la feuille volante
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La ragazza di Hopper - Fabio Bussotti
- Le 06/05/2024
- Dans Littérature italienne
N°1875– Mai 2024.
La ragazza di Hopper - Fabio Bussotti – Mincione Edizioni.
Un giallo classico. Nel settembre 2020 in una camera di un albergo di Roma, una bella et giovane cameriera rumena, Nora Rednic, è stata strangolata. I poliziotti l’hanno trovata semi nuda. Gli altri dipendenti non la conoscevano bene tranne Marisól, un altra cameriera peruviana. Lei riferisce ai poliziotti che Nora, benché sia una semplice impiegata, era colta, parlava molte lingue e leggeva molti libri ma non era felice . Suo marito, un monumentale muratore rumeno, la picchiava. Nora le confidava che iI suo matrimonio e stato un errore. Era triste e depressiva. Il commissario Bertone e la sua squadra sono incaricati del caso. Hanno trovato una lettera d’amore anonima, scritta in italiano e in spagnolo. L’inchiesta si presentava molto complicata con un marito violento, instabile e ladro , una duchessa vecchia e ricca,un strano cuoco peruvianno, un arresto violento del marito di Nora . Una multitudine di personnagi che fanno un po’smarirsi il lettore. Tutto questo durante la pandemia di Covid e le difficoltà del commissario Bertone con l’alcol. L’ispettore Pizzo, un collaboratore di Bertone, in vacanza con sua moglie a Madrid, ha visitato il museo Thyssen-Bornemisza dove c’é il quadro,« Room Hotel », di Edward Hopper,un pittore américano molto connosciuto, morto nel 1983. Il quadro gli ricordava l’arredo della camera dell’ hotel di Roma, con la morta sul letto. Il commissario racconta il crimine a Mafalda Moraes, la sua torrida amante, direttrice del Withney Museum a New York e critica d’arte, di cui aveva l’impressione di essere in un dipinto di Hopper. .A partire da quella impressione, Mafalda si ricorda che Hopper aveva rilasciato un’ intervista a un giornalista irlandese, negli anni 60, il quale, parlando con Jo, la moglie di Hopper, gli aveva appreso come suo marito dipingeva . Per esempio lui aveva dipinto una ragazza, seduta in un cinema di notte a Brodway. Lui et Jo, giocando, l’avevano chiamata Nora é avevano deciso che era una cameriera colta che faceca il turno di notte in un hotel di Manhattan. Poco dopo, Hopper aveva letto in un ritaglio di un giornale che una cameriera era stata trovata stragolata, di notte, a l’ultimo piano di un un hotel di Manhattan. Il cadavere era stato scoperto da una cameriera che aveva dichiarato che la sua collega, trovata morta, il cui marito era un ex pugile, era una donna stupenda, colta, che leggeva molti libri e aveva l’abitudine di vedere film a Brodway. Quella ragazza se chiamava Nora. Una coincidenza straordinaria ! Hopper dipingeva un altro quadro rappresente una stanza vuota con un raggio di sole, ma senza ragazza perché morta. Jo diceva che suo marito non poteva dipingere un personnagio senza conocerne la vita, le speranze, la storia, o immaginarla… Hopper è il pittore della solitudine rapresentata attraverso le donne.
I quadi di Edward Hopper mi piacciono molto e li ho rivisti con piacere. Ritrovarsi in uno dei sui quadri dev’ essere una sensazione eccezionale.
La Jeune fille de Hopper – Fabio Bussoti- Mincione Edizioni.
Un roman policier classique .
En septembre 2020, dans une chambre d’hôtel de Rome, une belle et jeune femme de chambre roumaine, Nora Rednic,a été étranglée. Les policiers l’ont trouvée à demi-nue. Les autres employés ne la connaissaient pas bien, à l’exception de Marsól, une autre femme de chambre péruvienne qui déclare aux policiers que, bien que Nora soit une simple, elle était cultivée, parlait plusieurs langues, lisait beaucoup de livres mais n’était pas heureuse. Son mari, un impressionnant maçon roumain, la battait. Nora lui confiait que son mariage a été un erreur. Elle était triste et dépressive.
Le commissaire Bertone et son équipe sont chargés de cette affaire. Ils sont trouvé une lettre d’amour anonyme, écrite en italien et en espagnol. L’enquête se présentait comme très compliquée avec un mari violent instable et voleur, une duchesse vieille et riche, un étrange cuisinier péruvien, une arrestation violente du mari de Nora. Une multitude de personnages qui égarent un peu le lecteur, le tout pendant la pandémie de Covid et les problèmes d’alcool du commissaire.
