la feuille volante

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  • LES DERNIERS JOURS DE CHARLES BAUDELAIRE - Bernard-Henri LEVY

     

     

     

    N°352– Juillet 2009.

    LES DERNIERS JOURS DE CHARLES BAUDELAIRE – Bernard-Henri LEVY – GRASSET[1988].

     

    Le genre roman attaché au nom et à la personnalité de Baudelaire ne pouvait qu'attirer mon attention.

     

    Nous sommes en 1866, en Belgique où Baudelaire a entamé, depuis 1864, une tournée de conférences. BHL s'attache ici à imaginer ce qu'ont été les derniers jours du poète qui, torturé par la syphilis, est logé à l'hôtel bruxellois du Grand Miroir. Baudelaire est malade, a perdu l'usage de la parole et de l'écriture. Nous ne savons évidemment rien sur cette période, ce qui permet au romancier d'imaginer ce que le poète aurait pu dire et penser pendant ce temps qui précède sa mort. Pour cela, et ainsi qu'il l'avait fait pour « Le diable en tête », il confie cette rédaction à un narrateur dont il nous dit, d'ailleurs tardivement [pas avant la page 227] qu'il a un peu plus de 22 ans, qu'il est un fils de famille, qu'il est svelte, déjà opiomane... assez effacé donc, mais dont le rôle se révèle décisif à la fin. Pour que le portrait soit complet, l'auteur a recours en alternance, à différentes autres voix, celle de sa logeuse, Mme Lepage, de son éditeur Poulet-Mallasis, de la propre mère de Baudelaire, le photographe Charles Neyt, et, bien sûr Jeanne Duval... Chacun à sa manière et avec ses mots évoque le poète et choisit de mettre en lumière des épisodes de sa vie. Mais revenons au narrateur [qui me paraît avoir quelques ressemblances avec BHL] qui devient le secrétaire du poète et du malentendu qui est esquissé sur la tentation de s' approprier l'œuvre du maître [«  Pauvre Belgique »] au motif qu'il l'a recueillie de sa bouche. Il rend compte d'un parcours intéressant dans l'imaginaire du l'auteur des « Paradis artificiels » et dans ce qui sera son lot toute sa vie : la solitude, la souffrance, l'écriture!

     

    Choisir Baudelaire comme un héros de roman me paraît judicieux. Cela sied au personnage qui a toujours été un marginal, à la fois ennemi de son siècle et des conventions sociales en général [symbolisé par « la bande à Hugo »et dans le refus du remariage de sa mère], mais aussi abandonné de tous dans cette vie un peu lamentable qu'il traine en Belgique entre fréquentation des bordels et rejet du monde. Fixer ce « récit » à la fin de la vie de l'auteur des « Fleurs du Mal » suggère pour le lecteur une sorte de bilan avec, en contre-point, la mort qui pointe le bout de son linceul mais aussi des retours en arrière inévitables et avec eux les regrets et les remords, des relents d'une mémoire sélective, les paradis artificiels, le naufrage aussi perceptible dans cet abandon de son corps.

     

    Chaque roman est une création, une somme de supputations qui, certes ici s'appuient sur des données historiques et documentaires, mais nous livre aussi un personnage recomposé au gré « pages blanches » ou des zones d'ombre qui existent dans la biographie du modèle. Ce dernier n'a évidemment pas été choisi par hasard par l'auteur qui lui prête peu ou prou ses propres réflexions son temps. Une complicité existe donc entre eux [on songe bien sûr au mot de Flaubert « Mme Bovary, c'est moi »] et Lévy, même s'il peut s'en défendre, habite son personnage. Il y a là une sorte de fantasme qui trahit [heureusement] le parti-pris de l'auteur, son art personnel du roman qui reste une fiction c'est à dire un voyage dans l'imaginaire intime avec ses données, ses contradictions parfois, mais dont le lecteur reste le seul juge. C'est aussi l'occasion pour BHL de donner son opinion [et pas forcément celle de Baudelaire] sur le panorama culturel de l'époque du poète, mais aussi sur la religion et les tourments d'un prêtre défroqué, sur l'écriture, sur la notoriété...ce qui donne des formules personnelles en forme d'aphorismes.

     

     

    Alors, roman? A mon sens oui, évidemment, mais aussi le résultat d'une documentation sérieuse et complète sur un sujet qu'il connaît et maîtrise parfaitement [même si parfois on sent un peu trop l'universitaire] mais l'occasion de faire parler de lui, déjà!

     

     

    © Hervé GAUTIER – Juillet 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

     

     

     

     

  • L'AUTOMNE A PÉKIN - Boris VIAN

     

     

     

     

     

    N°351– Juillet 2009.

    L'AUTOMNE A PÉKIN – Boris VIAN.

     

    A l'heure où chacun rend hommage à Michael Jackson, je ne voudrais pas laisser passer le cinquantenaire de la mort de Boris Vian [1920-1959] sans évoquer cet écrivain qui a illuminé mon adolescence. Je ne veux pas me livrer à une étude exhaustive de l'homme et de l'œuvre, d'autres l'on fait brillamment avant moi et ces quelques lignes n'ont évidemment pas cette prétention.

