la feuille volante
-
CLICHES PASSES - Bernard DRUPT - Editions LES DOSSIERS D'AQUITAINE.
- Le 29/03/2009
- Dans littérature française et francophone
JUILLET 1997 N° 193
CLICHES PASSES - Bernard DRUPT - Editions LES DOSSIERS D'AQUITAINE.
Diffusion: LA REVUE INDEPENDANTE 206/208 rue Edouard Branly 93100 MONTREUIL-sous-Bois.
*
Une rencontre avec Bernard DRUPT par le truchement de ce qu'il préfère, c'est-à-dire l'écrit est toujours un moment d'exception.
Dans la continuité de PHOTOS-SOUVENIRS, et peut-être davantage, il nous invite à visiter une autre galerie de portraits qu'on imagine couleur sépia ou noir et blanc puisque c'est ce qui sied le mieux à la photographie. Pas si passés que cela ces clichés pourtant, à moins que ce ne soit cette allusion à ce temps d'avant qui nous obsède tous et qui fait partie de notre vie. Les souvenirs s'envolent comme l'évoque le dessin en couverture d'Arfoll, l'éternel complice et qui me rappelle un poème de Jacques Prévert.
S'il nous donne à voir des personnages qui "(Jaillissent) de sa mémoire", s'il en égratigne quelques autres, règle des comptes ou rend à l'occasion un hommage appuyé, ce livre reste un recueil de souvenirs personnels. Je choisis d'y voir quelques moments forts qui sont autant de jalons dans son parcours.
Petit garçon, on ne lui a pas ouvert les portes de la vie à deux battants mais les circonstances le poussèrent plutôt vers l'entrée de service. Enfant de la guerre, tour à tour manoeuvre et homme de peine à qui la chance souriait bien peu souvent il a pu très tôt vérifier cette maxime qui veut que la vie ne fait pas de cadeaux à ceux qu'elle a choisis pour être ses victimes. Il a eu de la société qui l'entourait l'image d'un monde ou les sans-grades comptent peu et où il faut se battre simplement pour survivre. Les riches et les puissants y font leur loi. Ils vous écrasent pour la seule raison qu'ils se croient différents de vous. Ils vous méprisent et vous les regardez s'agiter en vous disant que vous prendrez un jour sur eux votre revanche... mais ce n'est pas bien sûr. La vie vous joue parfois de bien vilains tours et la justice ne fait forcément partie de ce monde. Il n'empêche nous avons ici à l'occasion l'image de l'égoïsme humain que ne saurait racheter l'exemple de l'abbé Pierre!
C'est en peu de mots l'illustration de la condition des plus humbles qui se débattent face à plus forts qu'eux. Bernard DRUPT sait aussi évoquer le monde du travail, ingrat lui aussi, image en raccourci d'une société dont il est le reflet. C'est la réalité des "Petits chefs" que génère la hiérarchie, suffisants et parfois incompétents qui aiment autant la flagornerie que la compromission parfois au mépris de la conscience professionnelle. Il y est là aussi interdit de marquer sa différence sous peine d'être broyé par ceux à qui on n'a pas fait acte d'allégeance quand l'occasion s'est présentée. Ils apprécient qu'on ne donne pas de la voix, qu'on reste dans le rang, qu'on ne se rebiffe pas, qu'on soit bien lisse... C'est sur ce terreau qu'ils prospèrent!
Il a depuis longtemps décidé d'être lui-même puisque à ses yeux "le naturel vaut mieux que l'épate".
Heureusement il y avait le cinéma qu'il aimait tant et la lecture dont parle si bien Valéry Larbaud. "J'ai eu le grand bonheur d'aimer lire depuis le jour où j'ai vu un livre." Et puis aussi "Mes livres, mes seuls professeurs ayant contribué à l'enrichissement de ma vie d'homme." avoue-t-il au détour d'un chapitre!
Un autre moment fort est sans conteste tout ce qui concerne les odeurs, les goûts si particuliers dont il avoue ne les avoir jamais retrouvés depuis. Ce furent les croissants d'avant la seconde guerre mondiale et auxquels il n'avait pas droit, les pommes fermes et juteuses de l'automne 43, les épinards au fromage de l'hôtel Helvétia... Des parfums aussi qui sont présents à sa mémoire comme "le Caïffa" de son enfance qui transportait du café. Pour lui faire oublier l'horrible panade il y avait heureusement le pain perdu, les gaufres et le pâté de lapin mais je gage que ces derniers plats ne devaient pas être quotidiens.
Je choisis enfin une dernière évocation. C'est celle de cette femme sous son voile de deuil, secouée dans un autorail bringuebalant. Je ne sais pas pourquoi mais en lisant ce texte j'ai tout de suite songé au merveilleux poème d'Antoine Pol "Les Passantes" auquel Georges Brassens accrocha ses notes mélancoliques. "A la compagne de voyage dont les yeux charmant paysage font paraître court le chemin... A celles qu'on connaît à peine, qu'un destin différent entraîne et qu'on ne retrouve jamais... Chères images aperçues, espérances d'un jour déçues..." Il est des rencontres qu'on n'oublie pas et qui s'incrustent dans le souvenir malgré soi avec leur cortège de regrets. "De la main qu'on n'a pas su prendre, des yeux qui doivent vous attendre ..." C'est cela aussi cette vie, cette nostalgie qui vous accompagne, ces remords qui parfois vous troublent...
