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la feuille volante

L'assassin de Septembre

 

N° 1541 – Avril 2021.

L’assassin de Septembre – Jean-Christophe Portes. City Éditions.

 

Nous sommes en septembre 1792, Danton, ministre de la justice, est l’homme fort du moment et les Prussiens sont déjà entrés sur le territoire français, se rapprochent de Paris pour mettre un terme à cette révolution et remettre Louis XVI sur le trône. En face d’eux, l’armée révolutionnaire mal formée, mal commandée, indisciplinée, mal préparée à un long conflit, peine à contenir cette avancée ennemie. Seule une ville résiste, Verdun (déjà). Le lieutenant de gendarmerie Victor Dauterive, toujours accompagné de son fidèle Joseph, un pauvre orphelin qu’il a tiré de la rue, qui est son valet-espion et dont il s’occupe comme un père et qui, malgré son peu d’éducation, a parfois des réflexions d’adulte, pénètre à grand peine dans la ville. L’officier est chargé par Danton d‘un message à l’intention du commandant de la garnison lui enjoignant de résister à l’envahisseur dans l’attente de renforts. Pourtant des rumeurs de reddition courent à travers la ville infestée d’espions. Cette mission ne sera pas la seule que « le tribun du Peuple » va lui confier.

Dans Paris l’ambiance est au complot et on voit des suspects partout. L’ancienne justice royale à été remplacée par des juges autoproclamés et cruels, qui emprisonnent et condamnent à tout de bras. La ville est à feu et à sang, c’est le « Terreur » et, comme c’est souvent le cas dans ces périodes troublées, entre l’ancien monde de la royauté et cette République qui naît dans le chaos, les arrivistes et les assassins et les opportunistes corrompus pullulent, la délation, la trahison, le meurtre et l’espionnage sont quotidiens. Victor est un aristocrate qui, comme il s’en est trouvé à cette époque, a embrassé la Révolution et son idéal de liberté et d’égalité. Pour cela il a renié sa famille jusqu’à modifier son nom pour en cacher la noblesse, devenant ainsi un Patriote, un combattant. Il est cependant t bien obligé de prendre conscience que cette période troublée est entachée d’exactions et d’anarchie qui sont bien loin de l’esprit des « Lumières » qui a présidé à ce changement salutaire de société. Il s’interroge sur la mort qui frappe nombre de ses amis mais l’épargne, illustrant l’idée un peu oubliée que nous ne sommes que les usufruitiers de notre propre vie qui peut nous être enlevée sans préavis. Certes il croise de grandes figures que l’histoire a retenu, mais surtout il est seul (à l’exception de son cher Joseph). Il y a bien Olympe de Gouge, cette femme héroïque et visionnaire que la Révolution sacrifiera, mais elle est davantage sa conscience, son refuge que sa véritable compagne. Elle lui ouvre les yeux et l’accompagne dans ses luttes et ses enquêtes, préfigurant le rôle futur des femmes dans la société et annonce l’importance qu’elles auront, plus tard, face au pouvoir des hommes. Pour autant Victor n’est pas insensible à la beauté des femmes.

Cette période est restée dans l’Histoire sous le nom peu glorieux de « massacres de septembre » où les « sans-culottes » et autres révolutionnaires massacrèrent les prêtres réfractaires et les royalistes emprisonnés, sans doute à cause de la crainte d’un complot des aristocrates et sans doute par peur de l’armée autrichienne et prussienne qui vient d’entrer en France et menace la capitale. Ce roman est basé sur un de ces crimes rendu un peu mystérieux par les circonstances et Victor s’y trouve mêlé. Cette enquête, ainsi d’ailleurs que d’autres, donnent à ce roman historique sa dimension policière. A la frontière, la victoire de Valmy, tout énigmatique qu’elle soit, sonne comme le triomphe de la République.

Certes cette période troublée semble être du goût de notre auteur qui en restitue l’ambiance malsaine mais aussi palpitante. En tout cas il ballade son lecteur dans ce vieux Paris désormais oublié. On y rencontre une multitude de personnages qu’une liste, en tête de volume, aide heureusement le lecteur à s’y retrouver. Jean Christophe Portes évoque certes le carnage de cette époque mais aussi un Paris populaire loin des palais et des hôtels particuliers, avec ses bruits de rue, les cris des petits métiers, le rire des femmes, les auberges qui offre au lieutenant de quoi améliorer son ordinaire parfois bien maigre. A titre personnel je continue de suivre l’auteur dans son exploration de cette période de notre histoire qui me passionne. J’ai toujours plaisir à retrouver sa belle écriture bien documentée (avec de nombreux détails précis notamment d’ordre vestimentaire et culinaire), son style attachant d’une lecture aisée, avec même des moments poétiques et des descriptions bucoliques. Il s’approprie l’histoire qui fait partie intégrante de notre culture et y mêle de la fiction tout en indiquant, en fin d’ouvrage pour son lecteur, à la fois ses sources et les chemins de son imagination, cette période troublée donnant par ailleurs lieu à moult interprétations.

Le lire est toujours pour moi un moment d’exception.

 
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