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la feuille volante

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  • QUELQUES MOTS sur Jules BARBEY d'AUREVILLY [1808-1889].

     

    N°331– Mars 2009

    QUELQUES MOTS sur Jules BARBEY d'AUREVILLY [1808-1889].

     

    La récente diffusion par France 2 de la série « Contes et nouvelles du XIX° siècle » nous replonge dans cette époque flamboyante à travers les œuvres d'Eugène LABICHE, de Guy de MAUPASSANT, Honoré de BALZAC ... Cela nous prouve que le Service Public peut aussi avoir une action culturelle, ce dont personnellement je n'ai jamais douté.

     

    Je veux saluer cette initiative mais aussi la mise en lumière d'un écrivain un peu oublié qu'est Jules Barbey d'Aurevilly, auteur notamment des «Les Diabolique s» dont est extrait la nouvelle « Le bonheur dans le crime » diffusée sur France 2.

     

    C'est que le personnage est original et paradoxale à plus d'un titre.

    De racines normandes, la famille Barbey accède à la noblesse vers le milieu de XVIII° par l'acquisition d'une charge. La Révolution l'éprouvera durement et elle vivra dans l'espoir du retour de la monarchie. Ainsi, l'enfance de Jules se déroulera dans une ambiance conservatrice, entre une mère attentive et un père un peu austère. Quand il poursuit ses études au collège de Valogne, Jules loge chez un oncle à l'esprit libéral, docteur en médecine mais aussi franc-maçon, ce qui contribue à l'émancipation de son neveu. Ce personnage se retrouvera dans son œuvre. De même, d'autres membres de sa parentèle contribueront à son éveil intellectuel et à sa future vocation d'écrivain. Il commence à publier des vers, mais le succès n'est guère au rendez-vous. Son admission dans un collège parisien contribue largement à lui inculquer des idées opposées à celles de sa famille, il devient républicain et entame des études de droit.

     

    En littérature, c'est l'époque du romantisme, il rencontre Hugo, mais ses tentatives littéraires sont vouées à l'échec tout comme ses amours. Pourtant, c'est de ce mouvement littéraire dont il s'inspirera dans ses premières œuvres. Lord Byron aura notamment une influence marquante sur ses premières années. La vie parisienne l'enivre, il rompt avec sa famille et mène dans la capitale la vie insouciante d'un dandy, ce qui lui vaut le surnom de « Sardanapale d'Aurevilly ». A cette époque il commence une étude sur Brummel qui parait en 1845 mais qui ne reçoit qu'un succès d'estime. Son dandysme est original en ce qu'il ne se cantonne pas à l'habit mais, au contraire, se décline dans des nuances intellectuelles toutes personnelles et originales. Brillant causeur, il multiplie les conquêtes féminines, ce qui ne sera pas sans influence sur son œuvre littéraire future [« la vieille maîtresse » qui fera scandale lors de sa parution]. Pour le moment, elle n'est guère couronnée de succès même s'il est également un intellectuel, collaborateur de divers journaux. Cela lui ouvre les portes des salons et des cercles littéraires et il revient quelque peu dans le cercle royaliste et catholique.

     

    Il se met à voyager dans le centre de la France, se rapproche de son frère qui est devenu prêtre, ce qui l'amène sur les chemins de la conversion. Il devient rédacteur en chef de «  la revue du monde catholique », mais la révolution de 1848 le perturbe quelque peu et il semble, passagèrement, épouser la cause des mouvements ouvriers, puis abandonne les salons parisiens pour sa Normandie natale où il peaufine son œuvre littéraire. Il s'y mêle catholicisme, monachisme et pages sensuelles et passionnées. Dans le même temps, il travaille à la rédaction de « un prêtre marié », ce qui ne l'empêche pas de renouer avec la pratique religieuse.

     

    Pourtant, ses démons journalistiques ne sont pas morts et il est engagé dans un journal, bonapartiste, celui-là, mais en qualité de critique littéraire. Il y restera 10 ans et s'attaquera aux « Contemplations » de Victor Hugo, réhabilitera Balzac, révélera Stendhal, défendra Baudelaire, combattra Leconte de Lisle et Zola, Sainte-Beuve, Gautier...

    Il se révèlera un polémiste attentif et de qualité, témoin et parfois contempteur de la vie littéraire de son temps, talentueux et courageux en tout cas, attaquant même l'Académie Française et gardant une fibre anti-républicaine.

