CONTES D'AMOUR DE FOLIE ET DE MORT - Horacio QUIROGA - Editions Métailié /Unesco.

 

 

N°223

Mai 2000

 

 

 

CONTES D’AMOUR DE FOLIE ET DE MORT - Horacio QUIROGA – Editions Métailié /Unesco.

 

A priori le lecteur pourrait croire qu’il s’agit de récits qui sont imaginaires et fantastiques et qui s’inspirent de la condition humaine. De quoi, en effet, parlent les artistes et spécialement les écrivains depuis l’aube des temps sinon de l’homme, de son quotidien, de ses aspirations, parfois de ses fantasmes et de l’issue de sa vie ?

 

Pourtant, dans la trilogie classique « La vie, l’amour, la mort. », j’ai rencontré chez Quiroga surtout la dernière. Ses contes m’ont fait penser à la phrase d’Yves Bonnefoy « La mort est un pays que tu aimais. ». C’est en effet un thème récurrent chez l’écrivain uruguayen puisqu’elle a fait très tôt partie de sa vie. Ce fut d’abord celle de son père puis celle de son meilleur ami Federico Ferrando qu’il tua accidentellement, celle de son frère, de sa sœur puis de sa première femme. Mais ce fut surtout le suicide, celui de son beau-père puis le sien en 1937. Il fait le joint entre ces trois mots, en est l’issue définitive.

 

Il faut se rappeler que c’est à partir du suicide de son beau-père en 1896 qu’il commença à écrire.

 

L’homme porte en lui la mort comme un germe, comme un poison. Notre auteur, à qui la condition humaine n’était point étrangère a su si bien l’exprimer dans sa simplicité mais aussi dans sa complexité, dans son horreur comme dans sa violence. Même si le Cantique des Cantiques rappelle que « l’amour est plus fort que la mort », c’est pourtant elle qui gagne à la fin, sans que nous y puissions rien !

 

La solitude qui bien souvent est la cause ou la conséquence de la folie fait aussi partie de son être. Il s’est lui-même exilé en pleine forêt. Il en fera la matière de certains de ses contes, le décor, l’essence.

 

Dans cette forêt se confondent et s’opposent deux civilisations, celle ancestrale des indiens Guaranis et celle des blancs des grandes compagnies étrangères. En cela, Quiroga, amoureux de cette nature dénonce un système ce qui fait de lui un écrivain engagé. D’autres suivront son exemple !

 

Ecrivain de la vie, il sait que nous ne sommes ici que de passage. La durée nécessairement courte de notre existence s’incarne chez lui dans le conte ou la nouvelle, forme brève qui porte en elle toute la nécessité de dire, avec une grande économie de mots, le message qu’il porte en lui. Le style est, plus que dans le roman, épuré, dépouillé parfois, toujours sans artifice. Autant dire qu’il choisit d’aller à l’essentiel.

 

Il y a aussi du fantastique, du merveilleux, de l’étrange chez Quiroga. Cela peut faire partie de notre vie comme il faisait sans doute partie de la sienne, de son imaginaire, sûrement ! Ses textes en sont aussi les témoins.

 

La mer est présente dans cette œuvre. Elle fait, au même titre que la solitude, la folie et la mort, partie de la vie de l’auteur. Son père, marin, inspira de son exemple l’écriture de ce fils.

 

Peut-on dire que son écriture débouche Dieu ? Quiroga pourrait-il être regardé comme un écrivain mystique comme on a pu le dire ? Je dois avouer que je n’ai pas lu ou senti cette dimension dans ses textes. Pourtant j’y ai rencontré bien des préoccupations humaines et personnelles. C’est pour moi un beau livre !

 

© Hervé GAUTIER.

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