Après quelque vingt-cinq ouvrages publiés, ce livre se referme où les bons souvenirs égrenés dans un style personnel se mêlent aux mauvais. Alors, quel regard porte-t-il sur cette existence dont nous savons qu'elle est éphémère? Je ne saurais répondre pour lui mais ce qui est essentiel et renouvelé à cette occasion c'est qu'il a voulu laisser une trace. A l'instar de Georges Chillon qu'il interviewa et dont DITES-MOI (du même auteur) a gardé la mémoire il peut dire: "J'ai pris la parole".
Hervé GAUTIER
-
UN LIEU INCERTAIN – Fred VARGAS – Edition Viniane Hamy.
- Le 29/03/2009
- Dans littérature française et francophone
N°327– Mars 2009
UN LIEU INCERTAIN – Fred VARGAS – Edition Viniane Hamy.
Quand un critique s'intéresse à un livre, récent ou non, sa tâche n'est pas simple, entre raconter l'intrigue sans la dévoiler et faire des commentaires, pertinents de préférence! Avec Fred Vargas, c'est toujours plus compliqué, puisque sa démarche d'écriture s'inscrit dans des contextes multiples, déroutants parfois.
Les personnages d'abord. Adamsberg, commissaire un peu ombrageux qui dirige ses enquêtes à sa manière. Le lecteur a l'impression, qu'elles lui échappent parfois, qu'il s'égare, qu'il est un peu perdu dans ses quêtes personnelles et professionnelles, avec son passé qui le rejoint,... mais tout s'arrange à la fin. Le commandant Danglard, alcoolique et érudit [parfois un peu trop pour être vraisemblable], lui aussi hésite, mais heureusement, il est là. Il aggrave même un peu son cas en tombant quasi-amoureux d'une Anglaise... Le lieutenant Violette Retancourt, femme de poids et surtout incontournable. D'autres personnages gravitent autour d'eux dans cette enquête, et on remonte loin dans leur histoire personnelle...leurs intrigues et leurs errances sont attachantes.
L'histoire ensuite, ou les histoires qui déroulent leurs moments indépendamment les unes des autres, au moins au début, ce qui est un peu déroutant pour le lecteur, désorienté par les rebondissements inattendus. Ici, ce sont des chaussures (françaises) découvertes outre-manche, alignées devant un cimetière anglais, comme un rituel, mais « avec des pieds dedans », c'est à dire qu'on n'avait pas pris soin de déchausser les victimes avant de les exécuter, d'autre part, et sans que cela soit lié avec l'affaire précédente qui doit, bien entendu, rester du domaine des policiers anglais, un sombre épisode de Garches, en France, où on découvre le corps d'un homme assassiné et consciencieusement déchiqueté, comme si on avait voulu le faire disparaître complètement... pas tout à fait cependant, peut-être pour marquer une piste... ou égarer les enquêteurs! On parle de Serbie, d'Autriche, d'Avignon, de messages d'amour rédigés dans une langue que, bien entendu, Danglard est le seul à pouvoir traduire, de naissance difficile d'une petite chatte et d'Espagnol ayant perdu un bras pendant la guerre civile, de médecin « aux doigts d'or » un peu énigmatique, de vampires, de caveau et de mort annoncée, d'enquête sabotée, de pressions hiérarchiques pour cacher une vérité inavouable, d'un arbre généalogique qui n'en finit pas de dérouler ses branches et ses racines à travers le temps... Le lien entre tous ces événements ne tombe pas sous le sens. Et pourtant!
Il y a le style,ici, peut-être plus qu'ailleurs, assez indéfinissable, qui entretient le suspense jusqu'à la fin, pas vraiment policier, et c'est heureux, le sens de la formule, les mots qui ont leur importance avec la charge d'humour, d'émotion, de poésie parfois qu'ils portent en eux et qui n'est pas négligeable. Ils enrichissent le texte, l'éclairent, et les références nombreuses aux autres romans de l'auteure confèrent une unité à l'œuvre.
On ne raconte pas un roman de Fred Vargas, on le goûte, on se laisse porté par lui, même si, je dois le confesser, les premiers ne m'ont pas vraiment enthousiasmé.
Toutes ces aventures entrainent le lecteur dans une sorte de labyrinthe où il s'égare volontiers, avec gourmandise même. C'est qu'il en est le témoin privilégié , qu'il doit être à la hauteur de ce qu'il lit, que cela a été écrit pour lui, et exclusivement pour lui. Alors, cela mérite bien plus qu'une lecture du bout des yeux et son attention sera récompensée, mais au dénouement seulement, pas avant!
