la feuille volante

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  • Ceux d'à côté - Laurent Mauvignier

    N°1733 – Avril 2023

     

    Ceux d’à côté – Laurent Mauvignier – Les éditions de Minuit.

     

    Tout d’abord il y a deux femmes qui alternativement prennent la parole sous forme de monologue, Catherine et Claire qui sont voisines de palier et amies. Catherine prépare un concours de chant et assure la surveillance d’une cantine scolaire, c’est à dire qu’il ne lui arrive rien, qu’elle n’attend plus rien de sa vie et s’y ennuie. Elle sait qu’elle ne sera jamais une grande chanteuse mais elle trompe sa tristesse en attirant des hommes chez elle pour une étreinte rapide et sans lendemain. Claire au contraire a un homme dans la sienne, Sylvain, mais elle est violée par un inconnu dans son appartement et même si dans ce vieil immeuble on perçoit chaque bruit venu de l’appartement voisin, Catherine, un casque sur les oreilles et qui s’exerçait au chant, n’a rien entendu. Elle culpabilise pour cela autant que pour le silence qui a suivi le départ de son amie, hospitalisée et qui laisse son appartement désormais vide.

    Claire parle à Catherine qui se rend compte que les mots de son amie, censés la soulager, sont pour elle une sorte de nourriture dont elle se repaît puisque ce récit vient combler le vide de son existence. Elle en conçoit une honte intérieure mais aussi une sorte de jalousie et même l’espoir que quelque chose de semblable lui arrive enfin à elle. Après tout l’auteur de ce crime n’a pas été arrêté et peut parfaitement revenir et elle imagine même qu’elle le croise sans ressentir aucune crainte. La perspective de son concours ne suffit même plus à la motiver et c’est l’ennui qui baigne maintenant toute sa vie. Ce sont donc deux solitudes qui se font face.

    L’auteur y ajoute une troisième, celle du violeur qui confie, lui aussi sous forme de monologue, son mal de vivre, sa difficulté de parler aux autres, de se regarder lui-même dans une glace à cause des pulsions sexuelles qu’il ne peut refréner, même par la marche, de se supporter lui-même et d’avoir détruit cette femme. Il est bourrelé de remords, repense à elle constamment, veut même la revoir pour vérifier qu’elle est encore en vie et songe à sa propre mort comme à une délivrance. Pourtant c’est vers Catherine qu’il se sent attiré...

    C’est un roman sur la solitude, sur le vide. Nous vivons dans un siècle de la communication, des brassages de populations où plus qu’avant, des rencontres parfois improbables sont possibles. Et pourtant l’ isolement s’impose de plus en plus, un peu comme un constant contraire à cette apparente réalité, à l’image de l’être humain qui est lui-même un paradoxe entre volonté et impossibilité.

  • La république du crâne - Brugeas et Toulhoat (BD)

    N°1732 – Avril 2023

     

    La République du Crâne – Vincent Bugeas (scénario) – Toulhoat (dessins)– Dragaud.

     

    Tout au long de ma lecture, je n’ai cessé de penser à cette phrase attribuée à Socrate « Il y a les vivants, les morts et les marins ». C’est bien de la vie des marins dont il va être question dans cette BD, et pas n’importe quels marins puisqu’il s’agit de pirates qui ont souvent nourri et illuminé notre enfance et son imaginaire où se mélangeaient les termes « forbans », « flibustiers », « corsaires », « boucaniers » sans que nous sachions bien souvent faire la différence entre eux. En tout cas ils ont nourri et illuminé notre imaginaire avec la soif de liberté, le goût de l’inconnu, des voyages, de la violence, une vie courte qui souvent se terminait au bout d’une corde ou d’un coup de sabre, mais intense et libre … On connaissait déjà le « Capitaine Crochet », », l’ancêtre du capitaine Haddock dans « Le secret de la licorne », « Barbe rouge », « Long John Silver », les pirates étaient souvent présentés comme de pauvres bougres qui n’avaient que ce métier pour subsister, qui souvent avaient survécu aux différents combats maritimes et à la dure discipline du bord, se retrouvaient abandonnés dans les ports en attente d’un embarquement et vivaient d’expédients. Ils étaient analphabètes, violents, buveurs, sans foi ni loi ... Quant aux femmes, elles étaient dans ce domaine assez rares, même si la chanson « Les filles de La Rochelle » mentionne leur existence. Là c’est autre chose, c’est une version plus romantique, plus démocratique, plus humaniste et républicaine, peut-être aussi un peu utopique, qui nous est présentée, non dénuée pour autant d’abordages, de drapeau noir, de chasses au trésor, de tempêtes et de Caraïbes, mais peuplée d’« honnêtes hommes » et cela bouscule un peu leur image traditionnelle.