L’inspecteur Pizzo, un collaborateur de Bertone, en vacance avec sa femme à Madrid a visité le musée Thyssen-Bornemisza où il y a un tableau baptisé « Room Hotel », de Edward Hopper, un peintre américain très connu , mort en 1983 . Le tableau lui rappelle l’ameublement de la chambre de l’hôtel à Rome, avec la morte sur le lit. Le commissaire raconte le crime à Mafalda Moraes, son amante torride qui est aussi directrice du Withney Museum à New York et également critique d’art laquelle a l’impression d’être dans un tableau de Hopper. A partir de cette impression, Mafalda se souvient que Hopper avait accordé une interview à un journaliste irlandais, dans les années 60, lequel, parlant avec Jo, l’épouse de Hopper lui avait appris comment son mari peignait. Par exemple, il avait peint une jeune femme, assise dans un cinéma, la nuit à Brodway. Lui et Jo, par jeu, l’avaient appelée Nora et avaient décidé qu’elle était une femme de chambre cultivée qui travaillait dans une équipe la nuit dans un hôtel de Manhattan. Un peu plus tard, Hopper avait lu dans un entrefilet de journal qu’une femme de chambre avait été trouvée étranglée,la nuit, au dernier étage d’un hôtel de Manhattan. Le cadavre avait été découvert par une femme de chambre qui avait déclaré que sa collègue trouvée morte et dont le mari était un ex-boxeur, était une femme extraordinaire, qui lisait beaucoup et avait l’habitude d’aller voir des films à Brodway. Cette jeune fille s’appelait Nora. Une coïncidence extraordinaire !
Hopper peignit un autre tableau représentant une chambre vide avec un rayon de soleil mais la jeune fille parce qu’elle était morte. Jo disait que son mari ne pouvait pas peindre un personnage sans en connaître la vie, les espoirs , l’histoire, ou l’imaginer… Hopper est le peintre de la solitude représentée par les femmes.
Les tableaux de Hopper me plaisent beaucoup et je les ai ai revus avec plaisir. Se retrouver dans un de ses tableaux doit être une sensation exceptionnelle.
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La panthère des neiges - Sylvain Tesson
- Le 05/05/2024
- Dans littérature française et francophone
N°1874– Mai 2024.
La panthère des neiges – Sylvain Tesson – Vincent Munier – Gallimard.
Sylvain Tesson est vraiment l’homme de tous les défis, surtout quand il y a y a un voyage en jeu. Ainsi quand le photographe animalier Vincent Munier lui a proposé de l’accompagner au Tibet à la poursuite de la panthère des neiges, sa réponse ne pouvait être que positive et enthousiaste puisque cette quête supposait aussi une qualité supplémentaire ; la patience. Avec Marie, cinéaste animalière, compagne de Vincent et Léo, doctorant en philosophie et aide-photographe, ils formèrent cette « bande des quatre » qui allaient arpenter la Chine.
Ils escaladèrent donc jusqu’à 5 200 mètres, aux sources du Mékong et après avoir croisé des ânes sauvages, des chèvres bleues, des yacks, des aigles, leur patience a été récompensée par des « apparitions » de cette panthère des neiges qui les observait sans crainte et même avec une certaine tolérance, comme des voyageurs curieux, avec qui elle partageait temporairement son territoire et un moment de sa vie sauvage.
Pour Tesson, cette solitude et ce froid évoquent cette fille « tiède et blanche qui vivait dans la forêt des Landes ». Elle, son seul amour, était retournée à sa vie sauvage, sans lui, et la regrettait . Ce voyage vers la nature avait quelque chose de symbolique. Il associe aussi cette période de sa vie à l’enterrement de sa mère où les sentiments et les certitudes exprimés, comme à chaque fois devant un cercueil, ne durent qu’un moment devant la vie qui reprend ses droits. Dans l’image de la panthère, distante et insaisissable il revoyait les traits de sa mère qui avait tout sa vie cultivé l’art de disparaître et le goût du silence . Ce fut pour lui une consolation.
L’affût, l’attente silencieuse et glacée de cette bête mythique favorisent la réflexion de Tesson sur le monde qui l’entoure et sur l’humanité. Il y jette un œil désespéré, constatant que ce monde va à grands pas vers sa perte dans l’indifférence générale. Cela fait naître sous sa plume une bonne dose d’aphorismes quelque peu désabusés. Lors de ce séjour glacé il retrouve cette nature et nous la fait partager. C’est aussi, un peu comme toujours, un retour sur lui-même.