     

    Son œuvre (Les Diaboliques) scandalise, il poursuit sa démarche créatrice, ce qui lui vaut le surnom de « connétable des Lettres », et se consacre aux femmes de Lettres. Jusqu'à sa mort il continuera de publier des nouvelles, parfois remaniées. En tant qu'écrivain, il reste marqué par le goût de la provocation mais reste profondément marqué par le catholicisme (principe de l'opposition du bien et du mal, présence du personnage du prêtre...), le classicisme, mais aussi par la peinture de la vie provinciale normande et l'évocation des paysages, notamment dans ses nouvelles.

    Polémiste ou écrivain, il a lui-même inspiré des personnages de romans et s'est attiré par ses critiques, sympathie ou inimitiés.

    Je ne partage pas, assurément, toutes ses idées, mais j'apprécie qu'il n'ait pas suscité de l'indifférence.

     

    L'adaptation télévisuelle d'une de ses nouvelles sera peut-être l'occasion de redécouvrir cet homme de Lettres qui fit partie intégrante des écrivains de son temps et qui l'illumina.

     

     

    Hervé GAUTIER – Mars 2009.http://hervegautier.e-monsite.com 

  • Quelques mots sur Miguel Hernandez (1910-1942).

     

    N°324– Févr

    Quelques mots sur Miguel Hernandez (1910-1942).

     

    Je ne sais trop pourquoi, mais je me suis toujours intéressé à l'Espagne. Sa langue est une musique et son histoire douloureuse ne peut me laisser indifférent. Est-ce en cette année où ce pays célèbre les 70 ans de son roi qui rétablit si heureusement la démocratie après toutes ces années de dictature sanglante, est-ce à cause de sa culture si remarquable ou des épisodes, parfois mouvementés, qui ont marqué nos relations communes? Je ne saurais le dire! Je me suis pourtant particulièrement intéressé à cette guerre civile qui déchira le pays, bouleversa le monde et des voix qui l'incarnèrent. Parmi elles, celle de Miguel Hernandez n'est sans doute pas des plus connues mais n'en garde pas moins, à mes yeux, une grande importance.

     

    Il fut ce poète autodidacte, né à Orihuela près d'Alicante, gardien de chèvres dans son enfance, formé par la lecture des grands auteurs espagnols du siècle d'or [Cervantes – Calderon de la Barca – Garcilaso de la Vega et surtout Luis de Gongorra] sous l'impulsion des jésuites. Il garda de ces courtes études l'empreinte de Gongorra. Son écriture d'alors sera marquée par les images fantasques, tortueuses et la forme stricte de ce mouvement littéraire né au XV° siècle en Espagne [« Perito en lunas » [1934]. Il a aussi l'opportunité de rencontrer Ramón Sijè qui jouera un rôle déterminant dans sa vie. La presse locale accueillit ses premiers poèmes en 1929.

     

    En 1932 il se rend à Madrid, sans grand succès, mais, un deuxième séjour lui permet de rencontrer Pablo Neruda et Vincente Aleixendre, Alberti et Lorca. Ces poètes consacrés reconnurent en ce poète-paysan presque inculte un de leurs pairs, l'aidèrent et, bien sûr, influencèrent son écriture, la faisant évoluer de l'influence trop religieuse de Sije dans le sens du surréalisme et de la poésie révolutionnaire, marquée davantage par une idéologie sociale et politique. Il fut le seul contemporain de la « Generacion del 27 », sans toutefois en être membre , à n'être pas issu de la bourgeoisie et à ne pas avoir reçu une formation académique.

     

    Il devient, dès lors, un citadin, travaillant chez un notaire puis comme secrétaire

    Quand éclate la guerre d'Espagne, il combat les armes à la main aux côtés des républicains puis devient commissaire à la culture dans le bataillon « El Campesino ». En 1937, Il prend part au 2° congrès international des antifascistes. En 1939, il tente de fuir au Portugal, mais arrêté, il purge une peine de prison à Madrid et à Séville. En 1940, il est condamné à mort mais la sentence est commuée en une peine de prison de 30 ans. Il meurt, peu après, de la tuberculose, le 28 mars 1942 à la prison d'Alicante.

     

    Son écriture est celle d'un poète paysan, amoureux de la terre, sensible à sa beauté et à son frémissement mais aussi, et peut-être surtout, à partir de sa période madrilène, chante l'amour de sa femme et de ses enfants et surtout devient sensible aux souffrances des hommes du peuple. Son écriture est alors engagée, c'est celle d'un guetteur, plus volontiers préoccupé par la condition des plus défavorisés.