Il doit garder à l'esprit qu'il est le témoin privilégié de ces événements dont les arcanes se déroulent sous ses yeux, qu'il tient le livre entre ses mains, juge l'écriture autant que le suspense qu'elle tricote et peut, à tout moment refermer l'ouvrage comme on prononce un verdict. Tout cela est intime, silencieux et personnel, sans logique ni objectivité... mais la sentence est sans appel, souvent définitive et on se dit que tout cela n'est pas pour nous, qu'on n'y comprend rien, que c'est trop compliqué, trop confus, bref qu'on n'aime pas. Ce faisant on peut, malheureusement, passer à côté de quelque chose, se priver d'un bon moment de lecture, se frustrer soi-même de ce dépaysement qui est si nécessaire à notre quotidien, de ce voyage dans une autre dimension qu'on adore cependant et dont on redemande parce que les rebondissements de l'intrigue ne font qu'ajouter à l'intérêt qui va croissant et nous fait trépigner fébrilement jusqu'à l'épilogue...
Pour moi, un roman de Fred Vargas est toujours un événement.
Hervé GAUTIER – Mars 2009.http://hervegautier.e-monsite.com
-
ENTRE LES MURS – Un film de Laurent CANTET [Palme d'or Cannes 2008].
- Le 29/03/2009
- Dans cinéma français
N°314 – Septembre 2008
ENTRE LES MURS – Un film de Laurent CANTET [Palme d'or Cannes 2008].
Il est de la “Palme d'or” comme du “Prix Goncourt”, on parle de l'oeuvre qui est couronnée et elle fait débat! C'est d'ailleurs heureux puisque, pour un créateur, rien n'est pire que l'idifférence. Ici, c'est carrément une polémique que suscite ce film et on oscille entre des extrèmes, soit on est laudatif voire inconditionnel, soit les critiques pleuvent...
A s'en tenir au film, qu'en ai-je retenu? D'abord le décor : une classe de 4° dans un collège de ZEP d'une banlieue difficile où un professeur de Français peine à faire son véritable métier, celui d'enseigner notre langue, de provoquer les réactions constructives de ses élèves, de leur donner l'occasion de s'exprimer sur le programme scolaire mais aussi sur la langue, la littérature, la syntaxe, le vocabulaire...
Premier constat : Le message ne passe pas et le malheureux enseignant à qui on demande de nombreux diplômes pour être nommé à ce poste a du mal à se faire entendre de ses élèves et en est réduit à faire de la discipline dans sa classe, pour la simple raison qu'il n'y règne pas l'ordre et le silence nécessaires à la transmission du savoir. C'est aussi un paradoxe, ce professeur souhaiterait évidemment plus de sérénité dans son cours, même s'il a été, quelques années avant, un étudiant un peu indiscipliné, voire chahuteur, dans les amplis de la faculté! Cela est souligné par le personnage d'Esméralda, volontiers frondeuse et irrévérencieuse... qui veut plus tard être policière, sans doute par amour de cet ordre qu'elle contribue largement à perturber dans ce microcosme!
Deuxième constat : Les élèves veulent rester dans le système scolaire, même si, d'évidence, il ne leur sert à rien: témoin cette jeune fille au début du film qui ne veut pas être dirigée sur le “secteur professionnel” alors que son avenir est plus sûrement dans ce domaine que dans le milieu scolaire traditionnel d'où elle sortira sans diplôme et donc sans prespective. Cette classe étant composée majoritairement d'enfants d'immigrés, on comprend bien que l'école, qui devrait être regardée comme une chance d'intégration est en réalité une voie de garage. S'ils en sont exclus, ce sera aussi l'explusion administrative du territoire avec toutes les conséquences qu'on peut imaginer. Dès lors, l'école apparaît comme un moyen des plus artificiels de maintenir un fragile équilibre que les élèves eux-mêmes, en dépit de leur intérêt, ne font rien pour entretenir.
Troisième constat : Les enseignants de ce collège sont conscients de cela, témoin ce professeur de mathématiques qui, en se présentant à ses collègues, se déclare “prof de tables de multiplications”! C'est assez dire le niveau de cette 4° où, d'évidence, les acquis des années antérieures sont nuls! D'ailleurs, on n'entend jamais François Marin parler de littérature, ce qu'il devrait quand même faire! Chacun de ses cours n'est qu'un long et pénible débat, par ailleurs oiseux et sans méthode, avec ses élèves, sur tout et n'importe quoi... Et on se demande bien ce qu'ils peuvent en retirer.