J’ai retrouvé avec plaisir la belle écriture, poétique et érudite de Tesson qui illustre les sublimes photographies de Vincent Munier où l’œil peine à distinguer la présence de l’animale tant son pelage se confond avec les rochers.
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Ressources humaines - Un film de Laurent Cantet
- Le 03/05/2024
- Dans cinéma français
Ressources humaines – Un film de Laurent Cantet.
Laurent Cantet (1961-2024), réalisateur et scénariste de cinéma et de télévision vient de mourir à l’âge de 63 ans. Ce film de 2000 a notamment été récompensé par le « César de la meilleure première œuvre » et celui du « Meilleur espoir masculin » pour Jalil Lespert. Il évoque l’expérience de Franck (Jalil Lespert), un fils d’ouvrier de province qui, grâce aux sacrifices de ses parents, a été diplômé d’ HEC et a obtenu un stage dans l’usine où travaille son père comme simple ouvrier, depuis 35 ans. Il se retrouve aux « Ressources humaines », c’est à dire à la Direction, chargé de mettre en œuvre les nouvelles dispositions des « 35 heures ». Ses nouvelles responsabilités lui laissent entrevoir une carrière prometteuse au sein du groupe , malgré un certaine hostilité de la part de la hiérarchie intermédiaire. Franck est à la fois l’objet de la fierté de son père mais aussi prend conscience des réalités de l’entreprise et à ce titre est suspect de trahison de classe. Dans le cadre de ses fonctions, il s’oppose d’abord aux syndicats de gauche qui se méfient de l’usage que fera le patron de cette nouvelle loi et réclament des négociations. Un peu par hasard, il apprend et révèle le projet de licenciement des plus vieux ouvriers moins rentables, soutient la grève et fait acte de rébellion face au patron qui le met à la porte. Cette mise en perspective est pertinente puisqu’elle met en évidence les illusions d’un jeune diplômé, fils d’ouvrier, face à la rentabilité de l’entreprise mais aussi désireux de ne pas trahir ses origines, placé devant son avenir professionnel, conscient de la différence qui existera toujours entre les ouvriers devenus chômeurs dans une ville de province et sa propre carrière de cadre dirigeant qui se déroulera dans un autre contexte, ailleurs. Ce film est bien servi par des acteurs peu connus du grand public à l’exception de Jalil Lespert. .
Né à Melle de parents instituteurs Laurent Cantet était diplômé de l’Institut des hautes études cinématographiques ( IDHEC) et a été couronné par une palme d’or au 61° festival de Cannes en 2008 pour son film « Entre les murs » à l’unanimité du jury. Il s’est d’abord consacré aux courts métrages – « L’étendu » (1987)- « Tous à la manif » (1994) - « Jeux de plage »(1995) , puis aux longs métrages « Les sanguinaires »(1998), « Ressources Humaines »(2000) pour Arte, suivis de nombreux autres jusqu’en 2021. Une belle réussite en tout cas. Il s’est également impliqué à titre personnel en faveur des sans-papiers en 2010 puis dans la promotion de l’égalité des hommes et des femmes et de la diversité sexuelle et de genre dans le cinéma et l’audiovisuel. Il était également impliqué dans l’association « amitié Echire-Haiti ». Discret et indépendant, Laurent Cantet laissera l’image d’un humaniste, soucieux des problèmes sociaux de son époque.
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Vers le sud - Un film de Laurent Cantet
- Le 03/05/2024
- Dans cinéma français
N°1873– Mai 2024.
Vers le sud – Un film de Laurent Cantet.
