TENDRE EST LA NUIT- F. Scott Fitzgerald

N°721 – Janvier 2014.

TENDRE EST LA NUIT- F. Scott Fitzgerald- Belfond.

Traduit de l'américain par Jacques Tournier.

 

Ce roman a connu un accouchement difficile. Commencé en 1925 il n'a été terminé qu'en 1934 ; Il paraît d’abord en feuilleton puis en librairie mais la critique se montra assez réservée et le public plutôt indifférent. Il disparut même des rayonnages et à la mort de Fitzgerald en décembre 1940 il n'en existait plus aucun exemplaire. Ce retard dans l'écriture est surtout dû à la santé chancelante de Zelda, son épouse, soignée pour des troubles psychiatriques et aux deuils qui ont frappé le couple. C'est le quatrième roman de l'auteur qui est pourtant considéré comme son chef-d’œuvre.

 

Nous sommes sur une plage du sud de la France dans les années 20 avec ses palaces, son farniente, sa population étrangère riche et désœuvrée faites de jolies femmes, de don juan, de snobs plus ou moins puritains, de bellâtres à la conversation inintéressante et frivole. Rosemary Hoyt, jeune actrice américaine de cinéma y prend quelques vacances en compagnie de sa mère. Elles ne devaient y passer que quelques jours mais finalement les deux femmes y restent. Rosemary y fait la connaissance de Nicole et Dick Diver, personnages flamboyants originaires d'outre-atlantique, entourés d'amis et la comédienne s'y attache au point qu'elle tombe amoureuse de Dick tout en témoignant beaucoup d'admiration à Nicole. Pourtant Dick est amoureux de sa femme mais n'est pas indifférent aux avances de Rosemary au point que cette dernière, mais sans sa mère, suit le couple à Paris et devient sa maîtresse. L'histoire du couple est assez étonnante. A l'origine, Dick est un séduisant médecin psychiatre qui se marie avec Nicole Warren, une riche héritière dont il tombe éperdument amoureux. En l'épousant, il épouse aussi son argent ce qui lui permet de fonder une clinique psychiatrique en Suisse pour riches patients. Il ne doit pas laisser passer cette opportunité et c'est pour lui une réussite sur le plan sentimental mais aussi sur le plan professionnel. Ils forment ensemble un couple parfait, avec deux merveilleux enfants qu'ils aiment, l'image d'une réussite familiale et professionnelle. Il est maintenant un praticien riche et célèbre. Parce qu'elle a subi de nombreux traumatismes dans son enfance (décès de sa mère, inceste) Nicole se révèle schizophrène et Dick le sait en l'épousant ; il la soignera puisqu’il l'aime. Fitzgerald révèle à son lecteur, à l'aide de la technique de l'analepse, ce parcours un peu cahoteux. Ce médecin représente cependant une formidable occasion pour cette famille riche de guérir Nicole de sa maladie mentale. Cette union, même si elle est gouvernée par l'amour que Dick éprouve pour Nicole n'empêche guère celui-là de désirer Rosemary tout en voulant éviter à son épouse fragile la moindre souffrance. En fait, il tient à la fois à sa situation et à cette actrice. C'est, si l'on veut le voir ainsi, l'illustration de la fragilité de l'amour que les hommes et les femmes se portent mutuellement.

Il y a peut-être un autre thème, c'est celui de la culpabilisation et de l'intuition ressentie par Dick de ne plus être capable d'apporter le bonheur à une femme (« Parce que je suis une Peste Noire, je ne suis plus capable d'apporter le bonheur à quelqu'un »]. Il se révèle en effet incapable de répondre à l'amour de Rosemary et, à cause de ce blocage, il s'adonne à l'alcool , plaisir plus facile à obtenir, plus délétère aussi puisqu'il le précipite peu à peu sur cette pente descendante qui le met, mais sur un autre plan, au niveau de Nicole. Dick est attirant et le sait., il a sur les femmes un ascendant certain et Nicole « se sert de sa maladie comme d'une arme pour asseoir son pouvoir » sur son mari. Cette fêlure dans ce couple aussi apparemment parfait n’échappe pas à Rosemary devant qui cette belle façade se délite petit à petit.

