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la feuille volante

Autobiographie d'un amour

N°926– Juin 2015

 

Autobiographie d'un amour - Alexandre Jardin - Gallimard.

 

Ceux qui font rimer amour avec toujours sont des menteurs ou des inconscients qui se réfugient dans la rêve pour exorciser leur cauchemar. N'en déplaise aux mauvais poètes amateurs de vers de mirliton, l'amour, c'est comme le reste, cela s'use et cela disparaît, surtout quand c'est consacré par le mariage. Quel que soit le parcours, le résultat est toujours le même, l'échec, qu'on camoufle parfois sous les traits des apparences, de l'hypocrisie quand tout cela ne se termine pas par l’adultère ou par la fuite ce qui n'est pas vraiment différent. Si cela ne se termine pas par le divorce, comme c'est de lus en plus le cas, on fait durer les choses et c'est souvent pour une question de convenances ou d'opportunité. Quand on se marie on est plein d'illusions et on regarde l'avenir et surtout l'autre avec des lunettes déformantes mais cette union ne tarde pas à s’effriter et sa solidité est celle d'un château de cartes dans un courant d'air. Ce n'est pas Alexandre Rivière qui dira le contraire, lui qui constate, après 7 années de vie commune et deux enfants, que son mariage va à vau-l'eau. Le fait que le couple habite les Nouvelles-Hébrides ne donne qu'une note exotique à la chose mais n'y change rien et cette région battue par le vent des cyclones et sujette aux séismes jouerait plutôt le rôle de miroir pour ce couple.

Alexandre choisit la fuite, adoptant la traditionnelle lâcheté masculine, mais il le fait après avoir lu une manière de journal intime tenu par Jeanne, sa femme, depuis le début de leur union. Il y fait des découvertes le concernant mais constate la fidélité de cette épouse qui préfère l'écriture à la tromperie. Personnellement, et après l'avoir longtemps cru, je ne suis plus très sûr de l'effet cathartique de l'écriture et s'il suffisait de confier à la page blanche ses souffrances intimes pour en être délivré, cela se saurait. D’ailleurs Jeanne envisageait de se suicider, ce qui est aussi un abandon, mais le départ d'Alexandre l'en dissuade définitivement. Intervient, on en sait pas trop comment, Octave, le frère jumeaux d'Alexandre qui, au lieu de s'installer dans la vie de Jeanne la fuit ostensiblement au contraire, à tout le moins au début. Dans le contexte de l'absence toujours aussi mystérieuse d'Alexandre, l'auteur joue un moment sur la gémellité pour jeter le trouble dans l'esprit de Jeanne et appuie même le trait par un certain nombre de faits troublants pour la jeune femme, suscitant même de la part d'Octave une série de questions déroutantes voire indiscrètes (même si les questions indiscrètes n'existent pas et que seules les réponses le sont).

Cela m'a semblé un peu trop facile, artificiel même, dans un contexte tropical et romanesque d'autant qu'il prête à Jeanne, femme sensuelle et désirable, restée trop longtemps seule et confrontée à l'énigme de l'abandon de son mari, cette envie d'être séduite par cet homme. Elle reste malgré tout amoureuse d'Alexandre et se sent irrésistiblement attirée par son frère qui en est la copie conforme. L'auteur donne à Octave le rôle péremptoire basé sur une compréhension un peu trop grande de la situation de sa belle-sœur (alors qu'on peut supposer qu'il l'a fort peu connue auparavant), et ce d'autant plus facilement qu'il joue sur leur ressemblance en bien des points. Sa position d'enseignant, surtout vis à vis de ses neveux, facilite les choses et on sent bien que l'auteur épuise ce thème facile, un peu trop peut-être. Il est présenté sous les traits d'un être suffisant, doctoral, pédant qui se sert apparemment de son refus de la séduction mais le lecteur n'est pas dupe de son marivaudage et attend l'épilogue qui ne saurait être différent de ce qu'il subodore. Ce jeu sur la gemellarité jette le trouble dans l'esprit de Jeanne et aussi du lecteur. Un point positif peut-être ? Grâce à lui elle s'acceptera davantage, s'aimera peut-être ? Mais est-ce vraiment Octave ?

Jardin se laisse entraîné dans les arcanes du raisonnement, de la pédagogie, de la connaissance affichée de l'espèce humaine en générale et du couple en particulier. Je me suis un peu perdu dans les ratiocinations d'Octave-Jardin. C'est, certes pertinent mais j'ai eu un peu de mal à suivre l'auteur dans sa rhétorique. C'est sans doute dû à moi, à mon expérience (malheureuse) mais je ne suis pas très sûr qu'on puisse réellement raviver un amour perdu par de tels artifices. Pourtant, je le crois de bonne foi comme l'atteste son ultime chapitre consacré à ses « remerciements » mais je n'ai pas retrouvé dans ce roman sa verve habituelle qui me paît tant chez lui, et cela je le regrette.

Hervé GAUTIER – Juin 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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