la feuille volante

Sophie Endelys

  • Les gardiennes du silence


     

    La Feuille Volante n° 1403Octobre 2019.

    LES GARDIENNES DU SILENCE - Sophie Endelys - Les Presses de la Cité.

    Pour des raisons assez vagues, Chloé, tire sur Jefffrey, son mari et le laisse pour mort, mais s'enfuit de Fécamp dans l'île quelque peu mystérieuse de Heldenskøn, quelque part entre la Manche et la Mer du Nord. Cette fuite est un quasi aveu et ne manquera a pas d’intriguer les enquêteurs, mais son choix n'est pas fait par hasard, cette île est celle où son père a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans et où sa tante s'est noyée. Elle conserve religieusement le tapuscrit paternel d'un roman à succès, mais son choix de cette île est motivé également par un manuscrit ancien qu'elle a découvert dans les archives familiales et qui évoque l'historique un peu confus de ce petit territoire. Ce document est en effet un palimpseste, un parchemin qui, après grattage, a reçu un autre texte a demi-effacé par le temps où l'usage d'une encre invisible et le chevauchement des mots rendent le déchiffrage difficile, même pour Chloé qui est archiviste-bibliographe. Au fur et à mesure de l'étude de ce grimoire, elle s'aperçoit qu'il relate les Mémoires d'un artisan contemporain de Gutemberg mais aussi évoque précisément cette île et son passé quelque peu obscur. Elle découvre l'existence de ces monastères secrets dont un, celui des femmes, les Blanches, a pour règle la clôture et le silence et pour fonction la conservation d'une bibliothèque souterraine. Les livres qui depuis l'invention de l'imprimerie retracent tout le savoir et la connaissance humaine y sont conservés et veillés par ces vestales rendues muettes pour plus de discrétion. Cela parait être une légende qui évidemment a quelques fondements de vérité, mais qui excite sa curiosité. Être la fille d'un célèbre écrivain ayant résidé sur cette île lui ouvre bien des portes et elle s’aperçoit que son grimoire mystérieux et le roman de son père sont liés, en apprend davantage sur l'histoire de sa famille, de la sienne propre, de son mari, de l'intérêt qu'il porte à ce document et de la société bien étrange qu'il préside. Autour de ses investigations se multiplient les cadavres, les cambriolages, les disparitions, les révélations, les non-dits, les mensonges, et plus elle avance dans ses recherches plus le mystère s’épaissit; elle entend parler d'eugénisme, de loge, de secte, d'ésotérisme, de nazisme, de société secrète, de l'Atlantide, constate qu'une personne officiellement morte depuis des années est bien vivantes... Elle sera aidée dans ses recherches par Grégoire son logeur sur l'île et qui ne tarde pas, évidemment, à devenir son amant, mais comme rien n'est jamais simple, celle qui se pensait veuve ne l'est pas tout à fait puisque Jeffrey qu'elle croyait mort revient avec les secrets qu'il porte. A la suite de longues et patientes recherches qui parfois débouchent sur des impasses, une enquête policière avortée et parfois approximative, l'étau se resserre inexorablement sur Chloé, bouleversant sa vie et des personnages aussi abscons que les faits, révèlent leur véritable visage.

    En dehors de de cette histoire un peu échevelée, le lecteur est-il invité à s'interroger sur le devenir des livres, surtout à l'heure des tablettes de la numérisation et d'internet. Ont-ils leur propre destin comme il est écrit sur la 4° de couverture?

    Je remercie Les éditions des Presses de la Cité et Babelio qui m’ont permis de découvrir ce livre et cette auteure que je ne connaissais pas. Le cheminement est assez compliqué et labyrinthique, fait de pas mal d’analepses et d'évocations mystérieuses qui peuvent à la longue dérouter le lecteur. Le style est agréable à lire, l'érudition de l'auteure, son imagination, le contexte assez dépaysant et l'architecture de l'ouvrage le rendent attrayant et j'y suis entré au début avec une certaine excitation et même une franche curiosité, mais finalement, le livre refermé, je ne sais pas trop quoi penser de cette histoire abracadabrantesque et de sa fin en forme de "happy end", et je ne suis même pas sûr d'en avoir compris le message.

    ©Hervé Gautier.http:// hervegautier.e-monsite.com


     


     

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