     

    Oublié pendant longtemps des manuels scolaires, délibérément écarté des anthologies de la littérature française , Vian n'en a pas moins déroulé son voyage dans l'absurde et la dérision, dans un décor qu'il tissait page après page et qui emporte encore aujourd'hui l'attention de son lecteur devenu au fil des chapitres un véritable complice.

    Je ne vais pas reprendre à mon compte tout ce qui a été dit et écrit sur le divin Boris, mais dans toute cette œuvre protéiforme et souvent imprévue, faite de mots mais aussi de notes de musique, de projets fous et parfois suicidaires, il a marqué d'une trace indélébile son passage sur terre et dans la littérature. Il y a un roman pour lequel j'ai une tendresse particulière, c'est « l'automne à Pékin ». Étonnant, ce récit qui ne se passe ni en automne ni à Pékin où l'on trouve, comme ailleurs dans son œuvre, des précisions sémantiques inattendues et parfois bizarrement techniques, des créations improbables de mots qui voisinent avec des délires créatifs que ni l'ingénieur ni le pataphysicien n'eussent évidemment renié.

     

    Dans cette fiction, je retiens la jubilation de son auteur au simple niveau des mots et cela est d'autant plus important à mes yeux qu'il entraine souvent son lecteur dans cet univers qu'il a lui-même construit et où il invite chacun à le suivre en lui laissant le soin et la liberté d'apporter à ce qu'il lit sa propre explication. C'est que notre auteur, sous des dehors incongrus, malicieux et décalés jette sur notre société et sur les gens qui la composent un œil réellement critique. Pourquoi, par exemple, la ligne de chemin de fer qui doit traverser l'immense désert d'Exopotamie doit-elle impérativement passer au beau milieu de l'unique hôtel qui s'y trouve? Allez comprendre la différence, s'il y en a une, qu'il y a entre la « ligne de foi » et la ligne de chemin de fer, mais admettez quand même qu'elles sont sans doute complémentaires et que leur rencontre [travail humain et matériel contre pensées profondes] sont parfois à l'origine de catastrophes qu'on pourrait éviter!

     

    Absurde ou dérisoire, la réponse appartient à chacun mais n'est pas sans rappeler [déjà] les décisions prises par d'autres et qui gèrent notre quotidien. Ce qui fait que Vian est proche de son lecteur, ce n'est pas qu'il parle comme lui, au contraire, mais c'est qu'il l'étonne, qu'il l'entraine dans un microcosme qu'il doit connaître déjà puisqu'il y entre de plain pied , qu'il y a déjà ses marques et où il se reconnaît. Et puis, cultiver le dérisoire dans un monde sérieux est plutôt salutaire!

     

    Il ne faudrait pas oublier que le monde de Vian est romanesque et même s'il ne peut s'empêcher de régler quelques comptes personnels, il y parle d'amour et de mort, comme dans tous les romans. La femme qui inspire le sentiment amoureux présente plusieurs visages évocateurs[Rochelle, Lavande, Cuivre...], et comme dans la vraie vie, les amours sont souvent malheureuses. Certaines sont liées à la mort, comme celle de Choé dans « l'écume des Jours » que le professeur Mangemanche ne peut oublier parce que, sans doute, les héros de Vian s'usaient à vivre, comme si la vie était une maladie qu'on soigne difficilement, qui mange inexorablement nos jours et nous fait souffrir...

     

    Il ne faut pas rester au seul niveau des mots, au jeu sur les phrases, aux calembours humoristiques qui peuvent résulter d'une lecture en surface, « l'automne à Pékin », comme « l'écume des jours » sont des œuvres qui empruntent beaucoup à l'angoisse, au mal de vivre qui nous visitent tous un jour ou l'autre.

     

    Je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou m'en féliciter, mais je souscris pleinement à la remarque de Raymond Queneau «  L'automne à Pékin est une œuvre difficile et méconnue ».

     

     

    © Hervé GAUTIER – Juillet 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

     

  • PARFUM DE FEMME - film de Dino RISI (1974).

     

    N°350– Juillet 2009.

    PARFUM DE FEMME – film de Dino RISI (1974).

    Mercredi 8 juillet 2009 – Cinéma Classic.

     

    L'histoire de ce film, devenu un classique, est connue. Fausto, un ancien capitaine de cavalerie devenu aveugle et manchot à la suite de la malencontreuse manipulation d'une grenade, n'a jamais cessé d'être un grand amateur de femmes. Il refuse son infirmité, la cache sous une agressivité constante et ne devine plus la présence des femmes qu'à la fragrance de leur parfum. Il doit se rendre à Naples et Giovanni [rebaptisé par lui et un peu par dérision Chichio], un jeune militaire du contingent, est chargé de l'accompagner et de le guider jusqu'à sa destination. Le jeune homme est certes impressionné par son supérieur, non seulement par l'argent qui dépense et gaspille mais par la comédie qu'il joue pour masquer aux autres et peut-être à lui-même ce handicap qui pourrit sa vie. C'est vrai qu'il est en constante opposition aux autres, à sa vieille tante chez qui il vit et trouve dans ce jeune soldat un bouc émissaire idéal sur qui il va reporter toute cette violence contenue faite d'insultes et parfois de coups... qui, au départ il file doux mais finit rapidement par se rebeller, à sa façon. Il découvre dans ses affaires une photo de femme et un pistolet, deux choses qui, pour un aveugle, sont parfaitement inutiles.