    Nous suivons les aventures un peu mouvementées de cette frégate prise aux Anglais et dont le nouveau nom est inspiré de leur drapeau, celles de la belle et un peu mystérieuse reine Maryam avec sa « cour » d’anciens esclaves, celle de ses membres d’équipage partagés entre la fraternité et les rivalités, les assauts meurtriers, la traque des navires marchands, les rituels pirates, la survie dans le secret d’un repli de la côte, la propension bien humaine des chefs à devenir tyrans, à adopter pour leur compte les méthodes qui les ont jadis asservis et ainsi à trahir leur idéal, leurs engagements et satisfaire leurs ambitions, la tentation de rentrer dans le rang et d’obtenir le pardon en se mettant au service du roi, bref des attitudes parfaitement humaines...

     

    J’ai bien aimé que ce récit, qui casse un peu le mythe traditionnel du capitaine barbu, souvent borgne avec une jambe de bois, nous soit narré sous la forme d’un authentique journal de bord, qui plus est rédigé avec précision par Olivier de Vannes, le second devenu capitaine qui en profite pour écrire à un correspondant fictif, le Commodore Jonas qui est un officier de marine anglais, ennemi définitivement héréditaire de la France, ce que l’Histoire ne démentira pas. L’épilogue sera à la mesure de cette aventure passionnée. Le capitaine Sylla est imberbe et idéaliste, parle à l’occasion en alexandrins, est élu et respecté par ses hommes, participe à un jeu de rôle du procureur « maindeferettêtdebois » dans d’ improbables procès. J’ai bien aimé que cette histoire remette à sa vrai place la réalité de la traite négrière qui était certes un commerce immoral d’être humains mais commençait, ce qu’on a un peu oublié, au sein même des tribus africaines. Le récit m’a paru plausible quoique sûrement un peu imaginaire mais néanmoins bien documenté et qui n’exclut pas les doutes et les luttes internes à l’équipage. Il est servi par des couleurs et des dessins particulièrement précis et expressifs surtout en ce qui concerne la beauté des femmes.

    Je ne suis pas très versé dans la bande dessinée, cette lecture ayant été surtout motivée par la participation hasardeuse à un jury, mais je dois dire que cet ouvrage m’ a passionné et je ne regrette pas d’avoir été embarqué, moi aussi, l’espace d’un long moment, sur « la République du Crâne ».

     

     

     

  • Seuls - Laurent Mauvignier

    N°1731 – Avril 2023

     

    Seuls – Laurent Mauvignier – Les éditions de Minuit.

     

    Un soir Pauline appelle Tony pour qu’il vienne la chercher à l’aéroport. Lui qui vit seul d’un travail qu’il n’aime pas, veut y voir un signe du destin qui va précipiter les choses et faire revenir vers lui cette jeune fille devenue femme qu’il connaît depuis l’enfance et à qui il n’a jamais cessé de penser depuis qu’ils étaient étudiants ensemble. A cette époque ils partageaient un appartement en colocataires et il n’y avait entre eux qu’une solide amitié, une vie de frère et sœur. Puis elle est partie longtemps à l’étranger avec un homme, abandonnant tout. Avec son accord elle s’installera chez lui le temps de trouver un appartement. Pendant quelques temps ils vivront donc ensemble, comme ils l’ont déjà fait jadis, et pour les yeux des autres seront comme un couple d’amoureux, singeant une vie de couple. Ce mensonge le ravit et il voudrait que cela dure toujours, qu’elle reste enfin avec lui, devienne amoureuse de lui. Il revit au point d’envisager de quitter son travail, de reprendre ses études... Pourtant, tout les a toujours séparé, elle était toujours très courtisée et lui était un garçon complexé, sentimental, idéaliste, timide et qui rêvait d’un « grand amour » et elle était sensuelle, libre et aimait l’amour physique. Rien n’a changé entre eux mais la réapparition inattendue de Pauline réveille pour Tony cet amour refoulé qu’il a toujours éprouvé pour elle sans oser le lui avouer et sans même qu’elle-même s’en aperçoive. Maintenant, c’est un peu comme s’il voulait rattraper le temps perdu et il transforme son appartement pour que Pauline s’y sente bien et peut-être y reste, une démarche pourtant vouée à l’échec Leur relation est révélatrice de la complexité de l’être humain qui trahit à la fois son besoin d’être aimé et la crainte de l’être, l’illustration de l’attirance et de la répulsion des êtres entre eux. Mais Pauline se lasse vite de cette monotonie, de cette routine banale de Tony devenu vieux garçon à force de l’attendre et disparaît à nouveau et s’installe avec Guillaume, plongeant Tony dans un désespoir dévastateur qui provoque sa disparition brutale dont le père cherche l’explication auprès de Pauline.

