JE M'EN VAIS - Jean Echenoz

 

 

N°411 – Avril 2010

JE M'EN VAIS – Jean Echenoz [Prix Goncourt 1999]– Éditions de Minuit .

 

Le titre peut étonner, le laconisme de l'expression est révélateur... d'autant que cette petite phrase commence et termine ce roman! Félix Ferrer, bel homme, galériste parisien passionné, quinquagénaire et cardiaque, décide, après un léger infarctus, de quitter sa femme, Suzanne qui lui portait sur les nerfs depuis trop longtemps! Cela ne l'empêche pas, à l'invite de son assistant, Delahaye, de partir pour l'Arctique, à la recherche d'une hypothétique épave vieille de 4O ans dont le contenu pourrait bien redresser ses finances vacillantes, et de collectionner les aventures amoureuses, ce qui est quelque peu incompatible avec sa santé!

 

De rebondissements en mésaventures, ce roman devient un authentique policier à partir du moment ou son assistant meurt, que les objets d'art retrouvés dans l'épave sont volés, qu'intervient ce mystérieux Baumgartner dont on n'apprend à la fin qui il est réellement et l'inspecteur Supin. Et tout semble s'arranger avec la découverte des objets dérobés, l'argent qui revient, la vie plus facile de Ferrer avec évidemment un plus bel appartement et une nouvelle femme! Un happy-end qu'on ne voit sans doute que dans les romans!

 

Le style d'Echenoz proche de l'oralité, quasiment familier et plein d'interactions entre le narrateur et le lecteur continue de me surprendre et de m'intéresser. Mais l'auteur reste, en quelque sorte à côté de son récit et des personnages qui le peuplent, qui sont décrits parfois avec force détails, se présentant davantage comme un témoin que comme le maître du jeu, tissant avec son « liseur » une manière de complicité, laissant peut-être au hasard la conduite des opérations ou à chacun une plus grande liberté d'expression? De plus, ce parti-pris de style permet d'alterner les points de vue de l'auteur et des personnages et l'absence de guillemets de brouiller un peu plus les cartes.

 

L'histoire qu'il raconte est faite d'une fuite perpétuelle, d'une juxtaposition de solitudes ce qui n'est finalement que la prise en compte de la condition humaine, d'une constante envie de fuir à la fois sur le plan de la géographie que sur celui de l'appétit personnel de changement comme l'indique le titre. Cela m'apparaît comme étant aussi une quête, à la fois de l'âme-sœur, de la compagne idéale apparemment introuvable, (Les femmes évoquées sont présentées davantage comme des conquêtes passagères que comme de vraies complices et la seule qui aurait pu l'être, son épouse, il la quitte. De plus celles qu'il rencontre parlent peu ou pas du tout ce qui les fait ressembler à des fantômes de passage), d'un idéal peut-être matérialisé par la recherche de cette épave lointaine, dans un monde fait d'argent, d'hypocrisie, d'instants fugaces et qui finalement nous rapprochent de la mort.

Pour autant, l'aspect policier me paraît un peu facile, peut-être pas assez travaillé pour maintenir jusqu'à la fin l'intérêt. Je dirai presque que le livre refermé, j'emporte avec moi une certaine déception peut-être parce que l'attribution de ce prix prestigieux m'avait donné à penser qu'il ne pouvait s'agir que d'un roman digne d'intérêt.

Était-ce aussi à cause de la forme de ce qu'on appelle le nouveau-roman?

 © Hervé GAUTIER – Avril 2010

 

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