Ces nouvelles de l’écrivain haïtien Dany Laferrière, de l’académie française, ont été adaptées par Laurent Cantet (1961-2024), réalisateur et scénariste de cinéma et de télévision qui vient de nous quitter. Avec ce film de 2005 le cinéaste s’attaque à un problème de son temps, celui du tourisme sexuel, mais pas exactement dans le sens auquel on peut s’attendre. Pour cela il met en scène trois femmes blanches, américaines et québécoises, Ellen (Charlotte Rampling), Brenda (Karen Young) et Sue (Louise Portal) qui viennent, en célibataires, chercher à Haïti,en 1979, le plaisir avec de jeunes noirs et spécialement Legba (Menolty Cesar) que deux d’entre elles se partagent se partagent. Elles ne sont d’ailleurs pas les seules et Ellen confie revenir chaque année à Port au Princes pour le plaisir de rencontrer des jeunes qui deviennent leurs amants. Toutes passent ici un séjour après quoi elles repartiront vers leur quotidien parce que la règle non-écrite est que personne ne s’attache à personne et que chacun oublie l’autre après en avoir profité. Chacune de ces trois femmes se présente dans un monologue et Brenda nous confie être déjà venue avec son mari, il y a trois ans et avoir déjà connu Legba qu’elle n’a pas oublié. Lui ne vit que du plaisir qu’il donne à ces femmes et en retire de l’argent, des cadeaux... Sa mère voudrait bien qu’il revienne vivre chez elle, qu’il change de vie, se range, mais accepte son argent faute de pouvoir faire autrement. Ce pays est pauvre et instable où l’armée est aux ordres d’un pouvoir corrompu et dictatorial. Il n’y a que très peu infrastructures touristiques et la prostitution aussi bien féminine que masculine s’ajoute au soleil, aux palmiers, à la mer, au farniente...les autorités tolèrent cet équilibre fragile simplement parce que ce tourisme sexuel rapporte de l’argent à un pays qui en a bien besoin. A ce titre, les ordres de ces femmes blanches sont exécutés et elles-mêmes sont respectées ou à tout le moins tolérées, parce qu’elles apportent des devises. Elles ne sont jamais inquiétées quand un meurtre a lieu dans cette communauté de jeunes hommes. En revanche ces éphèbes sont rejetés, à l’image de l’attitude révélatrice du patron de l’hôtel face à Legba, ce qui n’est pas du racisme mais du mépris. Ce qui au départ n’était qu’un jeu, une simple quête du plaisir pour ces femmes qui trouvaient dans ce pays l’opportunité de faire ce qu’elle ne pouvaient pas ou n’osaient pas faire chez elles, se transforme pour Brenda en un drame. Ses larmes du début, quand elle se souvient de son premier adultère avec Legba, font écho à celles qu’elle verse pour la mort de son amant et aussi à celles d’Ellen qui prend conscience, en rentrant définitivement chez elle, de la fin de ce jeu de l’amour, de la perte de Legba à qui, malgré tout elle était attachée et aussi à celle de Brenda désormais sans attache, qui choisit de rester dans ce sud paradisiaque pour oublier ce bouleversement dans sa vie. D’ordinaire on jetait, avec raison, l’opprobre sur ces hommes qui choisissaient des pays d’Asie, non pour leur culture ou leurs paysages, mais parce qu’ils y trouvaient l’occasion de pratiques sexuelles proscrites et surtout condamnées dans leur propre pays. On a beaucoup parlé des situations dont les femmes ont toujours été victimes dans toutes les couches de la société, de la part d’hommes influents qui ont profité de leur position dominante. Une certaine littérature, notamment vaudevillesque, s’en est même largement nourrie. Des actions judiciaires sont actuellement pendantes, des esclandres ont été dénoncés, des scandales ont éclaté et un mouvement général de libération de la parole s’est développé, dénonçant cette situation inacceptable de dépendance dans un pays où la femme est traditionnellement regardée comme un pilier de la famille. Ce film, tourné en République dominicaine et à Haïti, a l’avantage de lever l’hypocrisie sur la réalité du tourisme sexuel, sur cette nature humaine à laquelle nous appartenons tous, où la recherche du plaisir charnel est une constante, nonobstant toutes les paroles lénifiantes qui peuvent être dites, que cela implique les hommes autant que les femmes, jusques dans l’oubli du risque des maladies vénériennes. Cela est rappelé par une mère de famille au début du film « Les bons masques sont mélangés avec les mauvais, mais tous portent un masque ». C’est là une marque universelle soulignée par le mélange des langues anglaise et française. Le décès de Laurent Cantet a provoqué un grand nombre d’hommages bienvenus pour faire connaître son œuvre. C’est peut-être dommage qu’on ne le reconnaisse que maintenant.
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Vers le sud - Dany Laferrière
- Le 03/05/2024
- Dans littérature française et francophone
N°1873– Mai 2024.
Vers le sud – Dany Laferrière – Bernard Grasset.
Ce sont 20 nouvelles qui forment entre elles un roman qui traite de la séduction et du pouvoir à Haïti, pays d’origine de l’auteur. Des femmes blanches, frustrées ou un peu vieillissantes viennent en célibataires pour un séjour de farniente afin de profiter sexuellement de jeunes éphèbes noirs dont elles rémunèrent les « prestations ». On peut y voir une réalité, un tourisme sexuel où le pouvoir réside certes dans l’argent mais aussi dans la jeunesse et la beauté ou une revanche sur l’ancien colonisateur. Bien entendu la prostitution féminine existe aussi mais dans ce roman où la vie des personnages s’entremêlent on a de ce pays pauvre, instable politiquement, meurtri par la dictature et la corruption, injuste socialement, une image un peu sordide malgré les paysages paradisiaques attachés aux Caraïbes.
