la feuille volante
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Mort et vie d'Edith Stein - Yann Moix
- Le 05/11/2023
- Dans littérature française et francophone
N°1792– Novembre 2023
Mort et vie d’Édith Stein – Yann Moix- Grasset.
J’ai, à titre personnel, au regard des religions un avis bien établi. Cela dit, je suis toujours dubitatif devant les motivations de ceux qui choisissent d’en changer soit par opportunité ou par réelle conviction.
Étonnant parcours que celui d’Édith Stein (1891-1942) née dans une ville de l’actuelle Pologne, dans la religion juive et convertie au christianisme après être passée par une période marquée par l’athéisme. Elle entrera au Carmel sous le nom de Marie-Bénédicte de la Croix et sera arrêtée par la SS et gazée à Auschwitz « Pour son peuple». Elle a été canonisée par le pape Jean-Paul II en 1998.
L’auteur, à travers des citation d’Édith, nous la présente comme une jeune fille solitaire, extrêmement douée, caractérielle, travailleuse, passionnée, que le judaïsme ennuie et qui se jettera dans l’étude de la philosophie.
J’ai lu cette biographie avec curiosité mais le mysticisme dont parle Moix abondamment dans ce livre ne m’a jamais ému ni même intéressé. En revanche, en savoir davantage sur un personnage exceptionnel m’attire, surtout si, comme c’est le cas ici, s’il tranche sur la noirceur ordinaire de l’espèce humaine sans pour autant la racheter. Même s’il s’agit d’un message religieux que pourtant l’auteur distille largement à longueur de chapitres avec sans doute la volonté de convaincre son lecteur (on ne choisit pas par hasard d’écrire une telle biographie) j’y suis resté relativement indifférent.
Un saint, ça donne l’’exemple et celui d’Édith est d’autant plus emblématique qu’elle est une femme que l’Église catholique maintient constamment en état d’infériorité (Édith militera en faveur du droit des femmes avant d’entrer au Carmel), qu’elle est une brillante intellectuelle, une mystique animée d’un esprit de dévouement de sacrifice et de charité sans faille, un personnage d’exception mais surtout parce qu’elle est juive et qu’elle a choisi volontairement et en toute liberté le catholicisme (On se souviendra que ce genre de conversion n’a pas toujours été volontaire comme le montre le film de Marco Bellochio « L’enlèvement »). On n’oubliera pas non plus que l’Église a nourri l’antisémitisme (on se souvient du silence assourdissant de Pie XII au regard de la Shoah) et que celui-ci est particulièrement fort en Pologne, même si depuis le concile Vatican II un dialogue fraternel a été ouvert entre catholiques et juifs.. Quant à l’exemple d’Édith, il est plutôt le bienvenu face à une hiérarchie qui semble avoir oublié le message de l’Evangile dont par ailleurs elle se recommande. En témoignent les nombreux scandales qui ont émaillé son histoire dont le plus récent d’entre eux a bouleversé notre société.
Édith reste une sainte controversée puisque si elle a embrassé le catholicisme elle n’a jamais renié ses origine juives et a protesté vigoureusement contre les mesures nazies à l’encontre des juifs. Elle a accepté la mort « Pour son peuple » c’est à dire les juifs. Elle n’en a pas moins été reconnue comme coprotectrice de l’Europe ce qui lui donne une dimension à la fois actuelle, immortelle et universelle.
C’est bien écrit et bien documenté et je garde de cette rencontre l’extraordinaire empreinte qu’à laissée cette femme lors de son passage sur terre. Je retiens entre autre chose qu’elle a été une sorte de synthèse spirituelle entre le catholicisme et le judaïsme, Jésus étant lui-même juif. ;
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Salut et liberté -Fred VARGAS
- Le 04/11/2023
- Dans littérature française et francophone
N°1791– Novembre 2023
Salut et liberté suivi de La nuit des brutes – Fred VARGAS – Viviane Hamy.
Deux courtes nouvelles policières. Dans la première, le commissaire Adamberg reçoit une série de lettres anonymes dans lesquelles un tueur se dénonce lui-même et une femme est retrouvée morte. Cela laisse perplexe le lieutenant Danglard. Dans le même temps , Vasco , un clochard-tailleur-poète vient s’installer sur un banc en face du commissariat. Cela énerve le lieutenant dubitatif mais le commissaire, à la suite sans doute d’un éclair de génie décide de ces deux faits sont liés.
