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la feuille volante

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  • Six personnages en quête d'auteur - Luigi Pirandello

    N°1892 – Juin 2024.


     

    Six personnages en quête d'auteur – Luigi Pirandello. L'avant-scène théâtre.


     

    C'est une pièce de théâtre écrite par Pirandello en 1921. .

    Elle est particulière à commencer par son titre  un peu surprenant. Ensuite elle montre un scénario original, la survenue impromptue d'étrangers, des personnages qui ne sont pas des acteurs et qui perturbent une répétition. D'autre part la pièce ne comporte pas d'actes ni de scène et quand le rideau se baisse c'est à la suite d'une erreur du machiniste..

    C'est surtout une mise en abyme. A l'occasion d'une répétition d'une pièce programmée pour un spectacle, «  le jeu des rôles  », l'entrée en scène d'étrangers qui souhaitent jouer une pièce qui n'est pas encore écrite mais qu'ils portent en eux. Cette pièce c'est leur profond drame intime et familial. Peu à peu cette pièce non écrite va prendre le pas sur celle qui était prévue, s'écrire au rythme de l'improvisation, avec la complicité du directeur et au grand désarroi des acteurs professionnels. C'est aussi une réflexion sur la création théâtrale entre la fiction, l'illusion et la réalité, sur la technique théâtrale, le rôle des acteurs, la différence entre le «  personnage  » du manuscrit qui est vrai parce qu'il porte son drame en lui-même et l'acteur qui l'incarne, qui «  joue  » son rôle sur la scène. Il semble qu'ici il y a une véritable opposition entre eux, les acteurs n'étant définitivement que des interprètes.

    Veut-il nous dire que le théâtre est le miroir de la vie ? On verra ce qu'on voudra dans cette mise en scène baroque qui n'a pas manqué, à l'origine de faire crier le public au scandale, à l’escroquerie à la trahison ou au génie. Le théâtre comme le roman mettent en scène des personnages fictifs, qui n'ont jamais existé parce qu'ils sont nés certes de l’imagination de l'auteur mais que ce dernier construits à sa manière avec son témoignage, son message humain, ses drames, ses rêves, ses échecs et ses joies. Ce sont les malheurs humains qui nourrissent la création qu'elle soit littéraire ou théâtrale. C'est tout le problème de l'écriture qui est le reflet de la condition humaine dont chacun de nous porte en lui la marque mais qu'il n'est pas forcément capable d'exprimer, de mettre des mots sur ses maux pour les exorciser. Ici les six personnages, heureux sans doute d'avoir trouvé un auteur pour être leur interprète, Le directeur, le torturent pour qu'il exprime leur tragédie intime en s'opposant aux acteurs. Pour autant, pour que le message passe, il faut que le metteur en scène fasse des choix en rapport avec la technique du spectacle qui doit être donné au public qui, lui aussi, fait partie du jeu puisque c'est pour lui que le spectacle est écrit et joué  .

    Il y a aussi, me semble-t-il toute une réflexion sur la faute et aussi la honte, à travers cette famille éclatée, l'attitude du Père, de la Belle-Fille, de la la Mère et l'indifférence du Fils.


     

    Sa première représentation à Rome en 1921 a été un four ce qui ne l'a pas empêchée d'être légèrement remaniée et traduite en plusieurs langues, mise en scène dans plusieurs pays, quant à son auteur il a obtenu le prix Nobel de Littérature en 1934. Pourtant sa carrière d'auteur n'a pas vraiment été un long fleuve tranquille puisqu'il a, un temps, envisagé d'abandonner l'écriture.


     

    Le titre a quelque chose d’étrange qui a piqué ma curiosité. Je crois avoir apprécié cette thématique opposant les personnages de fiction aux acteurs de théâtre, la fiction contre la réalité mais je ne suis quand même pas sûr d’avoir tout compris.


     

    Le cinéaste italien Roberto Ando   s'est inspiré de cette pièce en mettant en scène un Pirandello incarné par l'excellent acteur Toni Servillo, à l'étonnante ressemblance avec son personnage.