    De ce roman au titre évocateur il ressort une grande solitude, une fragilité, celle du père qu’on sent tourmenté, désemparé face à ses souvenirs de guerre, qui s’aperçoit bien tard qu’il est passé à côté de ce fils sans avoir cherché à le connaître et peut-être à l’ aider, celle de Tony, ballotté par les événements qui s’imposent à lui mais aussi celle de Pauline, incapable de se fixer et qui ne pense qu’à elle. C’est un peu comme si, hautaine, indifférente, volontiers arrogante, elle vivait à ses côtés sans le voir, comme s’il était un témoin transparent, impuissant face aux aventures amoureuse de cette femme. J’ai même eu l’impression qu’elle jouait avec lui, avec sa candeur, avec sa timidité et prenait un certain plaisir à détruire tous les espoirs fous que Tony avait tressés et auxquels il s’accrochait désespérément. Ce sont à l’évidence deux êtres qui ne se ressemblent pas, qui ne sont pas faits l’un pour l’autre mais que la vie a réuni pour mieux les séparer et pour qui la vie commune eût été impossible, de toute manière.

    Cette impression de solitude est renforcé par l’absence de dialogues, le style est fluide, poétique parfois, agréable à lire malgré des phrases un peu longues.

    Je redis ici que j’apprécie cet auteur pour la qualité de son style, à la fois simple et précis mais aussi pour les thèmes de réflexion qu’il choisis pour nourrir son œuvre.

     

  • Apprendre à finir - Laurent Mauvignier

    N°1730 – Avril 2023

     

    Apprendre à finir – Laurent Mauvignier – Les éditions de Minuit.

     

    La voix de ce monologue c’est celle d’une femme blessée dont le mari, après un accident de voiture, est paralysé et revient chez lui après une hospitalisation. C’est un couple déjà vieux, la fille aînée est mariée et deux adolescents sont encore au foyer. Elle lui a fait de la place dans leur petite maison, s’occupe de lui avec une attention de tous les instants, avec dévouement et amour et se consacre principalement à lui. Elle sait qu’il remarchera mais qu’il faudra du temps, elle accepte cela avec abnégation mais cette perspective lui permet de faire des projets de voyages avec lui, accepte d’aller faire des ménages pour rendre cela possible, l’immobilisation de son mari compromettant l’équilibre financier du ménage. C’est un peu comme si elle récupérait cet homme, certes diminué, mais qui revenait au foyer, comme si elle cherchait à oublier ce qu’avait été leur vie d’avant l’accident, faite d’invectives, d’insultes, d’hostilités et même de coups de sa part à elle et dont leurs enfants meurtris, désemparés et dégoûtés de leurs parents, avaient été les témoins, comme si cette tranche de vie n’avait jamais existé, comme si cette ambiance délétère était imaginaire, comme si cet homme au passé un peu secret, fait de souffrances dues à la guerre, de doutes et de chômage n’était pas allé chercher dans d’autres bras un bonheur qu’il savait impossible chez lui, comme si elle n’avait jamais été jalouse et agressive. Elle était trompée, le savait et l’acceptait, impuissante à s’opposer à cet adultère.

    Maintenant, pour elle c’est une véritable renaissance, avec une volonté de chaque instant de lui témoigner son amour par de petits gestes dévoués du quotidien et, après avoir été désespérée, agressive même, elle revit de l’avoir retrouvé et ce d’autant plus qu’il est coincé chez lui. Elle veut donc lui faire oublier cette maîtresse, cherchant intimement les raisons de cet abandon, en éprouvant même de la culpabilité, se présentant comme une épouse attentive, patiente, absolutoire, tentant d’apprendre à finir cette histoire d’amour de contrebande pour en recommencer une autre avec lui et effacer cette passade, de se poser en garante de la famille. Pourtant tout avait bien commencé entre eux, mais dégénéra très vite, imperceptiblement, sous les coups du quotidien. Elle se présente comme une femme courageuse, patiente, honnête, pleine de sollicitudes face aux erreurs passées de ce mari qui grâce à elle aujourd’hui revit. C’est un peu comme si elle choisissait d’oublier ses rancœurs, sa soif de vengeance, l’ éventualité  d’une reprise de cette relation adultère, pour un retour à une vie de famille apaisée, pour que les choses rentrent dans l’ordre, reviennent à une place qu’elles n’auraient jamais dû quitter et peut-être un nouvel amour avec lui.

    Lui n’a rien de contrit, de repentant, au contraire, il est bizarrement silencieux comme s’il opposait à ses bons soins une attitude bizarrement indifférente voire négative. C’est à peine s’il prend la parole, se félicite de ses progrès, se réapproprie son entourage, son quartier. Il n’est pas douteux qu’il a de la chance d’être ainsi cocooné, d’être chez lui, avec sa femme aux petits soins. Il vit peut-être mal, comme un reproche , une honte ou une vengeance intime cette sollicitude face à son adultère passé.

