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la feuille volante

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  • QUELQUES MOTS SUR HORACIO QUIROGA [1878-1937]

     

    N°367– Septembre 2009

    QUELQUES MOTS SUR HORACIO QUIROGA [1878-1937]

     

    Les écrivains sont le miroir de l'humanité. Ils parlent d'elle et elle se reflète en eux. A ce titre, ils présentent de multiples facettes et mettent en lumière toutes les composantes de la condition humaine, des plus basses turpitudes aux attitudes les plus morales. Ainsi a-t-on l'habitude de résumer en quelques mots l'œuvre d'un auteur. A titre personnel, je ne sais pourquoi, j'ai toujours été attiré par ceux qui parlent de la solitude et de la mort, probablement parce que, bien que nous refusions cela, elles résument notre parcours terrestre. Parmi les noms qui sont présents dans ma bibliothèque idéale, celui d'Horacio Quiroga y tient une place particulière.

     

    Il y a, certes, des contes pour enfants[« Contes de la forêt vierge »], écrits pendant le séjour qu'il fit le long du fleuve Paran, en Argentine, où le spectacle qu'il donne à voir est onirique et même plaisant, il a également publié des recueils de poèmes mais, ailleurs, dans toute son œuvre, la mort revient avec une prégnance singulière. Elle est présente dans chacune de ses nouvelles. Elle est même parfois dépeinte comme une chose simple et même parfois apaisante comme dans « les exilés » où un paysan heureux repose au soleil, une machette plantée dans le ventre ou un homme, au fond d'un puits, regarde les étincelles d'une mèche de dynamite qui se consume à ses pieds. Elle peut-être aussi plus subtilement distillée sous forme d'un alcool mortel dégusté par un client au pied même de l'alambic! C'est donc de la fragilité de l'existence dont l'auteur souhaite être le témoin.

     

    C'est que la mort a fait très tôt partie de sa vie, son père mourant accidentellement alors qu'Horacio, son fils, n'avait que trois mois, puis, dix-sept ans plus tard, c'est son beau-père qui se suicide sous ses yeux. Sa première épouse met fin à ses jours puis s'est lui qui, en manipulant une arme tue son meilleur ami, Frédérico Ferrando. Plus tard, atteint d'un cancer, se suicidera en 1937 à Buenos Aires et ses deux enfants se suicideront à leur tour. La violence dans la mort est aussi une constante dans ses écrits.

     

    La solitude est également un thème récurrent dans son œuvre. Né en Uruguay, il s'installe, en 1912, à San Ignacio, dans la forêt tropicale, son œuvre témoigne de ce lieu, de la faune hostile comme de la flore et l'atmosphère qui se dégage de ses écrits est oppressante. Dans « Anaconda », il dessine un décor labyrinthique où les animaux dont doués de sentiments humains dans lequel le lecteur trouve à la fois la folie et la mort. Au départ, les histoires racontées sont réalistes, dans un style épuré et sont le fruit de l'expérience vécue de l'auteur, mais elles dérapent rapidement dans un surréalisme inquiétant et l'atmosphère qui s'en dégage est monstrueuse et délirante.

     

    Dans « Contes d'amour de folie et de mort »,il y a, certes, l'évocation des deux premiers thèmes, mais c'est surtout le dernier qui est évoqué, comme un poison que l'homme porte en lui et qui finira par lui être fatal.

     

    Il est considéré, à juste titre, comme le maître de la nouvelle fantastique latino-américaine, à l'égal de Maupassant ou d'Edgar Poe dont il s'est sans doute inspiré.

     

     

     

     (C)Hervé GAUTIER – Septembre 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

  • L'AGE DE PIERRE - Paul Guimard

     

    N°367– Septembre 2009

    L'AGE DE PIERRE - Paul Guimard – Éditions Grasset

     

    Comme je l'ai déjà dit, la parution récente d'un livre n'a jamais été un critère de lecture en ce qui me concerne. Ce roman publié en 1992 et dû à un auteur qui ne m'était évidemment pas inconnu pouvait donc parfaitement retenir mon attention.