     

     

  • Il viccolo di madama Lucrezia

    • Le 25/05/2024

    N°1883 – Mai 2024.

     

    Il viccolo di Madama Lucrezia . - Prospère Mérimée- Librio.

    Mérimée renoue avec les nouvelles fantastiques. Le narrateur, un jeune homme de famille de 23 ans se rend à Rome, sans doute pour faire son « grand tour » comme cela se faisait à l’époque. Son père lui recommande l’adresse , avec lettre introduction, d’une marquise qu’il a jadis connue, qualifiée de « bacchante » ce qui en dit assez long sur leur vieilles relations. Son souvenir, entretenu par un portrait suspendu dans le cabinet de travail paternel, mettait mal à l’aise sa mère et rendait son père quelque peu pensif. Le jeune homme s’y rend donc, accueilli chaleureusement par son hôte devenue dévote et qui retrouve avec plaisir en ce jeune homme les traits de son père. Il est confié au bons soins de son deuxième fils destiné à devenir sous peu cardinal mais dont le destin se révélera quelque peu différent. Il est intrigué par un étrange portrait de Lucrèce Borgia, il se trouve être le témoin d’un récit tragiquement prémonitoire et un pouvoir supposé de certaines statues. Et ce n’est que le début pour lui puisqu’il est le témoin accidentel puis passionné d’une invitation féminine à laquelle il n’entend pas résister, curieux qu’il est des mystères qui l’entourent et sans doute désireux de marcher sur les traces un peu coquines de son père.

    Certes Mérimée transporte son lecteur dans un autre monde irrationnel et plein de suspens, mais je note qu’il associe toujours ces histoires imaginaires et parfois diaboliques à des figures féminines, à la fois belles et sensuelles. On pensera de cela ce qu’on voudra.

    J’ai eu plaisir à retrouver le style de cet auteur un peu oublié et cette trop courte lecture fut pour moi un bon moment.

  • Il viccolo di madama Lucrezia

    • Le 25/05/2024

    N°1883 – Mai 2024.

     

    Il viccolo di Madama Lucrezia . - Prospère Mérimée- Librio.

    Mérimée renoue avec les nouvelles fantastiques. Le narrateur, un jeune homme de famille de 23 ans se rend à Rome, sans doute pour faire son « grand tour » comme cela se faisait à l’époque. Son père lui recommande l’adresse , avec lettre introduction, d’une marquise qu’il a jadis connue, qualifiée de « bacchante » ce qui en dit assez long sur leur vieilles relations. Son souvenir, entretenu par un portrait suspendu dans le cabinet de travail paternel, mettait mal à l’aise sa mère et rendait son père quelque peu pensif. Le jeune homme s’y rend donc, accueilli chaleureusement par son hôte devenue dévote et qui retrouve avec plaisir en ce jeune homme les traits de son père. Il est confié au bons soins de son deuxième fils destiné à devenir sous peu cardinal mais dont le destin se révélera quelque peu différent. Il est intrigué par un étrange portrait de Lucrèce Borgia, il se trouve être le témoin d’un récit tragiquement prémonitoire et un pouvoir supposé de certaines statues. Et ce n’est que le début pour lui puisqu’il est le témoin accidentel puis passionné d’une invitation féminine à laquelle il n’entend pas résister, curieux qu’il est des mystères qui l’entourent et sans doute désireux de marcher sur les traces un peu coquines de son père.

    Certes Mérimée transporte son lecteur dans un autre monde irrationnel et plein de suspens, mais je note qu’il associe toujours ces histoires imaginaires et parfois diaboliques à des figures féminines, à la fois belles et sensuelles. On pensera de cela ce qu’on voudra.

    J’ai eu plaisir à retrouver le style de cet auteur un peu oublié et cette trop courte lecture fut pour moi un bon moment.

  • La ragazza di Hopper - Fabio Bussotti

    N°1875– Mai 2024.

     

    La ragazza di Hopper - Fabio Bussotti – Mincione Edizioni.