     

    Paco Ibaňez contribuera, notamment pendant son exil en France, à populariser ses poèmes en les mettant en musique.

    De nos jours l'Université d'Elche porte son nom.

    Hervé GAUTIER – Février 2009.http://hervegautier.e-monsite.com 

     

    Principales Œuvres publiées : « Perito en lunas » [1934] - « El rayo que no cesa [1936] - « Vientos del pueblo me llevan[1937] - « El hombre que acecha »[1938] - « Cancionero y Romancero de ausencias »[1942 – inachevé]ier 2009

  • Bienvenue chez les Ch'tis - Un film de Dany Boon.

     

    N°321– Décembre 2008

    Bienvenue chez les Ch’tis – Un film de Dany Boon.

     

     

    Dans ma mémoire cinématographique de plus en plus mauvaise le personnage du facteur avait acquis ses lettres de noblesse grâce à Jacques Tati.

    Le nord, que je ne connais toujours pas et où je n’ai jamais mis les pieds restera définitivement évoqué par la chanson de Pierre Bachelet autant que par celle du plus que méridional Enrico Macias et celle de Jacques Brel, évidemment ! C’est que j’ai depuis toujours mes racines au sud de la Loire, cette frontière qui coupe inégalement la France en deux à bien des points de vue… et je dois dire que, ne serait-ce que du point de vue climat, cela me va bien ! Bref, sans l’exagération viscérale de Michel Galabru, cette région, pour moi, c’était un peu cela !

     

    Ce film fait un peu dans les idées reçues. Les facteurs alcooliques, il y en a partout, c’est même plus qu’une institution. Cela pourrait nourrir la velléité de certains technocrates désireux de supprimer le Service Public. Après tout, François, le préposé-héros de « jour de fête » n’était pas vraiment sobre. Quant au décor, les corons, les terrils, les pavés et les champs de betteraves… Tout cela n’était pas vraiment attirant. L’épisode de Bergues, l’ancienne ville minière, le montre bien !

     

    Reste la chaleur humaine, le sens de l’accueil, le sens de l’hospitalité traditionnel et proverbiale, cela j’en avais entendu parler.

     

    Le film, en fait une somme de gags, c’est l’histoire un peu banale d’un receveur des Postes du Midi qui, à la suite d’un subterfuge grossier qui se retourne contre lui, se retrouve muté disciplinairement et pour deux ans dans le département du Pas-de-Calais. Il y arrive «  à reculons », comme on pénètre à regret dans un territoire étranger dont on ne connaît ni la langue, ni les coutumes, ni les habitudes culinaires, ni même les autochtones qu’on prend un peu pour des extra-terrestres. Forcément, quand on vient du pays du soleil, le ciel plombé et les températures hivernales en dessous de 0, cela n’attire guère ! Tout cela fait de lui un « célibataire géographique » dont la Fonction Publique a le secret.

     

    Pourtant, il doit bien y avoir une alchimie dans ces contrées éloignées et soi-disant inhospitalières puisque, le moment d’acclimatation passé, celui qui avait peur de s’ennuyer non seulement ne voit plus le temps passer mais surtout va avoir recours à des grossières idées reçues pour décourager son épouse de le rejoindre. Cela se fait pourtant et elle aussi tombe sous le charme, et cela dure trois ans. Enrico qui s’y connaissait n’a pas dit autre chose « Les gens du nord ont dans les yeux le bleu qui manque à leur décor…ont dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors »… Mais ils repartent vers le sud, parce que, même s’ils finissent par aimer cette région… ils la quittent, même si c’est avec beaucoup de regrets! « Quand un étranger vient vivre dans ch’nord, il brait deux fois : quand il arrive et quand il repart ». Dont acte !

     

    Ce que je retiens, ce n’est pas tant le côté comique indéniable, mais le côté humain, l’émotion aussi, parce que cela reste, à mon sens, un film bouleversant comme l’est la dernière image, Kad Mourad au bord des larmes tombant dans les bras de Dany Boon. Il n’y a plus de rapports hiérarchiques entre les hommes au contraire, il naît même entre eux une complicité authentique.

     

    C’est peut-être moins marquant, mais une des dernières phrases adressées par un agent des Postes à son directeur sonne quand même comme un reproche, non seulement il part mais, lui aussi est bien comme les autres, il vient ici pour faire sa carrière puis, la mutation ou l’avancement obtenus, il s’en va. Et le charme tissé par cette histoire, la complicité sont rompus.