Quatrième constat : L'organisation d'une société à laquelle l'école est censée préparer inclut l'ordre. Le professeur devrait incarner l'autorité et, à l'évidence, ne le fait pas puisque non seulement il accepte, au nom sans doute de la dialectique, un dialogue qui se révèle stéril avec des élèves inconsistants dont on comprend vite qu'ils sont ici pour passer le temps, mais surtout perd son sang-froid et se met lui-même dans une position difficile à tenir. Le spectateur sent bien que l'autorité dont est censé être revêtu le chef d'établissement, et à travers lui l'école, ne peut rien face à la mauvaise volonté des élèves. La décision du Conseil de discipline prononçant l'exclusion de Souleymane est révélatrice. Il sera explusé de France [on devine son avenir] et paiera seul ce qui n'était qu'un dérapage partagé né de l'insolence constante de cette classe, mais aussi du manque d'autorité du professeur. [Le spectacteur aurait sans doute espéré davantage de mensuétude dans le prononcé de cette sanction!]
Cinquième constat : Ce fim montre bien bien que ceux qui sont irrévérencieux sont noirs ou d'origine maghrébine, les blancs et les jaunes méritent félicitations et encouragements, ce qui correspond bien à l'image [malheureuse] de notre société multiraciale pour laquelle l'école veut être une chance d'intégration, ce qu'en réalité elle est rarement! C'est la mère de Souleymane qui présente, dans sa langue, ses excuses personnelles au nom de son fils pour éviter l'exclusion que celui-ci semble maintenant accepter comme une fatalité. Double constat d'échec en matière d'éducation, celui de l'école certes, mais aussi celui de la cellule familiale.
Sixième constat : la faillite de l'école mise en évidence par les dernières secondes du film. Cette séquence pose question. Une élève qu'on n'a pas vue pendant le long métrage, c'est à dire qu'elle ne s'est signalée ni par son insolence ni par son assiduité, vient avouer simplement “qu'elle n'a rien appris pendant l'année”! On suppose qu'elle s'est également ennuyée dans les classes précédentes. C'est là un constat des plus alarmants remettant en cause le fondement même de l'enseignement et, au-delà, de notre société.
Septième constant : à mon avis, le rôle d'un professeur de Français, surtout en 4°, est de donner envie à ses élèves de lire. Cela ne me semble pas évident au vu de ce film, nonbstant l'épisode du jounal d'Anne Frank. Je voudrais cependant souligner que l'allusion d'Esméralda à “La République” de Platon, qu'elle dit avoir lu avec intérêt me semble un peu artificiel face à l'image qu'elle a donné d'elle. Soit c'est faux et c'est dommage, soit c'est vrai et François Begaudeau, l'auteur du roman qui a servi de prétexte à ce film, n'a plus qu'à changer de métier, ce que je crois, il a fait.
J'observe enfin qu'un débat s'instaure entre les élèves sur la nationalité française et qu'Esméralda déclare n'être pas fière d'être française. Pourtant, j'imagine que ses parents, eux, ont beaucoup souffert pour cela et ne doivent pas renier leur choix!
Un film est une oeuvre d'art. Le rôle d'un artiste n'est pas seulement de créer, c'est à dire de réaliser une fiction, c'est aussi de porter témoignage de son temps. De ce point de vue, Laurent Cantet remplit son rôle, d'autres cinéates l'ont fait également avec talent, même si ce témoignage est nécessairement partiel, voire partisan. En tout cas, son film ne laisse pas indifférent. C'est là un documentaire plus qu'une oeuvre de création, mais je continue de penser et même d'espérer que l'école reste globalement un moyen d'éducation, voire d'intégration et un des fondements de notre société.
© Hervé GAUTIER - Septembre 2008.
-
Voltaire et l'affaire Calas - Vendredi 23 janvier 2009 - ARTE [Francis Reusser].
- Le 29/03/2009
- Dans Réflexions
Voltaire et l'affaire Calas – Vendredi 23 janvier 2009 - ARTE [Francis Reusser].
Programmer une émission où Voltaire tient la vedette ne peut qu'améliorer la sacro-saint audimat. Les statistiques importent peu puisque le personnage ne laisse jamais indifférent. Il incarnera toujours l'esprit français volontiers frondeur et rebelle, même si on lui a, avec le temps, fait dire des choses qu'il n'a jamais dites. Le « voltairianisme » est plus qu'un mot passé dans le langage courant. Il incarne un esprit d'incrédulité, voire d'irrespect, au regard de la religion. Il est aussi un génial polémiste, un écrivain doué, un libertin, un bon vivant...
Il reste que sa volonté « d'écraser l'infâme », comprenons, combattre l'intolérance du catholicisme et du fanatisme religieux en général, ne s'est jamais démentie. En digne acteur du siècle des Lumières, il considérait en effet qu'il ne pouvait y avoir de progrès et de civilisation pour l'humanité sans la nécessaire tolérance. C'était, à ses yeux, ce qui manquait le plus à cette religion, qui, par ailleurs, à travers les institutions et la morale, entendait régir la vie des Français et surtout asservir le peuple en s'alliant aux puissants et en se servant d'un Dieu au nom de qui ses représentants sur terre était censés parler.