     

    C'est qu'il a un rendez-vous mystérieux à Naples pour abattre un homme, ainsi qu'il le révèle au jeune homme incrédule. On le retrouve dans cette ville, chez Vincenzo, un lieutenant, aveugle lui aussi, et il y retrouve Sara, une jeune fille qui a toujours été amoureuse de lui. On sent bien qu'il la désire puisqu'il ne peut résister à une femme, mais la repousse cependant. Il y a dans leurs relations une sorte de résumé en filigranes de sa vie devenue insupportable, puisqu'il se considère lui-même, et malgré l'image qu'il veut donner de lui, comme un homme fini, une véritable épave! Il est à la fois drôle et cruel!

     

    Il festoie avec Vincenzo dont on suppose qu'il est l'ami, mais c'est en fait lui qu'il est venu tuer pour une raison obscure, mais le manque.

     

    J'avoue que j'aime beaucoup le cinéma italien de cette époque, ce personnage en particulier, à la fois homme et monstre, qui le sait, qui est sans demi-mesure, qui refuse l'aide et l'amour authentique que lui offre Sara, lui préfère, mais en apparence seulement, la jouissance qu'il peut trouver en compagnie des autres femmes [« Le sexe, les cuisses, de belles fesses : voilà la seule religion, la seule idée politique, la vraie patrie de l'homme »], qui joue ce rôle suicidaire presque jusqu'à la fin, mais finira par accepter le bras de cette femme qui ne voit que lui et sans doute par s'appuyer définitivement sur elle parce qu'il comprend sans doute tout l'aspect délirant du personnage qu'il s'est lui-même crée, parce qu'il ne peut jouer jusqu'au bout ce jeu de la solitude qui va le précipiter dans la mort. C'est que Fausto est devenu solitaire, marginal du fait de son état. Il sait que cela est définitif et débouchera forcément sur le néant, mais il tente, une dernière fois fois peut-être, de se jeter dans l'alcool et le plaisir, mais cela semble être sans issue. Il croît à peine un prêtre de ses amis qui lui affirme que le salut de son âme passe par cette infirmité quotidienne.

     

    Il me semble que le parcours qu'il réalise en train de Turin où il habite à Naples en passant par Gênes et Rome [deux villes que tout oppose], en compagnie de Gioanni, est allégorique et préfigure celui qui va lui faire admettre que Sara et l'amour authentique qu'elle lui porte, sont sa seule planche de salut en ce monde et qu'il n'y en a pas d'autre. A la fin, il s'en remet à elle, et à elle seule, pour cheminer dans une nature hostile dans laquelle il ne pourra se débrouiller seul. C'est un peu comme s'il acceptait enfin ce qu'il avait toujours refusé jusqu'à présent, la pitié!

     

    Il y a dans ce film une émotion réelle, une violence, une douceur et un réalisme qui ne peuvent me laisser indifférent, le tout servi par un jeu d'acteurs exceptionnels, Victorio Gassman, évidemment, mais aussi Allsendro Momo [Giovanni] et Agostina Belli[Sara].

     

     

     

     

     

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    Hervé GAUTIER – Juillet 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

    Hervé GAUTIER – Juillet 2009.

  • L'EAU GRISE - François NOURISSIER

     

    N°349– Juillet 2009.

    L'EAU GRISE – François NOURISSIER – GALLIMARD.

     

    Je relis rarement un roman je ne saurais dire pourquoi, peut-être par crainte de ne pas retrouver , lors d'une nouvelle lecture, le plaisir que la découverte m'avait donné. Pourtant, j'ai fait une exception pour « l'eau grise » que j'avais lu il y a quelques années et qui m'avait inspiré quelques pages.

     

    Il s'agit un roman de jeunesse, écrit en 1950 par François Nourissier et publié à l'époque chez Plon. L'auteur avait « entre vingt deux et vingt quatre ans, [était]un bon jeune homme, marié tôt, chrétien, père d'un garçon né deux mois avant que ne parût ce roman... » Dans l'édition de Gallimard, publiée en 1986, l'auteur fait précédé ce texte d'une longue préface où il évoque ce premier livre, sa vie d'alors, le début de ce qui sera sa long parcours littéraire... Comme il s'agissait d'un livre sur le mariage, dont le titre avait été emprunté à une citation de Jacques Chardonne, il le lui fit tout naturellement parvenir. Cela lui ouvrit certes les portes d'une carrière mais le catalogua comme un homme de droite alors que ses aspirations le menaient plus volontiers de l'autre côté de l'échiquier politique. L'itinéraire de l'auteur d' « Epithalame » passait aussi par la Libération et l'occupation allemande.

    Dans ce long préambule, il fait donc le point sur ses lectures, ses inévitables influences littéraires, son itinéraire personnel. Il indique aussi qu'il se livra, lors de la publication chez Gallimard, à une relecture de ce premier roman avec un œil nécessairement critique [ ma relecture à moi trouve peut-être sa raison dans ses confidences à lui ?] de la part du notable des Lettres qu'il était devenu. Trente cinq ans séparaient ces deux publications, ce qui laisse le champ libre à l'examen, mais aussi à l'introspection, le chemin parcouru, les résultats, la place dans la société et parmi ses pairs, les avis inévitablement formulés, ceux des thuriféraires comme ceux des critiques malveillants. De tout cela que restait-il et qu'est-ce que l'avenir lui réservait?

