la feuille volante

la feuille volante

  • Tre piani

    La Feuille Volante - N° 2008 – Août 2025.

     

    Tre piani (trois étages) – Un film de Nanni Moretti.(2021)

     

    C’est une page d’histoire de quatre familles qui habitent un même immeuble dans un quartier de Rome. Au rez de chaussée, Lucio (Riccardo Scamarcio) et Sara (Elena Lietti) confient souvent leur fille de sept ans, Francesca, à leurs voisins de palier, Giovanna (Anna Bonaito) et Renato (Paolo Graziosi), un couple âgé. Au premier étage vivent Monica (Alba Rohrwacher) qui est enceinte et Giorgio (Adriano Giannini) souvent à l’étranger à cause de son travail ; son épouse combat comme elle le peut sa solitude forcée tout en redoutant d’être, comme sa mère, atteinte de troubles mentaux. Dora(Margherita Buy) et Vittorio (Nanni Moretti), tous deux magistrats, vivent au deuxième étage avec leur fils Andrea, vingt ans (Alessandro Sperdutti).

    Un soir Renato disparaît avec Francesca mais bien qu’ils soient retrouvés Lucio craint que sa fille ait été victime du vieil homme qui déclare ne se souvenir de rien et sa crainte tourne à l’obsession au point qu’il l’agresse sur son lit d’hôpital. Une nuit, en état d’ébriété, Andréa, au volant de sa voiture, tue une femme et supplie ses parents de lui éviter la prison.

    Ces histoires n’ont rien à voir les unes avec les autres mais la vie de cet immeuble où vivent ces familles de générations différentes qui s’y côtoient en est forcément affectée. En réalité ces gens habitent le même immeuble mais ne font que s’y croiser et chacun demeure avec ses problèmes, Andrea qui déplore l’intransigeance de son père et la soumission de sa mère, Lucio qui est obsédé par ce qui a pu arriver à sa fille mais qui a une aventure avec Charlotte (Denise Tantucci), petite-fille de Giovanna et Renato, Monica qui accouche seule et se débat au quotidien en l’absence de son mari et finit par basculer dans la solitude des troubles mentaux à l’image du corbeau qui devient de plus en plus obsédante.

    Comme ces histoires, les thèmes s’entremêlent, soulignant les relations entre les différents personnages, l’intransigeance rigide des hommes, la douceur humaine des femmes, la faute, la culpabilité face à ses propres actions, la justice qui punit, les enfants qui naissent, grandissent, deviennent indépendants et quittent le cocon familial, la difficulté d’être parents, les vivants qui parlent aux morts pour se moquer de la destiné, les gens qui s’aiment et ceux qui se détestent, le temps qui passe (le film se déroule sur 10 ans), le pardon (peut-être ou peut-être pas),l’amnésie qui est le propre de la nature humaine et la vie qui continue, une photographie de la société dans laquelle nous vivons tous. à l’image finale de la « milonga », en forme de « happy end », dansée par des Romains dans la rue, spectacle auquel assistent la plupart des acteurs de ce drame mais qui vont bientôt partir vers un avenir nouveau. J’y vois l’image de la légèreté des choses, le symbole du « vivre ensemble » dont je ne suis pas sûr qu’il existe vraiment au moment où une étincelle, même minuscule, est capable de faire exploser le monde qui nous entoure, pourtant patiemment construit part les générations précédentes.

    C’est l’adaptation du roman de l’écrivain israélien Eshkol Nevo mais qui ne remporta aucune récompense au 74° festival de Cannes où il était en compétition. Sa sortie a été certes gênée par la pandémie de covid 19, et Moretti en fut affecté, pire peut-être la critique a été très partagée face à son treizième long métrage, sorti 20 ans après « La chambre du fils » qui avait obtenu la palme d’or.

    J’ai pourtant bien aimé de film que j’ai trouvé particulièrement émouvant.

  • Paris-Texas - Un film de Win Wenders

    La Feuille Volante - N° 2006 – Août 2025.