     

    J'ai ressenti à cette lecture une sorte de nostalgie. Au départ, une rêve, presqu'une apparition, celle d'une violoncelliste à la chevelure flamboyante et à la pose érotique que la pratique de l'instrument oblige. C'est là un parti-pris d'un homme mûr, d'un jouisseur assurément qui ne pouvait laisser passer cette image sans se livrer à ses fantasmes secrets. Pourtant, il choisit de s'exiler en Irlande « le bout du monde .... où la pluie est une fête ». Pour cela il se sépare « du plus florissant cabinet d'architecte de Paris pour s'exiler dans un lieu au nom imprononçable dans la péninsule de Dingle ». C'était une folie d'autant qu'elle s'accompagnait d'un divorce avec Nathalie, non pour refaire sa vie, mais pour la « défaire ». Certes leurs relations communes prend des allures de bonne entente, son ex lui rendant visite chaque semestre dans sa retraite, mais on sent autre chose, une volonté du narrateur de mettre entre eux plus que des kilomètres.

    C'est que Pierre constate rapidement la calcification de ses pieds au point qu'on envisage la consultation d'un géologue, d'un maçon et qu'on se risque même à attribuer ce phénomène à l'intervention d'une fée. Il faut dire que le pays s'y prête, que la lecture d'une nouvelle de Malaparte évoque cette histoire qui va être distillée pour le lecteur, que « les gens d'ici ont un pied dans la boue, l'autre dans les nuages et n'ambitionnent pas d'avoir les deux sur terre » et que le médecin prêterait volontiers son concours à ce genre de chose bien qu'il reste confondu devant un phénomène extraordinaire qui ne s'accompagne pourtant d'aucune souffrance. Dès lors le lecteur voit bien le jeu de mot sur le nom de Pierre et le titre prend tout son sens.

    Dès les premières page, on comprend qu'il peut s'agir ici d'une allégorie, la fin d'une vie, une vieillesse solitaire, avec ses souvenirs, ses regrets et ses remords... en attendant la Camarde. Pourtant l'auteur ne manque pas de décliner le calembour du genre « tu as toujours eu un cœur de pierre » ou « Tu es Pierre et sur cette pierre j'avais bâti mon avenir » c'est vrai que l'Évangile avait déjà eu cet humour! D'ailleurs l'auteur n'a pas manqué de situer cette histoire un peu surréaliste en Irlande, au bord de la mer, dans un site rocailleux de falaises. L'examen de ce phénomène pour le moins curieux révèle chez le patient qui porte ainsi bien son nom, une roche de nature granitique, avec quelques traces d'or, quand même!

    Puis les choses s'aggravent et l'infirmité qui au départ n'affectait qu'un pied gagne rapidement les deux jambes et l'âne et son attelage achetés pour lui permettre de se mouvoir plus aisément se révèlent d'une grande importance et même une sorte de complicité. La fin fait évidemment penser à la statue du commandeur!

     

    Il y a des évocations majestueuses des paysages, « la rousseur violente des fougères et le tweed des tourbières » et les chemins creux « qui donnent l'illusion d'un labyrinthe sans espoir d'évasion », des descriptions poétiques, mais j'ai eu du mal à entrer dans cette histoire pourtant bien écrite, dans ses réflexions sur la vie, sur la vieillesse, sur les femmes, sur la mort et même sur la religion et le salut de l'âme, Je l'ai pourtant lue jusqu'à la fin, mais sans enthousiasme excessif cependant.