    Son attitude à elle est peut-être inspirée par l’amour mais j‘y vois une forme d’égoïsme, une manière de se protéger elle-même mais aussi peut-être une opportunité, une dernière chance qu’il ne faut pas laisser passer pour une meilleure qualité de vie commune. Elle envisage même de lui pardonner, d’oublier son orgueil et sa résignation passée et de lutter dans les plus petits gestes du quotidien dans ce seul but et invite même un de ses fils à adopter son attitude. Toute cette posture est évidemment méritoire et porteuse d’avenir pour eux mais j’avoue aussi que je partage ses doutes pour l’avenir, inopportunité des voyages qui les eût réunit, la menace de la reprise de cette relation extraconjugale parce que, malgré tous ses efforts pour paraître plus jeune et plus désirable, l’ombre de l’autre femme qui l’obsède.

    Le livre refermé, ce roman me laisse pourtant quelque peu perplexe par les sujets qu’ il soulève, l’amour entre les êtres qui est fragile, le pardon qui est malgré tout difficile, l’oubli, les compromis voire les compromissions, les mensonges qu’on se fait à soi-même pour enjoliver le présent, la honte d’avoir été trompé et aussi de s’être tromper soi-même, d’avoir vu sa confiance trahie et son impuissance à réagir, de connaître les regrets et les remords, les doutes qui empoisonnent le présent et hypothèquent l’avenir, l’hypocrisie qui force à ne rien voir ou à tout supporter, le sentiment d’injustice de voir comment a été récompensé chaque moment d’abnégation passée, la certitude qu’on est plus rien pour celui qu’on a choisi et sa volonté de tourner la page, de passer à autre chose, l’évidence d’être partagé entre la crainte de son départ définitif et la volonté qu’il parte pour que les choses soient enfin claires, que tout ce qu’on avait imaginé s’effondre, la certitude que leur passé destructeur sera toujours le plus fort.

     

    J’apprécie cet auteur pour son style à la fois simple, dénué d’artifices littéraires, parfois brusque, plein d ‘émotions mais aussi pour les thèmes humains qu’il a choisis et qu’il traite à la fois avec humanité et humilité. C’est toujours pour moi un bon moment de lecture mais aussi de réflexion.

     

     

     

  • Les derniers jours des fauves - Jerome Leroy

    N°1729 – Mars 2023

     

    Les derniers jours des fauves – Jérôme Leroy – La manufacture de livres.

     

    Nathalie Séchard, huitième Présidente de la République (de gauche) terminera son mandat et ne se représentera pas, ça nous rappelle quelque chose. Son parti « Nouvelle Société » a les mêmes initiales que les siens. Là aussi ça nous évoque quelque chose. Certes les sondages ne sont pas brillants et sa popularité quelque peu bousculée, mais il faut se méfier de l’opinion publique versatile, non, ce qui motive cette décision assez étonnante c‘est qu’elle adore la baise en écoutant Haydn et que cela lui semble incompatible avec la fonction. Accessoirement nombre de ses prédécesseurs, mâles il est vrai, n’y ont pas regardé de si près qui ont combiné sans aucune difficultés « pouvoir, épouse et maîtresses », il y en même un qui en est mort, sauf que pour elle c’est que cela se passe avec son jeune et vigoureux mari de vingt six ans son cadet. Mutatis mutandis, ça nous rappelle aussi quelque chose. La seule originalité de cette situation politique inédite en France, c’est que son compagnon, rebaptisé non sans quelque ironie « Premier Monsieur », reste dans l’ombre.

    Bref, on est en pleine uchronie. Cela n’a pas été simple pour elle non parce qu’elle est une femme, son adversaire (de droite) l’est aussi, mais son mandat s’est inscrit en pleine pandémie de Covid et ses différents variants au nom grec, avec l’obligation vaccinale, le confinement et les polémiques inévitables, la jacquerie des Gilets jaunes, les fake-news, les habituelles forfaitures et autres combats politiques sans merci, la baisse inquiétante du PIB et pour corser le tout la sécheresse et les conséquences du dérèglement climatique, les attentats terroristes les troubles à l’Ordre public, la montée de l’extrême droite, ça commence à faire beaucoup et on sent qu’elle ne va pas regretter son initiative. Renoncer à cette fonction prestigieuse et aux avantages qui s’y attachent demande réflexion d’autant que les candidats à la magistrature suprême ont une fâcheuse tendance à se bousculer et ainsi réveiller leur ego démesuré en se sentant pousser des ailes, pour,  une fois en poste n’en faire qu’à leur tête en manipulant tout le monde. Depuis sa décision chacun fourbit ses armes, prépare ses alliances et ses tartuferies. On se méfie de ses amis politiques et de leur propension à trahir, on suppute leurs chances, on observe leurs manœuvres, dans un contexte délétère de guerre des services de l’État, de coups bas et de règlements de comptes, un vrai monde de fauves. Après tout on peut toujours y voir le jeu normal de la démocratie qui précède la présentation d’une candidature.

