Pour ne pas oublier Isaïe Goldman.

 

 

. N° 199

Mai 1998

En guise de 18° Anniversaire - Pour ne pas oublier Isaïe Goldman.

 

 

 

J'avais l'habitude de publier, à la date anniversaire de la création de la Feuille Volante un article retraçant sa vie et parlant de son avenir. Je souhaite aujourd'hui rompre avec cette tradition non seulement parce que il n'y a plus rien à dire sur cette revue qui est de plus en plus moribonde mais surtout parce que j'ai choisi de me souvenir d'une autre publication aujourd'hui disparue.

Elle avait pour nom "POESIE SONORE" et était animée par Isaïe Goldman décédé depuis. Il conseillait de lui adresser·" correspondances et rouspétances" à son adresse, 20 Chemin de Rieu 1208 GENEVE. Eh oui, notre ami était Suisse et pharmacien en retraite! J'ai appris un jour son décès par une simple communication téléphonique.

Je conserve précieusement des exemplaires de sa revue ainsi que ses lettres. Comme la plupart de mes correspondants, je ne l'avais jamais rencontré. Je me souviens seulement de sa voix, un peu vieillissante une fois au téléphone depuis Genève.

Sa revue était un paradoxe, Poésie Sonore, puisqu'il s'agissait d'un document écrit, réalisé par lui artisanalement. Sa devise, reproduite sur chaque numéro était " Quand je crache à la figure de quelqu'un, c'est toujours par devant!". C'était ambitieux et impressionnant mais la lecture de sa revue montrait qu'il portait surtout témoignage de la poésie des autres puisqu'il n'oubliait jamais d'accueillir des amis. Il se faisait l'écho de ce petit monde de la poésie dont nous savons qu'il est marginal mais ne connaît pas de frontières.

Il y avait aussi ce côté artisanal qui me plaisait bien. Il indiquait toujours en exergue de chaque numéro " La Poésie Sonore paraît quand ça lui chante et publie ce qui lui chante, avec ceux qui lui chantent, sur le ton qui lui chante et avec (suivait le nom de celui qu'il avait choisi d'accueillir comme invité d'honneur... et des autres)

Sans doute voulait-il par là rappeler que ce qu'il l'intéressait surtout c'était de rester libre de ses jugements, de ses choix, de ses publications, de ses écrits...

C'est qu'il écrivait aussi, et bien! Je me souviens d'un texte qu'il me fit parvenir en "réponse" à l'un de mes poèmes. L'accompagnait une lettre à la fois émouvante et enthousiaste. Il s'intitulait "Soleil" et je crois qu'il y tenait beaucoup. J'en reproduis ici la fin bien qu'on ne puisse pas valablement juger de son talent.

... un vieillard cheminait, pourtant, sans impatience.

Il tenait, dans sa main, la fraîche inexpérience

d'un enfant déjà grand babillard pour son âge,

et devisait gaiement sur le prochain orage:

-Dès qu'il fera beau temps, dit l'ancêtre, on ira

se réchauffer ensemble au soleil, car tu l'aimes?

- Oui, répondit l'enfant, je le mange à la crème!...

Voilà ce simple clin d'oeil à la mémoire d'un ami disparu depuis longtemps avec toujours à l'esprit ces paroles d'Alvaro Mutis:

"Ce que la mort supprime, ce ne sont pas les êtres qui nous sont proches et sont notre vie même, ce que la mort supprime pour toujours c'est leur souvenir, leur image qui s'estompe, se dilue peu à peu jusqu'à se perdre et c'est alors que nous commençons à mourir nous aussi."

Comme tous ceux qui nous ont quittés trop tôt, j'imagine qu'au paradis des poètes il doit encore passer son temps à écouter et à regarder ceux d'en bas et j'espère que ces quelques lignes lui plairont.

 

 

Notes de lecture personnelle. © Hervé GAUTIER

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