     

    Un giallo classico. Nel settembre 2020 in una camera di un albergo di Roma, una bella et giovane cameriera rumena, Nora Rednic, è stata strangolata. I poliziotti l’hanno trovata semi nuda. Gli altri dipendenti non la conoscevano bene tranne Marisól, un altra cameriera peruviana. Lei riferisce ai poliziotti che Nora, benché sia una semplice impiegata, era colta, parlava molte lingue e leggeva molti libri ma non era felice . Suo marito, un monumentale muratore rumeno, la picchiava. Nora le confidava che iI suo matrimonio e stato un errore. Era triste e depressiva. Il commissario Bertone e la sua squadra sono incaricati del caso. Hanno trovato una lettera d’amore anonima, scritta in italiano e in spagnolo. L’inchiesta si presentava molto complicata con un marito violento, instabile e ladro , una duchessa vecchia e ricca,un strano cuoco peruvianno, un arresto violento del marito di Nora . Una multitudine di personnagi che fanno un po’smarirsi il lettore. Tutto questo durante la pandemia di Covid e le difficoltà del commissario Bertone con l’alcol. L’ispettore Pizzo, un collaboratore di Bertone, in vacanza con sua moglie a Madrid, ha visitato il museo Thyssen-Bornemisza dove c’é il quadro,« Room Hotel », di Edward Hopper,un pittore américano molto connosciuto, morto nel 1983. Il quadro gli ricordava l’arredo della camera dell’ hotel di Roma, con la morta sul letto. Il commissario racconta il crimine a Mafalda Moraes, la sua torrida amante, direttrice del Withney Museum a New York e critica d’arte, di cui aveva l’impressione di essere in un dipinto di Hopper. .A partire da quella impressione, Mafalda si ricorda che Hopper aveva rilasciato un’ intervista a un giornalista irlandese, negli anni 60, il quale, parlando con Jo, la moglie di Hopper, gli aveva appreso come suo marito dipingeva . Per esempio lui aveva dipinto una ragazza, seduta in un cinema di notte a Brodway. Lui et Jo, giocando, l’avevano chiamata Nora é avevano deciso che era una cameriera colta che faceca il turno di notte in un hotel di Manhattan. Poco dopo, Hopper aveva letto in un ritaglio di un giornale che una cameriera era stata trovata stragolata, di notte, a l’ultimo piano di un un hotel di Manhattan. Il cadavere era stato scoperto da una cameriera che aveva dichiarato che la sua collega, trovata morta, il cui marito era un ex pugile, era una donna stupenda, colta, che leggeva molti libri e aveva l’abitudine di vedere film a Brodway. Quella ragazza se chiamava Nora. Una coincidenza straordinaria ! Hopper dipingeva un altro quadro rappresente una stanza vuota con un raggio di sole, ma senza ragazza perché morta. Jo diceva che suo marito non poteva dipingere un personnagio senza conocerne la vita, le speranze, la storia, o immaginarla… Hopper è il pittore della solitudine rapresentata attraverso le donne.

    I quadi di Edward Hopper mi piacciono molto e li ho rivisti con piacere. Ritrovarsi in uno dei sui quadri dev’ essere una sensazione eccezionale.

     

    La Jeune fille de Hopper – Fabio Bussoti- Mincione Edizioni.

     

    Un roman policier classique .

    En septembre 2020, dans une chambre d’hôtel de Rome, une belle et jeune femme de chambre roumaine, Nora Rednic,a été étranglée. Les policiers l’ont trouvée à demi-nue. Les autres employés ne la connaissaient pas bien, à l’exception de Marsól, une autre femme de chambre péruvienne qui déclare aux policiers que, bien que Nora soit une simple, elle était cultivée, parlait plusieurs langues, lisait beaucoup de livres mais n’était pas heureuse. Son mari, un impressionnant maçon roumain, la battait. Nora lui confiait que son mariage a été un erreur. Elle était triste et dépressive.