     

    C’est un véritable hymne à sa région que nous offre Dany Boon, mais c’est aussi l’invitation pour chacun d’entre nous à aimer l’endroit où il vit, parce que nous avons la chance d’habiter un beau pays aux multiples visages que bien des gens nous envient. On le savait déjà, mais il n’y a pas que Paris en France ! C’est une façon de voir le bon côté des choses, l’invitation à rire de soi, même si on n’est jamais très loin de la caricature, une manière d’être tolérant, et cela, ça me plaît bien ! Quoi d’étonnant qu’au palmarès des hommes de l’année Dany Boon, qui a reçu chez lui une ovation digne des joueurs de foot vainqueurs de la coupe du Monde, passe devant tout le monde, hommes politiques compris !

     

    Alors, merci Biloute !

     

    Hervé GAUTIER – Décembre 2008.http://hervegautier.e-monsite.com 

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  • POEMES DE CARAMBELU - Un disque de MESTURA [Marisa López – Luis Suáres] - Pintar Editorial.

     

    N°306 – Juillet 2008

     

    POEMES DE CARAMBELU - Un disque de MESTURA [Marisa López – Luis Suáres] - Pintar Editorial.

     

    Quelqu'un a écrit un jour, je crois que c'est Antoine de Saint Exupéry, « Les adultes sont d'anciens enfants, mais très peu s'en souviennent ». Pourtant, les poètes ont cette faculté émotionnelle de faire revivre cet âge de la vie dont la plupart d'entre nous portons la nostalgie voire le deuil, une période sans retour qui conditionne tellement ce que sera notre parcours futur dans cette existence terrestre.

     

    C'est tout cet univers insouciant et merveilleux qui sous la plume de Marisa López ressuscite pour le témoin attentif de ces poèmes où Louis Suárez a accroché les notes de sa guitare, un décor onirique ou un rêve éveillé, qu'importe, un autre monde en tout cas où les personnages sont des pies voleuses [Xujando al cascayu], des brebis blanches qui président au sommeil[Cuatro oveyines blanques], des araignées tisseuses de filets [Pela maňana bien ceo], des chats gourmands de nougats [El gatu], des écureuils joueurs [Los esguilos] ou de girafes qui tutoient les nuages [Les xirafes].

     

    Le rideau de scène qui leur sert de décor est fait de reflets d'arcs en ciel, de ciel nocturne constellé d'étoiles, de lune d'argent, d'éclaboussures d'écume...

     

    Ce sont des poèmes d'adulte qui parlent aux enfants qui ne veulent pas aller à l'école et sont attentifs aux palabres d'une pendule qui ne donne jamais la bonne heure [Mio güela tenia un reló], où le cerf-volant ressemble à la lune [La sierpe] où les escargots n'aiment pas forcément la pluie [El cascoxu coxu], où les écureuils espiègles jouent aux billes [Los esguilos] où les grenouilles chantent et font des bulles de savon [La xaronca].

     

    Ces enfants ne veulent pas grandir et l'auteure nous offre un moment de rêve, nous invitant à nous installer avec elle dans un paysage d'exception, à en prendre notre part, à en être l'invité, le spectateur et donc a ouvrir notre imaginaire. N'hésitons pas!

     

    Le bestiaire se prête particulièrement bien à cette évocation parce que le monde de l'enfance et celui des animaux sont comme complémentaires et les acteurs évoqués dans ces poèmes deviennent les complices de cet univers.

     

    Le dernier poème me plaît particulièrement parce qu'il s'adresse à un enfant et parle de lui au moment où il s'endort. Comme l'enfance, le sommeil est un monde merveilleux auquel il s'apparente un peu. Là tout devient possible et tout ce qui est interdit ou impossible dans la vie courante devient tout à coup réalisable. Cet impalpable décor s'anime dans un ailleurs d'exception qu'on oublie sitôt le réveil et qui se dissout dans le présent sans que la mémoire puisse en garder l'exact souvenir. Paysages et décors transitoires...