Vers le sud – Un film de Laurent Cantet.
Ces nouvelles de l’écrivain haïtien Dany Laferrière, de l’académie française, ont été adaptées par Laurent Cantet (1961-2024), réalisateur et scénariste de cinéma et de télévision qui vient de nous quitter. Avec ce film de 2005 le cinéaste s’attaque à un problème de sons temps, celui du tourisme sexuel, mais pas exactement dans le sens auquel on peut s’attendre. Pour cela il met en scène trois femmes blanches, américaines et québécoises, Ellen (Charlotte Rampling), Brenda (Karen Young) et Sue (Louise Portal) qui viennent, en célibataires, chercher à Haïti,en 1979, le plaisir avec de jeunes noirs et spécialement Legba (Menolty Cesar) que deux d’entre elles se partagent se partagent. Elles ne sont d’ailleurs pas les seules et Ellen confie revenir chaque année à Port au Princes pour le plaisir de rencontrer des jeunes qui deviennent leurs amants. Toutes passent ici un séjour après quoi elles repartiront vers leur quotidien parce que la règle non-écrite est que personne ne s’attache à personne et que chacun oublie l’autre après en avoir profité. Chacune de ces trois femmes se présente dans un monologue et Brenda nous confie être déjà venue avec son mari, il y a trois ans et avoir déjà connu Legba qu’elle n’a pas oublié. Lui ne vit que du plaisir qu’il donne à ces femmes et en retire de l’argent, des cadeaux... Sa mère voudrait bien qu’il revienne vivre chez elle, qu’il change de vie, se range, mais accepte son argent faute de pouvoir faire autrement. Ce pays est pauvre et instable où l’armée est aux ordres d’un pouvoir corrompu et dictatorial. Il n’y a que très peu infrastructures touristiques et la prostitution aussi bien féminine que masculine s’ajoute au soleil, aux palmiers, à la mer, au farniente...les autorités tolèrent cet équilibre fragile simplement parce que ce tourisme sexuel rapporte de l’argent à un pays qui en a bien besoin. A ce titre, les ordres de ces femmes blanches sont exécutés et elles-mêmes sont respectées ou à tout le moins tolérées, parce qu’elles apportent des devises. Elles ne sont jamais inquiétées quand un meurtre a lieu dans cette communauté de jeunes hommes. En revanche ces éphèbes sont rejetés, à l’image de l’attitude révélatrice du patron de l’hôtel face à Legba, ce qui n’est pas du racisme mais du mépris. Ce qui au départ n’était qu’un jeu, une simple quête du plaisir pour ces femmes qui trouvaient dans ce pays l’opportunité de faire ce qu’elle ne pouvaient pas ou n’osaient pas faire chez elles, se transforme pour Brenda en un drame. Ses larmes du début, quand elle se souvient de son premier adultère avec Legba, font écho à celles qu’elle verse pour la mort de son amant et aussi à celles d’Ellen qui prend conscience, en rentrant définitivement chez elle, de la fin de ce jeu de l’amour, de la perte de Legba à qui, malgré tout elle était attachée et aussi à celle de Brenda désormais sans attache, qui choisit de rester dans ce sud paradisiaque pour oublier ce bouleversement dans sa vie. D’ordinaire on jetait, avec raison, l’opprobre sur ces hommes qui choisissaient des pays d’Asie, non pour leur culture ou leurs paysages, mais parce qu’ils y trouvaient l’occasion de pratiques sexuelles proscrites et surtout condamnées dans leur propre pays. On a beaucoup parlé des situations dont les femmes ont toujours été victimes dans toutes les couches de la société, de la part d’hommes influents qui ont profité de leur position dominante. Une certaine littérature, notamment vaudevillesque, s’en est même largement nourrie. Des actions judiciaires sont actuellement pendantes, des esclandres ont été dénoncés, des scandales ont éclaté et un mouvement général de libération de la parole s’est développé, dénonçant cette situation inacceptable de dépendance dans un pays où la femme est traditionnellement regardée comme un pilier de la famille. Ce film, tourné en République dominicaine et à Haïti, a l’avantage de lever l’hypocrisie sur la réalité du tourisme sexuel, sur cette nature humaine à laquelle nous appartenons tous, où la recherche du plaisir charnel est une constante, nonobstant toutes les paroles lénifiantes qui peuvent être dites, que cela implique les hommes autant que les femmes, jusques dans l’oubli du risque des maladies vénériennes. Cela est rappelé par une mère de famille au début du film « Les bons masques sont mélangés avec les mauvais, mais tous portent un masque ». C’est là une marque universelle soulignée par le mélange des langues anglaise et française. Le décès de Laurent Cantet a provoqué un grand nombre d’hommages bienvenus pour faire connaître son œuvre. C’est peut-être dommage qu’on ne le reconnaisse que maintenant.