    Le commissaire Bertone et son équipe sont chargés de cette affaire. Ils sont trouvé une lettre d’amour anonyme, écrite en italien et en espagnol. L’enquête se présentait comme très compliquée avec un mari violent instable et voleur, une duchesse vieille et riche, un étrange cuisinier péruvien, une arrestation violente du mari de Nora. Une multitude de personnages qui égarent un peu le lecteur, le tout pendant la pandémie de Covid et les problèmes d’alcool du commissaire.

    L’inspecteur Pizzo, un collaborateur de Bertone, en vacance avec sa femme à Madrid a visité le musée Thyssen-Bornemisza où il y a un tableau baptisé « Room Hotel », de Edward Hopper, un peintre américain très connu , mort en 1983 . Le tableau lui rappelle l’ameublement de la chambre de l’hôtel à Rome, avec la morte sur le lit. Le commissaire raconte le crime à Mafalda Moraes, son amante torride qui est aussi directrice du Withney Museum à New York et également critique d’art laquelle a l’impression d’être dans un tableau de Hopper. A partir de cette impression, Mafalda se souvient que Hopper avait accordé une interview à un journaliste irlandais, dans les années 60, lequel, parlant avec Jo, l’épouse de Hopper lui avait appris comment son mari peignait. Par exemple, il avait peint une jeune femme, assise dans un cinéma, la nuit à Brodway. Lui et Jo, par jeu, l’avaient appelée Nora et avaient décidé qu’elle était une femme de chambre cultivée qui travaillait dans une équipe la nuit dans un hôtel de Manhattan. Un peu plus tard, Hopper avait lu dans un entrefilet de journal qu’une femme de chambre avait été trouvée étranglée,la nuit, au dernier étage d’un hôtel de Manhattan. Le cadavre avait été découvert par une femme de chambre qui avait déclaré que sa collègue trouvée morte et dont le mari était un ex-boxeur, était une femme extraordinaire, qui lisait beaucoup et avait l’habitude d’aller voir des films à Brodway. Cette jeune fille s’appelait Nora. Une coïncidence extraordinaire !

    Hopper peignit un autre tableau représentant une chambre vide avec un rayon de soleil mais la jeune fille parce qu’elle était morte. Jo disait que son mari ne pouvait pas peindre un personnage sans en connaître la vie, les espoirs , l’histoire, ou l’imaginer… Hopper est le peintre de la solitude représentée par les femmes.

    Les tableaux de Hopper me plaisent beaucoup et je les ai ai revus avec plaisir. Se retrouver dans un de ses tableaux doit être une sensation exceptionnelle.

     

     

  • Ressources humaines - Un film de Laurent Cantet

    Ressources humaines – Un film de Laurent Cantet.

     

    Laurent Cantet (1961-2024), réalisateur et scénariste de cinéma et de télévision vient de mourir à l’âge de 63 ans. Ce film de 2000 a notamment été récompensé par le « César de la meilleure première œuvre » et celui du « Meilleur espoir masculin » pour Jalil Lespert. Il évoque l’expérience de Franck (Jalil Lespert), un fils d’ouvrier de province qui, grâce aux sacrifices de ses parents, a été diplômé d’ HEC et a obtenu un stage dans l’usine où travaille son père comme simple ouvrier, depuis 35 ans. Il se retrouve aux « Ressources humaines », c’est à dire à la Direction, chargé de mettre en œuvre les nouvelles dispositions des « 35 heures ». Ses nouvelles responsabilités lui laissent entrevoir une carrière prometteuse au sein du groupe , malgré un certaine hostilité de la part de la hiérarchie intermédiaire. Franck est à la fois l’objet de la fierté de son père mais aussi prend conscience des réalités de l’entreprise et à ce titre est suspect de trahison de classe. Dans le cadre de ses fonctions, il s’oppose d’abord aux syndicats de gauche qui se méfient de l’usage que fera le patron de cette nouvelle loi et réclament des négociations. Un peu par hasard, il apprend et révèle le projet de licenciement des plus vieux ouvriers moins rentables, soutient la grève et fait acte de rébellion face au patron qui le met à la porte. Cette mise en perspective est pertinente puisqu’elle met en évidence les illusions d’un jeune diplômé, fils d’ouvrier, face à la rentabilité de l’entreprise mais aussi désireux de ne pas trahir ses origines, placé devant son avenir professionnel, conscient de la différence qui existera toujours entre les ouvriers devenus chômeurs dans une ville de province et sa propre carrière de cadre dirigeant qui se déroulera dans un autre contexte, ailleurs. Ce film est bien servi par des acteurs peu connus du grand public à l’exception de Jalil Lespert. .