    Au cours de ce texte savoureux écrit avec humour, au vrai un festival de sexe, de jouissance mais aussi d’assassinats parce qu’on y meurt beaucoup et pas seulement à cause du virus, j’ai beaucoup ri grâce aux situations parfois ubuesques ou cocasses mais aussi au style alerte qui les décrit. Il y a beaucoup de personnages et on s’y perd un peu mais, même si elle est quelque peu surréaliste, j’ai été sensible à l’histoire de ce « Capitaine » et de son appétence pour la littérature. On pourra toujours, si le cœur nous en dit, voir des ressemblances « avec des personnes existant ou ayant existé », mais ce serait là une appréciation personnelle même si ce genre de littérature fait toujours recette.

    Nous le savons, la politique est un jeu qui chez nous existe grâce à la démocratie, qui est officiellement le gouvernement du peuple par le peuple et en sa faveur et qui surtout nourrit ceux qui en font profession, les transformant souvent en parasites. Ils appartiennent à une caste de plus en plus éloignée du peuple qu’elle est censée représenter. Là aussi ça nous rappelle peut-être quelque chose.

     

     

  • Histoires de la nuit - Laurent Mauvignier

    N°1728 – Mars 2023

     

    Histoires de la nuit - Laurent Mauvignier – Les éditions de Minuit.

     

    D’emblée, le décor est planté, un hameau de trois maisons au nom mystérieux et inquiétant au milieu de nulle part, une maison vide, la deuxième occupée par Christine, une artiste-peintre retirée des mondanités qui s’est réfugiée là pour finir ses jours, Patrice Bergogne, un agriculteur bourru qui a toujours vécu ici, c’est un brave homme, un peu naïf mais surtout amoureux de son épouse la belle Marion qui travaille dans la ville d’à côté, Ida leur jeune fille à qui Christine sert de Tatie. Tout est modeste et désert ici et les lettres anonymes de menace déposées chez l’artiste prennent soudain une dimension énigmatique, viennent troubler la paix de ce microcosme rural et précèdent une visite qui se révèle vite indésirable.

    C’est aussi l’histoire de ce couple mal assorti qu’observe Christine, où l’amour a laissé place à la routine et où les époux s’éloignent l’un de l’autre à cause de l’usure inévitable du couple, avec leurs petits accrocs ordinaires et les petites libertés qu’on s’octroie dans le secret. Ida qui adore ses parents grandit dans cette famille et se réfugie dans ces « histoires de la nuit », un livre plein d’aventures à la fois effrayantes et merveilleuses qui nourrissent ses rêves. Cela aurait pu durer comme cela pendant des années sans même qu’on voit le temps passer, mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille, avec ses bouleversements qui interviennent quand on s’y attend le moins, avec cette volonté de croire que tout est possible et que peuvent prévaloir l’oubli, la bonne foi, la justice, le bon droit contre l’opportunisme et la trahison, contre les envieux, les destructeurs qui se croient tout permis parce qu’ils ont une parcelle de pouvoir et qu’ils entendent en abuser ou contre ceux qui ont choisi d’évoquer un passé aux souvenirs délétères. C’est compter sans le hasard qui fait partie de la vie bien plus qu’on ne veut l’admettre, sans le passé qui vient soudain présenter sa créance qu’on croyait oubliée, avec le silence qui n’est qu’un bouclier dérisoire contre des turpitudes longtemps cachées, avec son lot de rancœurs et sa volonté de vengeance contre toutes les injustices qu’on nous a imposées, le poids d’une enfance assassinée, ses ressentiments contre la vie que d’autres nous ont obligés à subir avec suffisance et arrogance parce que les comptes se règlent toujours d’une façon ou d’une autre. On peut avoir la naïveté d’inventer un passé banal à ceux qu’on a choisi pour les siens et avec qui on a résolu de lier sa propre vie, ou de ne pas trop chercher à connaître le déroulé de périodes où on n’était pas, la réalité revient toujours pour remettre les choses à leur vraie place, elle nous ouvre les yeux qu’on avait malencontreusement maintenus fermés. Leur vrai image s’impose alors à nous dans toute sa rudesse, dans toute sa cruauté, les ressentiments longtemps tus éclatent dans le déroulement brutal des événements, les zones d’ombre apparaissent enfin, nous révélant l’étendue de notre erreur et de leur hypocrisie. Le pardon est désormais impossible tant les choses ont été si longuement et sciemment cachées. C’est un peu tout cela qu’Ida découvre lors de cette soirée qui qui se voulait festive mais qui la fait soudain sortir de son univers protégé de l’enfance, lui révélant autrement que dans ses contes du soir le monde des adultes, leur violence, leurs mensonges, leurs non-dits, leur volonté de domination, leurs aspirations à la liberté et leur image qui soudain se délite. Le visage convenu de Marion s’efface au rythme des mots prononcés, son image se gomme peu à peu en révélant une autre bien moins idyllique, des comptes se règlent entre frères mais Patrice non plus n’est pas en reste et il ne sort pas indemne de tout cela.