     

    Paris-Texas - Un film de Win Wenders – Palme d’Or Cannes 1984.

    Arte le 18/8/2025 .

     

    De Paris, cette ville du Texas, il sera à peine question contrairement à ce que laisse entendre le titre.

    En revanche l’accent est mis sur l’histoire dramatique de Travis Henderson (Harry Dean Stenton) très amoureux de sa jeune épouse Jane( Nastassja Kinski) au point de vouloir être constamment à ses côtés et que cette volonté de proximité tourne au drame, Travis disparaissant pendant 4 années sans donner aucune nouvelle, Jane laisse leur jeune fils Hunter (Hunter Carson) à la garde de son oncle Walt (Dean Stockwell) et de son épouse Anne (Aurore Clément), un couple sans enfant.

    Dès la première image on retrouve Travis, marchant en plein désert, sans eau, secouru in extremis et que Walt ramène chez lui à Los Angeles. Après une longue période de silence, Travis accepte de parler et retrouvant Hunter parvient à l’apprivoiser et part avec lui à la recherche de Jane.

    Au-delà de cette histoire émouvante, je retiens la solitude et la désespérance de Travis, sa volonté de se mettre en marge de cette société où il n’a pas sa place. Les décors autour de lui évoquent cet abandon, les routes et les voies ferrées sont droites et vides, les avions volent, les interminables trains américains filent et il se contente de les regarder passer, les paysages sont désertiques à la mesure de sa volonté de revenir dans le monde, malheureusement sans issue. Quand il scrute le décor autour de lui, l’aéroport par exemple, c’est de loin, à la jumelle. C’est un pauvre homme qui avait tout misé sur l’amour de sa jeune épouse mais celle-ci l’a déçu, ne l’a pas compris et il a préféré mettre entre lui et la société le plus de distance possible, autrement dit se retirer du monde. Travis aurait pu se suicider mais apparemment, après avoir remis de l’ordre dans les pièces éparpillées du puzzle de sa vie et devant l’impossibilité de recomposer sa propre famille et d’y être heureux, il a voulu mener à bien son dernier devoir, celui de redonner sa mère à Hunter et disparaître dans l’épaisseur de la nuit, définitivement en gommant de la mémoire de ses proches jusqu’à l’empreinte ténue de son passage sur terre.

    Ce road muvie multi récompensé (et la mélancolique musique de Ry Cooder), illustre à mes yeux les relations difficiles des hommes avec leurs semblables et l’impossibilité de dialogue qui existe même au sein de la famille. La recherche de la solitude qui est une forme de résilience, me parait être une chose prégnante encore aujourd’hui, ce qui donne à ce film une dimension particulièrement actuelle .

     

  • Le seigneur des fourmis

    La Feuille Volante - N° 2005 – Août 2025.

     

    Le seigneur des fourmis (Il signore delle formiche) – un film de Gianni Amelio (2022)

     

    En 1959, Aldo Braibanti(Luigi Lo Cascio) , écrivain, poète, dramaturge mais aussi membre du Parti communiste italien, antifasciste et passionné de myrmécologie (d’où le titre), revient à Plaisance, sa ville natale et y fonde un club culturel où participent de nombreux jeunes dont Riccardo Tagliaferri (Davide Vecchi), fasciné par l’écrivain. Le frère de Riccardo, Ettore, (Leonardo Maltese) fréquente aussi le club et se rapproche de Braibanti et non seulement une jalousie se manifeste entre les deux frères mais surtout une relation homosexuelle naît entre Aldo et Ettore au point qu’ils s’installent ensemble à Rome. Quelques années plus tard Riccardo retrouve son frère et sa famille le fait admettre dans un hôpital psychiatrique où il subit des électrochocs censés le guérir de ce qui à l’époque était considéré comme une déviance. Braibanti, quant à lui est arrêté et condamné à 9 ans de prison pour « plagio », un délit introduit dans le code fasciste, c’est à dire de manipulations mentales sur Ettore et ce malgré le soutien d’un journaliste (Elio Germano), licencié ensuite pour son aide . Son procès fut retentissant et Aldo fit l’expérience douloureuse du lâchage et du lynchage médiatique. Il fut autorisé à sortir de prison pour l’enterrement de sa mère, Suzanne(Rita Botsello) et à cette occasion renoue avec Ettore, abandonné par sa famille.

