la feuille volante
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Adios Hemingway
- Le 03/10/2025
- Dans Littérature hispanique et ibérique
La Feuille Volante - N° 2017– Octobre 2025.
Adios Hemingway – Leonardo Padura- Métailié.
Traduit de l’espagnol par René Solis.
Le lieutenant Marion Conde qui a depuis quelques années quitté la police pour devenir écrivain et marchand de vieux livres est sollicité par un de ses anciens collèges. A La Havane, une tempête a déraciné un arbre dans la propriété d’Ernest Hemingway dont la maison est devenue un musée et on a retrouvé un corps enterré depuis quarante ans et qui portait une insigne du FBI. Un tel mystère menace d’entacher sa mémoire de l’écrivain américain d’autant que le policier nourrit à l’endroit d’Hemingway des sentiments contradictoires d’admiration pour l’écrivain et de rejet pour l’homme. L’admirateur de l’écrivain ne pouvait supporter qu’on lui mette sur le dos un meurtre qu’il n’avait peut-être pas commis et l’ancien flic qu’il est ne pouvait pas ne pas laisser passer cette occasion d’enquêter en solitaire sur cette affaire, même si cela devait s’inscrire dans l’indifférence générale.
En réalité, plus qu’une investigation policière, c’est plutôt une réflexion sur Hemingway, sur son œuvre, sa psychologie, son côté expansif, les différents sites qu’il a fréquentés, ses failles, la construction par lui-même de son propre mythe qui ont nourri toute sa démarche de création, à laquelle se livre Conde. Padura y ajoute une rencontre érotique avec Ava Gadner. invente cette traque du FBI, par ailleurs parfaitement possible, qui aurait provoqué ce meurtre, se hasarde à expliquer son suicide par la perte de sa traditionnelle vitalité due au vieillissement, son choix d’une vie exaltante et parfois violente qui peu à peu le trahissait, la culpabilité latente d’avoir quelque peu délaissé la littérature au profit de son amour de la vie et ce malgré son prix Nobel. Pour cela Conde choisit de approcher ceux qui ont bien connu l’écrivain vers la fin de sa vie. Même si l’œuvre d’ Hemingway est détaillée avec précision, j’ai été assez peu convaincu par le résultats des investigations et leurs conclusions qui n’étaient qu’un prétexte pour côtoyer l’image de l’écrivain surnommé familièrement « Papa ».
Léonardo Padura explique dans une note que son éditeur lui avait demandé de participer à une série sur « la littérature ou la mort » et que le nom de Hemingway s’est naturellement imposé à lui . Il avait donc résolu d’intégrer Conde dans une fiction et de lui prêter ses propres émotions. Même si ce petit ouvrage où la réalité se mêle à la fiction, n’est pas un grand roman, c’est bien écrit et bien documenté, deux choses qui au mois donnent envie de se replonger dans l’œuvre de l’écrivain américain.
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L'homme qui aimait les chiens
- Le 01/10/2025
- Dans Littérature hispanique et ibérique
La Feuille Volante - N° 2016– Octobre 2025.
L’homme qui aimait les chiens – Leonardo Padura- Métailié.
Traduit de l’espagnol par René Solis et Helena Zayas.
Cet long ouvrage s’ouvre sur le début de l’exil de Léon Trotski (1879-1940) décrété par Staline et qui dura dix ans et le début de la vie de son assassin, le militant communiste espagnol devenu agent du NKVD , Ramón Mercader (1913-1978). Il s’agit là de deux personnages connus auxquels s’ajoute un troisième, parfaitement fictif celui-là, Ivàn Cardenàs Matrurell, vétérinaire à Cuba mais surtout écrivain manqué, muselé par le régime castriste et donc parfaitement inconnu de tous. Il revient, en 2004, après la mort de sa femme Ana, sur sa rencontre datant de 1977, par hasard sur une plage de La Havane , avec un vieil homme solitaire, Jaime Lopez, et ses deux lévriers barzoï qui lui parle avec précisions du meurtrier de Trotski, lui donnant des détails même sur sa vie intime , détaillant tous les préparatifs de cet assassinat sur fond de fin tragique de la guerre d’Espagne, du pacte germano-soviétique, de l’invasion de la Pologne... Lors de plusieurs rencontres il va avouer à Ivàn que non seulement il a été l’ami de Ramon Mercader mais aussi s’épanche sur les inepties, les, les injustices flagrantes et les crimes, les procès truqués, les exécutions sommaires, les disparitions, les camps sibériens décidés par Staline, décimant son peuple jusque dans les rangs de ses propres partisans. Il dénonce des mensonges qui, à force de temps et de propagande deviennent des réalités, prévoyant peut-être la fin de l’utopie communiste. Le livre refermé, ce que je retiens de cette lecture édifiante c’est le mensonge, le mépris, la peur et la mort.