C'est dans ce contexte que Voltaire, à près de 70 ans et alors qu'il est exilé à Ferney, c'est à dire loin de Paris, choisit de réhabiliter Jean Calas, roué vif après avoir été accusé sans la moindre preuve d'avoir assassiner son fils qui voulait se convertir au catholicisme. L'occasion était trop belle pour qu'il la laissât passer puisque cette affaire avait pour cadre la très catholique Toulouse et que Jean Calas avait le malheur... d'être protestant! La cause avait quelque chose de grand, elle était de celles qui transcendent ceux qui la défende, surtout quand ce n'est pas gagné d'avance. Ce sera d'ailleurs le prélude à d'autres défenses peut-être moins retentissantes, mais tout aussi importantes [Sirven, La Barre, Montbailli, Lally-Tollendal].
Ce que je retiens de ce télé-film, c'est certes cette erreur judiciaire heureusement combattue par Voltaire, mais c'est aussi l'ambiance de Ferney. A l'époque Voltaire y a recueilli une descendante lointaine et hypothétique du grand Corneille, Marie, dont elle ne porte que le nom. Qu'une jeune fille, inculte et surtout inexpérimentée se retrouve ainsi dans la demeure d'un vieillard tel que lui a de quoi inquiéter. Mais, pas du tout, notre homme a résolu de la marier et pour ce faire a commencé un commentaire de Corneille qu'il souhaite vendre par souscription et ainsi lui constituer une dot. Ce mariage se fait, malgré les réticences un peu feintes du philosophe et sa volonté de modeler l'esprit de sa pupille devenue véritablement sa fille.
Je parlais de l'ambiance. En voyant ce film, j'ai repensé à un livre [La Jeune fille et le philosophe – Frédérique Lenormand] qui a fait l'objet d'un commentaire élogieux dans cette chronique [La Feuille Volante n° 290 - Janvier 2008]. J'ai retrouvé avec plaisir l'esprit virevoltant de Voltaire que Claude Rich incarne merveilleusement [je l'imaginais cependant avec un visage plus amaigri, plus marqué par l'âge] mais aussi l'impertinence « acquise » de Marie Corneille. Fut-elle véritablement l'inspiratrice de ce combat en faveur des Calas? Pourquoi pas. En tout cas, j'ai passé une bonne soirée.
©Hervé GAUTIER – Janvier 2009.http://hervegautier.e-monsite.com
-
Droit d'inventaire – France 3 – Diffusion mercredi 28 novembre 2007 – 20h50.
- Le 29/03/2009
- Dans Réflexions
°285– Novembre 2007
Droit d'inventaire – France 3 – Diffusion mercredi 28 novembre 2007 – 20h50.
Je ne suis pas un fan de la télé, tant s'en faut, et cette revue a été créée avant tout pour parler des livres et plus généralement de la culture. D'autre part, devant la mise en place par les médias d'une information de plus en plus tronquée et partisane, de la télé-réalité, du déferlement de violence à travers les séries américaines et les fadaises que le petit écran distille à longueur de soirée, un magazine qui parle de notre histoire, à un heure de grande écoute, c'est à dire pas trop tard, ne pouvait qu'être le bienvenu. Présenté par une jolie femme, ce qui ne gâte rien, il ne pouvait qu'être une invitation supplémentaire à m'installer devant mon récepteur. Je n'avais pas vu le premier numéro mais celui-la, consacré à Libération, cette page de notre histoire bien souvent occultée, retenait mon attention.
J'ai apprécié que Marie Drucker invite Max Gallo qui a posé sur cette période un regard d'historien et de critique, et l'a fait avec tout l'humanisme et toute l'humanité que nous lui connaissons. Le principe de cette émission était donc de revisiter la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Elle a abordé des thèmes récurrents et pas vraiment nouveaux, comme « les camps de la mort », la rafle des juifs ou la fuite des criminels nazis, sauvés par ceux-là mêmes qui les combattaient pendant la guerre et, en cela, elle n'a, à mon sens, pas apporté un éclairage nouveau à ce que nous savions déjà. Les alliés connaissaient l'existence des « camps », n'ont rien fait pour arrêter cette entreprise de destruction, les Américains ne voulaient pas faire « une guerre pour les juifs », Paris n'était pas un objectif militaire et il a fallu toute la détermination du Général Leclerc pour que la capitale fût libérée par des troupes française, les résistants du Vercors ont bel et bien été sacrifiés. On le savait certes déjà, mais une piqûre de rappel ne fait jamais de mal. En revanche il y a des idées reçues qui ont la vie dure, comme cette légende tissée par Von Choltitz lui-même autour de sa personne et corroborée peut-être par le roman de de Lapierre et Collins et par le film éponyme qui en a été tiré et que chacun a vu au moins une fois. Il aurait été ce général qui aurait pris le risque de désobéir à Hitler que pourtant il vénérait et qui aurait ainsi été le sauveur de Paris. Il a pourtant été un criminel de guerre, boucher de Sébastopol qui, s'il en avait eu les moyens, aurait fait subir à Paris le sort des capitales étrangères sous la botte allemande. Cela lui a valu d'échapper au tribunal de Nuremberg et, après quelques années de détention dans une quasi-prison, de couler un retraite paisible avec sa famille et d'avoir, ironie de l'histoire, les honneurs militaires à ses obsèques!