     

    C’est une adaptation libre d’un épisode de la vie d’Aldo Braibanti (1922-2014) En effet il évoque une affaire judiciaire de 1964. l’instruction dura 4 ans et le procès fut l’occasion d’une volonté de le détruire pour ce qu’il était et notamment communiste et surtout homosexuel. Il fut jugé et condamné mais sa peine fut allégée en appel et notamment à cause de son combat contre le fascisme. Pour autant cette condamnation fut la première mais aussi la dernière du chef du « piagio », disposition héritée du code pénal fasciste et qui fut supprimée ensuite .Ce film mêle fiction et réalité et la critique a pu relever des inexactitudes historiques, notamment au niveau du soutien apporté à l’écrivain, mais c’est le propre d’une recréation que de romancer des faits en se les appropriant. Gianni Amelio a voulu dénoncer ainsi l’Italie homophobe des années 60. Ce film a au moins l’avantage de raviver la mémoire collective, notamment sur la vie et sur l’œuvre d’Aldo Braibanti mais aussi sur l’ambiance délétère et hypocrite de cette période qui me paraît être à l’image d’une société conservatrice et intolérante dont je ne suis pas sûr qu’elle changera un jour.

     

     

     

  • Habemus papam

    La Feuille Volante - N° 2004 – Août 2025.

     

    Habemus papam – un film de Nanni Moretti (2011).

     

    Dans le monde catholique, l’élection d’un pape est un moment fort.

    Au départ de ce film toute la procédure vaticane est respectée, Les cardinaux en conclave et en soutane rouge, les prières, les réflexions, les « papabile », les votes dans la Chapelle Sixtine, la fumée blanche, la préparation du nouveau souverain pontife, le cardinal Melville (Michel Piccoli), sauf que, avant sa traditionnelle parution au balcon, il est victime d’une crise de nerfs, refuse la charge et s’enfuit devant la stupeur des cardinaux. On fait appel à un psychiatre, par ailleurs athée, le Professeur Brezzi (Nanni Moretti) mais rien n’y fait, il disparaît dans Rome et le Vatican ne peut qu’organiser une mise en scène dans la plus grande hypocrisie, pour gagner du temps et organiser les recherches.

    Au-delà de la situation surréaliste de ce scénario qu’on peut interpréter comme une formidable moquerie à la fois du Vatican qui fait appel à un psychiatre alors que l’Église non seulement ne reconnaît pas cette thérapie, les psychiatres ayant pris la place des prêtres, mais complique considérablement l’examen du Saint-Père au point que le professeur doit organiser un grotesque match de volley-ball dans une cour du Vatican pour passer le temps et suggérer une séance avec son ex-femme (Margherita Buy) également psychanalyste, dont il vit séparé, mais qui ne peut rien pour lui. En réalité ce n’est pas qu’il ne veut pas de sa charge mais en réalité qu’il ne peut pas l’assumer et face à cela la psychanalyse est impuissante. Au passage il égratigne aussi les cardinaux, les dépeignant comme des hommes ordinaires, bien gênés quand même par les circonstances, dont certains regrettent de ne pas avoir été choisis pour cette fonction qui couronnerait leur carrière et peut-être leur foi. Est-ce à cause de cela que Nanni Moretti n’a pas obtenu l’autorisation de tourner au Vatican et a dû se contenter de reconstituer le décor au Palais Farnèse ?

    Pendant tout ce temps, le pape déambule dans les rues de Rome, semble s’y trouver à son aise, sortant de sa bulle vaticane et se retrouve dans un théâtre où se joue une pièce de Tchekhov qui lui rappelle sa vie d’avant. En cela on peut supposer qu’à ses yeux seule la scène et le métier d’acteur lui conviennent.