    Né à Melle de parents instituteurs Laurent Cantet était diplômé de l’Institut des hautes études cinématographiques ( IDHEC) et a été couronné par une palme d’or au 61° festival de Cannes en 2008 pour son film « Entre les murs » à l’unanimité du jury. Il s’est d’abord consacré aux courts métrages – « L’étendu » (1987)- « Tous à la manif » (1994) - « Jeux de plage »(1995) , puis aux longs métrages « Les sanguinaires »(1998),  « Ressources Humaines »(2000) pour Arte, suivis de nombreux autres jusqu’en 2021. Une belle réussite en tout cas. Il s’est également impliqué à titre personnel en faveur des sans-papiers en 2010 puis dans la promotion de l’égalité des hommes et des femmes et de la diversité sexuelle et de genre dans le cinéma et l’audiovisuel. Il était également impliqué dans l’association « amitié Echire-Haiti ». Discret et indépendant, Laurent Cantet laissera l’image d’un humaniste, soucieux des problèmes sociaux de son époque.

  • Vers le sud - Un film de Laurent Cantet

    N°1873– Mai 2024.

     

     

     

    Vers le sud – Un film de Laurent Cantet.

     

    Ces nouvelles de l’écrivain haïtien Dany Laferrière, de l’académie française, ont été adaptées par Laurent Cantet (1961-2024), réalisateur et scénariste de cinéma et de télévision qui vient de nous quitter. Avec ce film de 2005 le cinéaste s’attaque à un problème de son temps, celui du tourisme sexuel, mais pas exactement dans le sens auquel on peut s’attendre. Pour cela il met en scène trois femmes blanches, américaines et québécoises, Ellen (Charlotte Rampling), Brenda (Karen Young) et Sue (Louise Portal) qui viennent, en célibataires, chercher à Haïti,en 1979, le plaisir avec de jeunes noirs et spécialement Legba (Menolty Cesar) que deux d’entre elles se partagent se partagent. Elles ne sont d’ailleurs pas les seules et Ellen confie revenir chaque année à Port au Princes pour le plaisir de rencontrer des jeunes qui deviennent leurs amants. Toutes passent ici un séjour après quoi elles repartiront vers leur quotidien parce que la règle non-écrite est que personne ne s’attache à personne et que chacun oublie l’autre après en avoir profité. Chacune de ces trois femmes se présente dans un monologue et Brenda nous confie être déjà venue avec son mari, il y a trois ans et avoir déjà connu Legba qu’elle n’a pas oublié. Lui ne vit que du plaisir qu’il donne à ces femmes et en retire de l’argent, des cadeaux... Sa mère voudrait bien qu’il revienne vivre chez elle, qu’il change de vie, se range, mais accepte son argent faute de pouvoir faire autrement. Ce pays est pauvre et instable où l’armée est aux ordres d’un pouvoir corrompu et dictatorial. Il n’y a que très peu infrastructures touristiques et la prostitution aussi bien féminine que masculine s’ajoute au soleil, aux palmiers, à la mer, au farniente...les autorités tolèrent cet équilibre fragile simplement parce que ce tourisme sexuel rapporte de l’argent à un pays qui en a bien besoin. A ce titre, les ordres de ces femmes blanches sont exécutés et elles-mêmes sont respectées ou à tout le moins tolérées, parce qu’elles apportent des devises. Elles ne sont jamais inquiétées quand un meurtre a lieu dans cette communauté de jeunes hommes. En revanche ces éphèbes sont rejetés, à l’image de l’attitude révélatrice du patron de l’hôtel face à Legba, ce qui n’est pas du racisme mais du mépris. Ce qui au départ n’était qu’un jeu, une simple quête du plaisir pour ces femmes qui trouvaient dans ce pays l’opportunité de faire ce qu’elle ne pouvaient pas ou n’osaient pas faire chez elles, se transforme pour Brenda en un drame. Ses larmes du début, quand elle se souvient de son premier adultère avec Legba, font écho à celles qu’elle verse pour la mort de son amant et aussi à celles d’Ellen qui prend conscience, en rentrant définitivement chez elle, de la fin de ce jeu de l’amour, de la perte de Legba à qui, malgré tout elle était attachée et aussi à celle de Brenda désormais sans attache, qui choisit de rester dans ce sud paradisiaque pour oublier ce bouleversement dans sa vie. D’ordinaire on jetait, avec raison, l’opprobre sur ces hommes qui choisissaient des pays d’Asie, non pour leur culture ou leurs paysages, mais parce qu’ils y trouvaient l’occasion de pratiques sexuelles proscrites et surtout condamnées dans leur propre pays. On a beaucoup parlé des situations dont les femmes ont toujours été victimes dans toutes les couches de la société, de la part d’hommes influents qui ont profité de leur position dominante. Une certaine littérature, notamment vaudevillesque, s’en est même largement nourrie. Des actions judiciaires sont actuellement pendantes, des esclandres ont été dénoncés, des scandales ont éclaté et un mouvement général de libération de la parole s’est développé, dénonçant cette situation inacceptable de dépendance dans un pays où la femme est traditionnellement regardée comme un pilier de la famille. Ce film, tourné en République dominicaine et à Haïti, a l’avantage de lever l’hypocrisie sur la réalité du tourisme sexuel, sur cette nature humaine à laquelle nous appartenons tous, où la recherche du plaisir charnel est une constante, nonobstant toutes les paroles lénifiantes qui peuvent être dites, que cela implique les hommes autant que les femmes, jusques dans l’oubli du risque des maladies vénériennes. Cela est rappelé par une mère de famille au début du film «  Les bons masques sont mélangés avec les mauvais, mais tous portent un masque ». C’est là une marque universelle soulignée par le mélange des langues anglaise et française. Le décès de Laurent Cantet a provoqué un grand nombre d’hommages bienvenus pour faire connaître son œuvre. C’est peut-être dommage qu’on ne le reconnaisse que maintenant.