De même, les films d'Alphonse Mahusier avaient longtemps été cachés. Ils ont eu le mérite de porter témoignage du quotidien de la Résistance. C'est là un document précieux.
Mais ce qui a retenu mon attention et que cette émission n'a pas oublié, c'est ce qui a longtemps été un tabou, tout juste évoqué avec une certaine gêne par les historiens ou les simple citoyens, ces femmes tondues à la libération pour avoir seulement fait de la collaboration horizontale, c'est à dire d'avoir couché avec des Allemands. Là aussi, comme lors de «l 'épuration », la justice dite populaire a été expéditive et surtout dénuée de jugement, d'instruction et pressée d'en finir en évitant surtout de chercher à comprendre, animée seulement par un désir de vengeance qui n'allait pas au-delà d'un humiliation publique [mais quand même!] et avait l'avantage de n'être pas, en apparence seulement, définitive. Il valait mieux ne pas savoir ce qui animait ces exécuteurs d'un jour, peut-être la volonté d'humilier les plus faibles, l'aveuglement, la jalousie, le désir de donner le change et de dissimuler par ce geste spectaculaire et sans danger une attitude pas très glorieuse tout au long de cette guerre, le désir de se racheter peut-être parce qu'ils n'avaient pas été des héros quand il le fallait, celui de s'affirmer en tant que mâle, montrant d'autant plus facilement autorité et puissance qu'ils ne risquaient plus rien, assouvissant peut-être une vengeance personnelle de celui qui avait été éconduit par celle-la même qu'il était en train de tondre.
Un des moments forts de cette émission, à mon sens, fut de faire témoigner une de ces femmes qu'on ne voyait d'ordinaire que sur la pellicule. Elles n'ont pourtant pas trahi, pas dénoncer mais leur seul tort avait été d'avoir eu un amant allemand. Elles ont ainsi expié individuellement et publiquement ces années d'occupation. Elles ont parlé par la voix de l'une d'elles enfin sortie de l'anonymat et ont ainsi recouvré leur fierté, leur honneur, tant il est vrai que la plupart d'entre elles ont vécu le reste de leur vie prostrée dans le silence et la honte au point de taire cet épisode à leurs propres enfants.
Un autre moment fort fut également celui où une femme, fruit des amours proscrites entre un Allemand et une Française, est venue parler, avec émotion, de sa vie, des non-dits, de l'exclusion qu'elle a dû subir jusque dans sa propre famille, de la volonté des siens de lui faire payer à elle qui n'y était pour rien, une faute qu'elle n'avait pas commise.
Plus généralement cela illustre cette face cachée de la condition humaine, la part d'ombre de chacun d'entre nous, faite tout à la fois d'envie, de lâcheté, de petitesse et il fallait bien que ce fût l'émission d'une femme pour qu'ainsi ces pauvres femmes tondues soient réhabilitées et que tombent peut-être les tabous de cette période.
-
QUELQUES MOTS SUR LE JUGE TI (630-700)
- Le 29/03/2009
- Dans littérature française et francophone
N°293– Février 2008
QUELQUES MOTS SUR LE JUGE TI (630-700)
Il devait être un personnage étonnant, le juge Jen-Tsi TI, magistrat qui a réellement vécu en Chine au 7° siècle de notre ère et qui fut un célèbre détective. Il devait effectivement être quelqu'un de passionnant, d'attachant aussi puisque sa trace a été retrouvée et sa figure immortalisée par le romancier Robert Van Gulik [1910-1967], diplomate orientaliste qui en a fait le héros d'une série policière à succès. Il occupa de nombreux postes diplomaties en Asie et en Chine. Il est également l'auteur d'un douzaine de livres sur la littérature, l'histoire et les Beau-Arts de l'Inde, de la Chine et du Japon et a surtout publié des études approfondies sur la peinture, la sociologie de la Chine ancienne. Il est notamment l'auteur d'un traité sur l'administration de la justice en Chine à l'époque Song [« T'ang yin pi shih » Parallèle cases from under the Pear-Tree – Leyde 1956]. Ces données techniques et particulièrement argumentées se retrouvent dans 17 romans où Gulik met en scène le juge TI dont il évoque les authentiques enquêtes, en ayant soin à la fois de créer pour son lecteur une ambiance exotique et de peindre un personnage aux déduction et aux actions d'investigations policières extraordinairement efficaces.
