Quelques mots sur Albert Camus

 

N°386 – Janvier 2010

Quelques mots sur Albert Camus (1913-1960)

 

J'en ai un peu assez d'entendre sur toutes les chaînes de télévision des nouvelles de Johnny Halliday. Heureusement, les médias se sont souvenu que nous célébrons cette année le cinquantenaire de la mort d'Albert Camus.

 

Il n'est pas dans mon intention de refaire une biographie de cet auteur, non plus que de commenter son œuvre (d'autres le feront mieux que moi!), pas plus d'ailleurs que de chercher à savoir s'il était ou non un authentique philosophe, mais j'observe qu'après avoir été si longtemps oublié, et même boudé par l'éducation nationale, par les Français et surtout par ceux qu'il était convenu d'appeler « les intellectuels », il revient enfin en grâce et c'est bien ainsi. Si j'ai encore des souvenirs précis de ma lointaine classe terminale, il me semble même qu'il n'était pas au programme et que ses romans étaient juste mentionnés, comme pour mémoire. Certes, nous en parlions entre nous, mais c'était tout. Aussi bien n'ai-je eu de lui qu'une vague idée à cette époque de ma vie où disserter faisait à la fois partie du jeu et consistait en un exercice intellectuel assez fascinant. Il y a bien eu de ma part des lectures, mais il me semble que j'en ai peu entendu parler, sans doute à cause de ses origines modestes, ou de son parcours atypique. Pire peut-être, des intellectuels se sont crus autorisés à minimiser son œuvre, à détourner son discours, et l'obtention du prix Nobel de littérature en 1957 à l'âge de 44 ans, et sa disparition prématurée qui a fait de lui une icône de la pensée, n'ont sans doute pas pas contribué à apaiser leur courroux.

 

Ce que je peux en retenir est qu'il était un être que la révolte habitait, une révolte contre le tragique de la condition humaine mais aussi contre tous les dogmes et idéologies (marxisme, existentialisme mais aussi christianisme) qui asservissent la liberté de l'homme et le détourne de sa réalisation personnelle, contre l'absurde de la vie aussi qui place l'homme devant un dilemme, celui de « l'appel humain », intime et « le silence déraisonnable du monde ». Cette mise en perspective de deux forces qui s'opposent résument assez bien son message, entre réalisation personnelle et fidélité à soi-même et incompréhension du milieu dans lequel nous vivons, que souvent nous ne comprenons pas et qui nous dépasse. La réponse qu'il entend donner à son questionnement ne peut être qu'humaine et lucide. La prise de conscience de l'absurde de la condition d'homme, de « la nudité de l'homme face à l'absurde » ne peut avoir de réponse religieuse qui brouille le jeu et endort la raison, mais doit s'accompagner d'une réflexion personnelle qui s'inscrit dans le temps présent et surtout en dehors de tout refus de la vie et donc le rejet du suicide.

Face à l'absurde de cette existence terrestre, seule la révolte est possible parce qu'elle est porteuse de sens et nous permet de vivre cette contradiction entre l'individu et le monde. Mieux peut-être, cette prise de conscience de l' absurdité constitue une formidable énergie mise à notre disposition pour nous réaliser nous-mêmes pendant notre vie terrestre, « ici et maintenant », et non dans une très hypothétique autre vie idyllique promise par les religions. Il s'agit là de la prise en compte de notre destin individuel, et pas autre chose. Elle est à la fois la mise en évidence d'une liberté et la certitude que cette réalisation complète est impossible parce que l'humain est nécessairement limité, ne serait-ce que dans le temps par la mort.

 

Pacifiste avant l'heure, s'engageant dans la Résistance autant que pour la paix et contre le fascisme pendant la guerre d'Espagne, se méfiant des hommes politiques, ses prises de positions sur la guerre n'ont guère été comprises et lui ont valu plus d'inimitiés que d'adhésions. Pied-noir qui portait en lui l'Algérie comme une plaie ouverte, il ne pouvait rêver qu'à une entente entre Français et Arabes, dans le contexte d'une décolonisation, soutenant notamment le projet Violette, mais la passion et la violence qui ont animé cette période ne pouvaient qu'obérer son discours souvent déformé ou mal interprété. Homme de gauche, il a toujours œuvré en faveur des plus défavorisés au nom de la justice.

 

Amoureux de la vie, du soleil et des femmes, du théâtre, il fut cet hédonisme que la vie a brutalement quitté...

 

Cela fait de lui, non un philosophe enfermé dans un système dialectique, mais un humaniste libre et indépendant face à une histoire devenue folle et destructrice, un maître à penser, dont la culture française ne peut que s'enorgueillir. Si la mort ne l'avait happé brutalement, il aurait assurément contribué à une prise de conscience collective et à une humanisation de la société qui nous manque tant actuellement. La pureté de son style en a fait aussi un serviteur de notre si belle langue française qui elle aussi mérite bien autre chose que ce à quoi nous assistons maintenant.

 

Les études qui lui ont été consacrées montrent assez l'importance et la portée de son discours que ces quelques lignes ne sauraient résumer. Ce que je retiendrai peut-être plus volontiers ce sera son honnêteté intellectuelle, le fait de refuser de mentir sur ce qu'on sait et le devoir de résistance à l'oppression.

 

 

 

 

 

©Hervé GAUTIER – Janvier 2010.http://hervegautier.e-monsite.com

 

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