    Ce scénario à la fois dramatique et comique n’a évidemment aucune chance de se réaliser, même si on veut faire passer l’élection du pape comme une manifestation divine dans la vie des hommes. Ce que je retiens c’est l’humilité de ce cardinal devenu pape qui refuse la charge écrasante d’être le chef de la catholicité étant précisé qu’en principe il a été auparavant prêtre, évêque et cardinal et qu’ il a été déjà investi d’une œuvre pastorale, c’est à dire une référence pour ses nombreux fidèles. Cela dit qu’un homme refuse le pouvoir, les honneurs (il est aussi chez d’État) en renonçant à une tâche qu’il estime écrasante et lui préférant une vie plus ordinaire quand d’autres auraient fait n’importe quoi pour être à sa place, me paraît à la fois sain et surtout courageux à l’heure où il ne manque pas de citoyens pour se présenter aux suffrages des électeurs tout en leur vantant leurs compétences et leur valeur, ce qui n’est que très rarement vérifié par la suite. L’attrait du pouvoir fait naître bien des vocations et réveille des egos mais l’image que nous donnent les hommes politiques est plutôt désastreuse. Il n’en reste pas moins que le cinéma doit être le miroir de son temps et que nous vivons une époque où les gouvernants ou ceux qui aspirent à l’être, nous donnent une image pour le moins décevante, que toutes les références traditionnelles volent en éclats et que la société perd sa boussole. Je ne parlerai pas de la crise profonde que traverse l’église catholique.

    C’est bien sûr une fiction mais j’imagine mal ce que pourra être la vie de Melville après cette épreuve. Même si les circonstances sont bien différentes, j’observe aussi que le pape Benoît XVI a certes accepté sa charge, l’a amenée pendant un pontificat de 8 ans mais a fini par renoncer en 2013, donnant à ce film de 2011 une sorte de dimension prophétique.

    Le dernière image du film montre le cardinal Melville avouant à la foule son impuissance face à l’importance de sa charge et laissant le balcon de la place Saint-Pierre vide et silencieux. On est loin des ovations qui font suite à la traditionnelle apparition du cardinal pro-diacre qui proclame « Annuntio vobis gaudium magnum – habemus papam »

    Je suis toujours attentif à la sortie d’un film signé Nanni Moretti mais celui-ci à reçu un accueil mitigé.

     

     

  • Petite histoire de La Rochelle.

    • Le 07/08/2025

    N° 2002 – Août 2025.

     

    Petite histoire de La Rochelle -- Jean-Louis Mahé – La Geste.

     

    La Rochelle, le nom de cette ville résonne dans la tête de chacun d’entre nous comme celui d’une cité exceptionnelle à la fois chargée d’histoire et désormais incontournable et pleine de mystères. Pour y être né et y avoir vécu mes années d’adolescence, je crois me souvenir qu’à cette époque, c’est à dire dans le première moitié du XX° siècle, cette ville n’’avait pas exactement cette aura culturelle et attractive qu’elle a actuellement, mais avait plutôt une dimension industrieuse et commerciale d’un port tourné vers le large. Cela dit quel que soit l’endroit où j’habite, je serai toujours, et définitivement, un «  Rochelais ».

    Les choses changent et c’est très bien et ce petit volume, forcément abrégé, refait l’histoire de ce petit village de pêcheurs devenu, au fil du temps, une cité prospère et même un « état dans l’État » que l’autorité de Louis XIII jugeait incompatible avec l’idée qu’il  se faisait du pouvoir royal absolu. Ce fut le siège de la ville de 1627-1628 que l’Histoire a retenu avec l’ombre du cardinal de Richelieu et celle de Jean Guitton, les souffrances des Rochelais, la reddition puis le renouveau. Ce fut davantage une reconquête de la part de l’autorité royale qu’une véritable lutte des catholiques contre les protestants puisque dans ce conflit, les confessions n’étaient que secondaires. Historiquement, la ville fut d’ailleurs administrée alternativement par des maires des deux religions mais sous l’autorité du roi comme l’attestent les trois fleurs de lys présentes sur son écusson. Ce célèbre siège n’était pas le premier ce ne sera pas non plus le dernier et c’est l’apanage des villes d’exception que d’être ainsi convoitées.