     

    Comme le rappelle le dernier poème « Les chansons de ce disque sont des chansons pour s'évader et pour jouer, pour dormir ou pour rêver, pour imaginer ou pour s'amuser...Ce sont des chansons qui cheminent de par le monde de la fantaisie et du rêve, des chansons douces et de toutes les couleurs, comme des caramels »

     

    La rencontre d'un talent est toujours un moment fort dans une vie, surtout si ce dernier a plusieurs facettes. J'avais déjà eu l'occasion de saluer dans cette chronique l'existence du premier disque de ce groupe [la Feuille Volante n° 273 – Juin 2007]. Le second me paraît également digne du plus grand intérêt.

     

     

    © Hervé GAUTIER – juillet 2008.http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg 

  • AGUA DEL NORTE – un disque de MESTURA [Marisa López et Luis Suáres].

     

     

    N°273 – Juin 2007

     

    AGUA DEL NORTE – un disque de MESTURA [Marisa López et Luis Suáres].

     

    Terres asturiennes, de vents, de pluies et de montagnes, de tempêtes et de labeur, loin des clichés espagnols pour touristes avides de soleil et de farniente. Printemps 2007, dans une salle à la chaleur moite, à Gijón... Dehors, il pleut, une pluie froide qui ailleurs dévaste le pays... Un après-midi presque désœuvré que quelques notes de guitare, d'accordéon et une voix vont illuminer. Un CD, cercle de plastique argenté aux reflets d'arc en ciel qui nous renvoie à la fois notre propre image et nous invite à l'ailleurs, au voyage, à la découverte, paroles et musique gravées , je l'ai rapporté avec moi, en France.

     

    Agua del Norte”[Eau du nord], pluie de cette région atypique où l'on joue de la cornemuse et où l'on boit du cidre, où la couleur dominante est le vert où les embruns atlantiques vous débarbouillent le visage de leur écume salée, où les vagues s'écrasent contre une grève déchiquetée par la violence des éléments, face à la mer et à son voyage incertain d'anciens émigrants porteurs de rêves, d'espoirs et de futur...

     

    Et puis, par le miracle à chaque fois renouvelé et à chaque fois plus étonnant des mots, la poésie s'installe plante petit à petit un décor, les couleurs et les sons, tissent un ailleurs de leur trame légère et intemporelle, libèrent l'accès à un univers différent, d'autant plus inattendu qu'il surprend l'auditeur distrait, en fait un témoin attentif, oui, “les mots sont des ponts qui traversent le monde” comme l'indique l'exergue.

     

    Les souvenirs s'avivent, la mémoire des choses revient, parfois triste, parfois pleine d'espoirs, comme les gouttes de cette pluie coutumière du pays asturien. Les notes de la guitare élégante de Luis, la voix envoutante de Marisa qui les module, en soulignent la musique, les silences, les regrets, les remords...le son du violoncelle qui évoque si bien le vent du large ... bouquet d'instants privilégiés!

     

    Le poème est toujours le témoin d'une émotion et l'amour y est à la fois merveilleux et plein de douleurs muettes[Un día de febrero], moments d'extase et regrets du temps qui passe et ne revient jamais. Les mots sont des jalons dans nos vies, en portent la mémoire [La sombra de tu sueňo]. Le mot “rêve” revient souvent, comme pour nous rappeler qu'il nous aide à vivre, à nous projeter dans cet avenir qui porte l'existence, à sortir d'un quotidien morne, parce que cette vie n'est bien souvent faite que de choses fragiles [Corazón negro] dont l'équilibre instable n'est maintenu que par sa force d'attraction qui, nous étant prêté temporairement, nous révèle une autre notion plus acceptable du monde [Que amanezca otra vez]. L'amour transforme notre quotidien comme les gens qui l'inspirent [Quiero nomate], et son alchimie secrète et magique à la fois nous étonne, nous fascine à chaque fois.

     

    Dans les textes autant que par la musique, l'aspect éphémère des choses est souligné [Lladrones de suaňos], soulignant la contingence des choses, leur précarité face au temps qui passe et qui détruit tout, jusqu'aux certitudes les plus établies. Cette fragilité est partout évoquée [Isla] dans la solitude et le son de la voix, aussi fuyant que le vent.

     

    Même si chaque jour est une miracle, la nostalgie imprime inévitablement sa marque dans les larmes qui coulent des yeux, perles de pluie, traces de sel, qui impriment sur le visage sa cicatrice pérenne, y creuse parfois des rides. Les rêves sont fragiles qui habitent les nuits autant que l'imaginaire éveillé, mais ils entretiennent la vie, la barbouille de bleu et de soleil, comme la géographie maritime de cette contrée, comme tous les fantasmes humains... On en guérit, on les garde en soi comme un souvenir, comme un trésor ou comme une cicatrice. Ils font partie de nos vies, de notre parcours en ce monde, ils sont nos repères, moments douloureux parfois qui nous rappelle que rien n'est jamais définitif, que chaque jour est une remise en question[Un día des febrero].

