la feuille volante

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  • Les gens d'à côté - Un film d'Andre Techiné

    N°1926 – Août 2024.

     

    Les gens d’à côté – Un film d’André Téchiné (2024).

     

    Lucie (Isabelle Huppert) est agent de police technique et scientifique, pas loin de la retraite. Elle sort d’un long séjour en psychiatrie suite au suicide de son compagnon, Slimane, également policier, qui vivait mal le malaise qui régnait dans sa profession. Sa hiérarchie ne souhaite pas qu’elle reprenne son poste mais elle insiste et obtient gain de cause. Elle habite donc seule dans un quartier pavillonnaire, dans le souvenir de cet homme qu’elle continue à aimer. Par hasard, un jeune couple emménage à côté de chez elle et elle se prend d’amitié pour eux, s’occupe de leur petite fille, Rose. Lui, Yan (Nahuel Perez Biscayart) est un artiste de talent un peu marginal et elle (Hafsia Herzi) est une professeure des écoles, débordée. Elle s’aperçoit que Yan est un activiste d’extrême- gauche, anti-flic et en délicatesse avec la justice. Elle s’attache quand même à eux et finit par aider Yan à échapper à une perquisition menée à son domicile et ainsi à entraver une instruction diligentée contre lui, trahissant ainsi son métier, ses fonctions de protection de la société, entravant le cours de la justice et la manifestation de la vérité.

     

    Ce film m’a laissé perplexe. Certes, tout au long de sa carrière André Téchiné s’est toujours attaché aux problèmes de société et aux relations humaines mais ce film qui met en évidence l’humanisme et la tolérance qui bien souvent font défaut à nos sociétés, sonne faux. Que le hasard fasse partie de notre vie au point d’en modifier parfois le cours, cela je veux bien l’admettre. Quant à l’amitié, elle a bien souvent la solidité d’un château de cartes dans un courant d’air. Le talent d’Isabelle Huppert peine à soutenir ce scénario un peu trop manichéen, voire naïf. Peut-on, en effet, sacrifier son métier, sa raison de vivre, sa liberté au nom de l’amitié pour quelqu’un qui ne partage pas les mêmes valeurs que soi ? Les liens ainsi tissés autorisent-ils à violer la loi et à sacrifier ses propres engagements, sa propre vie ?

     

    La voix off n’ajoute rien et je n’ai pas été convaincu non plus par par les relations posthumes que Lucie entretient avec le fantôme de Slimane. C’est donc un sentiment de déception qui domine.

     

  • 1527 - Andrea Moneti

    1527 – Les lansquenets à Rome - Andrea Moneti – Stampa Alternativa.

     

    C’est un roman historique qui se déroule à Rome en 1527.

     

    L’armée de l’empereur Charles Quint de trente mille hommes saccage la Rome du pape Clément VII (Jules de Médicis). Parmi eux, ce sont donc douze mille mercenaires lansquenets luthériens, commandés par Charles de Bourbon qui, après la mort de ce dernier, envahissent la ville, y commentent des pillages et des destructions et le pape se réfugie au Château Sain-Ange où il est prisonnier. Les mercenaires qui ne sont plus payés et qui haïssent Clément VII pour des raisons religieuses, saccagent Rome.

     

    Ce livre n’est pas seulement un roman, c’est aussi un livre d’histoire de cette époque ; de la guerre, de la ville cosmopolite romaine avec tous ses habitants, toutes ses cours, ses cardinaux innombrables, de la papauté, de l’Église corrompue, du scandale des indulgences, de l’hérésie de Martin Luther et de son succès. C’est, en fait un calendrier des années 1527-1528 avec des faits historiques nombreux et précis.

    Il y a eu des vols, des destructions, des viols, des profanations ...partout la mort et la désolation. Puis ce fut la survenue de la peste et avec elle la famine et la chaleur de l’été. Bien sûr on ne manqua pas de proclamer que tout cela était a marque de la colère de Dieu et de Sa vengeance contres les hommes et on évoqua l’apocalypse de Saint Jean. Les palais du Vatican étaient déserts et la Chapelle Sixtine transformée en écurie.