    Si on se réfère au Poitou on peut attribuer la création de la ville à la fée bâtisseuse Mélusine et ainsi donner à la cité une dimension à la fois merveilleuse et quasi divine. Sa devise, « Servabor retore deo », qu’on peut approximativement traduire par « Je serai sauvé par Dieu qui sera mon guide » donne aussi toute la dimension religieuse de ce qui a été son parcours historique, puisque la ville a été alternativement administrée par des catholiques te des protestants, par ailleurs adorateurs du même Dieu. Les églises et les temples qu’on peut y voir attestent d’un bel esprit de tolérance.

    On l’a dite « Belle et rebelle » et ce ne sont pas là que des mots puisque les monuments et hôtels particuliers sont maintenant beaucoup plus attrayants qu’ils ne l’étaient du temps de ma jeunesse. Quant son côté rebelle, elle l’ a montré à différentes reprises et l’attitude de son maire, Léonce Vieljeux, face aux vainqueurs allemands en est une brillante illustration. Sa modernité actuelle n’est pas le moindre attrait de cette ville tournée vers la mer, vouée au commerce, à l’industrie et à la culture qui font sa richesse et son attrait

    C’est donc un livre pédagogique avec des chapitres particuliers consacrés à des grandes figures rochelaises qui ont donné leur noms aux rues ou de grands moments ou mouvements qui ont émaillé son histoire.

     

     

  • Le palais de l'infortune - Donna Leon

    N°1995 – Juillet 2025.


     

    Le palais de l’infortune - Donna Leon – Calman-Levy.

    Traduit de l’anglais (États-Unis) par Gabriella Zimmermann.

    D’emblée le titre anglais «  So shall you reap » qu’on peut traduire par « on récolte ce que l’on sème » donne le ton.

    Ce palais c’est le « Plazzo Zaffo dei Leoni » à Venise. On découvre dans les canaux, le cadavre d’un homme, Inesh, un ouvrier quinquagénaire sri-lankais apparemment sans histoire, de sensibilité bouddhiste, habitant dans une dépendance de ce vieux palais depuis 8 ans. De plus il s’avère que la victime avait un os de doigt humain dans son gousset. Or, il se trouve que e commissaire Guido Brunetti l’avait rencontré la veille de sa mort, par hasard, à propos de l’éventuelle mise en vente de ce palais.  Il est donc chargé de cette enquête et ses investigations révèlent la présence chez Inesh de documents sur les années 70-80 en Italie, période sombre marquée par les attentats, les enlèvements, les demandes de rançons et les assassinats politiques de la part des « Brigades rouges ». De plus il découvre des écrits de jeunesse d’hommes devenus depuis d’éminents universitaires et hommes politiques, Il devient dès lors étonnant que de tels documents soient en possession d’Inesh et que cela pourrait bien expliquer sa mort.

    Le livre refermé, ce 32° roman de Donna Leon m’a paru un peu lent au début avec des considérations sur l’homosexualité d’un des collègues de Guido, sur le racisme, l’immigration, les déconvenues de la jeunesse, la vie familiale heureuse de notre commissaire et les talents culinaires de son épouse Paola. Il faut en effet attendre la page 80 pour entrer dans le vif du sujet et mon attention n’a véritablement été éveillée que vers la fin, avec l’intervention d’une religieuse… et d’un chien.

