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la feuille volante

Vigile


 

La Feuille Volante n° 1415Décembre 2019.

VIGILE - Hyam Zaytoun - Le tripode.

 

L'histoire et simple et simplement mais dramatiquement racontée, celle d'une femme qui va voir mourir son compagnon victime d'un infarctus. Son éventuel retour à la vie ne se fera pas sans remises en question. Certes cela rapproche les membres d'une parentèle, les amis proches mais n'efface pas la douleur, l'incompréhension, le sentiment d'injustice, la ridicule culpabilité judéo-chrétienne d'être en vie face à la mort probable de l'autre, cette volonté impossible d'échanger sa vie contre la sienne, de vouloir souffrir à sa place. On s'accroche à n'importe quoi pour se rassurer, on s'imagine que la mort fera une exception parce qu'il ne peut en être autrement, on refait le chemin à l'envers en se demandant ce qu'on a fait de mal ou pire en regrettant ce qu'on a fait de parfaite bonne foi pour en arriver là, on envisage un futur veuvage, les enfants orphelins et la difficulté de les élever dignement. Cela illustre une nouvelle fois la fragilité des choses humaines, l'injustice des malheurs qui nous frappent. Cela nous rappelle que nous ne sommes que les modestes usufruitiers de notre vie.

 

J'ai, bien entendu, été bouleversé par ce récit, comment peut-on ne pas l'être? Évoquer la douleur est toujours un exercice délicat. Je ne sais pas s'il s'agit d'un récit véridique ou si nous sommes dans une pure fiction, mais en tout cas j'ai eu beaucoup de mal à y croire. Que cette femme choisisse de soutenir son compagnon dans cette épreuve, qu'elle soit sa "vigile" est plausible. Je veux bien que les miracles existent mais malgré moi j'ai toujours des doutes dans ce genre de situation où la Camarde rappelle brutalement sa présence et l'imminence de son action. En occident, nous faisons semblant de vivre comme si nous n'étions pas mortels, or nous le sommes tous et nous avons un rendez-vous auquel nous ne pourrons pas nous dérober. Je ne sais si c'est par une sorte de réaction mais, en outre, celui qui va mourir est idéalisé, est paré par ceux qui l'entourent de toutes les qualités qu'on lui contestait souvent de son vivant et chacun y va de cette sorte d'oraison funèbre censée retracer son parcours sur terre comme un somme de belles actions dont lui seul était capable!

 

Je veux bien que l'amour entre les êtres existe celle qui nous est décrite entre cet homme et cette femme me paraît un peu trop idyllique. Notre époque, peut-être plus que les autres, est révélatrice d'une autre réalité, les divorces sont de plus en plus nombreux et les mariages et l'hypocrisie qui va avec éclatent maintenant même à l'heure de la retraite, quand on s'est sacrifié, qu'on a eu la patience d'attendre que les enfants soient grands et soient partis d'un foyer rendu invivable par l'intempérance d'un des époux, laquelle ne correspond pas forcément à l'image d’Épinal du père inconstant. Je veux bien que la mémoire ait des défaillance et qu'on ne privilégie que l'instant présent où la mort est en embuscade, mais c'est oublier les réalité du couple, des inévitables frictions, des mensonges, des trahisons et peut-être pire, tout cela en contradiction avec les vœux et les promesses du départ.

 

Ce court roman qui se lit d'une traite est certes bien et sobrement écrit, l'auteur a su transmettre une intensité dramatique certaine, mais je n'y ai pas cru. Et tant pis si mon commentaire va a l'encontre de louanges générales.

 

 

©Hervé Gautier http:// hervegautier.e-monsite.com.

 
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