C'est un roman très autobiographique, même si l'auteur semble faire le compte-rendu comme un témoin étranger. Il y transparaît son penchant pour l’alcool à travers le personnage de Dick Diver, être sensible et fragile, autant que la schizophrénie de sa femme, la vie facile de cette époque pour les expatriés riches et souvent américains, les fêtes, l'alcool et même les duels. Le couple que forment Nicole et Dick se fissure au cours du récit et cela n'est pas sans rappeler la rupture de celui de Scott et de Zelda. C'est pourtant une génération perdue entre le désir impossible d'oubli de cette guerre mondiale qui a endeuillé les nations civilisées et la recherche un peu vaine d'une vie facile et désœuvrée,

 

Ce roman est une sorte de chronique américaine de riches expatriés sur la Riviera française, à Paris et en Suisse qui cherchent à échapper à l'éphémère en faisant un usage immodéré du champagne, du caviar, des fêtes folles, des nuits et des grands hôtels. Il illustre un mal de vivre de toute une génération surtout que ce que l'auteur veut nous présenter c'est l'image même de la perfection qui fait de ce couple séduisant une sorte de modèle qu'on ne peut pas ne pas admirer. Pourtant la réalité se révèle bien différente. Rosemary devient rapidement le personnage central de ce récit puis Nicole prend le relais dans la troisième partie. C'est effectivement un roman d'amour ou plus exactement un roman sur l'amour apparent que se portent deux êtres présentés comme exceptionnels, or, les véritables histoires d'amour n'existent pas ou ne résistent pas à l'usure du temps . Elles tiennent aux circonstances les favorisent mais au moindre accroc les masques tombent et ce qu'on croyait indestructible se dissout rapidement sous les coups du boutoir du quotidien, du hasard, du mensonge, de la trahison. L'amour se mue rapidement en indifférence voire en haine, les serments s'oublient très vite et même si les apparences subsistent, ce n'est finalement qu'un décor un peu triste dont on se demande quand et comment il s'effondrera. C'est donc un roman sur la réalité ordinaire du couple même si cette dernière est habillée des apparences un peu trompeuses de l'argent et de la vie facile qu'il permet. On peut faire durer les choses et les artifices mais c'est alors le bonheur qui est absent !

 

Le roman s'achève au même endroit où il avait commencé cinq ans avant, sur cette plage de la Côte d'Azur française mais les choses ont bien changé[« Le couple qu'elle formait avec Dick lui apparaissait désormais comme une ombre, imprécise, changeante, entraînée dans une sorte de danse macabre »] Dick est devenu alcoolique et se détruit lentement. Nicole, apparemment guérie, vit pleinement une liaison avec son amant qu'elle finit par rejoindre et épouser. Ce roman divisé en trois parties semble se terminer sur la disparition annoncée des membres de ce couple pourtant présenté au début comme séduisant et parfait. Nicole se remariera et regardera de loin Dick s'enfoncer petit à petit dans l’anonymat dans la solitude et dans l’alcool, un peu comme si sa présence aux côtés de ex-mari était indispensable à ce dernier. Dès lors qu'elle n'est plus là, il n'existe plus. C'est sans doute ce qui fait dire à l'auteur, reprenant les mots de John Keats « Avec toi maintenant ! Combien tendre est la nuit... »

 

J'ai toujours eu un peu de mal a entrer dans l'univers littéraire de Scott Fitzgerald et ce roman ne fait pas exception à cela même si j'ai goûté les descriptions poétiques des paysages et l' analyse psychologique des personnages.

 

©Hervé GAUTIER – Janvier 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

 

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