     

    Il s'agit bien d'un livre sur le mariage. Un homme [Philippe], une femme [Élisabeth], mariés tôt comme cela se faisait dans l'immédiat après-guerre, avec tous les fantasmes qui s'attachaient à cette union, mais que tout sépare malgré le destin [ou le hasard] qui les a unis, s'abîment petit à petit dans un quotidien matrimonial ou chaque geste devient banal et déprimant. L'amour, qui a sans doute existé entre eux, s'est peu à peu dissout dans le subtil acide des habitudes, et l'usure des choses [l'écume des jours aurait dit Boris Vian] a fini par avoir raison des certitudes les mieux établies, menant Philippe à cette évidence désormais inéluctable qu'Élisabeth et lui «  n'avaient plus partie liée, qu'ils n'avaient jamais eu partie liée, qu'ils n'étaient plus que des étrangers ».C'est donc un mariage sans passion qui réunit ces deux êtres qui maintenant se débattent dans cette « eau grise » où le lit est commun mais les rêves différents, les aspirations aussi! Et l'auteur de confier «  la nuit de l'homme et de la femme s'accomplit...Jusqu'au plus profond des jours, les vérités secrètes de la nuit porteront cependant leur fermentation. Élisabeth et Philippe, peureux, les dénonceront comme des mensonges, pour mieux les exorciser ».

     

    Dès lors le décor est planté et l'absence d'enfant favorise peut-être entre eux la venue d'un troisième personnage, Gésa, plus âgé et étranger, ce qui suffit à lui conférer une sorte d'aura aux yeux d'Élisabeth. Et Philippe, face à cette situation nouvelle semble laisser faire «  Élisabeth pouvait bien cesser de l'aimer, aimer Gésa, se donner à lui et le suivre, Philippe ne s'interposerait pas entre cette nouvelle femme et l'ancienne Élisabeth ». Pourtant, il cogite, constate combien les choses ont pu changer sans qu'il s'en aperçoive, à cause de lui peut-être? Il n'est plus le maître du jeu comme il le pensait, refuse cependant l'évidence, n'envisage pas que sa femme puisse le tromper puisque lui-même s'en juge incapable, se cabre sur des idées qui pour lui sont définitives et qui ont nom fidélité,amour, vertu, stabilité du mariage mais aussi hypocrisie, conventions sociales, apparences ... autant d'équilibres que vient compromettre la présence de Gésa! Autrement dit, il refuse la réalité en se jouant une comédie d'autant plus dérisoire qu'elle débouche sur le vide de la jalousie.

     

    Le suicide manqué de Gésa semble devoir révéler à Philippe toute l'intrigue de ce drame matrimonial, mais lui y fait figure de victime consentante, incapable et peut-être non désireux de voir la vérité en face «  Se trompait-il? Était-il trompé? Philippe n'en savait rien et pensait que c'était bien ainsi. Il aimait accepter. Il aimait que la vie accomplît ses promesses , sans nulle extravagance ».

     

    Je trouve  l'analyse de la vie de couple bien menée. Même si dans les années 50 on accordait au mariage des mystères et surtout des vertus de longévité et de solidité qui étaient censées le faire résister aux plus fortes tempêtes, même si, à l'époque c'était plutôt au mari qu'on attribuait la faculté de tromper son conjoint et non le contraire. Ainsi, malgré les nombreuses années qui se sont écoulées, le changement des mentalités, des usages et du mode de vie, ce texte n'a pas vieilli. L'analyse qui y est faite du mariage et de la vie commune entre époux me paraît bien actuelle, pertinente et même un peu désabusée, même si elle peut, encore aujourd'hui paraître quelque peu anachronique chez un écrivain de vingt ans.

     

     

     

    © Hervé GAUTIER – Juillet 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

  • LE GARDIEN DES RUINES - François Nourissier

     

     

    N°142

    Janvier 1993

     

     

     

    LE GARDIEN DES RUINES – François Nourissier – Editions Grasset.

     

     

    Lire un roman de François Nourissier est toujours pour moi un moment fort. Il est, en effet, l’un des rares auteurs que je choisis sur son seul nom plutôt que sur le titre d’un ouvrage. Comme d’habitude, je n’ai pas été déçu.

     

    Par l’histoire, tout d’abord, celle d’Albin Fargeau, médecin généraliste à Paris dont l’auteur relate le quotidien. Ce récit est l’occasion de revenir en arrière, de revoir sa vie, ses amours éphémères, ses rencontres, sa guerre, de l’oflag en 1940 à la Libération de Paris, ses fiançailles, hésitantes et timides avec Clémence, son mariage conventionnel avec elle, sa vie ordinaire et son couple raté, son fils à côté de qui il est perpétuellement passé, sa liaison mièvre avec Véra, sa maîtresse, ses rares passades, sa belle-famille qui ne l’a jamais vraiment adopté…

    C’est aussi, pour Nourissier, l’occasion d’évoquer des personnages hauts en couleurs : Henri Fargeau, Les Goult de Juzy, Vergadin et combien d’autres …

     

    Pourtant, malgré son côté velléitaire, indolent et conventionnel, Albin Fargeau est un personnage attachant, peut-être parce qu’il est perpétuellement floué, jusqu’à la complicité. Nous le voyons évoluer de 1939 à 1990 et la petite histoire se frotte à la grande. C’est un peu comme si Albin Fargeau, l’air de rien, nous livrait lui-même ses secrets, ses fantasmes, les valeurs traditionnelles auxquelles il est attaché…

    Mais, rapidement, il vieillit, perd de la vitesse, se laisse facilement(trop peut-être ?) rattraper par un siècle qui marche plus vite que lui.

