Voltaire et l'affaire Calas - Vendredi 23 janvier 2009 - ARTE [Francis Reusser].

 

Voltaire et l'affaire Calas – Vendredi 23 janvier 2009 - ARTE [Francis Reusser].

 

 

Programmer une émission où Voltaire tient la vedette ne peut qu'améliorer la sacro-saint audimat. Les statistiques importent peu puisque le personnage ne laisse jamais indifférent. Il incarnera toujours l'esprit français volontiers frondeur et rebelle, même si on lui a, avec le temps, fait dire des choses qu'il n'a jamais dites. Le « voltairianisme » est plus qu'un mot passé dans le langage courant. Il incarne un esprit d'incrédulité, voire d'irrespect, au regard de la religion. Il est aussi un génial polémiste, un écrivain doué, un libertin, un bon vivant...

Il reste que sa volonté « d'écraser l'infâme », comprenons, combattre l'intolérance du catholicisme et du fanatisme religieux en général, ne s'est jamais démentie. En digne acteur du siècle des Lumières, il considérait en effet qu'il ne pouvait y avoir de progrès et de civilisation pour l'humanité sans la nécessaire tolérance. C'était, à ses yeux, ce qui manquait le plus à cette religion, qui, par ailleurs, à travers les institutions et la morale, entendait régir la vie des Français et surtout asservir le peuple en s'alliant aux puissants et en se servant d'un Dieu au nom de qui ses représentants sur terre était censés parler.

 

C'est dans ce contexte que Voltaire, à près de 70 ans et alors qu'il est exilé à Ferney, c'est à dire loin de Paris, choisit de réhabiliter Jean Calas, roué vif après avoir été accusé sans la moindre preuve d'avoir assassiner son fils qui voulait se convertir au catholicisme. L'occasion était trop belle pour qu'il la laissât passer puisque cette affaire avait pour cadre la très catholique Toulouse et que Jean Calas avait le malheur... d'être protestant! La cause avait quelque chose de grand, elle était de celles qui transcendent ceux qui la défende, surtout quand ce n'est pas gagné d'avance. Ce sera d'ailleurs le prélude à d'autres défenses peut-être moins retentissantes, mais tout aussi importantes [Sirven, La Barre, Montbailli, Lally-Tollendal].

 

Ce que je retiens de ce télé-film, c'est certes cette erreur judiciaire heureusement combattue par Voltaire, mais c'est aussi l'ambiance de Ferney. A l'époque Voltaire y a recueilli une descendante lointaine et hypothétique du grand Corneille, Marie, dont elle ne porte que le nom. Qu'une jeune fille, inculte et surtout inexpérimentée se retrouve ainsi dans la demeure d'un vieillard tel que lui a de quoi inquiéter. Mais, pas du tout, notre homme a résolu de la marier et pour ce faire a commencé un commentaire de Corneille qu'il souhaite vendre par souscription et ainsi lui constituer une dot. Ce mariage se fait, malgré les réticences un peu feintes du philosophe et sa volonté de modeler l'esprit de sa pupille devenue véritablement sa fille.

 

Je parlais de l'ambiance. En voyant ce film, j'ai repensé à un livre [La Jeune fille et le philosophe – Frédérique Lenormand] qui a fait l'objet d'un commentaire élogieux dans cette chronique [La Feuille Volante n° 290 - Janvier 2008]. J'ai retrouvé avec plaisir l'esprit virevoltant de Voltaire que Claude Rich incarne merveilleusement [je l'imaginais cependant avec un visage plus amaigri, plus marqué par l'âge] mais aussi l'impertinence « acquise » de Marie Corneille. Fut-elle véritablement l'inspiratrice de ce combat en faveur des Calas? Pourquoi pas. En tout cas, j'ai passé une bonne soirée.

 

©Hervé GAUTIER – Janvier 2009.http://hervegautier.e-monsite.com 

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