  • Entre les murs - Un film de Laurent Cantet

     

    N°314 – Septembre 2008

     

    ENTRE LES MURS – Un film de Laurent CANTET [Palme d'or Cannes 2008].

     

    Il est de la “Palme d'or” comme du “Prix Goncourt”, on parle de l'œuvre qui est couronnée et elle fait débat! C'est d'ailleurs heureux puisque, pour un créateur, rien n'est pire que l'indifférence. Ici, c'est carrément une polémique que suscite ce film et on oscille entre des extrêmes, soit on est laudatif voire inconditionnel, soit les critiques pleuvent...

     

    A s'en tenir au film, qu'en ai-je retenu? D'abord le décor : une classe de 4° dans un collège de ZEP d'une banlieue difficile où un professeur de Français peine à faire son véritable métier, celui d'enseigner notre langue, de provoquer les réactions constructives de ses élèves, de leur donner l'occasion de s'exprimer sur le programme scolaire mais aussi sur la langue, la littérature, la syntaxe, le vocabulaire...

     

    Premier constat : Le message ne passe pas et le malheureux enseignant à qui on demande de nombreux diplômes pour être nommé à ce poste a du mal à se faire entendre de ses élèves et en est réduit à faire de la discipline dans sa classe, pour la simple raison qu'il n'y règne pas l'ordre et le silence nécessaires à la transmission du savoir. C'est aussi un paradoxe, ce professeur souhaiterait évidemment plus de sérénité dans son cours, même s'il a été, quelques années avant, un étudiant un peu indiscipliné, voire chahuteur, dans les amplis de la faculté! Cela est souligné par le personnage d'Esméralda, volontiers frondeuse et irrévérencieuse... qui veut plus tard être policière, sans doute par amour de cet ordre qu'elle contribue largement à perturber dans ce microcosme!