    Après la mort de sa femme, la séparation d’avec sa maîtresse et l’ultime tentative de rencontre avec son fils unique, il choisit lui-même de se retirer à Maussade, dans une maison de retraite. Lui qui rêvait de ressembler à ses grands modèles passera pour « le gardien de quelques ruines qu’il tente de faire visiter . »

     

    Ce qui m’intéresse chez Nourissier, c’est qu’il traite de thèmes qui lui sont chers : l’incompréhension entre père et fils, mais surtout une réflexion toujours renouvelée sur le mariage. Il gratifie à cette occasion son lecteurs de formules lapidaires (presque des apophtegmes) qui méritent réflexion : « Ce n’est pas le silence qui préserve les couples, c’est la sourde oreille. » « Les couples tiennent par politesse, comme les vieilles coques de bateaux par la peinture. »

    Il glisse entre les lèves de ses personnages quelques aphorismes bien sentis sur la condition humaine : « Tous les destins avec le temps rapetissent. ». « A quoi ça tient un homme? A presque rien : Quelques silence, quelques hontes ravalées, quelques comédies. Tout cela tient debout par miracle. Tu fous le pied dedans, le bonhomme s’effondre. »

     

    Il prête à Albin Fargeau (A moins qu’il ne laisse aller sa plume pour son propre compte ?) des analyses politiques et historiques tranchantes : « En 38… En 40 …En 54…En 62 … nous sommes de terribles plaqueurs. ». « Sans la foi, le folklore réactionnaire n’est que dandysme et simagrées ». « Des politiciens en France, ça doit baiser, l’électeur aime cela »…

    Il n’oublie pas non plus la condition humaine : « Le suicide est au bout de toute réflexion un peu sérieuse sur la maladie ». « La vielle peur laisse un répit, sur le tard, aux amers et aux vaincus . »

     

    En fait, à l’occasion de cette incursion dans les secrets de l’âme et de la parentèle de Fargeau, le lecteur attentif assiste à cette tranche de vie qui s’écoule, non vers la mort de l’intéressé, mais, le mal-vivre aidant, vers la déchéance et l’indifférence à sa propre vie. « Je suis devenu le gardien d’un musée que nul ne veut plus visiter. Je fais de la retape à la porte de l’indifférence générale ».

    L’envie de vivre va même jusqu’à disparaître : « Le désir s’arrête comme le vent, la pluie, comme une source s’arrête de couler. ».Il fut, un temps, tenté de jouer encore cette comédie qu’est l’existence, mais la pensée (l’envie ?) de l’autodestruction l’a effleuré : « Si Clémence meurt, je serai libre de me détruire sans scrupules ».

     

    J’ai lu ce roman comme le récit d’un homme qui jette sur cette vie qui fut la sienne et qui ne l’a jamais vraiment passionné, le regard d’un philosophe désabusé, d’un homme qui a voulu « sauver les apparences », quelqu’un qui est ici-bas de passage et le sait, mais aussi quelqu’un qui est las parce qu’il est seul et que toute sa vie n’a été qu’une solitude grise tout juste émaillée de quelques timides coups de soleil.

     

    Si j’ai aimé ce roman (et aussi beaucoup d‘autres du même auteur), c’est aussi pour la qualité du texte, et pour l’usage juste et précis de notre belle langue française. Ils ne sont pas si nombreux, les écrivains actuellement publiés qui peuvent se targuer d’être les gardiens de notre langage ? Son humour n’a d’égal que sa faconde, et quand il décrit un paysage, c’est un plaisir… Il tient jusqu’au bout son lecteur en haleine.

     

    © Hervé GAUTIER.

     

  • EXPOSITION EXCEPTIONNELLE AU MUSÉE DU DONJON DE NIORT.

     

    N°348– Juillet 2009

    EXPOSITION EXCEPTIONNELLE AU MUSÉE DU DONJON DE NIORT.

    [Vernissage du mardi 30/6/2009 – Exposition Juillet-Août 2009]

    Renseignements 05 49 78 72 04 – musees@agglo-niort.fr

     

    Je ne pouvais laisser passer un tel événement, dans une ville où l'intérêt du plus grand nombre ne va pas naturellement vers la culture, sans en porter témoignage.

     

    C'est que le patrimoine niortais vient de s'enrichir de 48 tableaux et dessins de maîtres actuellement exposés au musée du Donjon. Il s'agit d'œuvres de Miro, de Raoul Dufy, de Marie Laurencin, de Suzanne Valadon, de Léonard Foujita, Georges Mathieu, d'Aristide Caillaud, de Jean Claude Chauray...