La seconde nouvelle se déroule à Noël, une femme retrouvée noyée dans la Seine, suicide ou meurtre, une nouvelle énigme pour Adamberg avec une histoire de chaussures et de sac absents, un poivrot, une photo décryptée par l’extiaordaire érudition de Danglard…
C’est bien écrit, agréable à loire, mais un peu court à mon goût.
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Le chat du rabbin - Joann Sfar (BD)
- Le 03/11/2023
- Dans Autres littératures étrangères
N°1789– Novembre 2023
Le chat du rabbin (l’intégrale) - Joann Sfar- Dargaud (BD).
(Album en trois parties : La Bar-Mitsva- Le Malka des lions- L’exode.)
C’est une fable pour adultes, une longue complicité entre Zlabya, la fille du rabbin Abraham, et son chat, pas vraiment beau mais qui compense cette relative laideur par un solide bon sens, la faculté qu’il a de se faufiler partout et d’observer et surtout de parler avec sa maîtresse et son maître Abraham. C’est aussi l’histoire de ce rabbin algérien du début du XX° siècle et de sa fille racontée par ce félin philosophe, qui a appris à lire avec Zlabya et à qui le rabbin veut enseigner la Torah pour en faire un « bon juif ». Ce chat est le témoin de la vie des humains qui l’entourent et ses remarques sont pleines de logique au regard de la religion et de ses dogmes et de compréhension au regard des hommes. Au passage il ne manque pas de contester les préceptes religieux et y apporter son exégèse personnelle. Il va assister au mode de vie uniquement inspiré par le judaisme de ce vieux rabbin qui, à l’occasion du mariage de sa fille et de son voyage à Paris va remettre en cause tout ce pour quoi il avait vécu jusqu’à présent. Zlabya elle-même n’échappera pas à cette trasformation. Ce chat a des propos pleins de tolérance puisque sur cette terre du Maghrebe, les Juifs cohabitaient avec les Arabes et les chrétiens. Je ne sais pas si j’ai bien compris miais le message est sans doute qu’on peut vivre sereinement entre soi en s’accomodant des contradiction et de l’hypocrisIe des religions de leurs dogmes et de leurs interdits.
J’ignore tout de la religion juive mais il m’a semblé que dit ce chat génial s’applique à toutes les religions, aux interprétations sectaires, extrémistes et mensongères qui peuvent en être faites. Le dialogue entre le chat et le chien est révélateur du regard que ces animaux portent sur les hommes et que La Fontaine n’eut pas désavoué.
J’ai bien aimé le graphisme qui illustrret le texte de ce volume qui compile ces trois premiers albums .
Je ne connaissais pas Joan Sfar mais ce livre fut une belle découverte pour moi qui ne suis pas amateur de BD. J’ai trouvé intéressant de donner la parole à un chat qui est un animal que les Égyptiens vénéraient comme un dieu, que nous parons de nombreuses qualités et que certains dessinateurs transforment même en philosophe. Je crois que je vais volontiers poursuivre la lecture des albums suivants.
Ces propos prennent un relief particulier au moment où le monde s’embrase au Moyen-Orient et menace la paix de ces deux communautés qui ont bien des choses en commun et qui pourraient vivre en paix à condition de se respecter l’une l’autre.
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Le relais d'Alsace - Georges Simenon
- Le 30/10/2023
- Dans littérature française et francophone
N°1788– Octobre 2023
Le relais d’Alsace – Georges Simenon – Fayard.
Monsieur Serge est un pensionnaire énigmatique du « Relais d’Alsace » située près de l’ancienne frontière franco-Allemande après la Première Guerre mondiale. Il est soupçonné par le commissaire parisien Labbé d’’être « Le Commodore », un escroc international, mais le policier n’est sûr de rien tant M. Serge donne de lui une image de citoyen tranquille.
C’est vrai que son attitude prête à confusion, il n’a pas d’argent, puis après qu’un vol a été commis dans l’hôtel d’en face il revient au matin et paie ses dettes. Dans la relais d’Alsace, parmi le flot des touristes, la vie continue la veuve Meurice vit avec sa fille Hélène, tuberculeuse dans un chalet à proximité et on soupçonne M. Serge de s’y intéresser. Il sera meurtri d’apprendre que Mme Meurice veut vendre son chalet pour une somme dérisoire à un riche brasseur du coin et envisage même de l’épouser. Le mystère s’épaissit autour de M. Serge, de sa véritable identité et des billets volés ...retrouvés maculés de graisse !
D’ordinaire j’aime bien lire Simenon et j’apprécie l’ambiance de suspense tissée dans chacun de ses romans. Portant ici, je suis assez peu entré dans cette histoire un peu rocambolesque de sosie, d’argent volé qui ne l’était pas et de ce M . Serge qui, près une vie mouvementée revient sur les lieux de son enfance.
N°1788– Octobre 2023
Le relais d’Alsace – Georges Simenon – Fayard.
Monsieur Serge est un pensionnaire énigmatique du « Relais d’Alsace » située près de l’ancienne frontière franco-Allemande après la Première Guerre mondiale. Il est soupçonné par le commissaire parisien Labbé d’’être « Le Commodore », un escroc international, mais le policier n’est sûr de rien tant M. Serge donne de lui une image de citoyen tranquille.
C’est vrai que son attitude prête à confusion, il n’a pas d’argent, puis après qu’un vol a été commis dans l’hôtel d’en face il revient au matin et paie ses dettes. Dans la relais d’Alsace, parmi le flot des touristes, la vie continue la veuve Meurice vit avec sa fille Hélène, tuberculeuse dans un chalet à proximité et on soupçonne M. Serge de s’y intéresser. Il sera meurtri d’apprendre que Mme Meurice veut vendre son chalet pour une somme dérisoire à un riche brasseur du coin et envisage même de l’épouser. Le mystère s’épaissit autour de M. Serge, de sa véritable identité et des billets volés ...retrouvés maculés de graisse !
D’ordinaire j’aime bien lire Simenon et j’apprécie l’ambiance de suspense tissée dans chacun de ses romans. Portant ici, je suis assez peu entré dans cette histoire un peu rocambolesque de sosie, d’argent volé qui ne l’était pas et de ce M . Serge qui, près une vie mouvementée revient sur les lieux de son enfance.
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Un vertige - Hélène Gestern
- Le 29/10/2023
- Dans littérature française et francophone
N°1787– Octobre 2023
Un vertige – Hélène Gestern – Folio.
La narratrice évoque une passion amoureuse qui l’a unie brièvement à un homme marié, « T » puis, devant ses tergiversation, leur rupture. Elle dissèque au scalpel ce que fut cette relation, avec ses absences, ses jalousies, ses espoirs, ses déceptions, ses ruptures et ses retrouvailles.
J’ai lu ce récit apparemment autobiographique, par ailleurs fort bien écrit ce qui pour moi est toujours un plaisir, avec des sentiments mêlés. Elle choisit de l’évoquer après avoir encaissé le choc de la rupture ce qui peut lui donner l’illusion d’avoir pris de la hauteur et peut-être d’avoir acquis quelque apaisement à cause de la solitude qui a suivi, des résolutions prises pour l‘avenir, de la volonté de renouer avec la vie. Avec lui, elle avait cru au grand amour, l’unique, celui qui bouleverse votre vie, qui la transforme pour la suite, qui se joue des obstacles, grâce auquel on tresse des projets d’avenir, avec engagements et serments qu’elle voulait définitifs. Puis tout s’est effondré à cause de la routine, de l’usure, de la lassitude, de cette volonté de tourner une page inévitable en se disant que c’est le cours normal de choses qui ne sont pas destinées à durer, que c’est forcément mieux ailleurs, qu’on a d’autres projets à cause d’événements ou de rencontres auxquels on a envie de donner une dimension personnelle, sentimentale et sensuelle. C’est à chaque fois la même chose, on à l’impression qu’on vit un moment unique qui est une seconde naissance et qui durera toujours avec la découverte du corps et de l’esprit de l’autre puis on détruit ce qu’on adoré avec toute cette certitude égoïste que la victime finira par réagir à sa façon et trouvera une solution avec tout le mépris dont est capable un être qui croit que tout lui est dû et tout lui est permis. On se soucie peu de l’abandon et de ses conséquences pour la victime qui finira, on l’espère, par pardonner, se trouver d’autres centres d’intérêt, malgré les cicatrices inévitables.
Il s’agit d’un récit autobiographique désastreux pour cette femme qui est aussi écrivain. mais, comme à chaque fois, je m’interroge sur l’effet cathartique de l’écriture face à un tel bouleversement. Pour le commun des mortels, la solution est souvent le basculement dans un univers où la logique et même le bon sens sont absents. C’est l’alcool, la drogue, la délinquance, la vengeance, autant d’autodestructions qu peuvent aller jusqu’à la mort. Certes cela donne pour le lecteur un texte authentique et plein de références auxquelles il peut se raccrocher parce que, évidemment, ce témoignage fait aussi partie du vécu de chacun d’entre nous, mais qu’en est-il pour l’auteur, à part ajouter un livre à son œuvre créatrice? Elle dit elle-même qu’écrire n’a pas été salvateur et je souscris complètement à cette remarque. Simplement cela a pu la mettre devant cette évidence d’elle-même en s’interrogeant sur ce qui l’a poussée vers un amour impossible, destructeur, une folie qui lui a permis d’approcher le vertige d’une vie qui bascule. Tout au plus mettre des mots sur cette aventure peut-il permettre d’en accepter les conséquences, d’en entretenir la mémoire, même si celle-ci est douloureuse.
J’ai lu ce récit en me disant que c’est finalement une chose banale qui est relatée ici, que chacun de ceux qui la vit la croit unique mais aussi avec en mémoire ce vers d’Aragon « Rien n’est jamais acquis à l’homme ni sa force ni sa faiblesse ni son cœur et quand il croit ouvrir les bras son ombre est celle d’une croix, et quand il croit serrer son bonheur il le broie, sa vie est un étrange et douloureux divorce, il n’y a pas d’amour heureux ».
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nymphéas noirs - Michel Bussi
- Le 27/10/2023
- Dans littérature française et francophone
N°1786– Octobre 2023
Nymphéas noirs – Michel Bussi – Presse de la Cité.
À Giverny, lieu de retraite de Claude Monet, tout le monde se connaît et tout le monde s’observe. Ce roman s’articule autour de trois femmes, Fadette, une fillette pétillante de 11 ans douée pour la peinture, Stéphanie, une institutrice à la fois jeune et évidemment séduisante et une vieille femme curieuse et méchante. Pourtant le calme apparent de ce décor va être bouleversé par une rumeur de toiles perdues ou volées, les « nymphéas noirs »,une version sombres du célèbre chefs-d’œuvre et un meurtre bien mystérieux. Jérôme Morval, un brillant ophtalmologue, est retrouvé assassiné dans ce décor impressionniste et les inspecteurs Bénavides et Laurenç chargés de l’enquête penchent pour un crime passionnel de maris jaloux, la victime étant bien connue pour son côté Don Juan, mais après avoir pas mal pataugé et s’être égarés dans des hypothèses improbables, chacun à sa manière et avec sa sensibilité se rend compte que ces trois femmes sont liées à cette affaire bien mystérieuse. La solution donnée par l’épilogue m’a cependant laissé un peu dubitatif. Pendant qu’ils cherchent, le temps s ‘écoule se contracte et se remonte avec les investigations d’un ancien commissaire, une histoire de tableaux volés, des annotations codées au dos de photos, l’image fantomatique d’un chien, un enfant mystérieux et des cadavres plus ou moins imaginaires …
Il y a cette histoire d’un amour impossible qu’un vers d’Aragon résume même si la conclusion peut donner à penser le contraire.
Les annotations sur la vie de Monet sont précises et intéressantes, les descriptions évoquent son jardin et créent un univers à la fois magique, poétique, hors du temps mais j’ai été un peu déçu par certaines longueurs, surpris et même décontenancé par cette manipulation de ce même personnage qui évolue à travers le temps et change de prénom. L’intrigue se décline en une multitudes d’indices savamment distillés mais aussi pas mal d’absurdités mais, le livre refermé, je ne suis pas convaincu par ce roman par ailleurs encensé.
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Sept petites croix dans un carnet - Georges Simenon
- Le 21/10/2023
- Dans littérature française et francophone
N°1785– Octobre 2023
Sept petites croix dans un carnet – Georges Simenon- Presse de la Cité.
En cette nuit de Noël, l’inspecteur André Lecoeur, téléphoniste au commissariat central de Paris, scrute le plan de la capitale où clignotent de petites lumières pour signaler les accidents. Il a été intrigué par quelqu’un qui, tout au long de la nuit, a brisé les glaces des bornes de police-secours. Cela semble être un enfant mais au matin on a perdu sa trace. Dans le même temps une vieille femme a été assassinée à son domicile. Ce meurtre fait suite à une série d’autres consignés consciencieusement par l’inspecteur dans son petit carnet.
Il ne fallut pas longtemps à Lecoeur pour comprendre que le garçon ne pouvait être que son neveu et dès lors c’est toute une histoire de famille qui ressurgit avec ses non-dits, ses secrets et ses révélations. L’intuition de l’inspecteur, digne d’un enquêteur de la PJ , a cependant été la bonne et dans un Paris un peu glauque une traque s’engage,
L’œuvre de Simenon ne se résume aux enquêtes de son commissaire préféré. Cette nouvelle policière est parue dans un recueil intitulé « Un Noël de Maigret » en 1951.
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Fausse adresse - Luigi Lunardi
- Le 21/10/2023
- Dans Littérature italienne
N°1784– Octobre 2023
Fausse adresse – Luigi Lunardi. (Pièces de théâtre)
Titre original « Tre sull’’altalena » - Trois sur une balançoire.
Bienvenue en absurdie.
Un PDG qui a un rendez-vous galant, un ancien militaire qui vient récupérer du matériel et un professeur qui vient chercher les épreuves de son livre arrivent à dans un même lieu alors qu’ils pensent être à trois adresses différentes. Chacun tente donc de persuader l’autre qu’il s’est trompé mais quand les portes, le téléphone et le réfrigérateur se comportent d’une manière bizarre, le doute s’installe. Dans le même temps on assiste à une alerte pour un exercice anti-pollution ce qui confine ces trois hommes dans ce lieu en se demandant ce qu’ils y font. De là à penser qu’il sont déjà morts, au Purgatoire et en instance de Jugement dernier, il n’y a qu’un pas ! De guerre lasse, chaque personnage tente d’apporter une solution à ce problème en fonction de sa personnalité, angoisse et croyance pour l’un, réalisme voire indifférence pour l’autre, certitude et logique pour le troisième de sorte que dans cette situation pour le moins bloquée, rationnel et irrationnel se côtoient. Un quatrième personnage, apparaît, venu de nulle part et énigmatique dans son discours comme dans son attitude de sorte que chacun des trois protagonistes ne sait plus s’il est dans la réalité ou dans un ailleurs inconnu. Ce personnage est une femme et ce n’est pas un hasard, comme n’est pas un hasard non plus qu’elle n’appartient pas à la même catégorie sociale des trois autres. Elle est à la fois leur subconscient et celle qui va mettre un point final à cette aventure.
Cette pièce est pleine de quiproquos du fait que trois adresses différentes mènent au même endroit, comment trois personnages peuvent-ils avoir rendez-vous dans un même lieu pour des raisons si différentes, comment la porte par laquelle un personnage est entré n’obéit qu’à lui et pas aux autres et comment un réfrigérateur banal peut-il délivrer des boissons chaudes ou froides selon le vœux du demandeur ? Sur le plan de la forme, cette pièce respecte les règles classiques d’unité de temps de lieu et d’action mais c’est aussi une œuvre où sont abordées non sans humour (ce qui en fait quand même une comédie compte tenu notamment de la promiscuité des personnages) nombre des questions bien actuelles, sur la responsabilité humaine, le libre arbitre, la prédestination, l’existence de Dieu, sa justice, la mort, l’aveu des fautes, des discussions sur l’Évangile, des réflexions existentielles sur la société et la façon dont elle est composée… pas si absurde que cela finalement !
Crée pour la première fois à Milan en 1990, cette pièce a été traduite et jouée en vingt- deux langues. Elle est due à Luigi Lunari (1934-2019), dramaturge, écrivain, essayiste et chef d’orchestre italien.