Ce sont donc trois destins qui se dessinent, celui de Trotsky, promis à un bel avenir en Russie communiste mais que le dictateur Staline , dans sa volonté de se maintenir seul au pouvoir, a condamné à la déportation au Kazakhstan puis à l’exil au nom de sa supposée traîtrise à la révolution, une longue errance de dix années entre la Turquie, la France, la Norvège et le Mexique où il trouvera la mort assassiné par Mercader. Celui-ci, emporté par la débâcle et la confusion des troupes républicaines à la fin de la Guerre civile est recruté par Moscou, dissimulé sous diverses identités, pour exécuter Trotski. Sa tâche accomplie, il connaîtra lui aussi une autre sorte d’errance, jusqu’à sa mort. Le troisième destin, celui d’Ivàn , le narrateur, est bien différent des deux autres, plus modeste et anonyme qui fait le lien entre le passé et le présent, un témoin attaché à sa fidélité au régime castriste malgré les difficultés des Cubains au quotidien. Il écoutera son vieil interlocuteur, mémorisera, prendra des notes et, après la disparition de Lopez aura la certitude d’avoir rencontré l’authentique meurtrier de Trotski tout en se demandant pourquoi il a été choisi pour recevoir ces confidences qui ébranlaient quelque peu ses convictions et sa vie même. Il releva un détail qu’il avait noté chez Lopez ,que cet amour des chiens était partagé par Trotski … et aussi un peu par lui-même puisqu’il est vétérinaire. Il parle également de lui-, de sa vie intime dévastée par un divorce à l’initiative de sa femme, déçue par son côté perdant et de la séparation d’’avec ses enfants, de la fuite des cubains sur des radeaux de fortune pour gagner les États-Unis , de la mort de son frère.. . D’une certaine façon il est essentiel et avec son témoignage, ils prend réellement une dimension de l’écrivain qu’il a toujours voulu être, quelque peur qu’il ait pu avoir pour écrire ce livre. Il avait en effet été muselé par le régime castriste et s’était tu par crainte. Cet épisode fait renaître en lui cette faculté d’écrire, de témoigner.
C’est un roman historique fascinant, particulièrement bien argumenté, documenté, une somme de travail, de commentaires et de création extraordinaires où la fiction se mêle à l’Histoire et qui s’attache son lecteur jusqu’à la fin de cet ouvrage pourtant long (670 pages). Ce roman est aussi, selon une note de l’auteur, une réflexion sur les perversions de cette grande utopie du XX° siècle dont la renaissance menace actuellement nos démocraties.
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Un été 42 - Un film de Robert Mulligan
- Le 12/09/2025
- Dans Cinéma américain
La Feuille Volante - N° 2014 – Septembre 2025.
Un été 42 – Un film de Robert Mulligan (1971)
J’ai revu avec émotion et nostalgie ce film non seulement parce qu’il évoque une période d’un autre temps qu’actuellement, celui de l’adolescence où on découvrait le monde des adultes avec la honte de demander et l’émerveillement de gauchement découvrir les filles face aux copains qu’on rendait jaloux en n’oubliant pas de se vanter de choses qu’on n’avait jamais faites.
C’est un bout d’histoire de trois copains puceaux, Herbert, Oscar et Bernard en vacances sur l’île de Nantucket dans la Massachussetts où il n’y a pas grand chose à faire en cet été de 1942, qui passent leur temps à se charrier, à se bagarrer, à regarder les filles en se lançant des défis, à fantasmer sur les dessous féminins qui sèchent dans le vent de mer, qui tentent d’apprendre l’amour dans un livre volé aux parents de l’un d’eux parce que leurs hormones les tracassent et que leur virginité les encombre, qui accompagnent chacune de leurs tentatives forcément gauches par des fanfaronnades et des accords d’harmonica. Tout cela se passe dans l’unique cinéma où on flirt maladroitement, dans les dunes où on grille des marshmallows et où on tente sa première expérience. Un peu par hasard Herbert, 15 ans (Garry Grimes), rencontre la belle Dorothée (Jennifer O’Neil) que nos garçons observaient de loin dans sa maison isolée et dont le mari est parti à la guerre. Il s’approche timidement d’elle, lui parle, lui rend de menus services, fait quelques pas troublés dans sa vie et en tombe follement amoureux. Elle le fascine, il la respecte mais la désire secrètement, n’a plus d ‘yeux que pour elle et ses vacance, ses copains, les filles de son âge n’ont plus la même chaleur.
