la feuille volante

La Rochelle, « Poche » de l'Atlantique

 

N°584– Juillet 2012.

La Rochelle, « Poche » de l'Atlantique Christiane Gaschignard – Éditions « Rumeur des Ages ».

Les liens qui m'unissent à La Rochelle font que rien de ce qui touche à cette cité ne m'est indifférent, cette chronique s'étant déjà largement fait l'écho des événements qui s'y sont déroulés ou des gens qui y ont vécu. Son histoire a été mouvementée et bien souvent bousculée par des guerres, des sièges dont le plus célèbre est celui de 1627 au cours duquel Richelieu réduisit la place forte des protestants. Mais ce ne fut pas le seul ! La « Belle et rebelle », comme on l'appelle, a toujours été un endroit stratégique au bord de l' Atlantique. Le dernier en date fut celui de « la poche de La Rochelle » à la fin de la deuxième Guerre mondiale (Août 1944 – mai 1945).

Dès juin 1940, elle a été déclarée « ville ouverte » et rapidement occupée par les Allemands. La Pallice, port en eaux profondes, présentait en effet un intérêt particulier pour l'ennemi et l'organisation Todt y construisit, de 1941 à 1943, une imposante base sous-marine, élément essentiel du « Mur de l'Atlantique » complétée sur le littoral par des blockhaus, des batteries d'artillerie, des bunkers. La Rochelle-Pallice était en effet « le port allemand de l'atlantique » autant que le siège du commandement du sud-ouest. Pourtant, un débarquement sur ces côtes n'a jamais été sérieusement envisagé.

Cette période de huit mois a donc constitué le 5° siège de l'histoire de la cité rochelaise, période pendant laquelle l'angoisse a succédé à l'espoir, le temps s'est en quelque sorte arrêté puisqu'elle était coupée du reste de la France et que planait sur elle une menace de destruction. C'était une situation un peu surréaliste puisque les Allemands qui commençaient à reculer sur le reste du territoire tenaient encore ce port dans le but de le rendre inutilisable par les alliés mais aussi de fixer des troupes loin du front qui avançait vers l'Allemagne et de garder intacte leur base de sous-marins. Cette présence ennemie constituait donc un danger d'autant que pour les Américains, La Rochelle ne constituait pas une priorité et qu'il fallait marcher sur Berlin. Les Allemands tenaient certes la ville, mais, face aux troupes françaises et aux FFI, ils étaient également prisonniers ce qui entraîna une cohabitation avec les Rochelais. La présence de ces derniers fut salutaire puisqu'on pouvait penser qu'elle constituait une sorte de bouclier contre les bombardements alliés bien que, après la destruction de Royan, cette certitude fut quelque peu remise en question dans la population. De plus, l'imminence de la fin des combats a catalysé les mouvements de Résistance qu'il fallait impérativement unifier et coordonner aux manœuvres des régiments de l'armée régulière en évitant les débordements. Bien entendu se posa la question du ravitaillement qui intéressait à la fois les Français et les Allemands mais aussi la présence de la Milice, les « collabos », le marché noir, comme partout durant la guerre. Heureusement la Suède a apporté son concours et l'approvisionnement de La Rochelle fut réalisé dans l'ordre et le calme.

L'originalité de cette « poche » fut, comme le souligne opportunément l'auteur, « sa dimension humaine ». L'administration et les instances de Libération ont su faire preuve de souplesse pendant cette période mouvementée d'autant plus que si les comités de Libération commençaient à se manifester, les structures pétainistes demeuraient néanmoins en place. Mais les Rochelais se sont montrés sages et tempérés en évitant au maximum des occasions de friction avec l'occupant. De même que le signal de la Résistance avait été donné dès juin 1940 par le maire Léonce Vieljeux, cette volonté d'apaisement a été incarnée par des hommes tels que le commandant Hubert Meyer et l'amiral Schirlitz qui négocièrent diplomatiquement entre hommes de bonne volonté et de raison une reddition honorable pour les Allemands et la remise de la ville intacte aux forces françaises, ce qui était essentiel dans le futur redressement du pays. Le colonel Adeline, de son côté, fit preuve de détermination pour faire que « la convention du 20 octobre » soit signée. Il n'y eut donc pas de combats pendant cette période et les Allemands furent considérés comme des prisonniers de guerre.

Si La Rochelle a été libérée bien après Strasbourg, elle l'a été par les Français eux-mêmes et surtout sans dommages pour ses installations portuaires, la riche architecture de la ville et sa population. La situation aurait facilement pu rapidement dégénérer mais ce ne fut pas la cas et on préféra la négociation à l'emploi de la force et la volonté de vengeance.

J'ai lu ce livre fort bien documenté et passionnant du début à la fin avec les yeux d'un Rochelais désireux d'en savoir toujours davantage sur « cette ville bénie des dieux » dont le renom ne cesse de grandir. Même s'il a été publié en 1987, cet ouvrage est essentiel pour la connaissance de cette cité et de sa population.

©Hervé GAUTIER – Juillet 2012.http://hervegautier.e-monsite.com

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