     

    © Hervé GAUTIER – Septembre 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

  • L'HOMME BARBELÉ - Béatrice Fontanel

     

    N°366– Septembre 2009

    L'HOMME BARBELÉ - Béatrice Fontanel – Éditions Grasset

     

    C'est une histoire de famille qui nous est narrée ici, l'histoire d'un homme, Ferdinand, héros de la guerre de 14-18, promu officier, décoré pour faits de bravoure et que la deuxième guerre mondiale retrouve au maquis. Inconnu pour ses propres enfants, ceux-ci refont le chemin à l'envers, après sa mort, avec pour toute boussole son livret militaire et la consultation des archives. De Verdun, de Douamont, du Chemin des Dames aux théâtres d'opérations des Balkans et de la Syrie, le lecteur découvre, par le menu, le parcours de cet homme qui aime la guerre [« La guerre, il l'a dans la peau »], un héros à la démarche mécanique inspirée seulement par le règlement et l'obéissance aux ordres, un soldat qui passent à travers les balles qui pourtant fauchent tant des camarades, une sorte de trompe-la-mort qui revient chez lui indemne après ce périple guerrier, presque étonné d'être encore en vie, quelqu'un de compatissant qui sait écouter la détresse des autres. L'entre-deux guerres le rend à la vie civile puis, au cours du second conflit, dénoncé il meurt à Mathausen. L'exploration de ces archives révèle un homme courageux au combat, volontaire pour les missions périlleuses lors du premier conflit et qui, dans le camp nazi, soutient le moral des prisonniers. Avec un luxe de détails, le récit retrace la dureté des combats auxquels Ferdinand a participé, le froid et la faim dans les tranchées autant que la description macabre du camp, entre chambre à gaz et four crématoire qui furent le décor de ses derniers moments.

     

    Mais c'est un père dur pour sa famille et pour sa femme, indifférent envers ses enfants au point que lorsqu'il est arrêté par la Gestapo et que chacun comprend qu'il ne reviendra pas, un de ses fils a cette parole « Enfin une journée tranquille ». C'est révélateur! Je me suis pourtant demandé pourquoi il terrorisait ainsi sa famille. On peut y voir le parcours d'un écorché, à la jeunesse déchirée par la guerre, comme pourrait le suggérer le titre. Je me suis dit que beaucoup de gens sont ainsi. Peut-être ce Ferdinand méritait-il qu'un roman lui rende justice?

     

    Ils nous est présenté comme un homme à double face, un visage drôle et généreux pour les copains à l'extérieur, officier bon pour ses hommes... et pour sa famille un véritable tyran, entre colères et silences peut-être parce que la guerre qui était intervenue par hasard dans sa vie en était devenue sa seule vraie raison d'exister. Alors la paix ne pouvait être qu'un long moment de désœuvrement; ce bon soldat s'est débrouillé pour servir en Syrie après les hostilités de la première guere. Cela avait beau être une histoire banale, au début, je me suis intéressé à ce récit un peu décousu, plein de détails à la fois historiques et banalement quotidiens, pas vraiment bien écrit pour mon goût[Il faut atteindre la première centaine de pages pour que le récit devienne vraiment attachant et plus facile à lire]. Après tout bien des romans sont comme cela maintenant, alors pourquoi pas?

     

    L'originalité de la rédaction tient sans doute au fait que l'auteur donne la parole à divers intervenants pour évoquer la figure de Ferdinand... et ils dessinent à leur manière le portrait de l'homme qu'ils ont connu. Au bout du compte un personnage énigmatique qui pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses.

     

    Je n'ai pas vraiment accroché à ce roman qui n'a pas représenté pour moi ce que je demande généralement à un livre, celui d'être un moment d'agréable lecture.

     

    © Hervé GAUTIER – Septembre 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

  • PARIS-BREST - Tanguy Viel

     

    N°365– Aout 2009

    PARIS-BREST - Tanguy Viel – Éditions de Minuit

     

    C'est une histoire de famille comme on en connaît tous [Chaque famille n'a-t-elle pas son histoire, parfois inavouable?], mais ici c'est un peu plus compliqué peut-être parce que c'est devenu un roman et que du coup ce n'est plus la même chose, parce que l'auteur s'en mêle et mélange un peu tout, la biographie et la fiction, la narration, l'imagination et la volonté de créer un monde différent de la réalité!