     

    Un capitaine des mercenaires, Heinrich, déplora toutes cette désolation et fut gravement blessé au cours d’un combat. Stefano, médecin à la cour du cardinal Della Valle, malgré tout ce qui les opposait, le sauva d’une mort certaine et sa fille, la belle Angelica, le soigna avec dévotion. Heinrich n’était pas un homme comme les autres, soudard et violent. Il était, certes un mercenaire qui vivait de la guerre mais il était surtout le fils d’un noble, petit propriétaire terrien, qui avait étudié à l’université, quelqu’un de valeur, sensible et un peu idéaliste. Il eurent ensemble des discussions sur Dieu, sur la guerre la vie, la mort, la religion, le pouvoir temporaire du pape, l’inquisition et naquit entre eux un amour authentique et partagé malgré leurs nombreuses différences. Durant les combats qui firent rage, Stefano disparut et Heinrich fit tout ce qu’il put pour le retrouver et le libérer de l’emprise des putes et leurs maquereaux, de la déception des combats, de l’analphabétisme des luthériens, malgré l’argent, la violence, les saccages, les trahisons, les blessures, la mort…

     

    J’ai aimé ce livre historique, apparemment non traduit en français, cette histoire d’amour entre Angelica et Henrich, un mercenaire mais aussi un homme responsable qui prend conscience de la futilité de la guerre et abandonne ses soldats.

  • Vous revoir- Marc LEVY

    N°1925 – Août 2024.

     

    Vous revoir – Marc Levy – Robert Laffont.

     

    Ce roman est la suite de « Et si c’était vrai », premier roman du même auteur, paru en 2000 et qui fut un immense succès. Dans ce livre c’est plutôt l’inverse, nous sommes à San Francisco quatre années plus tard. Elle, Lauren est toujours médecin et lui, Arthur, toujours architecte, sauf que cette fois, c‘est lui qui est dans le coma à la suite de complications neurologiques, conséquences d’un banal accident de la circulation mal soigné. Le hasard, qui fait bien plus souvent partie de notre vie que nous voulons bien l’admettre, fait que c’est Lauren qui examine Arthur sans toutefois le reconnaître, sans doute à cause des séquelles de son propre coma, il y a bien des années. C’est grâce à Paul, l’ami d’Arthur, que ce dernier se retrouve sous la responsabilité de Lauren après quelques péripéties administratives. Si on peut admettre que Lauren a une conscience professionnelle hors du commun, même au point de compromettre son internat et donc sa future carrière, je n’ai pas vraiment cru au transfert rocambolesque d’Arthur, dans le coma, d’un hôpital dans l’autre, pas non plus cette complicité qui naît avec les inspecteurs de police, pas non plus le fait qu’il ne s’est trouvé personne pour rappeler à Lauren qu’elle avait déjà croisé Arthur, Je sais que nous sommes dans une fiction qui admet même l’étrange dont notre auteur est friand, mais quand même. Les détails médicaux sont d’une grande précision, due sans doute aux praticiens consultés. Quant à l’amitié qui lit Paul et Arthur au point que ce dernier se métamorphose littéralement et encore plus l’amour qui renaît entre Arthur et Lauren, j’ai eu beaucoup de mal à y croire.

     

    Cela fait quelques temps que j’explore l’univers créatif de Marc Levy. Ce cinquième roman n’en est qu’une étape supplémentaire. Je dois dire qu’il me laisse assez perplexe même si j’apprécie toujours autant son style fluide, surtout quand la poésie et parfois l’humour s’y invitent. 

  • Volpone - Stefan Zweig

    N°1924 – Août 2024.

     

    Volpone – Stefan Zweig – Petite bibliothèque Payot.

     

    Cette pièce de théâtre est une adaptation très libre faite par Stefan Zweig de la pièce éponyme du dramaturge anglais de la période élisabéthain Ben Jonson que l’auteur de « La confusion des sentiments » trouva si drôle qu’il décida de l’adapter. Ce travail lui pris une quinzaine de jours et fut un succès immédiat et mondial. En France l’adaptation en a été faite par Jules Romains C’est une pièce en trois actes et en prose de 1925.

    Cette œuvre caractérisée par une certaine drôlerie contraste avec l’écriture volontiers sombre de notre auteur. Pourtant, sous les apparences d’une comédie, c’est en réalité une critique de l’avarice et de la cupidité dont l’espèce humaine est coutumière ce qui lui donne une étonnante actualité.

