amenés, tout autant que l'alliance de Franco avec les puissances fascistes, à perdre cette guerre. Cela est mis en évidence dans les discussions qu'ont, dans le village pris aux fascistes, les paysans et leurs libérateurs mais surtout dans la scène ou Blanca est tuée par les troupes républicaines venues recevoir la reddition de la brigade.

     

    Comme toujours Ken Loach prend le parti de filmer les opprimés, les humiliés, les laissés pour compte de la société quelle que soit la forme que prend cette manière d'écraser ceux qui ne peuvent guère se défendre. Si en plus ils sont idéalistes, pauvres, pleins d'illusions et désireux de changer le monde, c'est mieux ainsi et cette Guerre d'Espagne leur a fourni l'occasion de se mesurer à la réalité et à la politique … et d'en être déçus ! Ce n'est pourtant pas un film « documentaire » sur la guerre d'Espagne, nombreux sont ceux qui s'en sont faits les historiens ; il y a somme toute peu de scènes de combat.

    Ken Loach ne cesse, dans ses films de dénoncer les compromissions et les lâchetés des hommes face à un idéalisme parfois utopique de quelques-uns. Ce qu'il veut c'est montrer ces hommes qui s'engagent au point d'être capables de mourir pour une idée, un idéal, sont toujours floués, abandonnés par ceux qu'on appelle les élites. Des écrivains contemporains de ce conflit ont contribué, par leurs écrits, à nous donner une vision idyllique de cette guerre, surtout du côté républicain. Il y avait du panache et de la grandeur à se battre pour la liberté d'un peuple attaqué par des rebelles mais la réalité a été bien différente, à cause notamment des dissensions au sein même du camp républicain et de leurs luttes fratricides.

     

    Les dernières images du film montrent les obsèques de David, les anciens combattants communistes présents qui saluent le cercueil sur lequel sa petite-fille verse de la terre d'Espagne que son grand-père avait rapportée.

     

    Ken Loach est un grand témoin de son temps de la société et des hommes qui la composent. .