UN LIEU INCERTAIN – Fred VARGAS – Edition Viniane Hamy.

 

N°327– Mars 2009

UN LIEU INCERTAIN – Fred VARGAS – Edition Viniane Hamy.

 

Quand un critique s'intéresse à un livre, récent ou non, sa tâche n'est pas simple, entre raconter l'intrigue sans la dévoiler et faire des commentaires, pertinents de préférence! Avec Fred Vargas, c'est toujours plus compliqué, puisque sa démarche d'écriture s'inscrit dans des contextes multiples, déroutants parfois.

 

Les personnages d'abord. Adamsberg, commissaire un peu ombrageux qui dirige ses enquêtes à sa manière. Le lecteur a l'impression, qu'elles lui échappent parfois, qu'il s'égare, qu'il est un peu perdu dans ses quêtes personnelles et professionnelles, avec son passé qui le rejoint,... mais tout s'arrange à la fin. Le commandant Danglard, alcoolique et érudit [parfois un peu trop pour être vraisemblable], lui aussi hésite, mais heureusement, il est là. Il aggrave même un peu son cas en tombant quasi-amoureux d'une Anglaise... Le lieutenant Violette Retancourt, femme de poids et surtout incontournable. D'autres personnages gravitent autour d'eux dans cette enquête, et on remonte loin dans leur histoire personnelle...leurs intrigues et leurs errances sont attachantes.

 

 

L'histoire ensuite, ou les histoires qui déroulent leurs moments indépendamment les unes des autres, au moins au début, ce qui est un peu déroutant pour le lecteur, désorienté par les rebondissements inattendus. Ici, ce sont des chaussures (françaises) découvertes outre-manche, alignées devant un cimetière anglais, comme un rituel, mais « avec des pieds dedans », c'est à dire qu'on n'avait pas pris soin de déchausser les victimes avant de les exécuter, d'autre part, et sans que cela soit lié avec l'affaire précédente qui doit, bien entendu, rester du domaine des policiers anglais, un sombre épisode de Garches, en France, où on découvre le corps d'un homme assassiné et consciencieusement déchiqueté, comme si on avait voulu le faire disparaître complètement... pas tout à fait cependant, peut-être pour marquer une piste... ou égarer les enquêteurs! On parle de Serbie, d'Autriche, d'Avignon, de messages d'amour rédigés dans une langue que, bien entendu, Danglard est le seul à pouvoir traduire, de naissance difficile d'une petite chatte et d'Espagnol ayant perdu un bras pendant la guerre civile, de médecin «  aux doigts d'or » un peu énigmatique, de vampires, de caveau et de mort annoncée, d'enquête sabotée, de pressions hiérarchiques pour cacher une vérité inavouable, d'un arbre généalogique qui n'en finit pas de dérouler ses branches et ses racines à travers le temps... Le lien entre tous ces événements ne tombe pas sous le sens. Et pourtant!

 

Il y a le style,ici, peut-être plus qu'ailleurs, assez indéfinissable, qui entretient le suspense jusqu'à la fin, pas vraiment policier, et c'est heureux, le sens de la formule, les mots qui ont leur importance avec la charge d'humour, d'émotion, de poésie parfois qu'ils portent en eux et qui n'est pas négligeable. Ils enrichissent le texte, l'éclairent, et les références nombreuses aux autres romans de l'auteure confèrent une unité à l'œuvre.

 

On ne raconte pas un roman de Fred Vargas, on le goûte, on se laisse porté par lui, même si, je dois le confesser, les premiers ne m'ont pas vraiment enthousiasmé.

Toutes ces aventures entrainent le lecteur dans une sorte de labyrinthe où il s'égare volontiers, avec gourmandise même. C'est qu'il en est le témoin privilégié , qu'il doit être à la hauteur de ce qu'il lit, que cela a été écrit pour lui, et exclusivement pour lui. Alors, cela mérite bien plus qu'une lecture du bout des yeux et son attention sera récompensée, mais au dénouement seulement, pas avant!

Il doit garder à l'esprit qu'il est le témoin privilégié de ces événements dont les arcanes se déroulent sous ses yeux, qu'il tient le livre entre ses mains, juge l'écriture autant que le suspense qu'elle tricote et peut, à tout moment refermer l'ouvrage comme on prononce un verdict. Tout cela est intime, silencieux et personnel, sans logique ni objectivité... mais la sentence est sans appel, souvent définitive et on se dit que tout cela n'est pas pour nous, qu'on n'y comprend rien, que c'est trop compliqué, trop confus, bref qu'on n'aime pas. Ce faisant on peut, malheureusement, passer à côté de quelque chose, se priver d'un bon moment de lecture, se frustrer soi-même de ce dépaysement qui est si nécessaire à notre quotidien, de ce voyage dans une autre dimension qu'on adore cependant et dont on redemande parce que les rebondissements de l'intrigue ne font qu'ajouter à l'intérêt qui va croissant et nous fait trépigner fébrilement jusqu'à l'épilogue...

 

Pour moi, un roman de Fred Vargas est toujours un événement.

 

Hervé GAUTIER – Mars 2009.http://hervegautier.e-monsite.com 

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