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Entre les murs - Un film de Laurent Cantet
- Le 01/05/2024
- Dans cinéma français
N°314 – Septembre 2008
ENTRE LES MURS – Un film de Laurent CANTET [Palme d'or Cannes 2008].
Il est de la “Palme d'or” comme du “Prix Goncourt”, on parle de l'œuvre qui est couronnée et elle fait débat! C'est d'ailleurs heureux puisque, pour un créateur, rien n'est pire que l'indifférence. Ici, c'est carrément une polémique que suscite ce film et on oscille entre des extrêmes, soit on est laudatif voire inconditionnel, soit les critiques pleuvent...
A s'en tenir au film, qu'en ai-je retenu? D'abord le décor : une classe de 4° dans un collège de ZEP d'une banlieue difficile où un professeur de Français peine à faire son véritable métier, celui d'enseigner notre langue, de provoquer les réactions constructives de ses élèves, de leur donner l'occasion de s'exprimer sur le programme scolaire mais aussi sur la langue, la littérature, la syntaxe, le vocabulaire...
Premier constat : Le message ne passe pas et le malheureux enseignant à qui on demande de nombreux diplômes pour être nommé à ce poste a du mal à se faire entendre de ses élèves et en est réduit à faire de la discipline dans sa classe, pour la simple raison qu'il n'y règne pas l'ordre et le silence nécessaires à la transmission du savoir. C'est aussi un paradoxe, ce professeur souhaiterait évidemment plus de sérénité dans son cours, même s'il a été, quelques années avant, un étudiant un peu indiscipliné, voire chahuteur, dans les amplis de la faculté! Cela est souligné par le personnage d'Esméralda, volontiers frondeuse et irrévérencieuse... qui veut plus tard être policière, sans doute par amour de cet ordre qu'elle contribue largement à perturber dans ce microcosme!
Deuxième constat : Les élèves veulent rester dans le système scolaire, même si, d'évidence, il ne leur sert à rien: témoin cette jeune fille au début du film qui ne veut pas être dirigée sur le “secteur professionnel” alors que son avenir est plus sûrement dans ce domaine que dans le milieu scolaire traditionnel d'où elle sortira sans diplôme et donc sans perspective. Cette classe étant composée majoritairement d'enfants d'immigrés, on comprend bien que l'école, qui devrait être regardée comme une chance d'intégration est en réalité une voie de garage. S'ils en sont exclus, ce sera aussi l'expulsion administrative du territoire avec toutes les conséquences qu'on peut imaginer. Dès lors, l'école apparaît comme un moyen des plus artificiels de maintenir un fragile équilibre que les élèves eux-mêmes, en dépit de leur intérêt, ne font rien pour entretenir.
Troisième constat : Les enseignants de ce collège sont conscients de cela, témoin ce professeur de mathématiques qui, en se présentant à ses collègues, se déclare “prof de tables de multiplications”! C'est assez dire le niveau de cette 4° où, d'évidence, les acquis des années antérieures sont nuls! D'ailleurs, on n'entend jamais François Marin parler de littérature, ce qu'il devrait quand même faire! Chacun de ses cours n'est qu'un long et pénible débat, par ailleurs oiseux et sans méthode, avec ses élèves, sur tout et n'importe quoi... Et on se demande bien ce qu'ils peuvent en retirer.
Quatrième constat : L'organisation d'une société à laquelle l'école est censée préparer inclut l'ordre. Le professeur devrait incarner l'autorité et, à l'évidence, ne le fait pas puisque non seulement il accepte, au nom sans doute de la dialectique, un dialogue qui se révèle stérile avec des élèves inconsistants dont on comprend vite qu'ils sont ici pour passer le temps, mais surtout perd son sang-froid et se met lui-même dans une position difficile à tenir. Le spectateur sent bien que l'autorité dont est censé être revêtu le chef d'établissement, et à travers lui l'école, ne peut rien face à la mauvaise volonté des élèves. La décision du Conseil de discipline prononçant l'exclusion de Souleymane est révélatrice. Il sera expulsé de France [on devine son avenir] et paiera seul ce qui n'était qu'un dérapage partagé né de l'insolence constante de cette classe, mais aussi du manque d'autorité du professeur. [Le spectateur aurait sans doute espéré davantage de mansuétude dans le prononcé de cette sanction!]
