la feuille volante

la douceur des hommes

La Feuille Volante n° 1262

La douceur des hommes – Simonetta Greggio – Stock.

 

Constance, jeune femme trentenaire narre l'enterrement de Fosca, une vielle dame de 87 ans rencontrée par hasard à Venise. Par un effet d'analepse Constance se souvient de cette rencontre et d'un voyage en Italie qui a suivi où Fosca, une épicurienne devenue un peu sa grand-mère de substitution a abondamment parlé d'elle, de sa vie, de ses amants...Elle a péroré sur l'amour, sur le mariage qui ne tient pas ses promesses et enfante souvent du malheur contrairement aux apparences ou précipite dans les amours de contrebande, sur la souffrance qui n'est pas rédemptrice contrairement à ce qu'on nous a affirmé avec force dans les confessionnaux, sur le désir… Constance prend parfois le relais et parle de ses pérégrinations souvent solitaires autour du monde, se pose des questions sur elle-même, sur son parcours, ses aventures amoureuses, face à cette vieille femme qui semble plus jeune qu'elle mais qui veut lui communiquer son message comme elle le ferait à une parente, à un amie chère, avant de mourir. Elle lui parle avec tendresse des hommes qu'elle a aimés mais cette plongée dans le passé a pour Fosca des accents de testament, ce voyage en Italie, des relents de dernière séance et pour le lecteur, cette profusion de mots transalpins et chantants est une invitation au voyage, au dépaysement. Cette immersion intemporelle s'accompagne de photos en noir et blancs, aux bords dentelés, avec des annotations au dos, une date, un nom, un lieu pour réveiller la mémoire et derrière les sourires, une histoire, des lettres reçues, témoins de passions, d'amertumes ou de regrets, un journal intime aux pages jaunies qui gardent la trace secrète des émotions et des remords…

 

J'ai lu ce roman avec curiosité et attention, Le titre était engageant, je n'ai pas souvent entendu des auteures parler ainsi de la douceur des hommes, mais, le livre refermé je ne l'ai pas vraiment ressentie tout au long de cette lecture. Fosca a peut-être tendrement aimé ces hommes mais ceux qui sont passés dans sa vie semblent l'avoir fait rapidement, en y laissant seulement une trace comme l'empreinte d'un pied dans le sable, vite effacée par la vague et sa mémoire en a conservé un souvenir à la fois fort et fragile. Quant à ceux que Constance évoque, c'est la même chose, la même marque furtive, vite envolée ! Il faut dire que le sujet s'y prête, les relations entre les hommes et les femmes, leurs liaisons amoureuses sont des sujets récurrents et largement traditionnels dans les romans. Le mariage , tenté deux fois par Fosca, qu'on nous présente comme un point de passage obligé dans la vie de chacun d'entre nous, au nom de la perpétuation de la race et de l'enrichissement du pays, en nous faisans croire que le bonheur passe par lui, est un leurre. Cette certitude initiale, si souvent répétée au point qu'elle est ancrée en nous, a pourtant des accents d'hypocrisie et d'échec, même si nous trouvons toujours de petits arrangement pour la faire perdurer. Quant à l'amour qui en principe préside à tout cela, il n'est lui aussi qu'une illusion fugace, qu'une image virtuelle dont les traits se dissipent rapidement sous les coups de la réalité. Il ne se conjugue pas avec « toujours », même si on le voudrait bien et souvent c'est la solitude qui prévaut parce qu'avant, ou à la place, il y a eu des attentes, des atermoiements, des faux-pas, des renoncements des trahisons et bien sûr des larmes . Elle est l'antichambre de cette mort qui nous attend tous parce que nous ne sommes que les usufruitiers de notre propre vie, même si nous voulons toute notre vie l'oublier.

 

Simonetta Greggio n'est pas une inconnue pour cette chronique où son talent d'écrivain a déjà été apprécié. J'ai retrouvé, dans ce qui est son premier roman (paru en 2005), avec plaisir son style fluide et agréable à lire, avec des accents poétiques émouvants et une somme d'aphorismes bien sentis et pertinents.

© Hervé GautierJuillet 2018. [http://hervegautier.e-monsite.com]

 
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