L’adolescent est bouleversé par cette rencontre d’autant que Dorothée laisse la trace de son rouge à lèvres sur son front quand ses copains, surtout Oscar (Jerry Hauser) cherchent à relever ce défi avec une de ses copines. C’est la rencontre d’univers différents, celui des adultes fait de routine quotidienne, celui de l’adolescence où on ment sur son âge pour paraître plus vieux, celui de. Dorothée qui vit dans l’attente de la prochaine lettre de son mari à laquelle elle répondra aussitôt, maintenant ainsi le lien amoureux entre eux malgré la distance et les circonstances. L’épilogue est dramatique malgré une rencontre sans véritable joie, une dernière union charnelle et posthume avec son mari par l’intermédiaire involontaire d’Herbert, la fuite de Dorothée accompagnée de quelques mots d’adieu pour le garçon qui ne la reverra jamais mais qu’il ne pourra oublier. C’est pour lui un passage à la fois brutal, sensuel et prématuré de la jeunesse à l’âge adulte, la confrontation entre l’amour et la réalité, davantage qu’une simple amourette de vacance.
Ce film tout en nuances passe du romantisme à la nostalgie sans oublier la vulgarité de ces jeunes garçons à laquelle se mêle une gaucherie drôle notamment de Herbert au drugstore. Il connut un grand succès à sa sortie. Les images de la mer et de la côte, la solitude de sa maison, soulignent l’inaccessibilité de Dorothée, sa vie, loin de celle de ces garçons, la guerre lointaine qui rappelle sa réalité brutale à la jeune femme. De belles images, une histoire émouvante baignée par la sublime musique de Michel Legrand (Oscar de la meilleure musique de film).
Les choses ont changé comme le monde autour de nous qui devient de plus en plus fou et les adolescents d’aujourd’hui ne sont évidemment plus les mêmes, mais j’ai revu ce film avec plaisir.
La Feuille Volante - N° 2014 – Septembre 2025.
Un été 42 – Un film de Robert Mulligan (1971)
J’ai revu avec émotion et nostalgie ce film non seulement parce qu’il évoque une période d’un autre temps qu’actuellement, celui de l’adolescence où on découvrait le monde des adultes avec la honte de demander et l’émerveillement de gauchement découvrir les filles face aux copains qu’on rendait jaloux en n’oubliant pas de se vanter de choses qu’on n’avait jamais faites.
C’est un bout d’histoire de trois copains puceaux, Herbert, Oscar et Bernard en vacances sur l’île de Nantucket dans la Massachussetts où il n’y a pas grand chose à faire en cet été de 1942, qui passent leur temps à se charrier, à se bagarrer, à regarder les filles en se lançant des défis, à fantasmer sur les dessous féminins qui sèchent dans le vent de mer, qui tentent d’apprendre l’amour dans un livre volé aux parents de l’un d’eux parce que leurs hormones les tracassent et que leur virginité les encombre, qui accompagnent chacune de leurs tentatives forcément gauches par des fanfaronnades et des accords d’harmonica. Tout cela se passe dans l’unique cinéma où on flirt maladroitement, dans les dunes où on grille des marshmallows et où on tente sa première expérience. Un peu par hasard Herbert, 15 ans (Garry Grimes), rencontre la belle Dorothée (Jennifer O’Neil) que nos garçons observaient de loin dans sa maison isolée et dont le mari est parti à la guerre. Il s’approche timidement d’elle, lui parle, lui rend de menus services, fait quelques pas troublés dans sa vie et en tombe follement amoureux. Elle le fascine, il la respecte mais la désire secrètement, n’a plus d ‘yeux que pour elle et ses vacance, ses copains, les filles de son âge n’ont plus la même chaleur.