Cinquième constat : Ce film montre bien bien que ceux qui sont irrévérencieux sont noirs ou d'origine maghrébine, les blancs et les jaunes méritent félicitations et encouragements, ce qui correspond bien à l'image [malheureuse] de notre société multiraciale pour laquelle l'école veut être une chance d'intégration, ce qu'en réalité elle est rarement! C'est la mère de Souleymane qui présente, dans sa langue, ses excuses personnelles au nom de son fils pour éviter l'exclusion que celui-ci semble maintenant accepter comme une fatalité. Double constat d'échec en matière d'éducation, celui de l'école certes, mais aussi celui de la cellule familiale.
Sixième constat : la faillite de l'école mise en évidence par les dernières secondes du film. Cette séquence pose question. Une élève qu'on n'a pas vue pendant le long métrage, c'est à dire qu'elle ne s'est signalée ni par son insolence ni par son assiduité, vient avouer simplement “qu'elle n'a rien appris pendant l'année”! On suppose qu'elle s'est également ennuyée dans les classes précédentes. C'est là un constat des plus alarmants remettant en cause le fondement même de l'enseignement et, au-delà, de notre société.
Septième constant : à mon avis, le rôle d'un professeur de Français, surtout en 4°, est de donner envie à ses élèves de lire. Cela ne me semble pas évident au vu de ce film, nonobstant l'épisode du journal d'Anne Frank. Je voudrais cependant souligner que l'allusion d'Esméralda à “La République” de Platon, qu'elle dit avoir lu avec intérêt me semble un peu artificiel face à l'image qu'elle a donné d'elle. Soit c'est faux et c'est dommage, soit c'est vrai et François Begaudeau, l'auteur du roman qui a servi de prétexte à ce film, n'a plus qu'à changer de métier, ce que je crois, il a fait.
J'observe enfin qu'un débat s'instaure entre les élèves sur la nationalité française et qu'Esméralda déclare n'être pas fière d'être française. Pourtant, j'imagine que ses parents, eux, ont beaucoup souffert pour cela et ne doivent pas renier leur choix!
Un film est une œuvre d'art. Le rôle d'un artiste n'est pas seulement de créer, c'est à dire de réaliser une fiction, c'est aussi de porter témoignage de son temps. De ce point de vue, Laurent Cantet remplit son rôle, d'autres cinéastes l'ont fait également avec talent, même si ce témoignage est nécessairement partiel, voire partisan. En tout cas, son film ne laisse pas indifférent. C'est là un documentaire plus qu'une œuvre de création, mais je continue de penser et même d'espérer que l'école reste globalement un moyen d'éducation, voire d'intégration et un des fondements de notre société.
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Un soir d'été - Philippe Besson
- Le 29/04/2024
- Dans littérature française et francophone
N°1871– Avril 2024.
Un soir d’été – Philippe Besson – Julliard.