     

    Malgré des phrases un peu longues, ce roman est agréable à lire, avec une écriture à la fois brute et fluide, un luxe de détails et de précisions, une architecture subtile ce qui maintient l’attention et l’intérêt du lecteur jusqu’à la fin. A travers un récit aux multiples rebondissements, l’auteur nous présente une analyse psychologique à la fois fine et brutale, une galerie de portraits d’où la nature humaine ne ressort pas grandie parce que l’habiller de vertus et de bons sentiments est une erreur. Les situations qu’il nous donne à voir sont pertinentes et révélatrices d’une volonté de mystification, de violence, de secret qui caractérise les êtres humains noyés dans une société qui a perdu ses repères traditionnels et c’est aussi le rôle de l’écrivain que d’être un miroir de son temps et de l’humanité. J’ai aimé ce roman où s’insinue une intrigue si habillement menée qu’elle tient le lecteur en haleine , distillant dans un huis-clos pesant un suspense de bon aloi.

  • la lucarne - José Saramago

    N°1726 – Mars 2023

     

    La lucarne – José Saramago – Seuil.

    Traduit du portugais par Geneviève Leibrich.

     

    Ce roman écrit entre 1940 et 1950, qui est le deuxième d’un jeune auteur alors inconnu, fut refusé par l’éditeur portugais à qui il avait été envoyé et qui ne prit même pas la peine de lui répondre. On imagine la frustration de ce jeune homme qui avait mis dans cet ouvrage tous ses espoirs et aussi sans doute pas mal d’illusions. Ce ne fut qu’en 1989 que ce même éditeur, prétextant un déménagement et la découverte fortuite de ce manuscrit, en proposa l’édition, ce qui fut refusé par l’auteur qui maintint sa décision jusqu’à sa mort. L’ouvrage ne fut publié qu’à titre posthume, mettant notre auteur, toutes choses égales par ailleurs, dans la même posture que Fernando Pessoa, son illustre prédécesseur, qui confia une partie de son œuvre à une vielle malle avant son décès. Il n’est pas inutile de préciser que José Saramago (1922-2010) avait entre-temps acquis une vraie notoriété et fut plus tard, en 1998, couronné par le Prix Nobel de littérature. Cela n’est pas sans rappeler la mésaventure littéraire de Marcel Proust qui vit son roman « Du coté de Chez Swan » refusé par Gallimard mais obtint l’année suivante, en 1919, le Prix Goncourt pour « A l’ombre des jeunes filles en fleurs », deuxième tome de « A la recherche du temps perdu ». La même péripétie est arrivée à Mathias Enard pour « Boussole » qui reçut le Goncourt en 2015 ! Tout cela n’est pas sans poser question sur la fonction d’éditeur dont le rôle principal est la découverte de talents ! Ça n’a pourtant pas été simple pour Saramago, né dans un milieu quasi analphabète et qui dû très tôt exercer des métiers ingrats avant de voir son talent reconnu.

    Ce roman se passe dans un immeuble de Lisbonne où vivent six couples avec ou sans enfants où chacun connaît son voisin, lui parle, l’observe, le juge, se limitant à des rapports de voisinage sans plus. L’auteur commence par les présenter pour ensuite décliner leur histoire personnelle alternativement au cours des chapitres suivants et ainsi affiner chaque portrait. Dans ce microcosme Saramago observe les familles, jeunes et vieilles, qui connaissent des difficultés financières, recherchent le bonheur mais aussi qui sont minés par le malheur, l’envie, la crainte du quand dira-ton, le désir sexuel et la frustration qui va avec, la jalousie, l’autoritarisme, la critique, les adultères, les bassesses, la morale, l’hypocrisie, les haines ordinaires, communes à tous. Il complète le tableau en évoquant une jeune femme entretenue par un homme plus vieux et plus riche et la tromperie qui va avec, la fin d’une idylle et la naissance d’une autre, le désamour entre parents et enfants, le vice et la délation, l’usure du couple et avec lui tous les regrets que suscite cet amour qui, bien entendu, ne rime jamais avec toujours... Il y a ce jeune homme qui se pose des questions sur lui-même et sur sa vie future et qui doit bien avoir quelques ressemblances avec l’auteur ! Chacun rêve d’une vie meilleure, fait ce qu’il peut pour échapper à son quotidien par la lecture ou la musique mais il n’y a rien là d’extraordinaire puisque cette recherche nous est commune à tous dans cette comédie humaine.