L’adolescent est bouleversé par cette rencontre d’autant que Dorothée laisse la trace de son rouge à lèvres sur son front quand ses copains, surtout Oscar (Jerry Hauser) cherchent à relever ce défi avec une de ses copines. C’est la rencontre d’univers différents, celui des adultes fait de routine quotidienne, celui de l’adolescence où on ment sur son âge pour paraître plus vieux, celui de. Dorothée qui vit dans l’attente de la prochaine lettre de son mari à laquelle elle répondra aussitôt, maintenant ainsi le lien amoureux entre eux malgré la distance et les circonstances. L’épilogue est dramatique malgré une rencontre sans véritable joie, une dernière union charnelle et posthume avec son mari par l’intermédiaire involontaire d’Herbert, la fuite de Dorothée accompagnée de quelques mots d’adieu pour le garçon qui ne la reverra jamais mais qu’il ne pourra oublier. C’est pour lui un passage à la fois brutal, sensuel et prématuré de la jeunesse à l’âge adulte, la confrontation entre l’amour et la réalité, davantage qu’une simple amourette de vacance.
Ce film tout en nuances passe du romantisme à la nostalgie sans oublier la vulgarité de ces jeunes garçons à laquelle se mêle une gaucherie drôle notamment de Herbert au drugstore. Il connut un grand succès à sa sortie. Les images de la mer et de la côte, la solitude de sa maison, soulignent l’inaccessibilité de Dorothée, sa vie, loin de celle de ces garçons, la guerre lointaine qui rappelle sa réalité brutale à la jeune femme. De belles images, une histoire émouvante baignée par la sublime musique de Michel Legrand (Oscar de la meilleure musique de film).
Les choses ont changé comme le monde autour de nous qui devient de plus en plus fou et les adolescents d’aujourd’hui ne sont évidemment plus les mêmes, mais j’ai revu ce film avec plaisir.
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Mourir d'aimer - Un film d'André Cayatte
- Le 09/09/2025
- Dans cinéma français
La Feuille Volante - N° 2012 – Septembre 2025.
Mourir d’aimer – Un film d’André Cayatte (1971)
C’est l’histoire d’amour d’une professeure de lycée rouennais, Danièle Guénot (Annie Girardot) avec un de ses élèves âgé de 16 ans, Gérard Leguen (Bruno Pradal) . Danièle, divorcée, mère de deux enfants, est une prof passionnée par son métier et qui noue avec ses élèves des liens forts, un de ces profs qui nous ont fait aimer l’école quand tant d’autres n’ont fait que nous en dégoûter.
Le film retrace, un peu comme un témoin, la genèse de la relation entre Danièle et Gérard, dans la façon que cette professeur porte son enseignement et accompagne ses élèves hors de la classe jusque dans les bars et les manifestations de Mai 68.
On peut admettre la réaction des parents de Gérard, alors mineur, qui, selon eux, est victime de « envoûtement » d’une femme adulte. On peut comprendre qu’ils sont dans leur rôle, qu’ils reprouvent la différence d’âge, qu’ils souhaitent avant tout l’avenir de leur fils, qu’ils redoutent peut-être aussi l’absence probable de petits-enfants et qu’ils n’avaient pas vraiment prévu cet événement. Éloigner Gérard pour que les choses reviennent à une normalité plus recevable est plausible, lui-même finit par l’accepter pour sauver sa relation avec Danièle, mais le faire interner dans un asile psychiatrique où on se chargera de le shooter à coup de médicaments et porter plainte contre Danièle pour enlèvement et détournement de mineur en espérant lui faire perdre son poste et donc la détruire, c’est autre chose. L’intransigeance du père de Gérard (François Simon), refusant de retirer sa plainte est de ce point de vue révélatrice. C’est pour Danièle qui est réellement amoureuse un combat perdu d’avance puisqu’elle a contre elle sa hiérarchie qui, comme d’habitude, ne veut pas faire de vagues mais surtout la loi, Gérard étant encore mineur. Elle doit non seulement affronter ses juges mais auparavant la Force Publique et ses harcèlements, une perquisition à son domicile, la menace de placement de ses enfants à l’Assistance Publique, la presse avide et destructrice, l’appel du procureur devant le jugement en première instance qui, compte tenu d’une relative clémence et assorti du sursis sera annulé par l’amnistie consécutive à l’élection du nouveau président de la République. En effet, Danièle est l’image du désordre de Mai 68, ce qui à ses yeux de magistrat protecteur de la société, est inacceptable. C’est une battante et croit en la force de l’amour d’autant qu’elle et Gérard ont des soutiens dans leur entourage mais devant cet acharnement, elle finira par craquer. Dès lors, la mort est la seule solution. J’imagine la culpabilisation ressentie par les parents de Gérard, le désarroi de celui-ci, leurs relations durablement voire définitivement affectées, sa vie bouleversée…
Ce film fait évidemment référence à l’affaire Gabrielle Russier (1937-1969) dont il reprend les faits et qui ont ému ou scandalisé la France entière. J’ai souvenir d’une conférence de presse télévisée de Georges Pompidou, alors président de la République, qu’un journaliste interrogea en fin de séance sur cette affaire. Surpris, presque gêné, marquant un long silence que l’image en noir et blanc semblait souligner, hésitant aussi, prononça quelques mots laconiques sur ce qu’il en avait pensé et sur ce qu’il avait fait, ne parvenant cependant à convaincre personne malgré une décontraction feinte, s’en tirant assez piteusement, lui le normalien, agrégé de Lettres, l’auteur notamment d’une anthologie de la poésie française, en citant Paul Eluard , avant de quitter la salle de presse,
« Comprenne qui voudra, moi mon remords ce fut la victime raisonnable au regard d’enfant perdu, celle qui ressemble aux morts, qui sont morts pour être aimés »
Au moins, à cette époque, nous avions un président cultivé, ça a bien changé depuis !