     

    Nos auteurs ajoutent que ce disque a été une belle aventure. Je veux le croire puisque chaque chanson témoigne d'eux-mêmes, de leur vie, porte témoignage d'un moment intime et priviligié...

     

    Le partage n'est pas absent de leur démarche puisqu'ils précisent au témoin attentif de leur créativité « Si tu ries, si tu pleures, si tu es capable d'émotions, si tu le sens, si tu luttes, si tu partages, si tu donnes, si tu sais recevoir, si tu rêves, si tu crois que chaque jour est un miracle, ce disque tout entier t'est destiné. ».

     

    Ce texte en forme d' envoi prend en quelque sorte congé de chacun d'entre nous, l'invitant à leur rendez-vous intime du poème, chaque fois que le besoin s'en fera sentir.

     

    Ce message-là, habillé de mots précieux, serti dans une musique chaude et une voix fascinante , je l'ai goûté loin des Asturies, dans un autre pays de pluies et de verdure, gravé sur un disque argenté, et je m'en suis trouvé bien!

     

    © Hervé GAUTIER - juin 2007

    http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg 

  • INDIGENES. – Un film de Rachid BOUCHAREB.

     

     

    N°259- Octobre 2006

     

     

    INDIGENES. – Un film de Rachid BOUCHAREB.

     

    Je vais encore une fois déroger au but de cette revue, celui de la chronique culturelle, encore que nous n’en sommes malgré tout pas très loin avec ce film que je n’ai pas encore vu mais qui sera peut-être l’occasion d’un compte rendu de ma part.

     

    Ce qui m’amène à réfléchir aujourd’hui, c’est moins cette actualité cinématographique que les conséquences qu’elle sous-tend dans le monde politique, dans le quotidien et dans l’évolution des mentalités.

    L’histoire de notre pays a été mouvementée et l’étude qui nous en est proposée, notamment dans les manuels scolaires, présente d’inquiétantes zones d’ombre, souvent de pieux mensonges, parfois même des contre-vérités affligeantes. Il y a aussi de nombreux silences qu’on peut allègrement mettre sur le compte du nécessaire allègement des programmes scolaires trop chargés. Heureusement la presse, les livres, le cinéma, la télévision… sont là pour rétablir sinon un semblant de vérité, à tout le moins pour éclairer nos connaissances d’une autre lumière.

    Même s’il ne saurait être question de battre sa coulpe pour les erreurs du passé, comme cela fut mis à la mode il y a peu, il n’en reste pas moins que la vérité officielle doit bien souvent être gommée ou carrément remise en question. Ainsi, les gens qu’on appelait maladroitement « indigènes » et à qui on avait enseigné, dans les écoles de la République, malgré leur origine africaine et la couleur de leur peau, que leurs ancêtres étaient grands, blancs et blonds, furent-il enrôlés en masse pour défendre la France (la « mère-Patrie ») qu’ils ne connaissaient pas, contre le nazisme. Le pouvoir politique de l’époque qui ne les tenait pas en grande considération et regroupait cette entité géographique sous le vocable « Colonies », su cependant se souvenir d’eux dès lors qu’il s’est agi de défendre le territoire national. Il est vrai que, lors de la Première Guerre Mondiale, leurs parents avaient eux aussi servi de « chair à canon » sans pour autant que les manuels scolaires, ni même les monuments aux morts se souviennent de leur sacrifice.

    Depuis Clemenceau, ceux qui ont défendu le pays ont « des droits sur nous » et il est légitime de rétribuer sous forme de pensions, ceux qui ont fait, pour leur pays le sacrifice de leur jeunesse, sauf que ces droits étaient jusqu’à présent appréciés différemment suivant la couleur de la peau ou l’origine ethnique des bénéficiaires. Cette doctrine a fait naître des disparités criantes entre ceux qui, selon qu’ils étaient Français ou « Indigènes », ont cependant également défendu le territoire et la liberté.