     

    Deuxième constat : Les élèves veulent rester dans le système scolaire, même si, d'évidence, il ne leur sert à rien: témoin cette jeune fille au début du film qui ne veut pas être dirigée sur le “secteur professionnel” alors que son avenir est plus sûrement dans ce domaine que dans le milieu scolaire traditionnel d'où elle sortira sans diplôme et donc sans perspective. Cette classe étant composée majoritairement d'enfants d'immigrés, on comprend bien que l'école, qui devrait être regardée comme une chance d'intégration est en réalité une voie de garage. S'ils en sont exclus, ce sera aussi l'expulsion administrative du territoire avec toutes les conséquences qu'on peut imaginer. Dès lors, l'école apparaît comme un moyen des plus artificiels de maintenir un fragile équilibre que les élèves eux-mêmes, en dépit de leur intérêt, ne font rien pour entretenir.

     

    Troisième constat : Les enseignants de ce collège sont conscients de cela, témoin ce professeur de mathématiques qui, en se présentant à ses collègues, se déclare “prof de tables de multiplications”! C'est assez dire le niveau de cette 4° où, d'évidence, les acquis des années antérieures sont nuls! D'ailleurs, on n'entend jamais François Marin parler de littérature, ce qu'il devrait quand même faire! Chacun de ses cours n'est qu'un long et pénible débat, par ailleurs oiseux et sans méthode, avec ses élèves, sur tout et n'importe quoi... Et on se demande bien ce qu'ils peuvent en retirer.

     

    Quatrième constat : L'organisation d'une société à laquelle l'école est censée préparer inclut l'ordre. Le professeur devrait incarner l'autorité et, à l'évidence, ne le fait pas puisque non seulement il accepte, au nom sans doute de la dialectique, un dialogue qui se révèle stérile avec des élèves inconsistants dont on comprend vite qu'ils sont ici pour passer le temps, mais surtout perd son sang-froid et se met lui-même dans une position difficile à tenir. Le spectateur sent bien que l'autorité dont est censé être revêtu le chef d'établissement, et à travers lui l'école, ne peut rien face à la mauvaise volonté des élèves. La décision du Conseil de discipline prononçant l'exclusion de Souleymane est révélatrice. Il sera expulsé de France [on devine son avenir] et paiera seul ce qui n'était qu'un dérapage partagé né de l'insolence constante de cette classe, mais aussi du manque d'autorité du professeur. [Le spectateur aurait sans doute espéré davantage de mansuétude dans le prononcé de cette sanction!]

     

    Cinquième constat : Ce film montre bien bien que ceux qui sont irrévérencieux sont noirs ou d'origine maghrébine, les blancs et les jaunes méritent félicitations et encouragements, ce qui correspond bien à l'image [malheureuse] de notre société multiraciale pour laquelle l'école veut être une chance d'intégration, ce qu'en réalité elle est rarement! C'est la mère de Souleymane qui présente, dans sa langue, ses excuses personnelles au nom de son fils pour éviter l'exclusion que celui-ci semble maintenant accepter comme une fatalité. Double constat d'échec en matière d'éducation, celui de l'école certes, mais aussi celui de la cellule familiale.

     

    Sixième constat : la faillite de l'école mise en évidence par les dernières secondes du film. Cette séquence pose question. Une élève qu'on n'a pas vue pendant le long métrage, c'est à dire qu'elle ne s'est signalée ni par son insolence ni par son assiduité, vient avouer simplement “qu'elle n'a rien appris pendant l'année”! On suppose qu'elle s'est également ennuyée dans les classes précédentes. C'est là un constat des plus alarmants remettant en cause le fondement même de l'enseignement et, au-delà, de notre société.

