VILLA AMALIA – Pascal QUIGNARD

 

N°341– Mai 2009

VILLA AMALIA – Pascal QUIGNARD – Gallimard.

 

Au début, le titre sonnait bien, cela évoquait pour moi une maison de vacances, le farniente, le soleil, l'océan...

 

L'histoire commençait bien, elle aussi. Une femme, Anne Hiden (ou Eliane), la cinquantaine, (on l'imagine belle, cultivée), mariée à Thomas, rencontre par hasard, un ami d'enfance, Georges Roehl qui souffre de solitude. Est-ce cette rencontre ou la découverte fortuite de son mari embrassant une autre femme, elle décide de vendre sa maison, ses meubles, de quitter cet homme volage, son travail, d'oublier son passé et, à la suite d'une courte errance destinée surtout à brouiller les pistes, d'aller à la rencontre de l'avenir, en Italie! Elle y tombe amoureuse d'une maison sur la falaise, sur l'île d'Ischia au large de Naples, que Amalia, la propriétaire, accepte de lui louer. Ce n'est qu'un vieille maison de pêcheur, taillée dans la lave du volcan, inhabitée depuis des années, le contraire d'une maison de villégiature. Dans sa quête d'une vie nouvelle, elle tombe un peu amoureuse du médecin, le Docteur Radnitzky, qui l'a soignée pour une mauvaise chute, mais surtout s'attache à sa fille dont elle devient, un peu, une mère de substitution. Las la petite meurt.

 

Il y a, bien entendu, le thème du hasard qui pèse sur notre vie bien davantage que nous ne voulons l'admettre, celui du changement auquel chaque être aspire mais qu'il redoute. Il y a celui de l'eau, l'océan de Bretagne, l'Yonne de ce petit village énigmatique de Teilly, ou celui de la méditerranée. Il incarne la non-immuabilité des choses, l'envie qu'on a de les faire changer, de changer avec elles, et l'euphorie qu'on ressent à ce saut dans l'inconnu, de la liberté nouvelle qu'il suscite, ce paradis incarné par cette île de la mer Tyrrhénienne . Ses furies destructrices sont aussi un symbole puissant qui n'est pas étranger à ce roman. Changer sa vie au point de ne pas vouloir se retourner, de ne pas pouvoir soi-même se reconnaître, pour expier absurdement une faute qu'on n'a pas commise, parce que l'existence qu'on a eue jusqu'à présent devient soudain sans intérêt. Fuir, pour se prouver qu'on existe, fuir comme on se débarrasse d'une peau devenue soudain vieille et sèche [d'une mue?], parce qu'on a une envie urgente de construire autre chose, parce que l'être qu'on avait choisi et à qui on avait confié sa vie, son amour, s'est soudain, comme une révélation, montré indigne de tout cela, qu'il faut tourner la page d'une manière urgente, parce que la vie n'attend pas et que le temps passe, parce que quelque chose d'autre [une maison] a soudain pris en soi, la place du reste et qu'elle devient le centre du monde.

 

Le thème de l'enfance retrouvée aussi me parle, celui de la solitude qui persiste malgré les apparences trompeuses. Celui de la mort aussi, et avec elle le chagrin, la douleur et l'absence, le gâchis... Celui de la vieillesse où, plus seul que jamais, on attend la Camarde avec une curiosité mêlée de crainte, se demandant chaque matin si ce jour sera celui du grand saut dans l'inconnu et le néant, avec les regrets, les remords, les souvenirs...

 

Puis intervient la troisième partie qui m'a intrigué. D'emblée le « je » laisse supposer un narrateur qui tranche (brutalement) sur ce qui précède. En outre, Ann Hidden, qui tout à l'heure, était évoquée à travers son histoire personnelle, se trouve en contact direct avec ce dernier. Puis intervient Juliette qui semble être la compagne du narrateur, le quitte pour vivre avec Ann. Ensemble elles ont une vie de couple amoureux avec, comme en contrejour, la présence épisodique de Léna, puis d'autres, plus fantomatiques comme Amado, Léo, Charles... En plus, il y a le retour de ce père disparu depuis des dizaines d'années et qui choisi de revenir après le décès de la mère d'Ann, des moments fugaces, soulignés par un style épuré, économe en mots, qui évoque les moments-confetti de la vie de cette femme perpétuellement en mouvements, comme s'il ne lui était plus possible, après toutes ces années de certitudes immobiles, de se poser définitivement.

 

L'histoire m'a intéressé, au moins au début, j'y ai apprécié le thème de la fuite, de la remise en cause des acquis, celui du dépouillement de soi-même qui peut être assimilé à une seconde naissance. En revanche, au fil des pages, malgré quelques descriptions poétiques mais malheureusement trop furtives, malgré aussi l'évocation de la musique, de la naissance de la création artistique, le style haché [qui n'est peut-être pas sans rappeler le thème du dépouillement] s'est révélé, pour moi, ennuyeux, comme une véritable négation du langage , les dialogues bruts, à en être désagréables, parfois trop vagues, parfois trop précis, bizarrement et même inutilement anecdotiques, comme s'il y avait plusieurs moments dans la rédaction, plusieurs mouvements dans le même texte, ont également étouffé l'intérêt du début. Il y a des morceaux de récits, comme jetés au gré des chapitres, que j'ai eu du mal à relier entre eux et qui compliquent la narration sans toutefois l'enrichir.

 

 

 

 

Hervé GAUTIER – Mai 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

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