    Les personnages portent des noms d’animaux ce qui définissent leur caractère, un peu dans l’esprit de la commedia dell’arte ainsi qu’il est noté en didascalie, un peu le contraire des fables de La Fontaine ou du roman de renard

    Nous sommes à Venise au temps de la Renaissance et Volpone, un riche Levantin, commerçant et célibataire est en parfaite santé mais joue les mourants pour éprouver la foule des notables de son entourage qu’il est en réalité désireux d’escroquer. Il se fait offrir des cadeaux somptueux par eux, sous forme de richesse et même la vertu d’une épouse, en leur faisant miroiter qu’ils seront ses uniques héritiers. C’est à la fois la critique de l’avarice et de l’envie. Il est aidé en cela par son serviteur, Mosca, qui a bien profité des leçons de son maître et se révèle aussi madré que lui. Cette forme de mise en scène qui révèle des serviteurs bien souvent plus malin que leur maître, sera reprise par plusieurs auteurs de théâtre. De plus l’épilogue a quelque chose de morale même si, le choix un peu extraordinaire qu’a fait Zweig en écrivant cette pièce drôle révèle non seulement une critique de la société et de l’espèce humaine mais peut-être une critique de lui-même, aristocrate de l’esprit, héritier d’une riche famille, une façon de rire de lui. Il y a, certes l’importance de l’argent, de la manipulation et du mensonge mais le véritable héros est moins Volpone que Mosca, valet aussi pervers que son maître et qui finit même par le dépasser en le ruinant, mais qui rachète cependant toutes ses fautes.

    Il m’apparaît cependant que malgré son aspect quelque peu comique qui entraîne son lecteur avec lui, cette comédie est « grinçante » dans la mesure où elle est un des reflets de la nature humaine. C’est d’ailleurs un des aspects caractéristique de l’écriture de Zweig que d’en être le témoin et le dénonciateur . Il est en effet difficile de ne pas voir dans le personnage de Volpone, désireux de s’approprier l’argent et la femme de ses concurrents, autre chose qu’une image pas très reluisante de l’homme. On peut cependant envisager la dernière scène comme une sorte de rachat.

     

     

  • Belle enfant - Thierry Terrasson

    N°1923 – Août 2024.

     

    Belle enfant – Un film de Thierry Terrasson (Jim) – 2024 .

     

    Emily (Marine Bohin), une jeune femme un peu marginale et avide de liberté, apprend par l’une de ses sœurs, que sa mère, Rosalyne (Marisa Berenson) qui réside chez son oncle Remy(Albert Delpy) en Italie au bord de la mer, a fait une tentative de suicide. Elle fait donc le voyage depuis Paris pour la rencontrer. En réalité, cette tentative qui n’a jamais existé, n’était qu’un prétexte pour revoir , une dernière fois peut-être, ses trois filles, parties depuis longtemps pour échapper à cette famille dysfonctionnelle. Elle retrouve donc ses deux sœurs, Salomé (Caroline Bourg) et Cheyenne (Cybèle Villemagne) mais s’apercevant qu’elles sont de connivence, Emily se prépare à repartir pour la France. A Gène, elle rencontre un jeune Français, Gabin,(Baptiste Lecaplain), un amoureux éconduit à qui elle explique que sa mère, dépressive et mégalomane, n’en a jamais été vraiment une, et qui, entre drague et harcèlement, lui conseille de l’affronter pour exorciser les secrets de cette famille hors norme. Il participe d’ailleurs personnellement à ce processus dans un jeu de rôles efficace.

    J’ai trouvé que Marine Bohin, dont c’est le premier long-métrage, campait son personnage avec justesse. entre colère et tendresse.

     

    C’est un film classé dans la catégorie « comédie familiale ». Personnellement je l’ai plutôt abordé comme une œuvre dramatique émouvante et qui, à travers l’opposition traditionnelle mère-fille, remet en cause la figure maternelle classiquement considérée comme le pilier de la famille et qui apparaît ici sous un jour fondamentalement différent, ce qui n’a pas été sans influencer la vie d’adulte de ses trois filles. Je ne suis pas bien sûr cependant que cet épisode ait réussi à ressouder cette parentèle éparpillée, et ce malgré les efforts de cet oncle un peu perdu face à la réalité. Quoiqu’il en soit, c’est un film attachant dans la mesure où il accepte de regarder en face la réalité de la famille à laquelle on a bien trop souvent attaché une image d’Épinal idéale.