    A travers cette lucarne, l’auteur nous donne à voir la photographie d’une société en raccourci, qui se bat au quotidien contre la misère, les ennuis quotidiens, quelque chose de très semblable à toutes les sociétés humaines populaires et désargentées. Pour cela il se fait un peu voyeur, indiscret et curieux, nous détaillant par le menu ce qui fait la vie de chacun, jusque dans les détails les plus anodins voire des plus intimes d’un couple. Il s’ensuit une série de réflexions pertinentes sur l‘espèce humaine, ses secrets et ses fantasmes, le sens de la vie et de la solitude qui nous est commune à tous. Pour autant tout cela baigne dans une sorte d’ambiance de suspicion et de retenue, de secrets qui est due à la dictature de Salazar à moins que cela ne soit la marque de la « saudade », cette nostalgie où se conjugue le passé et le présent, mâtinée du désir de ce qui manque et de l’espoir de le trouver un jour, une sorte de mal de vivre, un état d’esprit si propre à l’âme lusitanienne et dont l’homme de Lettres portugais ne peut manquer de se faire l’écho.

  • Les Feuillets poétiques et Littéraires

    N°1727 – Mars 2023

     

    Les Feuillets poétiques et Littéraires – Marjan.

     

    Je reprends ici une études qui date de nombreuses années à propos des Feuillets poétiques et Littéraires fondés par Marjan (1918-1998).

     

    ...Puis rapidement les choses se précisèrent. Son métier de typographe à l'imprimerie l'amena rapidement à fonder sa propre revue. Ce furent Les Feuillets Poétiques et Littéraires (FPL) qui virent le jour en juillet 1935. Marcel Auger avait 17 ans. Pendant 50 ans, cette revue qui en fait était plutôt une collection rayonna sur le monde poétique et littéraire français et publia des centaines de poètes. Il en était à la fois l'animateur, l'homme de peine (puisqu'il les composait lui-même à l'imprimerie surtout au début) et surtout le commanditaire. Marjan a toujours répugné à demander de l'argent (Marjan ne rimait pas avec argent). Chacun donnait ce qu'il voulait selon son bon cœur ou son appréciation ce qui lui a fait dire non sans humour "qu'il avait laissé des plumes pour celles des autres". Qu'importe, il vivait cela comme une sorte de passion personnelle avec l'écriture. Je me souviens qu'il me disait ne pas vouloir tenir de comptabilité... par peur de ne plus pouvoir dormir la nuit!

    Les FPL étaient originaux à plus d'un titre. Il ne publiait que des poèmes mais cela se faisait sans exclusion ni censure. Tout au plus fallait-il qu'ils présentent un minimum de qualité littéraire. La périodicité n'était pas régulière mais surtout se mêlaient dans chaque numéro des textes d'auteurs connus et d'autres méconnus et souvent même des poètes locaux ou régionaux. Marjan tenait beaucoup à ce voisinage qui était à ses yeux une des raisons d'être de sa publication. Citer toutes les grandes signatures qui ont honoré les FPL n'est pas possible mais me reviennent en mémoire les noms d'Hervé Bazin, Eugène Guillevic, Pierre Mac Orlan, Jean Cocteau, Maurice Carême, Paul Fort... Ces grands noms qui souvent étaient des amis personnels lui offraient un poème parfois inédit ce qui ajoutait à l'importance des FPL. L'invité d'honneur avait sa photographie au sommaire de chaque numéro et le classement des participants se faisait par ordre alphabétique. Cette collection publiait également des recueils individuels consacrés à un seul poète.

    Il y eut bien entendu une interruption pendant la guerre avec destruction de certaines archives et des premières séries mais jusqu'au n°142 qui marqua la fin de cette collection en 1986 il resta fidèle à la présentation sous forme de travail d'imprimerie de ces feuillets.

    Je dois noter que si la parution était irrégulière, la sortie de chaque numéro n'en était pas moins saluée comme un événement et circulait dans le monde entier. Je me souviens d'avoir lu des lettres de félicitations (et pas seulement de ses amis) pour la qualité des textes publiés.

    J'ai déjà dit son aversion pour ce qui touchait à l'argent. Il a toujours déclaré que la poésie ne se monnayait pas, qu'elle devait se partager, se donner ce qui à ses yeux la rendait d'autant plus appréciable. Je me souviens que lorsqu'il toucha de rares droits d'auteur, il en fut presque étonné.

    Les FPL ne fonctionnaient pas par abonnement, ne bénéficiaient d'aucune subvention ni d'aucune réduction postale. Il est clair qu'une revue qui ne vit que grâce aux cotisations de ses abonnés est tenue de publier ces derniers quand ils proposent un texte. Pour l'animateur qui est souvent aussi le trésorier, refuser c'est se condamner à se priver de la participation financière de l'adhérent éconduit. Accepter c'est assurer la survie de sa revue même s'il doit pour cela sacrifier la qualité de sa publication et parfois perdre un peu de son âme. Pour Marjan, le prix à payer était lourd mais chacun participait. Il a quand même fini par abandonner! Il n'empêche, grâce à eux et d'ailleurs à tout ce qu'il a pu écrire par la suite il a noué correspondance et amitié avec de nombreuses personnes et singulièrement avec des grandes signatures de la littérature de son temps.