    Ce n’est pas inutile de le rappeler, mais à Venise on ne peut que marcher et les investigations que notre commissaire y mène vont au rythme de cette déambulation. On n’échappe pas, et c’est inévitable, aux évocations sur le passé glorieux et sur les richesses culturelles de la cité des doges et c’est évidemment un plaisir de retrouver toutes ces descriptions vues à travers les yeux du commissaire qui est aussi un homme cultivé. On retrouve le vice-questeur Patta, inconsistant chef de service et surtout l’indispensable Elettra et ses recherches sur internet. L’étude des documents trouvés chez Inesh l’invitent à replonger dans le passé et les écrits révolutionnaires de ceux qui maintenant sont des notables respectés. Cette mémoire de papier est toujours intéressante à explorer… et pleine de surprises.

    Donc un roman assez lent à suivre au départ que j’ai cependant continué à lire, parce que c’était une œuvre de Donna Leone que par ailleurs j’apprécie(un livre est le résultat d’un travail et le lire jusqu’au bout est un hommage à son auteur) mais surtout parce que, vers la fin seulement, cela devient passionnant.

    C‘est certes bien écrit (bien traduit) mais l’ensemble m’a paru un peu décevant.

    N°1995 – Juillet 2025.


     

     

  • nostalgia

    N°1994 – Juillet 2025.


     

    Nostalgia – Un film de Mario Martone (2022)

    Arte le 23/7/2025


     

    On se demande ce qui est passé par la tête de Felice Lasco ( Pierfrancesco Favino) de revenir, après quarante ans d’absence dans sa ville natale de Naples et plus spécialement dans le quartier de la Sanità où sa vielle mère, Teresa, (Aurra Quattrochi) habite dans des condtions désormais plus que précaires. Lui qui a réussi dans les affaires, au Caire où il vit avec son épouse, aurait sans doute dû méditer cette pensée d’Albert Camus selon laquelle on ne revit pas à quarante ans de la même manière les années qu’on a vécues à vingt.

    Quand il y revient, il rencontre Raffaele (Nello Mascia) un ancien amant de sa mère qui lui conseille fortement de retourner en Egypte après la mort de celle-ci. On ne sait trop pourquoi, alors que les évènements autour de lui l’incitent à disparaître puisque son retour n’est pas passé inaperçu, il s’entête à vouloir tout quitter pour s’installer à Naples avec son épouse. Après l’enterrement de Teresa, Felice révèle au curé de la paroisse, Don Luigi Rega (Francesco di Leva), un prêtre respecté, son intention de s’installer définivement à Naples mais surtout de revoir son ancien ami Oresto Spasiano (Tommaso Ragno) devenu un dangereux mafieu solitaire que tout le monde craint. Le prêtre est aussi l’ennemi d’Oresto et tente avec ses faibles moyens d’inciter les jeunes de sa paroisse à échapper à la mafia. C’est vers lui que se tourne Felice qui se confie à lui, lui révélant les liens qui l’attachent à Oresto. Après de longues tractations Felice finit par rencontrer son ancien ami qui lui intime l’ordre de quitter la ville et fait tout ce qu’il faut pour l’y inciter. Felice comprend que leur ancienne amitié n’existe plus mais il s’obstine. C’est que sa présence réveille chez Oresto une vieille affaire de cambriolage qui a mal tourné et s’est conclue par le meurtre du propriétaire des lieux, assassiné par Oresto. A l’époque, les deux adolescents ont quinze ans et sont deux minables petites frappes mais c’est Felice, poussé par sa famille, qui choisit de disparaître au Moyen-Orient. Sa fuite attire sur lui la responsabilité du meurtre mais bizarrement il n’est pas inquiété, son départ étant sans doute interprété comme la traditionnelle migration des Italiens du sud. Son retour à Naples est vécu par lui comme un bonheur, il déambule dans son quartier, achète un appartement, décide son épouse à venir s’installer définivement à Naples, ce qui lui sera fatal.