     

    Ce film arrive donc à temps pour effacer cette injustice, encore qu’il était temps car beaucoup d’entre eux sont morts sans avoir pu constater cette marque de reconnaissance. Je pense même qu’il tombe bien, après le douloureux épisode de banlieues en flammes, car tout est lié, comme tombe bien aussi l’émotion du Président de la République qui se souvient ainsi d’une promesse électorale qui trouvera ainsi et tardivement un commencement d’exécution. Il était temps ! Pourtant, il y a d’autres combattants qui attendent encore ce genre de reconnaissance, les Harkis par exemple, qui, au moment des évènements d’Algérie, ont fait le choix de la France…

     

    Il y a une autre réflexion que cela m’inspire. C’est que dans notre pays, il faut des comédiens, des amuseurs publics, souvent eux-mêmes issus de l’immigration, pour faire changer les mentalités, faire évoluer les choses et que le monde politique, décidément sourd et aveugle aux problèmes quotidiens des plus défavorisés, en prenne soudain conscience et accepte d’y porter remède. Ce fut naguère Coluche, lui-même enfant d’immigrés italiens qui s’émut que dans un pays riche, il puisse encore y avoir des gens qui meurent de faim. Il contribua non seulement à des mesures fiscales en faveur des plus pauvres mais déclencha aussi un vaste élan de solidarité. C’est maintenant Djamel Debbouze qui incarne, par le truchement d’un rôle dans ce film, un des ces « indigènes » qui se sont battus pour notre liberté sous l’uniforme français. J’observe aussi qu’au moment ou le pouvoir politique de tout bord est plus soucieux de distribuer des prébendes et des avantages aux nantis, ce sont des baladins, singulièrement issus de l’immigration , à qui revient le rôle de susciter une amélioration du sort des plus défavorisés.

     

    Une autre réflexion me vient à l’esprit et qui me rassure. La France, davantage que les Etats-Unis dont on nous a rebattu les oreilles avec le « Melting pot », reste un pays d’immigration, d’intégration, de tolérance, une société multiraciale qui se nourrit de ces différences. Elle y puise davantage de raisons de s’enrichir et de grandir que de craindre pour sa sécurité ou pour sa survie.

     

     

     

     

    © Hervé GAUTIER.   http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg 

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  • COULE LA SEINE – Fred VARGAS– Edtions j’ai lu.

     

     

    N°262- Novembre 2006

     

     

    COULE LA SEINE – Fred VARGAS– Editions j’ai lu.

     

     

    D’emblée, le titre évoque quelque chose, et pas n’importe quoi, une époque, une ambiance, l’ombre d’Apollinaire et de ses amours tumultueuses. « Sous le pont Mirabeau coule la Seine et nos amours faut-il qu’il m’en souvienne la joie venait toujours après la peine… » Je n’y peux rien, je suis un amateur impénitent de poésie !

     

    Il est pourtant question de ponts et de Seine ici, mais nous sommes bien loin des « Calligrammes », et même si ces trois nouvelles sont écrites à la manière du « policier », c’est à dire sans véritables recherches de vocabulaire, je retiens quand même des descriptions savoureuses [« Sa barbe était encore à moitié rousse, taillée au ciseau, au plus près des joues. Il avait un petit nez de fille et des yeux bleus cernés de rides, expressifs et rapides, qui hésitaient entre la fuite et l’armistice »] et le sens de la formule [«  Vous le tutoyez ? – Les flics tutoient toujours. Ça augmente le rendement policier ». «  L’été n’était fait que de paperasses chaudes, de trompe l’œil et d’interrogations fantasmatiques ». « Vous avez pourtant les yeux d’un homme à piger que la sauvegarde des bricoles fonde l’éclosion des grandes choses. Entre le dérisoire et le grandiose, il n’y a même pas l’espace d’un ongle » « Adamsberg le connaissait , c’était un jeune type brillant, offensif et trouillard »]. Ce n’est pas sans rappeler, ne serait-ce qu’un peu, les dialogues Et les formules du regretté Michel Audiard !

     

    Il n’y a pas à dire, on est bien dans le ton. Nouvelles policières donc, avec tout ce que ce genre littéraire, parce que c’en est un, a de ramassé, de concis, de suspense et de décalé aussi. Le commissaire Adamsberg est circonspecte face aux meurtres, celui de trois femmes qui trouvent une mort anonyme et violente qui se confond avec le froid, l’eau et le vent glacé. Les victimes sont célibataires, entre deux âges, pas vraiment jeunes mais pas encore vieilles, aux amours plus ou moins chaotiques, au bout du rouleau ou carrément inconnues, une ombre, une masse blanche comme une mort sans visage et sans nom !. Ce sont aussi des hommes qui les tuent mais ce sont aussi d’autres hommes qui font éclater la vérité, des marginaux, des clochards ou des égarés dans le quotidien, pas vraiment de ce monde en tout cas.