Au passage, il en profite pour donner de lui sa véritable image, celle d'un homme de son temps, vivant dans le société chinoise de l'époque avec épouses, palanquins et tous les membres qui composent les couches sociologiques d'alors, mais loin des clichés traditionnels que la littérature policière occidentale a volontiers instillé dans l'esprit du lecteur. Il le présente en effet comme un fonctionnaire intègre, animé par le seul sens du devoir, soucieux d'une bonne administration de la justice, sans natte [Elle viendra bien plus tard avec les Mandchous], sans opium [il n'en fume pas], mais respectant la procédure pénale chinoise de l'époque avec torture et mise à mort, avec force détails de la vie quotidienne, une certaine préciosité de langage et des descriptions d'un grand réalisme. TI deviendra plus tard ministre de la Cour Impériale et son influence sur les affaires de l'état sera grande. Gulik met en scène son héros dans des villes réelles ou imaginaires où il exerce sa charge de magistrat, avec toujours un plan de la cité, des gravures que l'auteur lui-même a dessinées dans le style de l'époque et une liste des personnages qui apparaissent dans chaque affaire, ce qui en facilite la lecture et la compréhension. Respectant la trame traditionnelle du roman policier chinois dans chacun de ses ouvrages, il fait résoudre au juge trois affaires qui s'entremêlent. Chez lui le style est épuré, l'intrigue passionnante, le dépaysement assuré.
Cela a assuré à Gulik un succès populaire en Grande Bretagne, aux États-Unis et ses romans ont été traduits en Chine et au Japon. Son premier ouvrage [« Les enquête du juge TI »] a été publié en France en 1962.
Le plus étonnant sans doute dans cette affaire, c'est que le personnage du juge TI, qui avait déjà inspiré les auteurs de romans policiers chinois, a été repris par un romancier contemporain, Frédéric LENORMAND (né en 1964) qui, dans un style différent plus humoristique, mais en gardant le même esprit, fait revivre cet étonnant magistrat qui ne vieillit décidément pas, avec « Les nouvelles enquête du Juge TI » qui ne me laisseront évidemment pas indifférent.[La Feuille Volante n° 291].
© Hervé GAUTIER – Février 2008.
http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg -
LA JEUNE FILLE ET LE PHILOSOPHE - Frédéric LENORMAND - FAYARD.
- Le 29/03/2009
- Dans littérature française et francophone
N°290– Janvier 2008
LA JEUNE FILLE ET LE PHILOSOPHE – Frédéric LENORMAND – FAYARD.
Comme nombre de mes contemporains, je n'ai connu François-Marie Arouet qu'à travers ses oeuvres et la légende qui a été tissée autour de lui. Il m'en est resté l'image d'un brillant jeune homme un peu libertin, d'un écrivain plein de talent et d'audace, d'un homme d'affaires avisé, un peu usurier à l'occasion, d'un humaniste plein d'humanité puis un vieillard espiègle et facétieux.
Par le miracle de l'écriture, et de l'imagination de l'auteur et ce qu'on peut effectivement appeler un roman, voilà que Voltaire revit à travers un épisode véridique de la fin de sa vie mais revisité de belle manière. Voilà qu'après un bref passage au couvent, Marie, une lointaine et hypothétique descendante du grand Corneille, dont elle porte seulement le nom, arrive à Ferney, dernier repère de notre philosophe, sous le fallacieux prétexte paternel de faire son bonheur, c'est à dire de lui faire faire un beau mariage de manière à assurer les vieux jours de ses parents. Mettre ainsi entre les mains d'un vieux libertin une charmante jeune fille, impécunieuse et inexperte de surcroît, a de quoi nourrir les plus sombres idées au commun des mortels. Que nenni! Les intentions du vieillard sont d'une autre nature puisqu'il en fait sa pupille, l'éduque et se met en tête de la marier. Mieux, pour lui constituer une dot, il va entreprendre un commentaire de Corneille qu'il compte vendre par souscription. Marie incarne vite l'image de la jeunesse qui manque tant à notre homme, celle de l'innocence aussi, quant à sa nièce, Mme Denis, qui lui sert de gouvernante, elle a, depuis longtemps, pris le pas sur le vieil homme. Voltaire va, bien entendu, en digne représentant du siècle des Lumières, se charger de l'éducation de cette jeune fille qui en a bien besoin, tant ses connaissances son inexistantes. C'est que la demoiselle, à défaut d'être instruite, est éveillée et va bientôt faire son profit de l'exemple de son maître. Voltaire est donc ainsi, pétillant et malicieux, perpétuellement valétudinaire et au pas de la mort, mais toujours prêt à ressusciter, tellement il est attaché à cette vie qu'il aime tant et qui donne l'impression de l'étonner chaque jour, à moins que ce ne soit le contraire!
