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la feuille volante

LE NOYE DU GRAND CANAL – Jean-François PAROT

N°543 – Novembre 2011.

LE NOYE DU GRAND CANAL – Jean-François PAROT – JC Lattès.

En cette année 1778, alors qu'à Paris on ne parle que de la venue de Voltaire dans la capitale et de la prochaine naissance de l'héritier du Trône, Nicolas le Floch, Marquis de Ranreuil et commissaire au Châtelet se voit confier une mission extraordinaire : celle d'être l'espion du Roi en surveillant le duc de Chartres, son cousin qui lorgne la charge d'amiral de la flotte et doit s'embarquer à Brest, à bord du « Saint-Esprit », pour aller guerroyer sur mer contre les Anglais. C'est un prince de sang mais aussi un libertin à la fois débauché, joueur et franc-maçon. Pour autant, la mission de Le Floch s'annonce mal. Pour les autres officiers, il sera en inspection, ce qui sera sa « couverture », mais en réalité il sera l'œil du Roi et celui de Sartine, ministre de la marine qui ne peut se résoudre à abandonner ses habits de Lieutenant Général de Police et qui entretient toujours une solide amitié avec Ranreuil. La bataille s'engage avec l'escadre anglais et le Marquis tente de protéger le duc qui revient sain et sauf. Pourtant notre commissaire a vent d'un complot et retrouve cette histoire de bijou volé à la reine au bal de l 'Opéra quelque temps plus tôt et qui menace de devenir une affaire d'État, sur fond de pamphlets et de diatribes contre la couronne. De plus, on attire son attention sur le rôle quelque peu trouble que joue le mystérieux mais authentique inspecteur Renard dont l'épouse est également lingère de la reine. Ce policier serait non seulement corrompu mais aussi séditieux, peut-être l'auteur ou le propagateur des libelles qui circulent contre la reine tout en lui fournissant éventuellement des livres licencieux. Quant à Rétif de la Bretonne, écrivain, polémiste, libertin et noctambule impénitent, il sert à l'occasion à Le Floch d'informateur, mais son rôle est trouble.

On retrouve, noyé dans le grand canal des jardins de Versailles, un mystérieux personnage qui pourrait bien être Lamaure, le propre valet du duc de Chartres. On a découvert sur son cadavre une étrange partition musicale et le nom d' « Horace » revient de plus en plus souvent sans qu'on sache exactement ce qu'il signifie, pas plus d'ailleurs que le message sibyllin qui l'accompagne... Que doit-on penser de ce second cadavre découvert à la pompe de la Samaritaine, lui aussi accompagné d'un fragment d'une partition musicale ? Quel est le sens réel de ce « modus operandi » qui conduit le meurtrier à ne pas dissimuler le cadavre de ses victimes ? Que signifient exactement les propos désordonnés mais qui se sont révélés prémonitoires de La Paulet, vieille connaissance de Le Floch et aussi tenancière de lupanar ? Y a-t-il un lien entre le duc et le magnétiseur Mesmer dont on parle beaucoup ? Cet énigmatique personnage, authentique scientifique ou charlatan patenté, défraie la chronique de la cour par ses expériences. Des vols étranges y seraient liés. Que viennent faire ces castrats qui se retrouvent dans l'entourage du roi ? Tous ces faits sont compliqués par la mort bien étrange de l'inspecteur Renard qui prive le commissaire d'un acteur et d'un éventuel coupable autant que d'un témoin-clé dans cette affaire décidément bien compliquée. Quel est le rôle réel de Mme Renard, l'épouse de cet inspecteur qui elle-même se livre à des trafics illicites ? Que signifie l'enlèvement d'Aimée d'Arranet ? Chaque nouveau meurtre paraît non seulement au grand jour mais aussi est accompagné d'un rébus et d'un poignard de facture italienne qui se rattachent au bijou dérobé à la reine, à la personne des ducs de Chartes et de Provence et à l'ombre de l'Angleterre, ennemi héréditaire de la France. Dans cette affaire, la haine de la reine le dispute à la trahison, aux charges convoitées puis refusées par la couronne, aux cabales, aux complots et au jeu politique. Face à cette somme d'interrogations, le marquis reste partagé entre sa fidélité aux membres de la famille royale et sa volonté de la servir et à sa sagacité de policier, soucieux de l'ordre public.

Malgré de nombreuses digressions parfois longues et compliquées, l'auteur mêle avec bonheur fiction et réalité historique, replonge, avec un art consommé du suspense son lecteur dans cette atmosphère alternativement festive et inquiétante du Siècles des Lumières, du Paris des bas-fonds et des intrigues de cour. C'est assurément un bon moment de lecture !

©Hervé GAUTIER – Novembre 2011.http://hervegautier.e-monsite.com

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