     

    Cela n'a été rendu possible que grâce à une donation de Mme Jeanne Christine Ouvrard [1926-2008], récemment décédée. Elle avait, tout au long de sa vie et grâce à sa fortune personnelle, constitué une collection d'œuvres d'art, qu'elle avait décidé de léguer, à sa mort, et eu égard à ses attaches poitevines, à la ville de Niort. Elle était d'ailleurs cousine avec le comédien Jean Richard, lui-même niortais.

    Mais il a aussi fallu aussi un autre miracle, celui de la rencontre de la vielle dame avec Daniel Courant, actuel Conservateur Adjoint du musée d'Agesci à Niort à qui nous devons d'avoir finalisé cette donation. Cela n'a pas été simple, demanda pas mal de temps, connut de nombreux rebondissements et même quelques périodes de découragement, mais le résultat est là, maintenant sous nos yeux. Elle avait cependant assorti ce legs d'une condition, que ces œuvres soient effectivement mises en valeur et ne terminent pas dans d'obscures réserves. C'est non seulement le cas dès maintenant, et quand cette exposition quittera le Donjon, c'est à dire à la fin de l'été, elle trouvera tout naturellement sa place dans notre beau musée Bernard d'Agesci.

     

    Parmi ces œuvres figurent quelques toiles du peintre russe Abraham Mintchine [Kiev 1898- Paris 1931] pour qui elle s'enthousiasma. Celui qu'on appela « l'ange perdu du Montparnasse », membre de l'École de Paris, et dont « la peinture s'exalte dans les rouges qui semblent être de rubis, du sang coagulé, des velours lacérés, des cerises piétinées ou bien des couchers de soleil » [selon le mot de Giovani Testori], fut un artiste extrêmement prolifique. Il connut quand même, à la fin de sa courte vie, la reconnaissance, ne vécut que 5 ans en France mais « sa peinture demeure comme un cri sorti de l'âme, un cri déchirant, à la fois slave, juif et éternel, une association active entre la poésie, la peinture, et le rêve de Mintchine qui trouve aujourd'hui le juste écho au plus profond de nous même. »[Sylvie Buisson-Juin 2000].

     

    Il fit l'objet de nombreux articles. On peut notamment lire sous la plume de Giovani Testori [1981]«  Si le génie désespéré de Soutine déflagra dans un ciel parisien comme un hurlement pour rejoindre des sommets que bien peu égalèrent, il conviendra bien d'écrire que, sur le versant d'un déchirement pour ainsi dire serein, Mintchine, sur plus d'une toile, le dépassa. ». Boris Poplavski notait, dès 1931 « Tout chez lui vit, bouge, respire, comme s'il libérait tous les esprits et tous les anges enfermés dans les objets.».

     

    En janvier 1930, la galerie Zak organisa une grande exposition consacrée aux peintres russes où Mintchine eut évidemment sa place. La revue Tchisla, créée cette même année et qui accorda une large place aux manifestations de l'école de Paris, salua le talent de Mintchine qui mourut, le 25 avril 1931 d'une rupture d'anévrisme. Au Salon des Indépendants de l'année suivante, figurèrent dix toiles du peintre disparu ainsi que dans l'exposition consacrée au « Visage humain » organisée par Tchisla. Dans l'article qu'il donna à cette revue, le critique Maximilien Gauthier nota « Même dans ses toiles les moins fantastiques, il parvient à créer une atmosphère qui amène à méditer sur les mystères qui nous entourent » n'hésitant pas à prophétiser « Dans l'histoire de l'École de Paris, le nom de Mintchine devra figurer aux côtés de ceux de Modigliani, Chagall et Soutine ».

     

    Giovani Testori, dans le Corriere della Serra [1981] célébrait le talent de Mintchine en ces termes «  Que celui qui aime la peinture aille donc voir de quels miracles fut capable notre « errant »[j'ai plus d'une fois appelé de cette manière les exilés russes réfugiés à Paris]. Une stupéfaction qui ne cessera jamais de croître et de s'élargir, l'arrêtera devant ses toiles, grandes et petites, comme si finalement quelqu'un lui récapitulait en face la puissance miraculeuse d'une peinture qui ne demande rien à elle-même, sinon de révéler sa propre entité qui est précisément ce battement, cet or, cette étendue inoubliable, cette lumière exaltante ».

     

    Mme Hélène Ménégaldo, Professeur de littérature russe à l'université de Poitiers, présente à ce vernissage niortais, a retracé l'itinéraire de ce peintre d'exception.

     

    Actuellement la galerie Di Veroli [Paris 8°] s'est spécialisée dans l'œuvre de ce peintre qu'elle a largement contribué à faire connaître. Massimo Di Veroli, son directeur, qui était également présent lors du vernissage niortais, organise régulièrement des expositions et réalise activement la catalogage de ses œuvres qui, par ailleurs sont conservées dans les musées du monde entier [France, Italie, Suisse, Russie, États-Unis, Israël...].

     

    Cette rencontre fut personnellement une révélation pleine d'émotions et assurément une invitation à davantage de découvertes.

     

    Je suis en outre très heureux de savoir que le musée de Niort devient désormais, eu égard à l'importance de cette donation, un centre européen de référence pour l'œuvre de Mintchine.

     

     

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    Hervé GAUTIER – Juillet 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

    Hervé GAUTIER – Juillet 2009.

