la feuille volante

ENLEVEMENT AVEC RANÇON

 

N°945– Août 2015

 

ENLEVEMENT AVEC RANÇON – Yves Ravey Les éditions de Minuit.

 

Max et Jerry sont frères et en se sont pas revus depuis des années. Jerry est parti en Afghanistan et Max est resté au pays comme comptable dans une entreprise locale d’emboutissage. Ils se retrouvent autour d'un projet un peu fou : l'enlèvement de Samantha la fille du patron de Max qui ne répond pas aux avances de ce dernier. La première remarque qui vient à l'esprit est sans doute que ce n'était pas la peine, pour Jerry, de revenir d'un pays aussi lointain pour cela, d'autant que les rapports entre les deux frères sont tendus comme ils l'ont toujours été. Qu'importe, l'affaire est mise sur pied mais le lecteur s'aperçoit très vite que le projet un peu romantique d'enlever la jeune fille passe carrément au second plan puisqu'il s'agit certes d'un rapt, mais avec rançon !

 

Dans ce roman qui est plutôt un polar, on va de rebondissements en surprises et on finit par se demander qui va duper l'autre. Quand même l'action se déroule par soubresauts et on a l'impression que parfois, l’amateurisme s'insinue un peu dans ce qui nous est présenté comme un coup de maître. C'est donc l'histoire d'une trahison qui tourne mal et on ne s'attend pas au dénouement qui révèle Max sous son véritable visage alors que son frère qu'on imagine aguerri par des années de combat se fait lamentablement piéger.

 

Comme toujours le style est minimaliste avec une grande économie de mots mais qui, parfois, on se demande d'ailleurs pourquoi, s'attarde sur une description apparemment anodine, telle cette évocation de la dentelle des œufs frits.

 

Parlant du style d'Yves Ravet, on a coutume d'évoquer l'atmosphère de ses romans digne de Simenon. J’avoue que je souscrirai volontiers à cette affirmation tant, malgré un style assez sec, il y a outre un souci du détail, une sorte d'ambiance pesante mais non violente, avec une dimension d'analyse psychologique des personnages que j'aime à retrouver chez l'auteur belge.

 

Je note aussi cette relation difficile entre membres d'une même famille, que cela soit du côté des deux frères que du côté de Samantha avec son père. J'avais d'ailleurs fait la même remarque lors d'un précédente chronique (La feuille volante n°944 à propos du « drap »). J'avais mis l'accent sur l'absence du père ressentie par le narrateur comme une obsession. Ici, la chose est différente mais cette difficile relation entre une fille et son père me paraît être une constante dans l’œuvre d'Yves Ravet.

 

Je découvre volontiers les romans de cet auteur qui me paraît tout à fait digne d’intérêt.

 

Hervé GAUTIER – Août 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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