    La conduite de Felice m’a paru assez irrationnelle et il aurait dû sans doute se souvenir du dicton qui veut que, quand on se réveille le matin dans cette ville on n’est pas sûr d’être encore en vie le soir. Je veux bien que Naples possède ce tropisme qui attire ceux qui y sont nés et les détermine à revenir y mourir, mais quand même. Les circonstances auraient dû l’en dissuader et on comprend mal qu’il impose à son épouse qui n’est pas napolitaine de vivre dans le quartier de la Sanità qui a gardé son aspect lépreux et surtout dangereux puisque tous ici, ses amis comme ses ennemis, lui conseillent de disparaître. Dans ce film, Naples qui est aussi un personnage, n’est pas vraiment montrée sous un jour favorable et la caméra s’attarde davantage sur la violence qui y règne et sur l’aspect labyrinthique et inquiétant de ce quartier pauvre.

    Ce film dramatique sorti en 2022 est l’adaptaion d’un roman éponyme d’Emmano Rea (1927- 2016) m’a un peu déçu malgè la prestation de Pierfrancesco Favino et surtout de celle de Francesco di Leva, meilleur second rôle.


     


     

  • A mani vuote - Valerio Varesi

    N°1992 – Juillet 2025.

     

    A mani vuote (Les mains vides) – Valerio Varesi – Frassinelli.

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    Dans Parme écrasée par la canicule le commissaire Soneri est bizarrement sollicité pour le vol d’un accordéon au préjudice d’un pauvre musicien de rue, Gondo, qui ne connaît que l’air de « Bella Ciao ». A quelques mètres de son emplacement traditionnel on a retrouvé le cadavre d’un homme dans son appartement. Il s’agit de Francesco Galluzzo, issu d’une riche famille de commerçants. Les pièces sont en désordre mais le coffre-fort n’a pas été touché, ce qui exclut le mobile du vol qu’on aurait pu légitimement retenir. Il n’a donc pas été tué pour son argent, mais il a été préalablement battu à mort, peut-être parce qu’il est aussi homosexuel, ce qui peut être un mobile. Ses investigations conduisent cependant Soneri à un usurier bien connu, Gerlanda, qui était créancier de la victime mais également vers une piste qui sent la drogue. Au fur et à mesure de ses recherches, le commissaire s’aperçoit que ce meurtre peut n’être qu’un détail qui cache une réalité bien plus grave qui pourrait affecter la ville elle-même, gangrenée par un nouveau type de criminalité où les sociétés financières et immobilières tirent les ficelles, le tout dans la plus grande hypocrisie.

    Je ne suis pas vraiment spécialiste des romans de Varesi que j’apprécie cependant mais d’ordinaire cette ville de Parme est plutôt noyée dans le brouillard et le froid. Ici c’est un peu comme si la canicule endormait les habitants. En plus de tous les rebondissements de cette affaire où tous ne disent pas ce qu’ils savent et, de plus, Soneri devra faire face à Capuozzo, le questeur, très sourcilleux sur les résultats de son subordonné et peu enclin à prendre en compte ses états d’âme. Non seulement cette opposition nuira à son enquête mais surtout mettra en évidence le véritable visage de cette ville pervertie par la corruption, pas vraiment la Parme qu’il connaissait. Face à l’apathie ou, pour ceux qui savent et qui refusent de parler, notre commissaire se réfugie dans la nostalgie qui naît du souvenir de son passé personnel et peut-être aussi dans le sommeil qu’il oppose au découragement qu’il connaît lors de ses investigations. Pourtant il se ressaisira et continuera de poursuivre inlassablement la vérité qui permettra aux magistrats de rendre une justice équitable.

    Dans ce roman, qui est le septième de Varesi, la ville de Parme se dévoile sous un jour différent. Le commissaire paraît vaciller malgré sa forte personnalité qui, pour une fois peut-être, relègue quelque peu au second plan ses traditionnels compagnons habituels, à l’exception peut-être d’Angela, la femme qu’il aime. J’ai retrouvé avec plaisir ce personnage, à la fois timide, cultivé, bon vivant, attaché à ses origines paysannes, ce qui est pour lui une aide dans la conduite de ses enquêtes..