Cela dit, il est avant tout l'écrivain le plus doué de son temps et il le sait. Un peu cabotin, il ne dédaigne ni la flatterie ni la flagornerie, à condition que cela soit à son profit exclusif et se sert, à l'occasion de l'autosatisfaction avec gourmandise quand il ne se fend pas d'aphorismes dont il espère bien qu'ils passeront l'épreuve du temps, et quand il tresse un compliment, c'est pour mieux être payé de retour. Il manie avec grâce la géniale contradiction à condition, bien sûr qu'il y trouve son compte et se joue avec un plaisir non dissimulé des institutions, de l'Église et de ses représentants, de toutes les hiérarchies et passe son temps à s'amuser de la société des hommes et de ses nombreux travers, mais ne dédaigne cependant pas la protection des puissants. Il fait d'autant plus facilement oeuvre de polémiste qu'il a eu soin de se retirer sur un domaine jouxtant la frontière suisse qui peut à l'occasion lui servir de refuge! C'est que, toujours soucieux de son image, notre Voltaire s'est mis en tête de célébrer les mérites du grand Corneille qui était censé être l'ancêtre de sa pupille. Et cette jeune fille, inculte au départ, va, sous la férule de son précepteur, devenir instruite, impertinente même! Cela indispose quelque peu le vieux maître, au moins peut-il constater que son exemple a été suivi et que ses leçons pragmatiques et philosophiques ont porté leurs fruits. Pour elle, au nom du doute, l'interdit voltairien devient un ardent encouragement, ses conseils, de formidables repoussoirs qu'elle s'emploie à combattre, avec l'aide de la littérature de son pire ennemis, Rousseau, c'est un comble!. En matière de lecture, Jean-Jacques le dispute à Descartes et à Virgile, mais Voltaire n'est jamais très loin qui distille oralement ses diatribes contre l'Église, les autres écrivains, bref, contre tout ce qui n'est pas lui. On ne se refait pas! Pourtant des liens se tissent, ténus mais solides entre ces deux personnages et l'auteur finit par prêter à Marie un sentiment quasi filial « Elle sentit qu'elle aimait ce vieux lutin enflammé ». Nul doute que ce sentiment était partagé et nous verrons, après bien, des rebondissements, comment l'académicien réussit à l'unir à son mari... sans se séparer d'elle!
Marie Corneille fut-elle à l'origine de l'émotion ressentie par Voltaire pour l'affaire Calas, ce père protestant de Toulouse accusé injustement du meurtre de son fils?Là, l'auteur de Candide laisse son espièglerie de côté pour devenir le pourfendeur de l'injustice, le défenseur des opprimés, l'empêcheur de penser selon la pensée unique, le metteur en scène du doute systématique. Lui le déiste mécréant choisit de défendre un protestant pour mieux s'attaquer à l'intolérance et au fanatisme du catholicisme. Sa quête réelle de la justice n'interdisait pas, à ses yeux qu'on parlât de lui!
C'est peut-être un effet de mon imagination ou du talent de l'auteur, mais j'ai beaucoup ri en lisant ce livre, tant le style est plaisant, la phrase alerte, bien dans le genre du philosophe de Ferney à qui visiblement il porte de l'affection. J'ai même vu Voltaire virevoltant entre les pages, souriant entre les lignes!
© Hervé GAUTIER – janvier 2008.
http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg -
MORT D'UN JOUEUR DE GO - Frédéric LENORMAND - Fayard
- Le 29/03/2009
- Dans littérature française et francophone
MORT D'UN JOUEUR DE GO – Frédéric LENORMAND - Fayard
Qu'y a -t-il de commun entre un goban, tablier du jeu de go, et la petite ville de Hohhot située aux confins de l'Empire du Milieu qui fait partie de la circonscription du juge Ti, mandarin cultivé, fonctionnaire impérial scrupuleux et intègre?
Le jeu de go, qu'il ne prise pourtant pas, exige des partenaires lettrés, réfléchis, hors du commun. C'est un jeu de stratégie dont certaines parties peuvent durer des mois, mais c'est aussi un art de vivre, l'expression de la morale et de la sagesse. Dans cette province reculée où les habitants sont incultes, le climat rigoureux, la cuisine immangeable et où les distractions sont rares, Ti ne va pas tarder à regretter la capitale, les honneurs, le raffinement... Pourtant, à l'occasion d'une tournée de collecte d'impôts où il se révèle à la fois fin magistrat et percepteur efficace, il va donner de sa fonction une image nouvelle et peu académique. Il va être confronté à une série de crimes qui vont mettre à l'épreuve sa sagacité et son esprit de déduction. Bien qu'il considère le jeu de go comme un passe-temps pour oisifs, le juge Ti va être amené à s'y intéresser au point de devenir le partenaire du seigneur local qui en est friand, pour mieux dénouer la trame compliquée d'une situation où les cadavres se multiplient! Dans un contexte où le suspense est subtilement tissé et entretenu, le lecteur attentif et passionné se familiarise avec la société et la civilisation chinoises de l'an 676 de notre ère autant qu'avec la personnalité à la fois riche et inattendue du juge
J'ai aimé ce livre non seulement à cause du style, agréable et parfois humoristique que j'avais déjà apprécié à propos d'un de ses autres livres [ « La jeune fille et le philosophe » – La feuille Volante n°290], mais aussi du dépaysement que ce roman procure!
© Hervé GAUTIER – janvier 2008.
http://monsite.hervegautier.e-monsite.com