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la feuille volante

Quand sort la recluse

La Feuille Volante n° 1251

Quand sort la recluse – Fred Vargas – Flammarion.

 

Retour des brumes de l'Islande, le Commissaire Adamberg se retrouve plongé dans le quotidien d'un flic, une histoire d'épouse tuée, de mari soupçonné, d'amant interrogé, la routine quoi...Il se charge même, pendant qu'il y est, d'une autre affaire, menée rondement d'ailleurs, mais ce qui va surtout le passionner, c'est que, un peu par hasard, parce qu'un de ces adjoints, frustré d'une carrière passionnée ichtyologue, s'intéresse à autre chose qu'à son travail, il croise le nom de la Loxolesceles rufescens, une araignée si peureuse qu'elle se terre dans son trou, d'où son surnom de « recluse ». Elle aurait tué, du côté de Nîmes, trois octogénaires, mais il y a quelque chose qui cloche, notamment parce que le venin de cet insecte n'est en principe pas dangereux et qu'il y a eu d'autres morsures sans grandes conséquences. S'agirait-il du résultat d'une mutation génétique, de l'adaptation d'un insecte au réchauffement de la planète, où tout cela n'a-t-il rien à voir ? Il n'en faut pas davantage pour que notre commissaire déploie toute son énergie dans cette affaire qui ne lui est même pas confiée officiellement, qu'il s'approprie volontiers et qu'il qualifie ces morts de meurtre. Il ne va pas tarder à s'apercevoir qu'il y a eu d'autres meurtres inexpliqués. C'est un peu obscur au début, avec une histoire d'orphelinat et de sévices qu'y pratiquaient un bande de « mauvais garçons » avec des « recluses », des handicaps lourds qui en étaient résultés pour leurs souffre-douleur, un viol quelques années plus tard et des victimes qui ainsi chercheraient à se venger même longtemps après, voilà le fond de cette enquête qui ne tarde pas a être illustrée de dossiers, de témoignage, d'images d'archives, de commentaires sur les réseaux sociaux, de rêves et de pensées inachevées, les « bulles gazeuses », autrement nommées « Proto-pensées » du commissaire, lequel va monopoliser sa brigade, à l' exception toutefois de l'érudit commandant Danglard qui reste volontairement en retrait.

 

Ce ne sera pas simple avec évidemment pour la brigade des voyages au sud de la France pour retrouver ceux qui envisagent de tuer leurs anciens tortionnaires et ces derniers, ou à tout le moins ceux qui restent, pour les avertir de ce qu'ils risquent et leur éviter une mort certaine. Pour Adamberg ce sera aussi un petit détour par l’île de Ré et aussi par son enfance parce que « la recluse » ce n'est pas pour lui qu'une araignée tueuse. Danglars, toujours aussi érudit, lui parlera, à sa demande, des « recluses » du Moyen-Age, ces femmes qui acceptaient volontairement d'être enfermées jusqu'à la mort, un peu comme si le mot même de « recluses » devenait chez lui une obsession ; c'est sans doute là la vraie raison de son intérêt pour cette affaire. Il croise nombre d'autres personnes au cours de ses investigations dont une femme qui a plutôt une sacrée araignée, mais au plafond ! Bref l'enquête piétine, s'égare et sent de plus en plus l'impasse mais Adamberg s'accroche, remue des histoires de famille sur fond de passé fangeux, motive ses hommes pour un travail de fourmi, en toute illégalité d'ailleurs, entre leurres, trahisons, hésitations, fouilles quasi-archéologiques. Il se torture l'esprit, réfléchit jusqu'à l'absurde simplement peut-être parce qu'il a compris que dans cette affaire c'est la vengeance (un plat qui selon le sens commun se mange froid et même ici quelque peu faisandé) qui est la vrai motivation.

 

J'avoue que j'ai un peu décroché pendant cette lecture me demandant où Adamberg voulait en venir et surtout où il voulait aller. Comme toujours ce roman remplit son office et atteint son but, celui de faire passer un bon moment de lecture, celui d'étonner aussi.

 

 

© Hervé GAUTIER – Juin 2018. [http://hervegautier.e-monsite.com]

 
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Commentaires

  • Centulle
    À noter une belle adaptation de Josée Dayan pour la TV.
    Jean-Hugues Anglade incarne parfaitement Adamsberg.
    • hervé gautier
      • hervé gautierLe 28/12/2020
      Merci. Je l'ai vu effectivement.

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