     

    Thierry Terrasson (Jim) qui est surtout connu comme auteur de BD, signe ici son premier long-métrage qui est une réussite. Il est plein de belles images aux accents d’une chanson italienne de Pascal et Alexandre Ignelzi. Il joue, avec bonheur sur le registre de l’humour et de l’émotion.

     

  • Autobiographie d'un étranger - Marc LEVY

    N°1922 – Août 2024.

    Autobiographie d’un étranger– Marc Levy Robert – Atlande.

     

    Depuis qu’il existe, le train est le lieu privilégié des conversations entre voyageurs, surtout lors des anciens parcours de nuit qui, plus que les autres, suscitaient les confidences. C’est là, dans le tangage des bogies et le huis clos d’un compartiment, que deux amis âgés se sont mis d’accord pour raconter la vie de l’autre dans deux livres différents et c’est donc le parcours cet inconnu que nous raconte le narrateur. Le paradoxe était que leurs deux existences n’avaient aucun intérêt, les intéressés étant de parfaits inconnus. La seule raison de cette expérience était peut-être de laisser une trace de leur passage sur terre pour leur parentèle. Une telle démarche peut paraître passionnante mais, quand on revient sur son passé et donc sur ses erreurs, on en sort rarement indemne !

    Alterego, c’est le nom que choisit le narrateur pour évoquer cet ami, désormais retraité, à qui il prête une oreille attentive et dont il détaille l’enfance, les apprentissages, les rencontres parfois flétries par la mort, les amitiés, les amours, avec leurs silences, leurs mystères, leurs impasses… Cet homme qui reste anonyme, présente son parcours professionnel comme une réussite, un peu bousculée sur la fin, tout en mentionnant la rencontre de personnages importants du monde de la politique et de la culture, mais ce qui est notable c’est sa fascination pour la beauté des femmes et toutes celles qu’il a tenues dans ses bras ou qui ont fréquenté son lit avaient la distinction que confère un certain âge où la fraîcheur de la jeunesse. Le narrateur, en parfait scribe de ce qu’il entend, le présente comme un séducteur et, par-delà les mots, il m’apparaît comme un homme qui ne peut résister à l’attrait d’une jolie femme, mais aussi qui n’admet pas que l’une d’elles lui résiste. J’observe d’ailleurs que pour un homme ce sujet est bien souvent une occasion de se mettre en valeur pour son interlocuteur et de se vanter, lui donnant à penser que ses succès féminins sont nombreux. C’est une manière d’établir sa virilité et bien entendu son charme d’autant plus ravageur qu’il pratiquait ses aventures avec des femmes mariées, parfois concomitamment avec d’autres partenaires. Je l’imagine d’ailleurs bien, distillant cette liste sucrée avec des mots suffisamment évocateurs pour donner l’impression au narrateur d’être un authentique Don Juan qui a quand même gardé de chacune d’elles un souvenir assez précis pour ainsi, après toutes ces années, être capable d’en évoquer le souvenir passionné. A ses dires, il a vécu ses aventures passionnément mais elles se sont interrompues souvent avant que l’amour ne se transforme en conflit dévastateur et pourrisse ainsi le souvenir. Les femmes qui se sont succédé dans son lit, y ont laissé l’empreinte de leur corps et la fragrance de leur parfum, n’ont été pour lui qu’une simple étape et il est permis de penser que c’est lui qui y a mis fin, simplement pour passer à une autre. Ces liaisons se sont muées parfois en amitié durable, c’est à tout le moins ce qu’il prétend ; je veux bien accepter cette éventualité, sans vraiment y croire et ce malgré tout ce qu’on peut dire sur ce sujet. Les tentatives de vie commune ont semblé au contraire s’être heurtées à une impossibilité provoquée par lui pour éviter que soit menacé son équilibre personnel, un peu comme si son destin d’amant perpétuel s’opposait à une vie maritale rangée si éloignée du nomadisme amoureux qu’il avait longtemps pratiqué. C’était une sorte de paradoxe un peu comme si, l’âge venant, il souhaitait tourner la page du « donnaiollo »(délicieuses expression italienne pouvant signifier « homme à femmes » en français) qu’il avait toujours été, mais qu’inconsciemment il refusait cette option tout en en portant la cicatrice. La vie de couple implique, pour durer, franchise, confiance et fidélité réciproques ce qui n’a rien à voir avec une passade, toute passionnée soit-elle, de sorte qu’il est resté célibataire sans enfant, surtout désireux d’une certaine juvénilité chez ses partenaires séduites selon lui par sa maturité. On est loin d’une passion romantique.