    Dans le même temps, notre homme, débordant d'activité avait également fondé La Revue des Jeunes dont il était l'unique journaliste mais aussi en supplément des FPL les Feuillets Tribunes et la Circulaire bibliographique. Il convient également de noter qu'il participait activement à l'Académie du Marais, au Comité de la Tribune des Jeunes, à l'Affiche de Poésie, Actuelles Poétiques, Actuelles du Terroir, Poètes du Bas-Poitou, Main dans la Main, Prise de sang, Carnets Poétiques, qui étaient des réseaux d'édition.

    Il n'était pas peu fier d'être le secrétaire perpétuel de l'Académie des XIII qu'il fonda en 1954 avec son cousin Gil Roc et cette mention figurait jusque sur sa carte de visite personnelle. Cette docte assemblée, dissoute en 1986 décernait chaque année son prix à l'auteur d'un ouvrage spirituel ou pour l'ensemble de son oeuvre. A ce propos je me souviens qu'en tant que secrétaire perpétuel il dut écarter (avec malice) un ouvrage présenté... par un ecclésiastique. Celui-ci avait mal interprété le sens du mot spirituel! La devise de cette académie était 'humour et poésie". Le prix consistait en une douzaine de bouteilles de Bordeaux d'un grand cru ce qui avait fait dire à Roland Bacri, journaliste au "Canard Enchaîné" et également membre de cette académie qu'il s'agissait « d'un prix de boissons ». Ils étaient 13 mais avaient de l'esprit comme 40!

    Ils étaient effectivement 13 dans cette académie dont l'acte de naissance officiel paraît au Journal Officiel du 24 août 1954 n°3393. Outre Marjan et Gil Roc y figuraient également Marie-Louise Perot, Max d'Arthez, Pierre Autize, Pons-Desalberes, Bon Harvest, Lucienne Jouan, Paul Baudenon, Tristan Maya, Jules Mougin, Jean l'Anselme, Roland Bacri, Gérard de Lacaze-Duthiers, Paul Reboux, Louis Chazai et Jean Valrey.

    On retrouvait aussi Marjan au sein du Jury du Grand Prix de l'Humour Noir où il fut accueilli pendant

    15 ans par Tristan Maya.

    Quand il décida de mettre un terme au FPL, il dut ressentir comme un vide car l'année précédente (1985), il entama la publication de deux collections, Le Bouc des Deux-Sèvres et Poètes du Pays Niortais et des Environs. Il ne devait pas au départ penser au succès qui vint cependant rapidement puisque les premiers numéros du Bouc n'étaient même pas numérotés. Le premier était ouvert à tous et le second se consacrait plus volontiers aux auteurs régionaux. On retrouve ici l'esprit qui animait les FPL. Il s'agissait non plus d'un recueil de plusieurs pages mais d'une feuille 21/29,7 dactylographiée ou composée par collage recto-verso, photocopiée et surtout gratuite qui circulait dans la correspondance privée de Marjan. Ils étaient collectifs et accueillaient plusieurs poètes ou bien "spéciaux" et ne donnait l'hospitalité qu'à un seul auteur. Ils étaient, suivant son expression "Hors commerce-hors de prix". Là non plus pas d'exclusion. Il publia plus largement qu'auparavant d'autant plus que le coût était moindre que pour les FPL et les autres publications. On y retrouva la mélancolie, l'humour, la dérision, le sérieux aussi et la poésie la plus classique voisinait avec la plus libérée. Le nombre de poètes publiés étaient ici beaucoup plus important qu'auparavant.

    Si les FPL recueillirent beaucoup d'éloges, le Bouc des Deux-Sèvres et dans une moindre mesure Poètes du Pays Niortais révélèrent très tôt nombre de détracteurs. Il faut bien admettre que la présentation sous forme de photocopie n'incitait guère à la lecture. Marjan laissait aux auteurs le soin de réaliser leur propre maquette ce qui n'était pas toujours une réussite. Lui se contentait de diffuser ces numéros sans souvent intervenir ni dans le choix ni dans la présentation des textes. On lui a reproché aussi, et je crois qu'il l'avait admis parfois de publier pour publier ou augmenter la collection en laissant un nécessaire choix de côté. Tout cela tranchait beaucoup sur la qualité des FPL dont le Bouc et Poètes du Pays Niortais étaient les héritiers naturels. A cette époque j'ai eu le sentiment qu'il recherchait une sorte de performance, gratuite par ailleurs ou plus exactement génératrice de frais pour lui puisqu'il supportait souvent les coûts postaux. Son slogan était que ces publications étaient "Hors commerce-hors de prix". Parfois ses correspondants lui faisaient parvenir des timbres, mais c'était rare. A cette époque il publiait parfois plus d'un numéro par semaine déclarant à qui voulait l'entendre "qu'il était pris dans un engrenage" signifiant par-là qu'il était victime de son succès.

    A sa mort le Bouc totalisait 424 numéros et Poètes du Pays Niortais 103 .