  • DIALOGUE AVEC MON JARDINIER - Comédie dramatique de Jean Becker

     

    N°347– Juin 2009

    DIALOGUE AVEC MON JARDINIER – Comédie dramatique de Jean Becker – Mardi 23/6/2009 – Cinéma Premier..

     

    Ce film, un peu perdu dans une programmation tardive, aurait pu passer inaperçu. Il a pourtant retenu mon attention.

     

    Le titre un peu banal n'a pourtant rien d'original. De quoi s'agit-il? C'est la rencontre fortuite de deux anciens camarades d'école qui s'étaient perdus de vue, l'un, incarné par Daniel Auteuil, fils d'un notable, devenu lui-même artiste-peintre connu et reconnu, qui revient dans la maison de son enfance parce que la séparation d'avec sa femme va bientôt déboucher sur un divorce qu'il refuse mais qui devient de jour en jour plus incontournable, l'autre, incarné par Jean Pierre Darroussin, fils d'ouvrier devenu cheminot par nécessité, qui occupe sa récente retraite en faisant son jardin. Rien que de très banal au départ.

    Ils vont se reconnaître et l'ancien cheminot va proposer ses services à ce camarade pour aménager son jardin en friche depuis bien longtemps.

     

    Tout oppose ces deux hommes : leur parcours, l'un a refusé de reprendre la pharmacie paternelle pour devenir artiste et l'autre opte, pour un emploi aux Chemins de Fer, mais comme poseur de voies, c'est à dire le métier le plus dur et le plus mal payé. Il y mène une carrière obscure et difficile, mais son métier c'est toute sa vie. Il a toujours vécu en HLM alors que son camarade a acquit des biens immobiliers en rapport avec sa situation.

    Il ya aussi les femmes, en arrière plan. L'ancien cheminot parle de son épouse comme d'une icône, lointaine et respectable, une perception un peu décalée et hors du temps quand l'artiste, davantage dans son époque, opte pour des mœurs libérées. L'un est amoureux de son épouse et l'autre la quitte, certes à regrets, mais s'avoue incapable, malgré sa qualité de peintre, de se souvenir de la couleur de ses yeux! L'un respecte les femmes et l'autre y voit, malgré son âge, une quête de plaisir.

    L'un va toujours en vacances au même endroit depuis des années et l'autre voyage au gré de ses expositions. L'un cite Bonnard, parle de la couleur, de la lumière quand l'autre lui répond « calendrier des Postes, Chromos ou tapisserie de supermarché ».

    L'un se bat pour la vie et l'autre choisit de s'empoisonner avec des paradis artificiels. L'un n'a qu'un vélomoteur et n'a toute sa vie été qu'un ouvrier quand l'autre est habitué aux vernissages et aux encombrements de la capitale...

     

    Pourtant, ce film est pleins de sensibilité. Il va se tisser au fil de ces rencontres et de ces dialogues une complicité entre ces deux hommes au point qu'ils ne vont plus s'appeler par un pseudonyme choisi par eux et qui évoque leurs fonctions [Dujardin et Dupinceau] et le mode de vie de l'artiste va être complètement transformé par l'ancien ouvrier qui va même, à la fin, influencer son style malgré ses manières un peu frustres.

     

    Et puis il y a la mort, abordée ici tantôt sur le mode humoristique tantôt sur le mode tragique. Elle finira par avoir raison de l'ancien cheminot qui l'a pourtant plusieurs fois repoussée et qui, comme un ultime hommage lui demande de peindre quelque chose qui lui ressemble. Ce sera le style de son ami pour l'avenir, à la fois différent de ce qu'il faisait avant et surtout à cent lieues de ce que le snobisme consacre en matière d'art [j'ai toujours été personnellement plus curieux des commentaires critiques sur l'art moderne que de cet art lui-même. Trouver les mots pour expliquer ce qui ne tombe pas sous le sens commun m'a toujours paru un exploit bien plus intéressant que l'acte de création lui-même, surtout quand je ne le comprends pas]. Je vois dans cette démarche non seulement une évolution créatrice intéressante d'un artiste qui se remet en question et accepte de faire évoluer sa démarche vers davantage de sincérité et de simplicité mais surtout une sorte d'acte de mémoire envers cet homme attachant par son authenticité.

     

    Ce fut donc un bon moment et ce film aurait mérité une programmation plus en vue dans la soirée.

     

    Hervé GAUTIER – Juin 2009.

  • TRAITE D'ATHÉOLOGIE - Michel ONFRAY

     

    TRAITE D'ATHÉOLOGIE – Michel ONFRAY - GRASSET.

     

    J'ai beau tenter de m'abstraire de ce christianisme qui a quelque peu bouleversé mon enfance, il continue de répandre ses méfaits dans notre société qui, même si elle ne veut pas l'avouer, garde une profonde empreinte judéo-chrétienne. L'ouvrage d'Onfray, aussi savant que polémique, bien écrit avec humour, documenté, pertinent et impertinent parfois, était donc pour moi l'occasion de faire le point sur ce qui restait de mes croyances intimes, nourries d'ailleurs par une littérature humaniste. Je l'ai donc lu avec attention, y cherchant, le cas échéant, une justification de mes certitudes ou de mes abandons.