     

    Une telle posture ne peut, à terme, qu’impliquer une solitude devenant de plus en plus pesante avec les années. L’épilogue m’a, sur ce point, paru révélateur.

     

    Le narrateur est ainsi le témoin du parcours de cet étranger, le simple tabellion de ce qu’il entend, sans objecter quoi que ce soit, sans émettre le moindre jugement ni même le moindre doute. Parfois cependant il risque un petit commentaire personnel sur une personnalité rencontrée ou sur un auteur dont Alterego et lui partageaient de l’intérêt. Je me suis demandé si, comme on le dit, la parole est libératrice et si cet ami, à la fin de son récit s’est senti libéré ? A tout le moins a-t-il pu prendre conscience des cahots de ce parcours. Je ne suis qu’un simple lecteur mais j’ai ressenti une impression prégnante d’avoir affaire à un homme suffisant, imbu de lui-même.

     

    Pour cette fois Marc Levy quitte son domaine de prédilection qu’est le merveilleux encore que je ne suis pas sûr que ces quelques pas dans le domaine de la séduction ne puissent pas tout simplement être du domaine du fantasme. Ces confidences échangées avec le narrateur ont un goût de bilan au résultat mitigé même s’il choisit unilatéralement de ne se souvenir que des plus agréables.

     

    Le prétexte de ce roman était la vie de l’autre racontée par le narrateur. Le livre refermé, il est permis de se demander ce que donnerait la rédaction de cet ami. Pour moi, je crois que Je serais assez curieux de ce travail. Cela donnerait, une autobiographie d’un autre étranger à découvrir sous la plume de Marc Levy. Je suis en effet, depuis quelques temps, son univers créatif, sans toujours en partager le cheminement. En revanche ce que j’apprécie chez lui depuis le début c’est la fluidité de son style, la pratique de notre belle langue française, sa précision autant que ses nuances et ses subtilités. Il n’est pas un de ces écrivains qui emploient à dessein des formules absconses mais au contraire s’exprime simplement pour être compris. C’est élémentaire sans doute mais, à mes yeux, cela m’a toujours paru essentiel pour un auteur. Le lire est toujours pour moi un plaisir.

     

    Ce récit quelque peu dithyrambique où Alterego veut surtout passer pour irrésistible, est plein ce détails sucrés et sensuels où la jouissance des instants intimes partagés est particulièrement bien évoquée par le style toujours aussi fluide et attachant de Marc Levy

     

     

  • Où es- tu? - Marc LEVY

    N°1921 – Août 2024.

    Où es-tu ?– Marc Levy Robert Laffont.

     

    C’est un drôle de couple que forment Susan et Philip. Dans la folie de l’adolescence, ils s’étaient promis de s’aimer pour la vie, mais, comme souvent, celle-ci les a séparés puisque quelques années plus tard Susan a choisi l’humanitaire en Amérique centrale et Philip une carrière plus traditionnelle de dessinateur à Manhattan. Loin en permanence l’un de l’autre, ils ne sont unis que par les lettres qu’ils s’envoient régulièrement, une médaille dorée en forme de porte-bonheur censée protéger Susan du danger et des rendez-vous furtifs à l’aéroport de Newark. C’est sans compter sur le hasard : Pour Susan ce sont des passades sans avenir et la poursuite de son idéal et pour Philip, en plus de la réussite professionnelle, c’est une vie plus traditionnelle, mais un événement va bouleverser sa vie.

