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la feuille volante

Ma reine

La Feuille Volante n° 1224

Ma reine – Jean-Baptiste Andrea – L'iconoclaste.

 

« Shell », ainsi surnommé parce qu'il porte un blouson à l'enseigne du célèbre pétrolier, ne va plus à l'école parce qu'il est un peu attardé mental et préfère servir de l'essence aux rares automobilistes qui s'approvisionnent à la station-service tenue par ses parents dans la vallée d'Asse, en Provence. Nous sommes en 1965 et le hasard a fait de lui « un enfant de vieux », ce qui n'arrange pas les choses. A 12 ans, il vit dans son monde et s'invente des histoires, met le feu par inconscience à proximité de la station et décide de partir pour la guerre sans avoir la moindre idée ce que cela signifie, simplement parce qu'un homme, un vrai, ça fait la guerre ! S'il part, c'est aussi pour ne pas être envoyé au loin dans une école spécialisée et ainsi perdre le peu de repères qu'il a chez lui. Ses fantasmes continuent de vivre en lui et il joue à l'aventurier sur le plateau et dans la nature sans trop savoir où il va. Il se fait des films et nourrit ses propres peurs, comme un enfant qu'il est resté. La rencontre qu'il y fait va le bouleverser. A part sa sœur plus vieille et déjà mariée, il n'a jamais vu de filles et Viviane, sortie on ne sait d'où, va tout de suite comprendre à qui elle a affaire et joue avec lui. Elle se baptise « sa reine » et elle va soudain prendre une place énorme dans son cœur d'enfant vide d'affection. Contrairement à ce qu'il pense il ne connaît rien aux filles, elles sont un mystère et Viviane va le nourrir et le faire grandir.

Je suis assez perplexe, le livre refermé. Il a bien failli me tomber des mains à plusieurs reprises. J'ai été long à entrer dans son univers, dans la magie de l'enfance oubliée depuis longtemps, gêné peut-être par la lenteur de l'histoire, ses longueurs, par la difficulté de croire à sa vraisemblance, même si, nous le savons, la littérature n'a pas de compte à rendre au réel, par le style volontairement puéril (le texte est écrit à la première personne), par les personnages eux-mêmes...Je n'ai vraiment été intéressé que dans les dernières pages, surpris aussi peut-être par la dimension tragique que lui donne l'auteur à la fin. J'ai choisi d'appréhender ce texte comme une fable, une histoire d'amour dont Shell, qui ne sera jamais adulte, est la victime. Viviane, qui porte un nom de fée, qui se baptise sa « reine » se rend très bien compte qui est ce jeune garçon, le manipule du début à la fin, sans doute par jeu, lui raconte des histoires merveilleuses auxquelles il croit, lui donne des ordres et exige de lui un sacrifice, même si, par moment la pitié prend un peu le dessus. Ce n'est sans doute pas comme cela qu'il deviendra l'homme qu'il veut être. Il en est follement amoureux et elle joue de cette situation sans pour autant se rendre compte de l'épilogue qu'elle va provoquer. On se demande légitimement quand ce pauvre gamin va se réveiller de ce rêve où tout est mensonge et illusions, quand il va prendre conscience de ce qui lui arrive, oubliant sans doute qu'il est ailleurs, sur une autre planète où les choses sont bien différentes. Ce n'est en rien un rite de passage vers la vie d'adulte, quelque chose d'initiatique, bien au contraire. C'est peut-être une vue de mon esprit mais je me suis demandé si cela n'était pas transposable dans la réalité, songeant à tous ceux (et celles) qui, par amour ou sous influence, mettant de côté leur raison, ont décidé un jour de sacrifier leur vie et leur avenir soit qu'ils aient fait eux-mêmes des « plans sur la comète », soit qu'ils soient tombés dans un piège, bref qui se sont trompés, qu'ils ont été trompés ! La nature humaine est ainsi faite qu'elle fait une grande place à l'hypocrisie, au mensonge, à la trahison et, à l'intérieur d'un couple et malgré les serments, les conséquences sont souvent désastreuses et la déception, et parfois pire, est souvent au rendez-vous. Devenir adulte n'est pas forcément un but même si, à cet âge et face à une fille, on a envie d'être plus vieux, mais la vie est là qui nous attend avec ses leçons et ses déceptions.

 

Je ne sais pas si mon interrogation est pertinente, Il y a certes des instants de poésie, une atmosphère par moment onirique mais ma lecture n'a pas vraiment été un bon moment passé avec ce livre.

© Hervé GAUTIER – Mars 2018. [http://hervegautier.e-monsite.com

 
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