Ce genre de relation amoureuse entre deux êtres d’un âge différent est déjà arrivé et arrivera encore sans qu’elle soit heureusement conclue par cet épilogue tragique. Ce que le journaliste, interrogeant le président, avait qualifié de « fait divers » donna lieu notamment à deux films, celui-ci qui obtint un immense succès et fut couronné par « Le grand prix du cinéma français » en 1970 et distribué dans le monde entier, un téléfilm de José Dayan de 2009 avec Muriel Robin dans le rôle principal, une chanson écrite et chantée avant la sortie du film mais qui n’y figure pas par Charles Aznavour. Le nom de Gabrielle Russier et de sa tragique histoire sont gravés dans la mémoire collective un peu comme si l’espèce humaine dont la principale caractéristique est l’amnésie voulait exorciser ce malheureux épisode.
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Le lauréat - Un film de Mike Nichols
- Le 07/09/2025
- Dans Cinéma américain
La Feuille Volante - N° 2011 – Septembre 2025.
Le Lauréat – Un film de Mike Nichols (1967)
Benjamin Braddock (Dustin Hoffman), fils unique d’une riche famille, 21 ans, récemment diplômé de Harvard est incertain sur son avenir. Il retourne dans la famille en Californie et au cours d’une soirée chez ses parents, il retrouve Mme Ellie Robinson (Anne Bancroft), l’épouse d‘un des associés de son père qui le séduit malgré son inexpérience. Ce dépucelage est pour lui le symbole de son passage à l’âge adulte. Une liaison se crée entre eux, mais Ellie fait jurer à Benjamin de ne jamais séduire Elaine, sa fille (Katharine Ross), alors que les parents de Benjamin, évidemment ignorants des frasques de leur fils, souhaitent au contraire que les deux jeunes gens se rencontrent. Benjamin se révèle plus amoureux de la fille que de la mère et Ellie menace de tout révéler à ses parents et, pour faire échec à ses projets, éloigne Elaine. Après moult péripéties l’histoire se termine dans une forme assez particulière de « happy end » mais je ne suis pas sûr qu’on puisse la qualifier exactement ainsi.
Ce film devenu culte, incarne les « sixties » qui sont un symbole de liberté, sexuelle notamment, encore qu’on n’ait pas attendu cette période pour que les femmes mariées trompent leur mari, de préférence avec des hommes plus jeunes, et que ces derniers profitent de l’occasion. L’adultère est vieux comme le monde et ce film insiste sur la différence d’âge entre les amants dans une relation uniquement sexuelle alors qu’ils n’éprouvent rien l’un pour l’autre. Ainsi devient-il évident que l’attitude de Mme Robinson est davantage inspirée par la crainte de voir Benjamin tomber amoureux d’Elaine que de vouloir vivre avec lui une authentique histoire d’amour. Elle lui fait d’ailleurs jurer de ne jamais toucher à sa fille pour qui elle a sans doute d’autres projets et n’hésite pas à le menacer de chantage en manipulant la réalité. Elle ne sera pas vraiment récompensée de cette manœuvre grossière puisque son mari demandera le divorce. On peut d’ailleurs penser que Benjamin n’est pas le premier à tomber dans son lit, ce qui est aussi une réaction contre la frustration des femmes des années 50 cantonnées au foyer. Ellie, peu amoureuse de son mari, a dû abandonner ses études d’art et est devenue alcoolique.
L’enlèvement d’Elaine par Benjamin dans des circonstances assez surréalistes ne me paraît pas être un gage futur de bonheur conjugal, la jeune fille désirant sans doute, avec le temps, se rapprocher de ses parents qui n’accepteront jamais Benjamin qui a été l’ancien amant de sa mère et qui a cocufié son père. On imagine aussi la déception des parents de Benjamin dont le M. Robinson reste l’associé.
Le rythme du film, surtout dans sa deuxième partie où Benjamin rencontre Elaine, est vouée à la vitesse de sa puissante voiture et de sa nouvelle vie, n’est pas sans évoquer un manière de fureur de vivre et l’ombre de James Dean.
Il reste que le film repose sur Dustin Hoffman (Oscar du meilleur acteur) dont c’est le premier grand rôle et s’oppose au puritanisme hypocrite de l’Amérique des années 50. C’est aussi une réaction contre les studios hollywoodiens mettant en scène des vedettes d’un autre temps sur des thèmes usés jusqu’à la corde. C’est l’histoire en raccourci de Benjamin qui s’émancipe à la fois de ses années d’étude, de la férule de ses parents et des critères traditionnels de l’Amérique basés sur le respect de la morale et de la réussite mais qui retombera sans doute dans la routine qui tue l’amour fou quand il se mariera avec Elaine comme il le souhaite, à moins bien sûr qu’ils ne pratiquent l’union libre puis la séparation, histoire de ne pas faire comme leurs géniteurs. J’imagine en effet que cette passade entre Benjamin et Ellie est bien de nature à envenimer leur future relation. L’image finale dans le bus le donne quand même un peu à penser et j’imagine assez facilement qu’à terme ils rentreront dans le rang, c’est à dire feront sans doute comme leurs parents puisqu’on reproduit toujours, parfois malgré soi, l’exemple qu’on voulait précisément éviter. Le fait que les occupants du bus les regardent avec un étonnement mêlé de réprobation souligne assez à la fois cette évolution des mœurs et cette différence de génération . Cette scène finale est d’ailleurs porteuse de questions à l’image de la joie du début, lors de la montée dans le car, suivie par un plan sur les visages fermés et silencieux des deux tourtereaux. La belle chanson interprétée par Simon et Garfunkel « The sound of silence » vient souligner cette séquence.
J’ajoute que l’émancipation de Benhjamin concerne également l’Église qui est une forme de carcan social. Non seulement il enlève Elaine au cours de la cérémonie du mariage avec un autre et après l’échange des consentements mais il barricade la porte avec une croix qui lui sert également d’arme contre les assauts des invités.
Mike Nichols (1931-2014), Oscar du meilleur réalisateur, signe un long-métrage de transition adapté du roman éponyme de Charles Webb (1939-2020) et qui a obtenu à sa sortie un remarquable succès. Il marque la fin d’une époque fortement influencée par le code Hays et en annonce une autre résolument moderne. Sans aucun doute un grand film.
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Trafic - Un film de Jacques Tati
- Le 26/08/2025
- Dans cinéma français
La Feuille Volante - N° 2010 – Août 2025.
Trafic – Un film de Jacques Tati.(1971)
M. Hulot (JacquesTati) est dessinateur chez « Altra » un constructeur automobile français. Il est chargé avec Marcel, le chauffeur (Marcel Fraval) et Maria, l’attachée de presse (Maria Kimberly), d’accompagner un modèle de son invention, une 4L aménagée en camping-car, ce qui est révolutionnaire pour l’époque, et qui sera présenté au salon d’Amsterdam. Tout le film est basé sur ce voyage mouvementé entre Paris et Amsterdam, fait de problèmes techniques (crevaison, panne d’essence), d’accidents de la circulation, d’une rétention dans un commissariat où tous les gadgets de la voiture sont dévoilés devant des policiers étonnés, de nombreux plans sur les véhicules en mouvement ou d’événements annexes, souvent provoqués par Hulot ou Maria, au point qu’on en oublie le but réel de cette expédition. Au bout du compte, l’’équipage arrive bien au salon, mais à la fermeture de celui-ci et Marcel a la présence d’esprit de présenter le camping-car à un public dont on se demande d’où il sort ... et d’engranger les commandes. Quand à Hulot, Il est licencié sur le champ et part avec Maria.