     

    Septième constant : à mon avis, le rôle d'un professeur de Français, surtout en 4°, est de donner envie à ses élèves de lire. Cela ne me semble pas évident au vu de ce film, nonobstant l'épisode du journal d'Anne Frank. Je voudrais cependant souligner que l'allusion d'Esméralda à “La République” de Platon, qu'elle dit avoir lu avec intérêt me semble un peu artificiel face à l'image qu'elle a donné d'elle. Soit c'est faux et c'est dommage, soit c'est vrai et François Begaudeau, l'auteur du roman qui a servi de prétexte à ce film, n'a plus qu'à changer de métier, ce que je crois, il a fait.

     

    J'observe enfin qu'un débat s'instaure entre les élèves sur la nationalité française et qu'Esméralda déclare n'être pas fière d'être française. Pourtant, j'imagine que ses parents, eux, ont beaucoup souffert pour cela et ne doivent pas renier leur choix!

     

    Un film est une œuvre d'art. Le rôle d'un artiste n'est pas seulement de créer, c'est à dire de réaliser une fiction, c'est aussi de porter témoignage de son temps. De ce point de vue, Laurent Cantet remplit son rôle, d'autres cinéastes l'ont fait également avec talent, même si ce témoignage est nécessairement partiel, voire partisan. En tout cas, son film ne laisse pas indifférent. C'est là un documentaire plus qu'une œuvre de création, mais je continue de penser et même d'espérer que l'école reste globalement un moyen d'éducation, voire d'intégration et un des fondements de notre société.

  • si par une nuit d'hiver un voyageur - Italo Calvino

    N°1863– Avril 2024.

     

    Si par une nuit d’hiver un voyageur – Italo Calvino- Seuil.

    Traduit de l’italien par Danièle Sallenave et François Wahl.

     

    Étonnant ce roman dont le personnage est le lecteur, c’est à dire vous et moi et par le biais de subtiles mises en abyme et d’une non moins habile erreur de composition de son livre, l’auteur nous place, dans une librairie en présence d’une belle lectrice. Ce détail est important parce qu’il confronte deux univers aussi différents que celui, traditionnel, de l’écrivain et de son lecteur. Dès lors c’est une autre histoire, certes loufoque et déjantée mais qui nous permet de voyager dans de petits mondes aussi différents que multiples, d’entrer dans l’univers très particulier d’Italo Calvino et d’y faire d’improbables rencontres au point de vouloir impérativement en savoir davantage et donc de ne pouvoir revenir en arrière. Cela peut susciter diverses réactions de notre part, rejet de cette originalité inattendue peut-être, saoulerie de l’imaginaire ou stupeur d’être au bord d’un gouffre, en équilibre entre la fiction et la vraie vie et tout cela par le miracle pourtant simple de l’écriture ? Écrire c’est créer un espace peuplé de gens particulier, ici des libraires, des traducteurs, des professeurs, c’est raconter une histoire qui n’existe pas encore parce que les mots qui la composent sont encore dans les limbes du cerveau de celui qui la tisse. Il arrive qu’il en soit lui-même étonné. Alors que peut faire le lecteur face à cet alchimie qui ne sera sûrement jamais complètement dévoilée sinon lire et ce d’autant que, cette fois, il s’agit de lui-même !

    Avec Calvino, entrer dans un livre c’est davantage que d’y porter intérêt le temps d’une lecture. C’est tenter de mettre de l’ordre dans les multiples pièces d’un puzzle, de déjouer les arcanes du hasard, de goûter le vertige suscité par des mises en situation inattendues et labyrinthiques, de tenter de poursuivre une ombre tout en se demandant si elle est le fruit de l’imagination ou si elle est une réalité fuyante, de se laisser embarquer dans un voyage dont on se demande où il va finir et même s’il va avoir une fin tant l’épilogue en est abrupte et les secrets multiples et aussi si d’autres lecteurs nous accompagneront dans ce périple incertain...

    Le lecteur (et la lectrice) cherche donc, tout au long de ces dix récits, à lire un improbable roman qui apparemment se dérobe à sa lecture dans une pirouette oulipienne en s’ouvrant sur un autre tout aussi mystérieux né de cet exercice de style génial. Livre, qui n’est pas vraiment un roman mais qui tient son lecteur en haleine jusqu’à la fin au point de le laisser à ce point perplexe... s’il n’est pas largué avant ;