INDIGENES. – Un film de Rachid BOUCHAREB.

 

 

N°259- Octobre 2006

 

 

INDIGENES. – Un film de Rachid BOUCHAREB.

 

Je vais encore une fois déroger au but de cette revue, celui de la chronique culturelle, encore que nous n’en sommes malgré tout pas très loin avec ce film que je n’ai pas encore vu mais qui sera peut-être l’occasion d’un compte rendu de ma part.

 

Ce qui m’amène à réfléchir aujourd’hui, c’est moins cette actualité cinématographique que les conséquences qu’elle sous-tend dans le monde politique, dans le quotidien et dans l’évolution des mentalités.

L’histoire de notre pays a été mouvementée et l’étude qui nous en est proposée, notamment dans les manuels scolaires, présente d’inquiétantes zones d’ombre, souvent de pieux mensonges, parfois même des contre-vérités affligeantes. Il y a aussi de nombreux silences qu’on peut allègrement mettre sur le compte du nécessaire allègement des programmes scolaires trop chargés. Heureusement la presse, les livres, le cinéma, la télévision… sont là pour rétablir sinon un semblant de vérité, à tout le moins pour éclairer nos connaissances d’une autre lumière.

Même s’il ne saurait être question de battre sa coulpe pour les erreurs du passé, comme cela fut mis à la mode il y a peu, il n’en reste pas moins que la vérité officielle doit bien souvent être gommée ou carrément remise en question. Ainsi, les gens qu’on appelait maladroitement « indigènes » et à qui on avait enseigné, dans les écoles de la République, malgré leur origine africaine et la couleur de leur peau, que leurs ancêtres étaient grands, blancs et blonds, furent-il enrôlés en masse pour défendre la France (la « mère-Patrie ») qu’ils ne connaissaient pas, contre le nazisme. Le pouvoir politique de l’époque qui ne les tenait pas en grande considération et regroupait cette entité géographique sous le vocable « Colonies », su cependant se souvenir d’eux dès lors qu’il s’est agi de défendre le territoire national. Il est vrai que, lors de la Première Guerre Mondiale, leurs parents avaient eux aussi servi de « chair à canon » sans pour autant que les manuels scolaires, ni même les monuments aux morts se souviennent de leur sacrifice.

Depuis Clemenceau, ceux qui ont défendu le pays ont « des droits sur nous » et il est légitime de rétribuer sous forme de pensions, ceux qui ont fait, pour leur pays le sacrifice de leur jeunesse, sauf que ces droits étaient jusqu’à présent appréciés différemment suivant la couleur de la peau ou l’origine ethnique des bénéficiaires. Cette doctrine a fait naître des disparités criantes entre ceux qui, selon qu’ils étaient Français ou « Indigènes », ont cependant également défendu le territoire et la liberté.

 

Ce film arrive donc à temps pour effacer cette injustice, encore qu’il était temps car beaucoup d’entre eux sont morts sans avoir pu constater cette marque de reconnaissance. Je pense même qu’il tombe bien, après le douloureux épisode de banlieues en flammes, car tout est lié, comme tombe bien aussi l’émotion du Président de la République qui se souvient ainsi d’une promesse électorale qui trouvera ainsi et tardivement un commencement d’exécution. Il était temps ! Pourtant, il y a d’autres combattants qui attendent encore ce genre de reconnaissance, les Harkis par exemple, qui, au moment des évènements d’Algérie, ont fait le choix de la France…

 

Il y a une autre réflexion que cela m’inspire. C’est que dans notre pays, il faut des comédiens, des amuseurs publics, souvent eux-mêmes issus de l’immigration, pour faire changer les mentalités, faire évoluer les choses et que le monde politique, décidément sourd et aveugle aux problèmes quotidiens des plus défavorisés, en prenne soudain conscience et accepte d’y porter remède. Ce fut naguère Coluche, lui-même enfant d’immigrés italiens qui s’émut que dans un pays riche, il puisse encore y avoir des gens qui meurent de faim. Il contribua non seulement à des mesures fiscales en faveur des plus pauvres mais déclencha aussi un vaste élan de solidarité. C’est maintenant Djamel Debbouze qui incarne, par le truchement d’un rôle dans ce film, un des ces « indigènes » qui se sont battus pour notre liberté sous l’uniforme français. J’observe aussi qu’au moment ou le pouvoir politique de tout bord est plus soucieux de distribuer des prébendes et des avantages aux nantis, ce sont des baladins, singulièrement issus de l’immigration , à qui revient le rôle de susciter une amélioration du sort des plus défavorisés.

 

Une autre réflexion me vient à l’esprit et qui me rassure. La France, davantage que les Etats-Unis dont on nous a rebattu les oreilles avec le « Melting pot », reste un pays d’immigration, d’intégration, de tolérance, une société multiraciale qui se nourrit de ces différences. Elle y puise davantage de raisons de s’enrichir et de grandir que de craindre pour sa sécurité ou pour sa survie.

 

 

 

 

© Hervé GAUTIER.   http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg 

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