     

    Il s'agit donc de parler de la présence de dieu, sous quelque forme que ce soit, dans notre société. Veut-on l'en chasser, il finit toujours par revenir. C'est que les hommes, mortels par essence, occultent, à tout le moins en occident, cette issue normale de la vie qu'est la mort. Il en résulte une peur exploitée savamment par les tenants de toutes les religions, qui, sous forme d'un nécessaire salut dans un au-delà qu'ils affirment réel, se croient autorisés à peser sur notre vie terrestre qui n'est que transitoire. Pour cela, ils nient l'intelligence, la pensée, la réflexion, édictent tabous et interdits, des règles morales dont le respect serait le sésame pour l'accès à ce paradis... Sans quoi, ce sont les feux de l'enfer qui nous attendent, pour l'éternité![une autre peur]! Ainsi assiste-on au retour du religieux dans notre vie et avec lui toute une série de négations, dont celle du corps, celui de la femme [nécessairement inférieure à l'homme par essence] en particulier, de la jouissance qu'il procure et qui serait un obstacle dans ce parcours obligatoire vers dieu. Il convient donc, pour le combattre, d'adopter une attitude hédoniste où l'esthétisme tient une grande place. Pourquoi pas?

     

    De plus, l'homme a besoin de se sentir protégé. Quoi de plus normal que d'inventer une divinité qui jouera ce rôle? A cela, l'auteur oppose une définition de l'athéisme, démystifiant les monothéismes chrétien, juif ou musulman, démontant cette fiction de dieu, en en « déconstruisant » l'idée, sans cependant privilégier le nihilisme, simplement parce l'empreinte religieuse est présente jusque dans notre pensée et dans nos réactions. Que ces religions, qui ne sont finalement que des entreprises humaines, soient néfastes, je veux bien l'admettre, l'histoire est là pour nous en apporter une preuve surabondante [leurs déviances ne sont depuis longtemps plus à démontrer], et ne pas croire en ces religions reviendrait à ne pas croire en dieu, à être athée! Mais qu'en est-il de dieu puisque l'auteur entend nous montrer qu'il n'existe pas, ou qu'il serait mort? Lui aussi serait une création humaine liée à tous nos fantasmes et d'autant plus « crédible » qu'il est immatériel et donc au nom de qui ses représentants peuvent facilement parler! Cela je veux bien le croire. D'ailleurs l'auteur en appelle à des auteurs incontestés pour étayer son discours. Il démontre d'une manière surabondante que Jésus n'a pas existé en tant que personne physique unique, pointe du doigt des contradictions historiques flagrantes, indique que ses apôtres n'ont guère été les témoins de son existence humaine, que la chrétienté se réfère à la Vulgate, rejetant délibérément les écrits apocryphes, que St Paul n'était pas autre chose qu'un ignare frustré, que la chrétienté à fait beaucoup de ravages [et continue à en faire]au nom d'un Évangile dont elle a oublié le message de paix et d'amour, en s'alliant notamment avec tous les pouvoirs terrestres, que la littérature monothéiste est dogmatique, assez approximative et finalement fortement sujette à caution. Bref que tout cela n'est qu'une joyeuse compilation de textes disparates, incohérents, contradictoires et sans grande unité mais que les religions qui s'y réfèrent prennent pour unique boussole et dont chacun s'arrange à sa guise.

     

    Pire peut-être, ces religions qui proclament la paix adorent la guerre et la mort et la justifient bien souvent, sans souci de la contradiction... et les fidèles suivent aveuglément sans mettre en doute cet enseignement! Et il ne réserve pas seulement ses remarques et critiques au seul christianisme, il y associe Judaïsme et islam qui, à se yeux, ne valent pas mieux sur le plan de l'enseignement.

     

    Face à ce déferlement de démonstrations et de vérités, l'auteur milite pour une laïcité post-chrétienne... mais il avertit, elle s'appuie aussi sur l'éthique judéo-chrétienne et ne cherche à en modifier que la forme, l'aspect visible. La pensée laïque conserve un fond de christianisme, il faut donc la dépasser. L'égalité prônée par la république ne serait pas suffisante et peut-être même néfaste en ce qu'elle invite au relativisme qui uniformise tout. Selon l'auteur, il faut « promouvoir une laïcité post-chrétienne, à savoir athée, militante et radicalement opposée à tout choix de société entre le judéo-christianisme occidental et l'islam qui le combat » et de conclure «  Aux rabbins, aux prêtres, aux imams, ayatollahs et autres mollahs, je persiste à préférer le philosophe ».

     

    Cette invitation à ne plus croire en dieu m'intéressait d'emblée, cela me paraissait un thème de réflexion parfaitement humain. L'étude documentée des trois religions monothéistes m'a paru convaincante, encore qu'appliquée au raisonnement logique, leur discours toujours prosélyte ne résiste pas bien longtemps. Cependant la préférence donnée à la philosophie, comme remplacement efficace à des croyances aussi brillamment combattues ne me convainc pas davantage. Je dois cependant noter qu'elle a au moins l'avantage de ne pas jouer sur l'existence d'un monde après la mort et de fonder son enseignement sur cette hypothèse.

     

    Ce livre ne fera de moi ni un athée convaincu ni [ sûrement pas] un chrétien militant!

     

     

     

     

    ©Hervé GAUTIER – Juin 2009.http://hervegautier.e-monsite.com