J’ai toujours lu Philippe Besson avec plaisir tout en constatant que je n’avais rien de commun avec lui puisque notamment nous n’avons pas le même âge. Cette fois encore j’ai apprécié son style fluide et agréable à lire, j’ai eu, en plus, plaisir a retrouver l’île de Ré qui a fait partie de ma jeunesse même s’il fallait souvent attendre le bac pendant des heures sous le soleil et surtout ne pas manquer le dernier, sauf à passer la nuit à Sablanceaux où les hôtels manquaient et même si on était romantique, la traversée n’avait rien d’une croisière. Besson revoit les uniformes blancs des marins qui assuraient le passage, moi j’ai plutôt souvenir de lamaneurs en bleu de chauffe ! Pour les îliens, je faisais partie de ceux « du continent » qui venaient ici pour les paysages sauvages qui n’existent plus ; la salicorne ne se vendait pas et le sel servait aussi à dégeler les routes l’hiver. Il n’y avait pas encore de surfeurs, les vacanciers préféraient les tentes aux résidences secondaires qui n’étaient parfois qu’un aménagement sommaire de blockhaus de l’ancien « mur de l’Atlantique », les bateaux du port, aux couleurs d’aquarelle étaient ceux des pêcheurs et la cheminée de l’épave du « Champlain » veillait au large. Aussi loin que ma mémoire remonte, les ânes étaient en culottes et les femmes en kichenotte, quant aux roses trémières,elles n’avaient pas encore envahi les ruelles. Elle n’était pas encore une « presqu’île » où se ruent aujourd’hui les estivants, il n’y avait pas de « boite de nuit », on n’y faisait pas encore de vélo mais c’était le but estival de bien des jeunes et de leurs premiers émois amoureux. Chaque adolescence est unique avec ses joies éphémères, ses illusions, ses craintes pour l’avenir et les vacances c’était le plaisir d’être avec ses copains, sur la plage, le bronzage, le sel sur la peau, les cigarettes qui faisaient tousser, la fascination pour le corps des filles et les tentatives maladroites d’attirer leur attention. Pour le jeune Philippe et son homosexualité c’était un peu différent et l’attirance qu’il avait pour les garçons était parfois déçue par leurs choix personnels et ses baisers étaient éphémères comme un amour d’été.. Parfois pourtant une rencontre se concluait par une étreinte rapide et sans aucune suite. Bref ils étaient cinq garçon et une fille en vacances sur l’île en cet été 1985, glandeurs et désinvoltes, chacun avec son parcours et ses projets mais désireux de profiter du moment présent. Quand l’un d’eux disparaît, c’est le drame, avec questionnement, recherches et culpabilité, prise de conscience de la réalités des choses de la vie, l’espoir de le retrouver qui active l’imagination et surtout l’impensable idée de la mort qui vous fait, d’un seul coup, quitter l’insouciance.
C’est avec ce genre d’événement qu’on mûrit, qu’on devient plus vite adulte, qu’on apprend à admettre les choses dans leur simplicité autant que dans leur complexité,, qu’on prend conscience que la mort existe, qu’on ne reverra plus celui qui vient de nous quitter, que cela fait simplement partie de notre condition humaine..Je ressens à titre personnel ce roman comme une réflexion sur l’absence, un échec à cet oubli, qui caractérise tant la nature humaine, comme un acte de mémoire que Philippe Besson fait pour son ami. Il portait probablement en lui cette période de sa vie comme une plaie non cicatrisée que l’écrivain qu’il est ne pouvait panser qu’avec des mots. C’est sans doute dérisoire mais, même si je ne crois guère à l’exorcisme de l’écriture, une telle démarche a, d’une certaine manière, dû libérer son auteur. Un beau roman en tout cas.
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La maison de rendez-vous - Alain Robbe-Grillet
- Le 23/04/2024
- Dans littérature française et francophone
N°1869– Avril 2024.
La maison de rendez-vous – Alain Robbe-Grillet – Les Éditions de Minuit.
Kong-Kong dans les années 20, c’est, pour le béotien que je suis l’objet d’idées reçues voire de fantasmes, le jeu, l’argent, les réceptions, les trafics, la drogue, l’espionnage, la prostitution... Le narrateur dont nous ne saurons rien nous raconte une histoire bien étrange qui commence dans une maison de luxe, la Villa Bleue où se donnent de bien singuliers spectacles, gouvernée par la non moins étrange Lady Ava aux précieux chiens noirs. Il nous fait partager son admiration pour la beauté des femmes eurasiennes et leurs robes érotiquement fendues, croise des personnages au comportement bizarre qui pour certains meurent assassinés, le tout dans une ambiance à la fois raffinée de cette maison de rendez-vous et la saleté des rues chinoises, le petit peuple des coolies, les fumeries d’opium, le trafic de filles mineures, les tentatives empoisonnement, les chantages, les policiers véreux, les escroqueries en tout genre, les crimes camouflés en accident qui égarent le lecteur qui finit par le plus rien comprendre. Égaré, le pauvre lecteur l’est en effet puisque dans ce récit labyrinthique et parfois contradictoire, ce même narrateur raconte plusieurs versions d’une même histoire, donnant une explication beaucoup plus terre à terre des faits antérieurement relatés, révélant la vraie nature des gens, transformant les lieux auparavant décrits et détruisant ainsi l’ambiance moite patiemment tissée. Dans les diverses descriptions qu’il fait, notamment des femmes, il sollicite même l’imagination du lecteur, si celui-ci veut bien entrer dans son jeu. Robbe-Grillet tient même à apporter quelques précisions audit lecteur avant qu’il ne lise ce roman.
Je poursuis mon exploration du « nouveau roman ». Je suis de plus en plus perplexe.