     

    Marc Levy reprend son obsessionnelle habitude de la fable non pas tant parce que Susan, tuée par un ouragan, anticipe la date de son décès, ce qui déjà assez improbable, mais c’est plutôt la situation qui m’interpelle. Nous sommes en présence du respect de la parole donnée par-delà la mort et Philip accepte de remettre sa propre vie en question pour cela puisqu’il adopte Lisa, la fille de Susan, née d’un père inconnu uruguayen, en l’intégrant à sa propre famille. Il se comporte avec elle comme un père, malgré l’attitude négative de l’enfant au début. Il l’impose au reste de sa famille en signifiant ainsi à son épouse, Mary, qu’il n’a jamais oublié Susan et continuera d’aimer un fantôme à travers les traits de sa fille, ce qui ajoute de l’ambiguïté à cette situation. Je n’ai jamais cru au grand amour qui en principe règne dans les couples et les fait durer puisque le divorce vient de plus en plus les interrompre, quant à ceux qui perdurent, il ne faut pas se faire beaucoup d’illusions sur les raisons de leur longévité. Je ne crois donc pas à l’amour qui lie Susan et Philip. Leur histoire est surréaliste et n’a rien à voir avec le sexe qui est généralement attaché à une telle relation. Il n’y a jamais eu entre eux la moindre étreinte et j’ai du mal à croire à cet attachement réciproque alors que chacun des deux vit sa vie et ne fait un pas vers l’autre. En revanche celui qui lie Philip à Mary me semble plus traditionnel et Lisa vient, par sa seule présence et un peu malgré elle, le consolider. Mary fait ce qu’elle peut pour aimer Lisa comme une mère, jusqu’à l’aider à exorciser son obsession des ouragans.

     

    Je sais que nous sommes dans une fiction et que le roman autorise la rêverie et les situations les plus extravagantes mais quand même, la fin ne m’a pas convaincu, notamment l’attitude de Susan par rapport à sa fille, quelles que soient les raisons qu’elle ait pu invoquer pour la justifier. Je concède cependant que le texte, adroitement mené et fort bien écrit avec cette habituelle écriture fluide et agréable à lire, s’attache son lecteur jusqu’à la fin.

     

  • Sept jours pour une éternité - Marc LEVY

    N°1920 – Juillet 2024.

    Sept Jours pour une éternité – Marc Levy Robert Laffont.

     

    Dans ce roman, Dieu et Lucifer, deux ennemis héréditaires, se sont lancé un défi. Qui des deux gagnera dans la société des hommes ? Puisqu’ils ne peuvent se battre l’un contre l’autre directement, ils se choisissent un champion, l’incarnation du Bien sera la jolie Zofia chargée de la sécurité sur les docks de San Francisco et surtout bienveillante, le Mal sera représenté par Lucas, beau lui aussi, travaillant sans aucun scrupule dans une grande entreprise, mais pas vraiment fréquentable, tant il ressemble à son maître

    Évidemment Zofia et Luca se rencontrent et tombent amoureux l’un de l’autre, mais savent aussi qu’ils n’ont que sept jours pour rester ensemble à moins qu’un compromis soit possible entre eux, c’est à dire que Zofia accepte de faire le mal ou Lucas adopte le bien. Cela paraît être un challenge perdu d’avance, surtout s’agissant de l’espèce humaine. Effectivement on ne change pas quand on est aussi radicalement différent et vivre ensemble est difficile quand on ne se ressemble pas. Ce roman m’a paru un peu trop manichéen, un peu trop naïf aussi, la distribution des rôles entre un homme et une femme me parait assez arbitraire et pour tout dire surréaliste, comme si les choses étaient aussi simples et que la méchanceté, et pire encore, était seulement un apanage masculin. Je veux bien faire semblant de croire que l‘amour triomphe de tout mais l’observation, même superficielle, de la société humaine en général et des couples en particulier, ne m’incite guère à adhérer à cette idée reçue. La fin me paraît un peu trop idyllique et je n’ai jamais vraiment cru que tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes.

    Ce roman m’a paru assez lent, superficiel, avec des longueurs mais surtout pas vraiment convainquant. Je retiens cependant dans cette fable philosophique et qui se veut biblique la qualité de l’écriture, comme toujours agréable à lire