     

     

    © Hervé GAUTIER.  http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg  

  • PARS VITE ET REVIENS TARD – Fred VARGAS – Editions Viviane Hamy

     

     

    N°297– Mars 2008

    PARS VITE ET REVIENS TARD – Fred VARGAS – Editions Viviane Hamy

    Derrière ce titre en forme d'invitation qui, au départ, peut paraître d'une autre nature, le lecteur découvre un univers à la fois interlope, décalé et même emprunt d'érudition; Pourtant le thème est la peste, qui a sévi au cours des siècles et a exterminé une grande partie de la population. Cela a été tellement terrible et inexplicable que l'homme, jamais avare d'incongruités devant un phénomène qu'il ne comprend pas a, bien entendu, attribué cette extermination à l'action de Dieu qui faisait ainsi payé à l'humanité ses nombreux péchés. C'était à la fois facile et complètement irréaliste de la part d'une divinité dont on louait par ailleurs la bonté et la miséricorde. Cela permettait au moins à l'Église, qui l'incarnait, de reprendre en main ses brebis égarées! Face à cela, il fallait bien se protéger, et comme on était en plein délire, le mieux était sans doute d'y rester et de faire appel comme jadis aux vieux démons.

    Le décor est donc planté, mais nous sommes à la fin du XX° siècle, à Paris, et rien n'y fait! Face à ce qui est présenté comme une prétendue contagion, la psychose s'installe et devant l'épidémie, les vielles superstitions refont surface comme elles se manifestent à chaque changement de millénaire, à chaque éclipse ou à chaque passage d'une comète. Cela donne lieu à des prédictions les plus extravagantes où il est souvent question de bouleversements planétaires, voire de fin du monde. Pour s'en protéger, on a recours à des expédients irrationnels. La peste n'échappe pas à cette règle. Ici, ce sont des 4 aussi bizarres que leur action supposée, qui sont peints sur les portes et qui éloigneraient par leur présence seule cette vengeance divine! De même, pour assurer la publicité de ce phénomène, on met en avant un ancien marin en rupture de société qui s'est reconverti en crieur public [pensez, de nos jours, on n'est plus au Moyen-Age!]du côté du carrefour Edgard Quinet-Delambre et plus spécialement qui rend public, presque malgré lui, des bribes de textes en vieux français et en latin qui annoncent une épidémie de peste.

    Dès lors, la machine est lancée, même s'il n'échappe pas au commissaire Adamsberg que tout cela n'est rien d'autre qu'une mise en scène et qu'il est en présence d'un tueur en série qui habille ses crimes avec ce décor macabre de corps bizarrement noircis par la mort.

    Cette affaire, qui tient en haleine jusqu'au bout le lecteur passionné, est fondée à la fois sur une contradiction flagrante [les victimes ne meurent pas de la peste, mais assassinées par strangulation] mais aussi sur la certitude, dans l'esprit des protagonistes de cette histoire, membres d'une famille un peu glauque, que la maladie se répand, mais aussi de l'hypothétique pouvoir des talismans qui en protègent. La peste, on le sait, anéantit un grand nombre de famille mais en épargna d'autres, sans qu'il y ait à cela d'explications rationnelles. Dès lors la porte était ouverte largement aux explications les plus folles et les fantasmes trouvaient là un terrain favorables pour se développer. C'est tellement humain! La vengeance n'est pas absente de ce processus meurtrier et en est même le moteur intime, mais comment expliquer l'anachronisme d'un tueur tellement en décalage avec son temps ainsi que la mise en perspective des meurtres avec une maladie qui, en réalité, est inexistante? Le policier qui lui aussi est irrationnel puisqu'il fonctionne à l'intuition et à la chance, le découvrira à travers la subtilité d'un éclair.« La faute et l'apparence de la faute » dit Décambrais à la fin du livre. Toute l'intrigue pourrait être contenue dans cette simple phrase!

    Je voudrais enfin faire une mention spéciale pour le travail d'écriture auquel je suis toujours sensible. L'auteur accompagne son lecteur tout au long de ses pages avec un style où la gouaille le dispute parfois à une certaine poésie. C'est remarquable!

     

     

    © Hervé GAUTIER – Février 2008.
    http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg