la feuille volante
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La méthode Werber
- Le 14/07/2025
- Dans Réflexions
N°353– Juillet 2009.
La méthode Werber – Article de Jacques Drillon – Le Nouvel Observateur n°2331 du 9 au 15/7/2009 p 89.
Dans la série « Nous vivons une époque formidable », mon attention a été attirée par l'article de Jacques Drillon. Bernard Werber qui n'est pas un inconnu pour cette revue [La Feuille Volante n° 317 – Octobre 2008] avait convié 400 de ses lecteurs à L'institut Océanographique de Paris pour un « atelier d'écriture ».
Personnellement, j'ai toujours pensé [en le vérifiant] qu'une telle activité [l'atelier d'écriture] ressemblait beaucoup à une arnaque et qu'il fallait se garder de tomber dans le panneau. Cela avait pour effet, sinon pour but, d'apprendre aux « stagiaires » ce qu'ils savaient déjà faire, tout en les ponctionnant largement au passage... avec leur consentement et leur satisfaction et surtout en leur donnant l'impression qu'ils sont meilleurs « écrivants », sinon écrivains, qu'avant leur passage dans cet atelier!
C'est peut-être un signe des temps, la preuve que la crise n'est pas pour tout le monde, mais, n'ayant pas été invité et surtout ayant des moyens limités [25 euros quand même pour participer à la séance!], je n'y ai pas assisté et je me suis donc contenté des propos du journaliste.
Si j'en juge d'après le texte du Nouvel Observateur, cette intervention du maître s'est transformée en une opération de promotion personnelle pour un écrivain à succès qui n'en n'a pas vraiment besoin, l'occasion de pratiquer l'autosatisfaction, sorte d'explication de texte de l'auteur lui-même sur ses propres ouvrages, un sondage « in situ » sur l'œuvre... Après tout c'est de bonne guerre, même si les questions posées par Werber, si elles l'ont effectivement été telles qu'elles sont relatées, ne font pas vraiment preuve d'un sens accompli de l'expression française!
Vient ensuite l'objet de la rencontre. Au moins l'auteur met en garde son auditoire et indique que si l'écriture est un plaisir, ce n'est pas une chose facile parce que le travail fait aussi partie du processus[Pourtant, je me m'explique pas sa remarque précisant « l'écriture est un métier de feignant »!], que, même si on est convaincu de son propre talent, le succès ne sera pas forcément au rendez-vous. Il rappelle avec raison que si l'écriture peut être jubilatoire, le livre est souvent un univers douloureux, même si la folie , et même l'audace, font un peu partie du décor et que l'observation du quotidien est finalement une bonne école, que l'inspiration réserve parfois de bonnes surprises à l'auteur lui-même parce que l'imagination reste la plus forte face à la feuille blanche.
Ce sont là beaucoup de banalités, distillées pour un prix manifestement exorbitant, alors que la meilleurs façon d'écrire, c'est certes de s'entrainer à le faire, mais surtout de lire les bons auteurs!
En revanche, je ne m'explique pas que l'auteur des « Fourmis » puisse affirmer que « tout roman peut se résumer à une blague » et je ne suis pas bien sûr que les participants aient été capables, avec de tels conseils, d'écrire ensuite leur propre best-seller!
Je suis pour autant d'accord avec Jacques Drillon, une telle intervention à quelque chose d'édifiant!
© Hervé GAUTIER – Juillet 2009.http://hervegautier.e-monsite.com
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Le fruit le plus rare ou la vie d'Edmond Albius - Gaêlle Bélem
- Le 30/06/2025
- Dans littérature française et francophone
N°1989 – Juillet 2025.
Le fruit le plus rare ou la vie d’Edmond Albius – Gaëlle Bélem – Gallimard.
Au XIX° siècle dans la lointaine ’île Bourbon (la Réunion), la rencontre improbable entre Edmond, un nourrisson noir orphelin et fils d’esclaves et Ferréol Bellier-Beaumont, un veuf propriétaire terrien , passionné de botanique et d’orchidées. Une adoption s’en suivra qui viendra égailler la vie de son père de substitution et être pour ce dernier le prétexte à une éducation horticole. Ce geste menace le vieil homme de l’exclusion de la communauté des Blancs, pire peut-être Edmond qui est analphabète veut être botaniste, se passionne pour l’insémination de la vanille qui a tenu en haleine bien des chercheurs européens. C’est pourtant lui qui, en s’inspirant des citrouilles, entre pistil et étamine, pollinise à la main les fleurs du vanillier... à l’âge de 12 ans !
Notre auteure remonte le temps et explore la géographie pour nous conter l’histoire de la vanille, cette liane énigmatique venue du Mexique avec les conquistadors et que les botanistes européens veulent depuis longtemps faire fructifier, en vain. Évidemment Ferréol s’y intéresse et Edmond aussi qui découvre ainsi une épice nouvelle à l’arôme délicat et aussi le fruit le plus rare qu’on déclinera à l’infini de l’autre côté de l’équateur.
C’est bien écrit, bien documenté, poétique, humoristique, pertinent aussi et donc agréable à lire, avec, en prime, une avalanche de formes, de couleurs et de senteurs, des fleurs et des arbres aux noms latins et exotiques. Le texte prend parfois l’allure d’une fable où se mêlent des bribes de l’Histoire en marche qui bouleverse à la fois le quotidien et les espérances d’un peuple devenu libre mais tout aussi asservi qu’avant. Pour Edmond, on cherchera à s’approprier sa découverte , il connaîtra l’injustice, la trahison, la solitude, le deuil, la misère, une vie longue et triste qui se terminera dans le plus complet dénuement en ce mois d’août 1880, sans la moindre reconnaissance pour ses travaux.
J’ai lu sans désemparer ce roman avec l’intérêt de celui qui apprend quelque chose et apprécie le texte qu’il lit . Je suis toujours attentif à ceux dont le travail et le talent font revivre des hommes oubliés par l’Histoire comme ce fut le cas d’Edmond Albius dont le nom nous est cependant parvenu malgré l’amnésie qui est l’apanage de l’espèce humaine
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Elegie pour Patrick
- Le 24/06/2025
- Dans Réflexions
Élégie pour Patrick.
A mon ami Patrick Roy, décédé accidentellement en septembre 1969
Cela fait dix ans déjà que tu as disparu, dix ans, peut-être moins, qu’importe.
Je te connaissais peu, seule la sympathie nous unissait et c’était déjà beaucoup.
Cependant je me souviens de toi comme d’un ami, comme d’un être d’exception dont, où qu’on aille, il est impossible d’oublier la voix, le visage, la présence.
L’espace et le temps se fondent là où tu es et je crains de t’avoir perdu à jamais car nulle résurrection n’existe, nul être ne revient plus.
Je te connaissais peu, c’est vrai, mais ces quelques années de vie, je puis affirmer que tu les as vécues intensément, ivre de ces plaisirs que nous procurent les nourritures terrestres, rassasié de ce tangage goûté auprès du corps des femmes, jouissance plus enivrante encore que celle que nous procure l’alcool.
Ta vie, tu l’as bien brûlée, au bord de flammes incertaines d’innombrables brasiers, tu l’as consumée comme j’aurais voulu le faire moi-même, complètement, puissamment, profitant des nuits et des jours pour percer le mystère du beau autant que du plaisir sans te soucier des lendemains hasardeux.
Toi aussi tu avais compris que chaque être n’a qu’une vie et qu’il doit en jouir pleinement…
La mort t’a emporté à la fin d’un été où tu m’avais parlé du soleil de la Suède, une carte postale sobre et belle, qui te ressemblait…
Et puis ce fut cet accident stupide, cette voiture disloquée dans la transparence de septembre, sur une route du Poitou… La mort t’a arraché à la vie comme un aimant qu’on arrache au métal. J’ai écrit quelque part une manière d’apologie du suicide, mais quand je pense à toi, j’ai honte d’avoir écrit ces lignes…
Tu es mort sans souffrir, sans avoir fait souffrir aussi, que ceux que tu laisses derrière toi, dans ton souvenir.
(1978)
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Valli
- Le 24/06/2025
- Dans Réflexions
Valli (1)
Pendant cet hiver froid, Valli est morte sur un lit d’hôpital.
Son cœur s’est arrêté de battre.
Nous nous retrouvions chez elle une fois par semaine
Pour parler italien.
Elle corrigeait notre accent et nos fautes de vocabulaire
Nous aimions ces rencontres au goût de café et de soleil
Dans cet appartement qui domine la ville…
Une semaine auparavant nous avions avec elle arpenté un quartier
Nous avions découvert des venelles et fait le tour d’une maison toscane
Le temps était doux pour la saison et la balade lui avait plu.
Elle venait d’Italie mais sa longue vie s’est arrêtée ici, dans ce coin de France.
Nous savons bien que nous ne sommes que de passage
Que la mort nous guette à chaque pas, qu’elle ne prévient pas
Mais nous ne pouvons rien quand l’heure est venue
Et que la vie s’en va.
Nous ne la reverrons plus.
Niort, le 23/1/2022
A la mémoire de Valli VIGNA.
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Ils vont tous bien
- Le 18/06/2025
- Dans Cinéma italien
N°1986 – Juin 2025.
Ils vont tous bien (Tutti stanno bene) - Un film de Guiseppe Tornatore (1991)
Matteo Scuro (Marcello Mastroianni) est un veuf sicilien de 74 ans, obscur( comme son nom l'indique) retraité de l’État-civil qui vit dans un monde peuplé de souvenirs et de questions naïves. Avec Angela, sa femme décédée mais à qui il parle constamment, ils ont eu cinq enfants à qui ils ont donné des prénoms de personnages d'opéra à cause de la passion de Matteo pour cet art. Ils ont tous réussi et font la fierté de leur père mais la vie les a dispersés dans toute l'Italie et ils ne se manifestent que très rarement, trop occupés sans doute. Il les a, encore une fois, invités à un repas familial comme il le fait chaque été, mais personne n'est venu. Il décide donc de leur rendre visite, sans les prévenir, pour leur faire une surprise.
Ce voyage qui sera probablement le dernier pour Matteo est une dure prise de conscience de la réalité. Non seulement la réussite de ses enfants n'existe pas comme il le croyait ainsi que le souligne le rôle de sa fille Tosca (Valeria Cavalli). Il prend conscience que les choses ont changé sans qu'il s'en rende compte, les villes sont devenues bruyantes, spectrales, les habitants individualistes, violents, indifférents, pressés, à l'images de ces gares où les gens se figent, où les oiseaux viennent mourir dans la fontaine de Trevi. Cette évidence va petit à petit lui s'insinuer en lui, avec sa rencontre imprévue dans un train avec une vieille dame apaisée et clairvoyante (Michèle Morgan) qui l'aidera sans doute à accepter les choses avec lucidité avant de mourir, même s'il ne comprend pas tout ce qu'il voit. Il finira par réunir sa petite famille autour de lui, mais pas vraiment comme il l'aurait voulu et restera, ou fera semblant de rester dans cet ancien monde plein de nostalgie en confiant à son épouse la conclusion de son voyage. "Ils vont tous bien" lui dira-t-il, alors qu'il n'en est rien.
Il y a une dimension symbolique à travers le voyage qu'effectue Matteo venu du sud avec ses valeurs familiales et le contexte de pauvreté. Ses enfants ont émigré vers le nord et ses grandes villes à la recherche d'une vie meilleure, pas forcément au rendez-vous.
Après le succès de "Cinema paradiso", ce troisième film du même réalisateur s'inscrit, sur une musique d'Ennio Morricone, dans la nostalgie du changement irrémédiable des choses qu'on ne maîtrise pas mais qu'on peut seulement constater, impuissant. Ce film est aussi un hommage à Frederico Fellini et Ettore Scola. C'est un des derniers rôles de Mastroianni, décédé en 1996, qui campe ici un vieil homme, à la fois solitaire et déphasé mais avec une dimension à la fois pathétique et poétique
Ce film date de 1990 et a été remastérisé récemment.
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L'héritage - Guy de Maupassant
- Le 16/06/2025
- Dans littérature française et francophone
N°1988 – Juin 2025.
L'héritage - Guy de Maupassant - Librio.
Cette nouvelle assez longue, parue en 1884 dans le recueil "Miss Harriet" reprend un conte intitulé "Un million" du même auteur. L'action se passe sur à peu près quatre années et le thème en est la cupidité.
En effet César Cachelin, veuf, ancien sous-officier réformé de l'infanterie de marine est commis principal au ministère de la marine. Il s'est mis dans la tête de faire épouser sa fille Coraline par un de ses jeunes collègues Léoplod Lesable. Le mariage a donc lieu d'autant plus rapidement que la vieille sœur célibataire et dévote de César, Charlotte, qui vit avec lui, a fait devant Léopold étalage de sa fortune. Elle entend cependant des jeunes mariés une rapide descendance. Au bureau l'avancement de Lesable se trouve contrarié à cause de sa future fortune, ce qui le désole. Au décès de la vieille tante on découvre que l'héritage revient à sa nièce mais à la condition qu'elle mette au monde un enfant ans les trois ans faute de quoi tout l' argent ira aux pauvres.
Cette condition sine qua non mérite bien qu'on s'en préoccupe et l'intérêt bien compris des jeunes époux commande d'outrepasser bien des contingences personnelles et morales et qu'on suppléé les manques, les impossibilités qui pourraient se faire jour en n'oubliant pas que la fin justifie les moyens et que, dans ce cas, l’hypocrisie est de mise.
Cela commence par l'évocation de l'ambiance d'un bureau de ministère où l'auteur a passé quelques années de sa vie. Le monde du travail à cette particularité de réunir en un même lieu et pour de longues périodes, des gens différents et cela n'a pas échappé à Maupassant qui, remarquable observateur, énumère les personnalités et surtout les travers de tous les membres de ce service administratif. Il note évidemment l'atmosphère un peu délétère parfois qui y règne à cause des inimitiés viscérales, des têtes de Turc ordinaires, des critiques intolérantes, des plaisanteries douteuses, des flagorneurs invétérés, des remarques désobligeantes, des primes et promotions obtenues et jugées imméritées... Les raisons ne manquent pas pour pourrir l'atmosphère de ce microcosme. Quant à l'univers du mariage et de la vie commune qui n'est pas aussi idyllique qu'on pouvait le croire au début, cela ne lui est pas étranger non plus. Il excelle également dans la description des paysages ce qui fait de lui un remarquable conteur et c'est un plaisir de le lire
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Un monstre est là, derrière la porte - Gaêlle Bélem
- Le 14/06/2025
- Dans littérature française et francophone
N°1987 – Juin 2025.
Un monstre est là, derrière la porte - Gaëlle BELEM - GALLIMARD.
Les histoires de famille ne sont pas toujours passionnantes mais certaines réservent parfois quelques surprises. Celle des Dessaintes, au nord de l'île de la Réunion des années 80 a cette particularité que l'homme et la femme qui la composent au départ sont barjots. Le hasard fait qu'ils ont une fille pas vraiment désirée et donc pas aimée et qui sera évidemment laissée pour compte et qu'il faudra supporter. L'ennui c'est que, très tôt, cette enfant qui décidément ne ressemble pas à ses parents, se met a revendiquer sa liberté, son indépendance ce que ses géniteurs traduisent par de la turbulence, de la remise en cause de l'autorité, de l'opposition, de la révolte, au point qu'on envisage pour elle qu'ils ont préalablement et copieusement dénigrée et rabaissée, la "maison de correction" c'est à dire une façon peu élégante de se débarrasser d'elle. On n’hésite pas à la qualifier de monstre insupportable pour justifier une telle décision. Cette petite fille qui grandit vite comprend le sort qu'on lui réserve et, entre menaces et conseils y fait échec par la fréquentation assidue de l'école, la lecture, l'aide apportée aux tâches ménagères, les marques d'attachement à ses deux parents, le tout sur fond de mésentente conjugale et de délitement familial, avec soumission à la facilité, violences, mysticisme chrétien, sorcellerie et désertion paternelle, ce qui lui fait prendre conscience du monde des adultes est fait de haine, de mensonges, de trahisons, d'hypocrisies. Sa réaction oscille entre l'idée du suicide et la sauvegarde de la vie sous la forme de l'écriture.
Je ne sais pourquoi la lecture de la 4° de couverture avait fait naître ne moi quelques réticences. La lecture de ce roman, m'a révélé un parcours pétri de malchance qui a mûri sa victime plus vite que les autres. Ce genre de vie vous fait détester la vie qui heureusement passe vite sans imprimer beaucoup la mémoire, vous fait accepter la solitude avec fatalisme et désirer la mort comme une délivrance en vous armant de patience. C'est vrai que la guigne accompagne partout les Dessaintes, et donc aussi notre narratrice qui n'échappe pas à son destin. Entre fugue et chômage, elle tente une quasi-insertion qui pourtant lui fait rejoindre sa parentèle qui oscille depuis toujours entre démence et délinquance, mais c'est l'écriture qui est sa vraie liberté. De tout cela la narratrice accepte d'en rire et de le faire partager à travers un style vif et humoristique qui m'a bien plu et qui m'a fait aimer ce roman.
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Réflexions sur l'écriture, l'édition.
- Le 09/06/2025
- Dans Réflexions
N°1985 – Juin 2025.
Réflexion sur l'écriture, l'édition..
Sur internet, je suis étonné de l'offre de plus en plus importante d'aides à l'écriture de romans. Cela répond sans doute à une demande, mais ça m'interpelle. Après tout, écrire un roman, une biographie, une saga, un recueil de nouvelles ou de poèmes, est légitime, ne serait-ce que pour marquer son passage sur terre, laisser quelque chose de personnel à ses héritiers d'une autre nature qu'une succession taxée ou sortir de son vivant de l'anonymat, bref vouloir faire une chose originale qui ne soit pas illégale ou immorale, dans une société de plus en plus folle qui perd chaque jour ses traditionnels repères.
Depuis longtemps les "ateliers d'écriture" font recette. Nous avons tous appris à écrire, à l'école, au collège, au lycée, parfois à l’université et la vie en société est là pour entretenir ce mode d’expression indispensable. Même si l'écriture littéraire peut être quelque peu différente, la lecture de bons auteurs enrichit notre vocabulaire, nos connaissances, notre culture et nourrit notre propre créativité en nous permettant, le cas échéant, de créer notre propre style. Cela devrait donc pouvoir suffire pour tisser une trame imaginative autour de notre envie de raconter une histoire aux éventuels lecteurs. Tout est perfectible et la sensibilité individuelle et son expression n'échappent pas à cette règle, les offres dont il s'agit sont donc une bonne idée qui mérite réflexion d'autant que certains écrivains célèbres y prêtent leur concours, ce qui, à priori ne peut être qu'un gage de sérieux et de qualité.
A ce propos, je suis assez attentif à la propriété intellectuelle et je me souviens de cette mésaventure, il y a quelques années, d'un admirateur de Marcel Aymé à qui il avait envoyé une de ses nouvelles pour solliciter son avis. Il n'avait jamais reçu de réponse, en revanche il avait reconnu son texte, longtemps après, intégralement reproduit, dans un recueil de son écrivain préféré.
Ces offres sont évidemment payantes, et parfois même très onéreuses, et le tapuscrit ainsi offert à la correction sera effectivement lu, discuté, critiqué, et l'impétrant sera sûrement invité à revoir sa copie à la lumière des conseils prodigués; les maisons d'édition sérieuses ne font d'ailleurs pas autre chose quand elles ne se limitent pas à un refus pur et simple d'un manuscrit d'un auteur inconnu. On peut donc légitimement penser que ce à quoi tout aspirant-écrivain rêve a ainsi de bonnes chances de se réaliser. Quoiqu’il en soit, le contrat initial d'aide aura donc été honoré sans contestation possible. Il y a cependant de fortes chances pour que ces perfectionnements proposés, aussi bons soient-ils, s'inscrivent dans un contexte classique d'où l'originalité sera exclue. Ces aides spécifiques n'existaient pas à l'époque de Verlaine, de Marcel Proust, d’Apollinaire, de Blaise Cendrars, de Louis-Ferdiand Céline, de Georges Perec, de Boris Vian, pour ne citer que ceux-là, mais heureusement leur talent a été révélé et reste encore offert à notre plaisir de lecteur.
Dès lors que faire du texte ainsi remanié sinon l'éditer? L’acceptation d'un manuscrit par un professionnel de l'édition répond à des impératifs de qualité mais aussi de rentabilité. Les éditeurs indépendants ont rarement la possibilité de parier sur un inconnu dans une société où le profit est la règle et être publié par eux reste rare. Quand aux grandes maisons d'éditions, il est sans doute préférable de bénéficier d'un parrainage pour y accéder, même si, paraît-il, cela arrive. Restent l'autoédition, le compte d'auteur, la souscription, l'édition participative...Les formules ne manquent pas, avec leur cortège d'avantages potentiels qui sont de nature à créer l'illusion chez l'auteur qui verra son nom inscrit sur la couverture d'un livre et qui pourra ainsi rêver à des séances de dédicaces, à des rencontres littéraires, à des interviews, à des créations en résidence... Certes les coûts d'impression sont élevés mais les moyens actuels de l'informatique et de diffusion par internet devraient simplifier les choses, mais il semblerait qu'il n'en soit rien dans un pays majoritairement habitué au support papier. Un autre mouvement se fait jour sur internet, les maisons d'édition qui recherchent les auteurs et leurs manuscrits. C'est sans doute nouveau mais c'est oublier un peu vite le prix qu'il faut payer pour cela et c'est bien souvent rédhibitoire d'autant que le succès n'est pas souvent au rendez-vous. Autrement dit, si on souhaite une édition à compte d'éditeur, ce qui devrait être la règle puisque le rôle d'un tel professionnel est la découverte de talents, il vaut mieux s'armer de patience et d'être chanceux. Dès lors il y a de fortes chances pour que le tapuscrit, rectifié ou non, reste en l'état au fond d'un tiroir ou sur le disque dur d'un ordinateur, avec en prime le découragement qui va avec ou, s'il est publié, évidemment aux frais de l'auteur, que les exemplaires prennent rapidement la poussière sur des étagères.
Alors qu'en est-il de ces différentes offres qui prétendent améliorer ou faire la promotion de votre écriture? Elles sont attirantes mais personnellement, après un long parcours quelque peu décevant je m'en abstiendrai parce que, à titre personnel, je ne veux pas entrer dans un processus illusoire qui consiste à se donner l'impression qu'un inconnu peut entrer dans ce milieu éminemment fermé. De plus, le nombre de livres imprimés croît chaque année d'une manière exponentielle et le succès d'une œuvre tient beaucoup à la publicité qui est faite autour d'elle par les médias auxquels l'auteur inconnu a difficilement accès. Il y a toutes les chances pour que l'apprenti-écrivain, même avec un texte bonifié, ne puisse jamais s’inscrire dans un mouvement promotionnel et connaisse ainsi la consécration de son talent.