     

    Comme dans toutes les histoires, il y a un lieu. Ici, c'est Brest, pas exactement la ville évoquée par Prévert et dans son poème « Barbara », mais une ville «  qui ressemble au cerveau d'un marin, détachée du monde comme une presqu'île ». C'est que dans cette histoire il y a de l'argent et que cela n'arrange rien parce que l'auteur nous confie «  Partout où mes parents se sont installés, partout où ils ont touché de l'argent, ça s'est immédiatement chargé d'histoire ». L'argent, c'est l'héritage de la grand-mère, Marie-Thérèse, veuve et remariée tardivement avec un vieux et riche notable, la condamnation pour malversation du père de l'auteur, vice président du club de foot local, et aussi celui qui a servi à sa mère à acheter un fonds de commerce qui s'est rapidement révélé déficitaire à Palavas-les-flots pour échapper au scandale.

     

    Comme dans toutes les histoires il y a des départs, celui des parents qui doivent quitter Brest, celui du narrateur, Louis, qui, au retour de ses parents et ne supportant plus cette maison, part pour Paris où il veut faire sa vie définitivement, cet exil répondant, quelques années plus tard, à celui de ses parents. Il revient quand même pour Noël, mais pas innocemment, après que ses parents se sont établis de nouveau dans la cité bretonne parce qu'ils considèrent que le temps a passé et que les choses ont été oubliées....

     

    Il y a aussi des personnages secondaires qui vont cependant prendre une place démesurée dans le récit. Kermeur, le copain d'école au rire malsain, au vrai une petite frappe, le mauvais génie du narrateur que sa mère veut à tout prix éloigner de son fils. Elle doit cependant, eu égard aux dispositions testamentaires de feu l'époux de Marie-Thérèse, garder la mère, Mme Kermeur, comme femme de ménage. Elle le fait donc, elle qui pourtant, nouvellement enrichie, souhaiterait s'offrir les services d'une autre domestique, mais s'est à contre-cœur parce « qu'elle n'aime pas les pauvres ». Et c'est à grand regret que, partant pour le Languedoc, elle laisse Marie-Thérèse à Brest, à la seule garde de son fils pour que celui-ci la surveille, même si, du même coup, elle laisse à Louis la possibilité de revoir ce Kermeur. C'est que, pour elle, «  Le monde est une sorte de grand cercle et au milieu il y a une montagne d'argent et sans cesse des gens entrent dans ce cercle pour essayer de gravir la montagne et planter un drapeau en haut ».

    C'est aussi l'argent qui motive le cambriolage perpétré une nuit par les deux adolescents, au détriment d'une Marie-Thérèse endormie.

     

    Pour le roman-familial, c'est autre chose, des pages écrites qui retracent ces années, pour exorciser cette histoire de famille, celle d'un fils mal aimé par une mère dominatrice et égoïste, délaissé par un père absent et cupide, et en rupture avec sa propre famille, un enchainement de faits qui portent en eux le germe de toutes ces destructions. Parce que dans cette famille comme dans toutes les autres il y a des non-dits, des tabous, et chacun fait un effort pour accueillir le retour improbable du fils prodigue qui ne veut guère quitter Paris pour revenir habiter Brest avec ses parents. Sauf que, quelques mois plus tôt, Louis avait confié à son frère ses projets littéraires et que celui-ci a parlé, même si c'est par inadvertance. Alors, les choses se sont gâtées, parce que, tout d'un coup, les secrets de famille allaient être mis sur la place public et cela devenait insupportable. Dans la série des « secrets », Louis n'avait pourtant rien dit de l'homosexualité de son frère, mais, de tout cela, c'était toujours sa mère qui était la dernière informée, parce que les mères méchantes et destructrices, cela existe et pas seulement dans les romans! Mais, devant cette révélation éventuelle, chacun se demande la part qu'ils aura dans cette création romanesque, le rôle qui sera le sien et si l'empreinte qu'il y laissera sera à son avantage...

     

    Le livre refermé, au moment d'écrire cette chronique, je me dis que, même si au début l'humour de l'auteur m'a un peu séduit, j'ai finalement peu goûté ce style déjeté et peu agréable à lire. Cela me rappelle du déjà lu, mais ce n'est peut-être qu'une impression!

     

    Et puis cette fin un peu bizarre et même décevante par rapport au suspense de l'ensemble du texte, cette mise en abyme d'un récit écrit à la première personne et qui évoque un auteur écrivant son propre roman, avec des événements qui ne se sont pas produits et qui déroutent le lecteur, cette flambée un peu triste du manuscrit qui se veut destructrice, mais qui, bien entendu, ne l'est pas!

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Aout 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

  • UNE NUIT A POMPEI - Alain JAUBERT

     

    N°364– Aout 2009

    UNE NUIT A POMPEI - Alain JAUBERT – Gallimard.

     

    Des la première page, le ton érotique est donné par la description d'une femme nue, même s'il s'agit d'une statue, celle d'Aphrodite callipyge, quand même! Qu'elle se trouve au musée de Naples fait ressurgir des souvenirs intimes au narrateur. D'ailleurs le titre et la ville antique de Pompéi où les mœurs étaient plus que libres ne laissaient que peu de doutes sur le thème du récit. L'exergue non plus d'ailleurs qui reproduit une inscription lue sur les murs de la ville «  Nous habitons ici. Que les dieux nous rendent heureux ». La référence à la nuit et la présence tutélaire du Vésuve ont, elles aussi, une charge sensuelle particulière, la mort qui menace la vie comme le temps émousse le désir et les performances. Après tout, tant mieux me suis-je, cela pourra être un moment agréable dans notre époque qui se veut de plus en plus moralisatrice.

     

    Naples sera donc ce fil d'Ariane et l'auteur évoque à la fois son dépucelage, en Italie à l'âge de 18 ans puis, plus tard, alors qu'il est adulte, exactement sexagénaire nous conte des jeux amoureux dans ces ruines romaines en compagnie de deux femmes, une star de cinéma anglaise à peu près du même âge que l'auteur et une archéologue italienne beaucoup plus jeune, spécialiste des graffitis érotiques de l'antiquité romaine. Une nuit d'été, chaude à tous les sens du terme, évidemment! Le narrateur n'est pas avare de descriptions évocatrices, celles de la plastique féminine autant que les mosaïques gardées dans des cabinets secrets de la cité pompéienne, cachées à la vue de nos sociétés pudibondes mais où les anciens ne dissimulaient rien de leur appétit pour la vie et pour les plaisirs de l'amour. L'auteur se complait en descriptions où il est question de la prostitution masculine et féminine, la pédérastie étant une composante de plaisir des Romains et il n'oublie pas non plus les illustrations locales mettant en scène des ménades, satyres et des phones ... avec force détails anatomiques. Le tout est parsemé de citations latines assez gaillarde puisées pour la plupart sur les murs de Pompéi. Tout est donc réuni pour construire cette ambiance d'art de vivre à la romaine, de jouir du moment présent, et pas seulement à cause du climat!

    Pendant cette nuit unique, les personnages qui ne peuvent évidemment pas se livrer constamment à des jeux sexuels, se racontent des histoires, mais toujours sur le même thème, avec, à la fin une évocation du Marquis de Sade qui paraît un peu incontournable. L'archéologue donnent des précisions « culturelles »... Mais aussi les deux femmes présentes se livrent-elle à une sorte de concours anatomique ce qui ramène le lecteur à la description de la Vénus Callipyge du début.

     

    Alors, est-ce une évocation du mariage de l'art, de la vie et de l'obscène, de la jeunesse évanouie, de la vieillesse et de ses regrets, un moment libertin ou un hymne à la beauté des femmes, opposition entre notre civilisation plus réservée, plus censurée, mais aussi plus obsédée par le sexe et celle des Romains plus volontiers débridée et libre? Un amour de la vie et une fascination de la mort? Une opposition entre Eros et Thanatos?Est-ce l'illusion prêtée par le roman par rapport à la réalité de l'auteur? L'imagination débordante de ce dernier ou ses propos hâbleurs? Le tout ensemble peut-être!

     

    Du style, je dirai simplement qu'il est plaisant à lire, bien écrit ... mais j'ai eu un peu de mal à aller au bout, certains passages étant un peu longs et fastidieux, parce que trop « anecdotiques ».

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Aout 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

  • LA BIBLIOTHÈQUE - Jean LIBIS

     

    N°363– Aout 2009

    LA BIBLIOTHÈQUE - Jean LIBIS – Éditions du Rocher.

     

    Cela commence plutôt bien, cela parle d'une bibliothèque, un lieu que j'apprécie tout particulièrement, d'une période sabbatique obtenue par l'auteur pour procéder à quelques recherches devant accoucher d'un travail universitaires célébrant la beauté des femmes dans l'histoire de l'art, ce qui est un vaste et passionnant programme... Ce roman avait donc tout pour le séduire.

     

    Pourtant, il s'ensuit une relation par le menu du quotidien de ce qui se passe dans et à l'extérieur de cette bibliothèque, le personnage de Mlle Simonetta, sorte de cerbère qu'on imagine bien dans ces lieux, faisant tout, sachant tout, supervisant tout, avec la certitude qu'elle est indispensable à la bonne marche de l'établissement et que sans elle on va droit vers le chaos, M. Paul manutentionnaire besogneux, sérieux, crépusculaire et poussiéreux, le ramassage d'escargots envahisseurs de pelouses, de description de poissons apathiques habitant un aquarium... Ses travaux amènent notre auteur à examiner divers documents dont le « dictionnaire de théologie » traitant, en 28 volumes indigestes et décourageants de la concupiscence, des interrogations théologiques, de la localisation géographique des limbes... Rien de bien séduisant et en tout cas bien loin du sujet. Et ce d'autant que cela se complique par la consultation des écrits anciens sur les préoccupations théologiques d'après-mort, les chants liturgiques, les angoisses judéo-chrétiennes que suscite le jugement dernier, avec en prime la vie un peu agitée d'un docte jésuite, son goût immodéré pour la casuistique, les mortifications purificatoires, les anathèmes définitifs, les tentations qu'on doit fuir, mais aussi les écrivains classiques et néanmoins latinisants, leurs syllogismes, leurs interrogations sur le sexe des anges et les tourmentes de la chair ...

     

    Par le miracle de la mémoire, et de ce père jésuite, surgit l'évocation de l'enfance, de l'adolescence boutonneuse et gauche, de l'éveil à la vie et des premiers émois amoureux, l'apparition d'une jeune fille diaphane, Cécilia, et la fugace vision d'une partie de son corps, un sein, d'ordinaire jalousement caché. Nous avons tous bien connu ces fantasmes, ils s'incrustent dans notre inconscient et, bien qu'on s'en défende, ne nous lâchent pas de toute notre vie. Nous y voilà donc, et cette évocation nous rapproche du sujet d'autant que cet appas féminin va prendre une proportion inattendue et pour tout dire extravagante.

    Une lettre parfumée à laquelle il n'a pas répondu prend, vingt plus tard une importance surréaliste, l'érotisme reprend sa place, l'imagination déborde... Une rencontre fortuite, l'homonymie d'un prénom et c'est tout un mécanisme qui se met en place, d'autant que le hasard s'en mêle par le truchement d'une traduction latine laborieuse.

    Mais la vie cruelle et quotidienne reprend ses droits, parfois inflexibles et inattendus et vous ramène sur une terre que vous n'auriez jamais dû quitter, même si, heureusement «  il y a dans une vie deux ou trois événements extraordinaires »

     

    Et les recherches universitaires dans tout cela. Rien, je dirai heureusement, si on veut bien me le permettre, tant pis pour la thèse, tant mieux pour le lecteur!

     

    J'ai bien aimé ce roman que j'ai lu d'un trait avec curiosité. Le style est fluide, évocateur, les phrases agréablement humoristiques et chantournées, pleines de citations bienvenues et pertinentes.

     

     

     

    ©

    Hervé GAUTIER – Aout 2009.

    Hervé GAUTIER – Aout 2009.

    http://hervegautier.e-monsite.com

     

  • LE VOYAGE DE M. RAMINET - Daniel Rocher

     

    N°361– Aout 2009

    LE VOYAGE DE M. RAMINET – Daniel Rocher – Éditions du Serpent à plumes..

     

    D'emblée, au simple nom de ce qui devait être le héros de ce roman, j'ai craint le pire [Félix Raminet – Rat, minet, Félix le chat]. A la lecture des premières pages, je n'ai pas été plus motivé. Jugez plutôt : M. Raminet donc, tout juste retraité, célibataire, soixante six ans, un homme rangé « petit, rond, chauve, lustré, excité »... La faculté de droit où il a enseigné toute sa vie n'incite pas beaucoup aux extravagances, d'ailleurs il vient juste d'obtenir son permis de conduire! Il s'achète une voiture et fonce vers St Malo, où il souhaite finir ses jours ...à 90 km à l'heure, évidemment, mais sur l'autoroute. On imagine l'attitude des autres conducteurs!

     

    Non seulement notre Raminet vit en dehors du temps [ce qui est plutôt étonnant de la part d'un professeur de droit civil], mais encore il semble en permanence à côté de la plaque [même quand il rêve on s'attend à croiser Alice dans son Pays des Merveilles], naïf et même franchement dépassé avec ses manières d'un autre âge [parfois fréquentes chez les vieux enseignants], mais quand il rencontre une jeune, jolie et blonde étudiante américaine, Jane, auto-stoppeuse de surcroît, au franc-parler et au comportement libéré, qu'il emmène avec lui à St Malo et qui le surnomme Pussy [c'est facile – poussah eût peut-être été possible], on se met franchement à craindre pour lui. Quand elle lui révèle qu'elle parcourt le monde et prépare une thèse sur la timidité masculine, on se dit que cela ne pouvait pas mieux tomber et que la hasard fait décidément bien les choses.

    Il fait d'improbables rencontres, parfois sordides, parfois hautes en couleurs mais n'échappe pas [heureusement pour lui] à ce que d'aucuns imagineront être son destin immédiat. Une réelle et authentique complicité s'installe entre la jeune fille et lui et les circonstances de ce livre rendent ces deux personnages attachants. S'ensuivent des situations aussi scabreuses qu' ambigües qui sont dans le droit fil de l'humour du début.

    Je ne sais pas pourquoi, mais au-delà de l'aspect distrayant du récit et malgré des discussions qui sont émaillées de philosophie existentielle du genre « Qui sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous? », parfois passionnantes mais souvent superficielles et oiseuses, je retiendrai plus volontiers le personnage solitaire qu'est M.Raminet. Il aime à parler philosophie avec Jane [« Ce que les occidentaux appellent « philosophie » c'est la mise en commun de leurs langages pour se poser les mêmes questions. Mais plus les interrogations sont nombreuses plus les réponses sont rares »]et on sent qu'elle aime être avec lui, même si les thèmes abordés sont vieux comme le monde, la vie, l'amour, la mort. Il insiste sur la solitude qui a bien souvent fait partie de sa vie, mais aussi sur sa personne qu'il juge médiocre et ridicule tant sa vie se résume à peu de choses, la solitude, la peur, le quotidien et cela me paraît lui donner une autre dimension...

     

    J'ai bien aimé le style d'écriture, alerte et enjoué, souligné par des tournures de phrases précieusement brodées et inspirées par une sincère urbanité quand elles sortent de la bouche de M. Raminet. J'ai aussi apprécié le sens consommé de la formule pour le commentaire et les descriptions où la poésie n'est heureusement pas absente [« Il pleuvait, la ville économisait ses bruits. L'air était doux comme un buvard offert à l'invasion silencieuse de la nuit »]. Les situations sont parfois un peu forcées, prévues et même prévisibles, mais qu'importe. L'humour et même la cocasserie sont évidemment au rendez-vous, mais je n'omettrai pas de privilégier la scène finale. Le tout m'a procuré un bon moment de lecture.

    Au moins là, M. Raminet est le type de personnage qui n'échappe pas à son auteur, encore que....

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Aout 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

  • ETHER - Franck RESPLANDY

     

    N°360– Aout 2009

    ETHER – Franck RESPLANDY - Plon.

     

    Tout s'articule autour de deux personnages sans nom. Elle est infirmière dans un hôpital d'un ancien secteur minier du Nord, dans un service de soins palliatifs et vit seule dans une maison vouée à démolition. Elle est en instance de divorce, catholique, d'origine polonaise et fille unique d'un mineur emporté par la silicose. Lui est photographe, parisien, simplement de passage parce qu'il s'intéresse aux vestiges des puits de mine qu'il souhaite photographier. Par hasard, ils se rencontrent dans l'hôpital où elle travaille parce qu'il vient y faire soigner une blessure superficielle. Elle n'est pas insensible à son charme, il lui confie son projet et elle lui propose de lui montrer des vieilles photos qu'elle possède. C'est le départ de cette intrigue passionnante où toutes les convenances sont balayées.

     

    Elle lui propose de la retrouver chez elle , il la viole et disparaît. Pourtant elle n'a pas résisté, ne s'est pas débattue, s'est en quelque sorte laissée faire passivement. A partir de ce moment tout le scénario se noue, elle cherche à le revoir, le retrouve et naît entre eux une sorte de complicité et, en ce qui la concerne, d'abandon complet qui lui fait aimer la jouissance qu'elle éprouve à l'acte d'amour qu'elle avait oublié depuis longtemps. Sa vie faite auparavant de pudicité, de réserve, d'abnégation, de dévouement, de quotidien sans surprise va être bouleversée par cet homme dont elle sait qu'il peut être dangereux mais à qui elle s'attache presque désespérément. Cette folle passion va faire ressurgir en elle des souvenirs douloureux de son enfance autant qu'elle va l'entrainer dans un maelström de soumission amoureuse. Cette relation qui a commencé dans la violence devient peu à peu tendre et elle ne refuse pas l'avenir avec lui, affiche leur relation au point de vouloir la rendre publique, se projette dans un avenir commun... Le lecteur devine aisément que s'il y trouve une passade, elle au contraire y redécouvre le plaisir charnel et l'antidote à sa solitude. Elle se prête à son jeu et les photos, de documentaires qu'elles devaient être au départ, se transforment en clichés érotiques d'elle-même, comme accompagnant son envie d'être autrement de changer soudain de vie et de peau, de tirer un trait définitif sur ce passé gris qu'elle veut oublier.

    Elle finit par craindre que cette histoire passionnée ne se résume qu'aux relations sexuelles qu'elle aime, certes, mais qui ne sont que ponctuelles alors qu'elle souhaiterait voir cette tocade se muer en amour durable et réciproque.

    Cela ne va pas sans dérapage, sans gamberge de sa part à elle et le moindre incident, la moindre absence, le moindre contre-temps donne au récit un tour un peu pathétique. Même si certaines situations peuvent être convenues et peut-être déjà lues, la fin est à la mesure de cette ambiance patiemment tissée.

     

    C'est cependant un roman sombre et quand même inquiétant, surtout à la fin, dérangeant parfois et la folie n'est jamais très loin. Le décor des corons ajoute à cette impression d'ensemble. Le titre évoque l'hôpital, la douleur qui sont son quotidien avant la rencontre mais aussi en termes poétiques il évoque le ciel, la félicité, une sorte d'état euphorique et anesthésique prêté par un liquide pharmaceutique.

     

    Dans un style fluide, fort agréable émaillés parfois d'images érotiques mais jamais déplacées, l'auteur accompagne son lecteur passionné au bout de son voyage,sans que l'ennui s'insinue dans sa démarche.

    Les citations de chansons en italien, qui me rappellent beaucoup le style un peu nostalgique de Paolo Conte, ajoutent à cet atmosphère lentement distillée par l'auteur.

     

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Aout 2009.http://hervegautier.e-monsite.com