Ce film est le cinquième long métrage de Jacques Tati (1907-1982) qui n’en réalisa de son vivant que six. Il fait suite à Playtime (1967) qui le ruina au point que Trafic fut financé par Alec Wildenstein, un marchand d’art français, à la condition que le principal rôle féminin soit tenu par Maria Kimberly, sa compagne. On y retrouve le Hulot de Mon oncle (1958), ce célibataire dégingandé avec son chapeau déformé et ses pantalons trop courts, éternel gaffeur décalé qui veut surtout rendre service autour de lui tout en semblant être ailleurs. Il n’est pas sans évoquer les personnages de Charlie Chaplin ou de Buster Keaton dont Tati s’est sans doute inspiré tout en donnant à Hulot une dimension à la fois réelle et imaginaire, embarquant le spectateur dans un récit qui bien souvent reste en suspension, à la fois drôle, mélancolique, délirant et burlesque,poétique fait de grands gestes, d’expressions dubitatives, de sons extérieurs, de silences…
J’ai voulu avec cet article qui sera sans doute un des derniers de cette chronique, rendre un modeste hommage à Jacques Tati parce que, une nouvelle fois, il nous fait partager son écriture cinématographique si particulière, son sens de la dérision, son sens de la découverte, son esprit toujours en éveil, son humour subtil qu’on n’apprécie que dans l’instant à condition d’être attentif à chaque geste, à chaque attitude des personnages. Et cela en vaut la peine puisque, malgré tout ce temps passé depuis sa sortie, ce film n’a pas vieilli et garde toujours, à mes yeux, cette faculté de nous étonner, et de nous faire sourire, l’humour étant une des armes à notre disposition pour lutter contre ce monde qui autour de nous explose et contre cette société qui a perdu tous ses repères. Et puis, regarder un tel film où il n’est question ni de sang ni de violence ni de sexe est plutôt apaisant.
Après avoir oublié Jacques Tati pendant de nombreuses années, il semblerait qu’on redécouvre actuellement le talent original qui était le sien. C’est une bonne chose mais il n ‘a pas échappé à ce cette malheureuse amnésie qui est le propre de l‘espèce humaine et aussi un peu de l’abandon, ce qui a fait dire à Philippe Labro « Adieu Monsieur Hulot, On le pleure mort, il aurait fallu l’aider vivant »
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Vers un avenir radieux.
- Le 25/08/2025
- Dans Cinéma italien
La Feuille Volante - N° 2009 – Août 2025.
Vers un avenir radieux (Il sol dell’avvenir) – Un film de Nanni Moretti.(2023)
Le titre « Il sol dell’avvenire » est une citation partielle d’un chant révolutionnaire antifasciste italien « Fischia il vento » écrit en 1943 dont l’air est connu.
Il y a plusieurs histoires dans ce film qui est une mise en abyme à la fois délirante et égocentriste. Giovanni (Nanni MorettiI) est un réalisateur vieillissant, marié à Paola (Margherita Buy), productrice , qui a choisi, pour la première fois un autre réalisateur que son mari. Elle finit par lui avouer vouloir le quitter, non pour une banale coucherie avec un autre homme mais pour vivre seule dans un appartement qu’elle vient de louer, la solitude volontaire étant une bonne solution à l’incompréhension conjugale. Elle consulte d’ailleurs depuis longtemps et à son insu un psychanalyste (Teco Celio). Giovanni fait face comme il peut avec des médicaments mais cela tombe plutôt mal pour lui puisqu’il tourne un film sur la réaction d’une section du parti communiste italien face à l’insurrection de 1956 à Budapest écrasée par les chars russes. Le responsable de la section, Ennio (Silvio Orlando) a justement invité un cirque hongrois et ces événements divisent les artistes autant que les membres du parti. Traditionnellement le PCI se doit de soutenir l’URSS comme souhaite le faire Ennio mais Vera (Barbora Bubolova), pourtant militante, se rebelle contre cette position doctrinaire. De plus, Giovanni est contraint d’interrompre son tournage parce que Pierre Cambou (Mathieu Amalric) son producteur français, a des problèmes d’argent et de se tourner, mais en vain, vers Netflix pour le financer. Par extraordinaire, des producteurs coréens acceptent le projet mais Giovanni bouleverse le scénario au dernier moment. Sa fille le délaisse pour un homme beaucoup plus âgé qu’elle.
On a un peu de mal à suivre ce qui est une mise en abyme, les phases dépressives et un peu folles et parfois drôles de Giovanni, ses décisions au cours du tournage, ce qui peut-être une sorte de règlement de compte avec Netflix, sans doute plus sensible à la rentabilité du film qu’à son côté artistique.
J’aime bien Moretti et j’ai été surpris par ce film qui, présenté à Cannes, est reparti sans aucune distinction. Il est surtout question de lui qui, contrairement à « Journal intime » abandonne sa vespa pour une trottinette électrique, mais ce n’est qu’un détail anecdotique, peut être pour paraître plus jeune. On est loin de l‘ambiance de « Mia madre », de « La chambre du fils » ou de « Tre piani » même si certains thèmes reviennent en filigranes comme une sorte d’obsession (le cinéma, les enfants, la famille, la fragilité...)., même s’il renoue avec la parade très fellinnienne de la fin comme celle qu’il nous montre dans « Tre piani » et qui peut-être regardée comme un « happy end », une réconciliation, et aussi une réalisation de l’utopie de Marx et Engels. De plus en faisant figurer dans ce défilé tous les acteurs du film mais aussi ses acteurs fétiches qui n’y apparaissent pas, Moretti semble vouloir remettre le cinéma, et spécialement le cinéma italien au premier plan et inviter son public à le suivre dans les salles obscures où les films se goûtent davantage que devant un ordinateur .
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Vers un avenir radieux.
- Le 25/08/2025
- Dans Cinéma italien
La Feuille Volante - N° 2009 – Août 2025.
Vers un avenir radieux (Il sol dell’avvenir) – Un film de Nanni Moretti.(2023)
Le titre « Il sol dell’avvenire » est une citation partielle d’un chant révolutionnaire antifasciste italien « Fischia il vento » écrit en 1943 dont l’air est connu.
Il y a plusieurs histoires dans ce film qui est une mise en abyme à la fois délirante et égocentriste. Giovanni (Nanni MorettiI) est un réalisateur vieillissant, marié à Paola (Margherita Buy), productrice , qui a choisi, pour la première fois un autre réalisateur que son mari. Elle finit par lui avouer vouloir le quitter, non pour une banale coucherie avec un autre homme mais pour vivre seule dans un appartement qu’elle vient de louer, la solitude volontaire étant une bonne solution à l’incompréhension conjugale. Elle consulte d’ailleurs depuis longtemps et à son insu un psychanalyste (Teco Celio). Giovanni fait face comme il peut avec des médicaments mais cela tombe plutôt mal pour lui puisqu’il tourne un film sur la réaction d’une section du parti communiste italien face à l’insurrection de 1956 à Budapest écrasée par les chars russes. Le responsable de la section, Ennio (Silvio Orlando) a justement invité un cirque hongrois et ces événements divisent les artistes autant que les membres du parti. Traditionnellement le PCI se doit de soutenir l’URSS comme souhaite le faire Ennio mais Vera (Barbora Bubolova), pourtant militante, se rebelle contre cette position doctrinaire. De plus, Giovanni est contraint d’interrompre son tournage parce que Pierre Cambou (Mathieu Amalric) son producteur français, a des problèmes d’argent et de se tourner, mais en vain, vers Netflix pour le financer. Par extraordinaire, des producteurs coréens acceptent le projet mais Giovanni bouleverse le scénario au dernier moment. Sa fille le délaisse pour un homme beaucoup plus âgé qu’elle.
On a un peu de mal à suivre ce qui est une mise en abyme, les phases dépressives et un peu folles et parfois drôles de Giovanni, ses décisions au cours du tournage, ce qui peut-être une sorte de règlement de compte avec Netflix, sans doute plus sensible à la rentabilité du film qu’à son côté artistique.
J’aime bien Moretti et j’ai été surpris par ce film qui, présenté à Cannes, est reparti sans aucune distinction. Il est surtout question de lui qui, contrairement à « Journal intime » abandonne sa vespa pour une trottinette électrique, mais ce n’est qu’un détail anecdotique, peut être pour paraître plus jeune. On est loin de l‘ambiance de « Mia madre », de « La chambre du fils » ou de « Tre piani » même si certains thèmes reviennent en filigranes comme une sorte d’obsession (le cinéma, les enfants, la famille, la fragilité...)., même s’il renoue avec la parade très fellinnienne de la fin comme celle qu’il nous montre dans « Tre piani » et qui peut-être regardée comme un « happy end », une réconciliation, et aussi une réalisation de l’utopie de Marx et Engels. De plus en faisant figurer dans ce défilé tous les acteurs du film mais aussi ses acteurs fétiches qui n’y apparaissent pas, Moretti semble vouloir remettre le cinéma, et spécialement le cinéma italien au premier plan et inviter son public à le suivre dans les salles obscures où les films se goûtent davantage que devant un ordinateur .